L'ingénue des alpages

En quoi la Montagne est-elle un territoire particulièrement intéressant pour une écologiste ? Les enjeux sont immenses : pression foncière, gestion des espages protégés, agriculture à forte valeur ajoutée ....

La neige arrive... heureusement car on n'a pas de plan B

Claude Comet
Elue EELV Rhône-Alpes, en charge de la Montagne et du Tourisme dans l'exécutif régional
Publié le 07/12/2011 à 16h57

La neige arrive enfin sur les Alpes, abondamment. Ici, que la neige ne tombe pas, et soudain tout va mal.

A Val d’Isère, 1 800 mètres d’altitude, faute d’un enneigement suffisant, la Fédération internationale de ski a du annuler le célèbre « Critérium de la Première neige », qui marque traditionnellement le début de la saison. Les skieurs iront dans le Colorado. Le Grand Bornand a dû renoncer à l’organisation d’une des épreuves de la coupe du monde de biathlon. Et pourtant la préparation de l’épreuve avait nécessité des aménagements conséquents, et le secours des canons à neige.


Affiche biathlon Le Grand Bornand (Christian GOBERT)

Cela fait soixante ans que tout tourne autour du ski, avec des investissements en aménagement de pistes et remontées mécaniques de plus en plus lourds : 50 % du PIB en Savoie, près de 80 % dans les Hautes-Alpes. Plus de 200 000 emplois, sédentaires et saisonniers cumulés.

Il n’y a pas de plan B car personne n’en veut. La neige doit arriver parce qu’il faut qu’elle arrive. C’est simple et imparable.

Pas de canons, chômage technique

En moyenne et basse altitude, l’hiver 2010-2011 aura été difficile. Les grosses chutes ont eu lieu en tout début de saison, fin novembre et courant décembre. Noël s’est joué dans l’euphorie : du monde en stations, de la neige à tous les étages. Et puis, à partir du 27 décembre, plus rien. Les flocons artificiels ont pris le relais pendant le reste de la « saison ».


Le Grand Bornand (Christian GOBERT)

Nombre de stations ont dû fermer leurs pistes en cours de saison. Ca été le cas pour Saint-Pierre-de-Chartreuse, petite station des environs grenoblois, située à 900 mètres d’altitude au plus bas et environ 1 600 m au plus haut. Pas de neige, pas de canons non plus, alors des salariés obligés au chômage technique… Bref, une saison de cauchemar, et un trou dans les recettes communales.

En octobre, au conseil municipal – appuyé par la commune voisine de Saint-Pierre-d’Entremont qui co gère le domaine skiable – la question s’est posée en termes de gros sous. Que faire, qu’imaginer ? Lancer de nouvelles embauches pour la saison à venir, sans aucune assurance, ou jouer la prudence et décider de réduire les coûts ?

Abondance abandonnée par son investisseur américain

Le maire de Saint-Pierre-de-Chartreuse a finalement décidé de réduire la voilure de sa station dès cet hiver en n’ouvrant que les mercredis et week-ends. Puis de travailler avec les communes voisines à un réaménagement du domaine qui devrait permettre, l’année prochaine, de l’optimiser par le haut… Pas simple. Immédiatement un vent de protestation a soulevé une partie de la population contre le maire.

Le conseil municipal de Megève a, lui, injecté 700 000 euros dans la Société d’économie mixte (SEM) pour permettre de passer l’automne et payer les salaires.

Déjà en 2007, incapable de financer la révision de certaines de ses remontées mécaniques, la petite station d’Abondance (Haute-Savoie), avait décidé de jeter l’éponge… La bronca des habitants amenant au pouvoir, l’année suivante une nouvelle équipe municipale porteuse d’un nouveau projet « neige ». Un projet aujourd’hui remis en partie en question par l’abandon de l’investisseur privé qui avait décidé de reprendre l’exploitation des remontées mécaniques… Pas rentable, estime le millionnaire américain.

Dernières stations avant mutation ?

De la situation de l’hiver à venir risque de dépendre le sort de plusieurs stations de moyenne altitude. Et cela tout le monde le sait, mais personne n’ose en parler. Depuis plusieurs années déjà, des observateurs indépendants, des ONG, voire des rapports officiels alertent professionnels et élus.

En 2010, un rapport de la Cour régionale des comptes relevait déjà cette impasse qui consiste à ne développer qu’une seule activité sur les territoires.

Beaucoup d’acteurs concernés prennent enfin conscience de cette nécessité. Pourtant, en montagne, rien ne bouge ou presque. Quand une commune investit 10 euros, elle en met encore 9 sur le ski, et 1 seul sur la diversification économique.

Aujourd’hui, alors que la saison d’hiver s’ouvre et que des choix se profilent à nouveau, que faut-il faire ? Faute de penser à long terme, on se contente de lancer des incantations pour faire tomber la neige.

Et en cas de problème, on compte sur le froid et les canons par centaines. Trop d’intérêts économiques engagés. Trop d’investissements gigantesques en cours… Naturelle ou pas, réchauffement ou non, il faudra à tout prix de la neige à Noël.

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 18h22 le 07/12/2011
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    les plans B devraient être gravés dans la constitution..et obligatoires.

    on ne met jamais tous ses oeufs dans le même panier..

    mais les gens sont joueurs, du pognon et vite... après nous le déluge...

    on vient de nous faire le coup avec les usines... il y en a plus...elles sont en chine.

    PLAN B ?

  • lecteur-liseur
    lecteur-liseur
    lecteur
    • Posté à 18h53 le 07/12/2011
    • Internaute 168212
      lecteur

    sans plan b c’est mono ski

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 08h27 le 08/12/2011
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    parait que pour faire tomber la neige dans un bled

    faut que tous les habitants, danse autour d’un feu de camps avec un pouce dans l’cul et l’autre dans l’cul de celui qui est devant

    ne l’faites pas c une blague ! ! allons koi ! !

    • Jerome_B
      Jerome_B répond à jmc06
      • Posté à 16h14 le 08/12/2011
      • Expert 81512

      Chez nous, on le fait depuis longtemps mais ça ne fonctionne pas .... on va essayer avec les pouces et l’index .....

      • jmc06
        jmc06 répond à Jerome_B
        chasseur de gorille
        • Posté à 18h21 le 08/12/2011
        • Internaute 75030
          chasseur de gorille

        mé non ct une blague ! ! ! ! !

        oh mon djieu ! ! ils l’ont fait quand mème ! ! ! !

  • watashi_baka
    • Posté à 09h14 le 09/12/2011
    • Internaute 47330
      ...

    La montagne, c’est là ou le réchaufement se voit le plus, un exemple concret,
    Le Glacier blanc,
    La légende dit qu’a une époque le glacier décendait au pré de Madame Carle,
    Les anciens racontent aux jeunes qu’a une époque le refuge (3h de marche du dit Pré) était au niveau du glacier
    Aujourd’hui il y a une heure de marche entre le refuge et le glacier

    Par contre, le Ski...
    C’est en général un tel massacre que je ne vais pas pleurer les stations qui disparaissent,
    Une station de ski, c’est moche 300 jours par an, avec l’architecture typique des années 60, les télépheriques/cabines/sieges qui sont moches, la forêt massacrée pour laisser la place à des pistes de Ski.
    Et en saison de ski il y a tellement de monde que...

    Et dire que les villages s’endettent pour monter des canons à neige alors qu’il y a surement d’autres truc à développer

    • ljos
      ljos répond à watashi_baka
      photographe / géologue
      • Posté à 10h57 le 09/12/2011
      • Internaute 32902
        photographe / géologue

      malheureusement les stations qui disparaissent sont celles qui ont le moins d’impact sur la nature ... car c’était les stations pionnières, en moyenne montagne. Des petites installations familiales, sans canons à neige, sans bâtiment immonde ... des stations villages qui ont survécu grâce au ski. Sans cela, ces villages seraient devenus à l’image des hauts villages de l’Ardèche, de Lozère, etc ... des déserts.

      Ces stations ne sont pas moches, elles se nomment Abondance, St Pierre de Chartreuse, Mont Saxonnex, Bernex, etc .... inconnues ou presque du grand public et c’est une des raisons pour laquelle tout le monde s’en fout. De toute façon, les usines à ski que vous décrivez, elles, ne souffrent pas trop puisque leur domaine est situé à plus de 1500m d’altitude.

      Bref, pas la peine d’être manichéen non plus ... la montagne et le ski, ce n’est pas seulement des maires verreux et de gros investisseurs ... c’est surtout des locaux qui essayent de vivre, des jeunes qui veulent rester dans leur pays et le ski a permis à des centaines d’agriculteurs, bucherons, charpentiers, etc ... de ne pas être au chômage technique 6 mois par an. Parce que c’est de ça dont il s’agit ici : la neige est là de novembre à fin avril ... période pendant laquelle toutes ces activités sont arrêtées. Donc sans le ski ... les Alpes seraient mortes depuis longtemps et les gens qui y habitent auraient tous migré ailleurs ... à Paris, en Argentine comme au début du XXe siècle pour aider à la réforme agraire du pays, au Mexique comme au 19e siècle, etc ...

      Quant aux autres trucs à développer ... vous devriez apporter vos lumières puisque visiblement ça a l’air simple pour vous. Mais vous oubliez un truc : le touriste lui, veut de la neige, du ski, du soleil ... si ce trio n’est pas réuni alors il râle et ne vient plus.

      Mais bon ... encore faut-il y habiter pour le savoir et connaitre un minimum sur la situation économique locale. Le touriste, lui, se contente de prendre sans trop chercher à comprendre. Il pleure sur les glaciers mais ne fait pas l’effort de se poser les bonnes questions une fois rentrer chez lui ...

  • ljos
    ljos
    photographe / géologue
    • Posté à 11h04 le 09/12/2011
    • Internaute 32902
      photographe / géologue

    très bonne analyse ... qui montre toute l’étendue du pb.

    Nous ne savons pas vendre autre chose que du ski .... et malheureusement, le touriste vient dans les Alpes POUR le ski et l’image d’épinal de la montagne « bleu-blanc-soleil ».

    Il va falloir une longue éducation des locaux, du public, du touriste pour faire comprendre que la montagne a d’autres atouts. En ce sens, le développement du VTT en été comme à Châtel, Morzine, Les Gets est plutôt une bonne chose, ça permet de réutiliser les installations hivernales en été, de ne pas plus défigurer le paysage puisque cela se concentre SUR les pistes de ski ... déjà défigurées. Et là les conditions météo n’ont guère d’influence.

    Autres pistes, les massifs préalpins découvrent que leur sous-sol a une valeur et qu’il peut représenter un intérêt touristique. C’est dans ce sens que le massif des Bauges et du Chablais ont demandé leur labellisation en Geopark, le label européen parrainé par l’UNESCO pour la valorisation du patrimoine géologique. Les Bauges viennent de l’obtenir et ça devrait pas tarder pour le Chablais (fin de l’hiver je crois ....).

    Bref, ça commence petit à petit à bouger.

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