Europe, terre d'innovation

Le groupe Desir est un collectif réunissant chercheurs du public et du privé, consultants spécialisés sur les questions d'innovation, hauts fonctionnaires ayant l'expérience de la conception et de la mise en œuvre de politiques publiques, acteurs du financement de la R&D ou encore spécialistes du lien entre science, société et opinion publique. Interprètes diplômés ès langue de bois de notre système public de recherche, ils poussent parfois des coups de gueule. Incurables optimistes, ils pensent que des points de vue synthétiques et novateurs sur le lien entre universités, entreprises et secteur public, ainsi qu'un environnement favorable à la créativité individuelle peuvent contribuer à la (re)construction de l'Europe comme terre d'innovation.

Ces lycées parisiens qui interdisent leur internat aux filles

Christelle Gérand
Journaliste
Publié le 15/12/2009 à 10h57


Les portes de l’internat du lycée Henri IV sont closes pour la gent féminine. Cette pratique, qui peut sembler d’un autre âge, est très présente à Paris, dans les internats destinés aux élèves des classes préparatoires aux grandes écoles. Le collectif Ouvrons les portes a jeté un pavé dans la mare début octobre en saisissant la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde).

Les lycées Chaptal, Château d’Epluches, Dorian, Henri IV, Janson de Sailly, Jean-Baptiste Say et Stanislas sont les membres parisiens de la liste noire élaborée par Ouvrons les portes, collectif qui regroupe les associations Paris Montagne, Femmes et sciences, Femmes ingénieurs et Femmes et mathématiques.

Il se focalise essentiellement sur Paris, car selon Livio Riboli-Sasco, fondateur et porte-parole de Paris Montagne :

« Le problème y est rendu plus aigu par le manque de logement. Et si les grands lycées parisiens changent leurs habitudes, les autres établissements vont suivre. »

Si accusés et accusateurs s’accordent pour mettre en cause le poids des traditions, celles-ci ont la vie étonnamment longue. L’actuel internat du lycée Jean-Baptiste Say, entièrement rénové en 2007-2008, est toujours réservé aux seuls garçons. Et « la mixité n’a jamais été envisagée », précise la proviseure Jacqueline Marguin-Durand, qui a « trouvé la situation en l’état, avec un internat neuf, non mixte ».

Mais les choses pourraient changer, car « forte de la démarche engagée par Ouvrons les portes » et sous la menace de la plainte pour discrimination, la proviseure « envisage la création d’un internat pour filles sur un terrain proche du lycée, actuellement en friches ».

Pourtant, la « mixité ne nécessite pas de travaux dans cet établissement », estime Philippe Fallachon, directeur des affaires scolaires et de l’enseignement supérieur (DASES) du conseil régional d’Ile-de-France :

« L’internat de Jean-Baptiste Say est construit sur deux étages, la proviseure peut tout à fait en réserver un aux filles. »

Le jeu de la patate chaude

Le collectif Ouvrons les portes a réuni proviseurs, représentants de la région Ile-de-France, du rectorat de Paris et du Crous pour les confronter. Et selon Livio Riboli-Sasco, « tous se renvoient la patate chaude ». La loi est pourtant claire : la rénovation et l’entretien des bâtiments sont pris en charge par la région, et les décisions concernant la scolarité, notamment l’ouverture de l’internat aux filles, relèvent du chef d’établissement.

Et dans tous les cas, les proviseurs ne souhaitent pas ouvrir leurs portes aux filles avant que leurs internats n’aient été agrandis. Mais « que fait-on maintenant pour les 1000 à 1500 filles potentiellement concernées ? », s’interroge Livio Riboli-Sasco. Elles disposent de solutions alternatives, arguent les chefs d’établissements : des places réservées dans les résidences du Crous et des foyers de lycéennes.

François Taddéi, du collectif Ouvrons les portes, croit savoir pourquoi les proviseurs traînent tant les pieds. L’un d’entre eux lui aurait avoué que le problème de la non-mixité de son internat était son principal levier pour que la région lui alloue des chambres d’internat supplémentaires.

Cette prise en otage ne serait pas nécessaire car « la région a les fonds nécessaires pour permettre la mixité, si celle-ci nécessite des travaux », soutient Philippe Fallachon. « Les lycées concernés pourraient presque tous devenir mixtes, sur décision du chef d’établissement. Et seul Henri IV nous a adressé une demande de restructuration. »

Une affirmation que conteste le proviseur du lycée Chaptal, Philippe Semichon :

« Nous faisons depuis 2002 des demandes auprès du Conseil général, puis de la région Ile-de-France pour obtenir un doublement de la capacité de l’internat qui nous permettrait d’accueillir des filles. »

Les filles « prises en otage » ?

Si le problème de la non-mixité des internats des grandes écoles peut sembler marginal, Livio Riboli-Sasco souligne qu’il est « au cœur du système scolaire français ». Dans ces lycées où l’on forme l’élite, les filles ont de moins bonnes conditions de travail que les garçons : trajet plus long, habitat plus bruyant, plus onéreux.

À cela, on retorquera que la question ne date pas d’hier et que des solutions d’hébergement existent depuis longtemps pour pallier ce problème : des foyers confessionnels, tels que l’institut Serviam, à la Cité universitaire. À cet égard, le Foyer des Lycéennes, institution d’Etat, s’est érigé en « internat d’excellence » jusqu’à maintenant réservé aux filles, en accueillant près de 500 étudiantes dont un tiers de boursières.

Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France a souligné le 16 novembre dernier « l’enjeu particulier de l’accueil des jeunes filles en internat, notamment pour augmenter leur nombre dans les filières scientifiques où elles sont sous-représentées ».

Elles ne sont que 12% dans les classes d’excellence de la filière physique (PTSI-PT*) du lycée Jean-Baptiste Say. Les places réservées aux filles ne doivent d’ailleurs pas « nécessairement représenter 50% du parc », précise Livio Riboli-Sasco. Il s’agit de « respecter les proportions. Qu’être un garçon ou une fille ne change en rien les chances de pouvoir intégrer tel internat ».

Aller plus loin
  • 31140 visites
  • 156 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • watashi_baka
    • Posté à 10h10 le 16/12/2009
    • Internaute 47330
      ...

    Une question sauf si je me trompe,
    la majorité des internats (en tout cas ceux de prepas) n’ont plus de dortoir géant et sont plutot a la chambre individuelle ou double.

    Les douches ne sont plus des machins collectifs mais des cabines individuelles,

    Dans ces conditions quel est l’obstacle à la mixitée,
    Une jeune fille risquerait d’être vue en robe de chambre par des garçon, eux-même se déplaçant torse nu jusqu’a la douche ?

    Ca fait un moment que les CROUS sont passé à la mixitée dans ces conditions, et je crois pas que ça aie entrainé de problème particulier,
    Certe aux toillettes les filles subissent aussi les toilettes sales à cause du boulet qui sait pas pisser droit, et les garçon subissent aussi le charme des poubelles a protection intimes qui débordent, mais rien de bien critique.

    Au final j’ai l’impression que les obstacle sont plus virtuels que réel.

  • absospain
    absospain
    etudiante
    • Posté à 17h57 le 16/12/2009
    • Internaute 99205
      etudiante

    J’ai fait ma prépa au lycée Kléber (à 2h du domicile de mes parents). Je n’ai pas choisi la province par défaut mais par choix puisqu’après tout ce sont les bons élèves qui font les bonnes prépas. Rappelons que les admissions se font sur dossier et avec listes d’attente. Il ne faut donc pas s’étonner que des prépas parisiennes très bien classées dans des revues comme l’étudiant attirent les meilleurs élèves et donc obtiennent plus d’entrées dans les meilleures écoles.

    J’ai vécu en collocation durant cette période, ce qui m’a appris à ne pas faire passer mes petites crises de nerf préparationnaires sur les autres. Je faisais aussi mon ménage, ma bouffe, ma lessive et ce n’était pas si terrible que ça. Je ne pense pas avoir été discriminée par rapport à des gens en internat puisque j’ai très bien reussi mes concours et à la différence de bien des personnes que je croise en école, j’ai appris à ne pas être assistée.

    Cependant je déplore sincèrement que certains employeurs choisissent encore leurs stagiaires/nouvelles recrues sur la réputation d’une bonne prépa (parisienne bien entendu puisque celles de province sont beaucoup moins connues). Et cela même si on a integré l’une des meilleures écoles. Je pensais que la prépa n’était justement pas un but en soi...

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h11 le 16/12/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Pas de meufs en internat ! Mais c’est inhumain, faut saisir la cour européenne !
    Déjà n’avoir qu’un quart de gonzesses c’est pas la joie, mais 0%... quelle cruauté !

  • lled
    lled
    (galérienne)
    • Posté à 22h18 le 16/12/2009
    • Internaute 45455
      (galérienne)

    C’est hallucinant que dans des écoles (prestigieuses) laïques, on envoie les filles se faire voire chez les religieuses !

  • alberte
    alberte
    Sage-femme retraitée
    • Posté à 20h27 le 17/12/2009
    • Internaute 60250
      Sage-femme retraitée

    je n’ aurais jamais cru que de telles discriminations existaient encore de nos jours, on se croirait au 19 ème siècle.
    révoltez - vous les filles envahissez les lieux réservés aux garçons ! ! !

  • Noélie Buisson-Descombes
    Noélie Buisson-Descombes
    Militante débutante, (...)
    • Posté à 16h54 le 02/11/2011
    • Internaute 167514
      Militante débutante, (...)

    A la grande rigueur, la taille de l’internat ne devrait pas affecter sa mixité. En effet dire que pour accueillir les filles, il faudrait plus de place, c’est d’emblée avouer que les garçons sont prioritaires.

  • Go to the page
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.