L'ingénue des alpages

En quoi la Montagne est-elle un territoire particulièrement intéressant pour une écologiste ? Les enjeux sont immenses : pression foncière, gestion des espages protégés, agriculture à forte valeur ajoutée ....

Montagne : vivre du tourisme ou de l'immobilier ?

Claude Comet
Elue EELV Rhône-Alpes, en charge de la Montagne et du Tourisme dans l'exécutif régional
Publié le 20/03/2012 à 18h03

La montagne est devenue une bulle immobilière sans pilote ni logique de développement. Des vacances de plus en plus courtes, des taux de fréquentation qui se concentrent sur quelques semaines par an… Et, partout, des nouvelles constructions.

C’est contre cette tendance à toujours construire plus que les Suisses viennent de se prononcer, à l’initiative de l’écologiste Franz Weber.

En France, même si de nombreuses voix commencent à s’élever, on semble loin d’obtenir de tels résultats. C’est que le modèle touristique de la montagne dans son entier repose sur l’immobilier. Si je vous dis que c’est au mépris de la biodiversité ou de la ressource en eau, vous me répondrez que je suis une Khmer verte…

Laissons l’environnement de côté pour le moment. Parlons économie touristique.

Après la neige – magique –, la montagne touristique peut compter sur la magnificence de ses paysages. Mais en rognant ici ou là sur un coteau, un vallon, une pente, en tartinant à tout-va les abords des anciens villages d’immeubles/chalets tous uniformes dans leurs parures de bois sur béton, le modèle touristique dessine sa propre perte, à court ou moyen terme.

Des volets clos, des grues partout

Les images sont parlantes : semaine du 12 au 18 mars, les vacanciers de la dernière zone (B) sont rentrés chez eux, les pistes sont désertées, vraiment vides. Rares sont les touristes étrangers présents, hormis dans quelques stations phare – Chamonix, Courchevel, Val d’Isère… Ailleurs, les appartements et les chalets ont refermé leurs volets. Ils auront tourné à plein (du moins on le suppose, voir plus bas) durant cinq à six semaines maximum cet hiver.

Pourtant, ici et là, dès qu’une bande de paysage bien verte se glisse aux abords des habitations, fleurissent de nouveaux panneaux « terrain à vendre ». Pour le promeneur attentif, c’est toute la montagne qui semble à vendre !

Déjà, les chantiers ont repris. Du neuf, toujours du neuf. Et l’été, c’est pire. Parfois, on se croirait dans un salon du BTP.


Un panneau « à vendre » (DR)

Côté chiffres, c’est simple, on nage entre deux eaux : entre l’à peu près et le n’importe quoi, voire l’arrangement de la vérité.

L’hiver, quand à la télévision, on annonce que les stations ont fait le plein, cela veut dire que les lits « marchands » (autrement dit ceux qui sont mis en location) sont remplis. Restent tous les autres lits touristiques. En Tarentaise, ces lits dits « non marchands » (donc non loués) représentent 49% du parc immobilier.

L’ennui, c’est que les chiffres qualifiant le parc immobilier eux aussi sont imprécis. Toujours en Tarentaise, entre les chiffres donnés par l’Etat (Insee, Préfecture) et ceux de l’Observatoire touristique départemental (Savoie Mont Blanc tourisme) sur les 23 principales communes de Tarentaise, l’écart est de plus de… 13 000 lits.

2 500 lits de plus : le prix d’un centre aqualudique

En fait, on ne sait rien du nombre de lits construits et occupés réellement, mais on continue de construire. Au prétexte justement que trop de lits ne sont plus loués par leurs propriétaires ou sortent du marché, car leur mauvaise qualité ne correspond plus au goût des clients.

Ce n’est pas un sujet nouveau. Il y a eu des tentatives pour « réhabiliter » les lits anciens, quand, dans le même temps, des tas de dispositifs de défiscalisation avantageaient grandement la construction neuve. Cherchez l’erreur.

Pas facile de savoir de combien le nombre de lits a augmenté, donc. Dans le cadre de la préparation d’un schéma de cohérence territoriale, une étude s’achève en Tarentaise. Dans l’immédiat, il faut s’appuyer sur le rapport de stage (2009) d’un étudiant de master, Thierry Bordé, pour en avoir une approche ! On y apprend que 45 000 nouveaux lits ont été construits entre 1999 et 2007 sur les 23 principales communes de Tarentaise.

Et plein d’autres sont dans les cartons. Car le second ressort des ces constructions, c’est qu’elles servent aussi à financer de nouveaux équipements. Ici une remontée mécanique, là un centre aqualudique (très à la mode), et bientôt des navettes qui seront destinées à améliorer le transport des skieurs dans les stations…

Dernier dossier en date : la Plagne, 60 000 lits en 2007, qui cherche à monter sur un terrain communal une opération de promotion immobilière de 2 500 nouveaux lits touristiques pour obtenir des financements pour un centre aqualudique de 30 millions d’euros. Simplement parce qu’en face, la station de Courchevel s’offre un centre aqualudique de 70 millions d’euros (avec piscine à vague à eau salée… à 1 800 mètres d’altitude !). Même chose à Avoriaz, où Pierre & Vacances vient de construire un nouveau quartier pour aménager également un ensemble ludique autour de l’eau.

Pression et spéculation. La bulle foncière fonctionne en grande partie grâce aux niches fiscales. Sauf que les jeunes actifs ne peuvent plus se loger dans les stations. Dans nombre d’entre elles, des classes ferment. C’est en bas, loin dans la vallée, que migrent les montagnards, avec leur lot de déplacements quotidiens, en voiture naturellement.

Chacun son projet

Même si les élus locaux assurent que la construction ne peut plus se poursuivre au même rythme, chacun a son projet. Projet, dont il assure qu’il sera le dernier !

Dans ma dernière note de blog, je vous ai parlé de cet Ukrainien qui semble avoir passé un compromis avec la commune de Bozel pour acheter 4 hectares de terrain en zone non constructible. Notre homme se chargerait de construire route et réseaux divers mais aussi de faire établir une liaison en télécabine entre Bozel et Saint Bon Courchevel… en échange d’une simple modification du Plan local d’urbanisme pour urbaniser 1 000 m2 sur le terrain de 4 hectares et autant à Saint-Bon.

Une aubaine que cette télécabine ! Les élus vous diront sans rire qu’elle permettra d’éviter de nombreux déplacements en voiture.


Volets fermés, appartements à vendre (Les Gets, Haute-Savoie) (DR)

En montagne aujourd’hui, l’immobilier est le principal ressort financier du développement des stations, comme si l’activité touristique n’était que secondaire. Comme au tout début de l’histoire des sports d’hiver…

Sauf que tous les espaces ont été remplis et que l’on triche sans arrêt avec les règles antérieurement établies. Comme si la planète était infinie. Comme si la spéculation et le prix de l’immobilier étaient sans conséquence sur l’agriculture, le prix du logement, l’installation des jeunes actifs. Comme si la ressource en eau était inépuisable.

Comme si le nombre potentiel de touristes était également infini. Mais non. La fréquentation n’augmente plus guère (7 millions de skieurs environs dont 1,5 million d’étrangers), malgré des campagnes de promotion toujours plus lointaines, toujours plus coûteuses…

Et pendant ce temps, le prix de toutes ces infrastructures rend de plus en plus inaccessible au plus grand nombre la joie et le plaisir d’une semaine aux sports d’hiver.

Infos pratiques

 

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  • Claude P.-
    Claude P.-
    Capitaliste Socialiste
    • Posté à 07h36 le 21/03/2012
    • 182348
      Capitaliste Socialiste

    Désolé, chère Claude Comet , mais la montagne n’est pas que le sanctuaire de mouflons délicats gambadant gaiement, de merveilleuses marmottes sifflant au vent printanier, de sublimes paysages immaculés réservés à une élite au nom du « droit du sol » !

    Oui, il y a de la spéculation, des anomalies, des constructions pas très réglementaires, des projets fous, ... Et il faut les combattre. Doit on pour cela tout arrêter, déclarer que la montagne est une zone interdite ?

    A ce propos, je trouve sublime votre référence aux sages décisions suisses.
    Le « modèle » suisse est surtout celui de la xénophobie, du cynisme contre les étrangers dont on limite le nombre par simples « votations », en se permettant non de fermer les frontières, mais de les virer, tout simplement...
    Sur cette base, on n’est jamais trop nombreux, pensez vous ! Et l’écologie prend tout son sens, entre bons natifs responsables...

    • ljos
      ljos répond à Claude P.-
      photographe / géologue
      • Posté à 18h27 le 21/03/2012
      • Internaute 32902
        photographe / géologue

      ouah ! ! pas mal les raccourcis ! ... ne pas s’inspirer du modèle suisse d’aménagement du territoire alpin parce qu’ils ont voté une décision limitant l’immigration ... c’est pas mal ! c’est même assez fort !

      Donc si je comprends bien ... si un jour les USA prennent une décision majeure comme je sais pas moi ... interdire les véhicules qui roulent au pétrole ... il ne faudra pas les suivre parce que ce même pays conserve toujours la peine de mort et qu’il a une politique migratoire honteuse ?

      On ne pourrait pas dissocier les pb ? ?

      Quand à la montagne « zone interdite », ne détournez pas le discours à votre avantage ! ... personne ne prône d’interdire l’accès à la montagne ! PERSONNE ! ... ce qu’on veut c’est limiter la construction de logement neuf alors qu’il y a un parc vieillissant à rénover ... c’est préservé des zones agricoles pour que le paysage alpin ne ressemble pas à un vaste alignement de chalets tous identiques .... c’est éviter de trop construire alors qu’on n’a aucune garanti d’alimenter ces nouveaux logements en eau potable (oui ... les Alpes sont dans une situation critique au niveau de l’eau potable) .... c’est d’éviter de rogner encore plus sur un espace naturel déjà plus que menacé ...

      Tout ça pour que les volets soient ouverts un mois par an ....

  • MlysR
    MlysR
    0000
    • Posté à 10h50 le 21/03/2012
    • 183605
      0000

    Petite précision sur la notion de lits « non marchands » : ce ne sont pas des lits non loués, mais des lits n’étant pas destinés à être loués. Des résidences secondaires donc.
    49% du parc immobilier touristique de Tarentaise n’est donc pas forcément vacant, il ne faut pas tout mélanger.

  • carnegief
    carnegief
    connecté
    • Posté à 09h16 le 22/03/2012
    • 183639
      connecté

    Madame la vice Présidente,

    La liaison de fond de vallée entre Bozel et Courchevel a pour objectif n°1 de réduire la montée de véhicules individuels par les gens qui viennent travailler sur la station. La croissance des volumes de touristes n’est pas l’objectif de cette remontée qui a une vocation de liaison urbaine en cohérence avec les principes de mobilité douce que vous défendez. Elle s’inscrit dans une démarche de plan global de déplacement que met en route la commune de Saint Bon.

    Quant à son financement il sera assurée par les communes de Bozel, de Saint Bon et éventuellement le CG73 ou le Conseil régional (qui est le bienvenu sur une opération qui sera exemplaire), une fois les éléments techniques validés et les enquêtes publiques réalisées. Aucun investissment n’est prévu, ni sollicité auprès d’un investisseur Russe.

    Nous sommes bien loin du sensationnalisme racoleur que vous développez dans votre article.

    • Jean K
      Jean K répond à carnegief
      bozel
      • Posté à 10h07 le 24/03/2012
      • 183814
        bozel

      Bonjour,
      Vous nous dîtes que cette éventuelle remontée a « une vocation urbaine » s’inscrivant « dans une démarche de plan global de déplacement que met en route la commune de St Bon » « Le financement sera assuré par les communes de Bozel et de St Bon » Est ce à Bozel de contribuer au financement des déplacements dans St Bon ?
      A mon avis, Bozel n’a absolument pas les moyens de cofinancer cette remontée.Bozel n’a pas les mêmes ressources que St Bon et son budget est infiniement plus petit.cf : Lien
      Courchevel a vendu pour plus de 140 millions d’euros ses terrains à des particuliers ces 4 dernières années.
      Bozel espère obtenir des moyens financiers supplémentaires en vendant à un ukrainien 30 ha de ses terrains privés à Courchevel 1650 pour 130 millions d’euros,Cet ukrainien a aussi promis à la mairie d’étudier la création d’une ZAC au Chevelu à Bozel.
      Ceci vient à l’encontre de vos affirmations :
      « Aucun investissment n’est prévu, ni sollicité auprès d’un investisseur Russe“et ‘La croissance des volumes de touristes n’est pas l’objectif de cette remontée.’

  • francis pachon
    francis pachon
    saisonnier
    • Posté à 17h36 le 22/03/2012
    • 183653
      saisonnier

    « Plansoie mon amour »

    Intéressant et révélateur de voir comment les élus, à quatre pattes depuis longtemps, ne font aucune difficulté pour finir de baisser leur pantalon devant un vague paquet de dollars, assez faible par rapport à ce dont sont capables d’aligner les charmants investisseurs du fric international, qui ont patiemment racheté et concentré les établissements de Courchevel... ou notre gentil oligarque ukrainien passe de jolies vacances pendant les quatre mois d’hiver.

    On devrait déjà lui en être tellement reconnaissant, de fournir tant d’emplois si qualifiés et intéressants pendant une si longue période de l’année, à nous autres pov saisonniers... certes, si les moeurs ukrainiennes semblent recommander de considérer son petit personnel au même rang que la gent canine, il ne faut certainement pas s’en offusquer car de tels personnages sont traditionnellement honorés et enviés dans la station, qui déroule le tapis rouge pour leur présence et investissements, non sans avoir manqué d’établir clairement toute transparence quant à l’origine de leurs fonds (surement aussi claire... qu’une alimentation de canon à neige... c’est dire). Ainsi en irait la position des élus de Bozel évoquée un peu plus haut : délicate... ?

    Sauf à considérer que si un doigt passe bien, le poing pourra certainement faire de même ! Bravo : c’est très courageux de vouloir prendre le train de la modernité économique en marche... même si ça fait mal au début, ça va s’élargir aisément, tout comme la nouvelle route qui menera à l’Eden du futur Plansoie Resort. Il sera ensuite toujours temps d’y établir un moyen de transport plus aisé et convenable, la populace locale étant déjà bien habituée aux chants mélodieux des turbines qui évoluent gracieusement dans le ciel tarin tout au long de l’année, témoignant d’une diversité si riche dont on comprendra aisément l’intérêt crucial d’en assurer la pérennité : hélicoptères, avions... que c’est tellement beau depuis mon balcon, que j’en pleure tous les jours que Dieu fait ! Merci, O altiport de Courchevel, Grand Nid Céleste.

    Merci à toi, cher camarade, de bien vouloir daigner t’installer solitairement à Plansoie, tel le poête... tel un destrier moderne chevauchant sa horde de Hummer pour rejoindre son nid d’aigle, tu deviendra le Phénix du béton de ces lieux, au grand bonheur des indigènes ignorants croupissant les bas-fonds de vallée, qui accourront pour récupérer tes gracieuses miettes. Négligemment dispersées dans un accès de faiblesse sentimentaliste, elles seront le terreau d’un modèle de développement idéal où recolonisé par l’homme, ce joli paysage traditionnel de montagne prendra enfin tout son sens, grace à son spa et sa boutique Dior ! Non loin, l’affluence inédite de jeunes femmes blondes à l’accent slave permettra enfin d’atteindre des sommets d’extase au chalet-hôtel historique du Mont Jovet... ou j’entends dire qu’une rénovation est déjà prévue ? Encore bravo, le conseil municipal n’épargne pas sa peine pour accompagner l’évolution touristique porteuse d’avenirs radieux qui chantent, impulsée par notre sauveur ! Une belle leçon de clairvoyance donnée par nos élus.

    En espérant de tout coeur qu’il puisse racheter et développer toute la montagne : la débarrasser des grosses bestioles marrons qui y pullulent tout l’été ne serait pas un mal, car ça sent mauvais et souvent colle aux escarpins Gucci. De plus, elles consomment trop d’eau, dont il serait bien plus judicieux et ludique de disposer pour la piscine avec vue sur Courchevel !

    Malheureusement, tout ceci ne semble être qu’affabulations, pour l’instant. La mairie ne semblant pas disposée à communiquer au peuple la teneur officielle de ces nobles promesses, on est impatient d’avoir une présentation publique du fabuleux projet, sans doute par l’interessé en personne... Bravo aux élus, qui eux au moins, on tout compris en se gardant bien de divulguer trop de détails à leurs administrés, qui de toute façon sont surement bien trop c..s pour en saisir la finesse. D’aucuns tenteraient même de faire capoter un si beau projet ! Quelle idée saugrenue...

    Vive le népotisme à Bozel ! VIVE LE FRIC ! !

    http://lecanarddebozel.over-blog.fr/article-top-secret-clauses-du-projet-de-compromis-de-vente-de-plansoie-101846128.html

    • Jean K
      Jean K répond à francis pachon
      bozel
      • Posté à 18h40 le 25/03/2012
      • 183814
        bozel

      Le précédent lien ne semble pas fonctionner .J’en rajoute un autre.
      Lien

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