Europe, terre d'innovation

Le groupe Desir est un collectif réunissant chercheurs du public et du privé, consultants spécialisés sur les questions d'innovation, hauts fonctionnaires ayant l'expérience de la conception et de la mise en œuvre de politiques publiques, acteurs du financement de la R&D ou encore spécialistes du lien entre science, société et opinion publique. Interprètes diplômés ès langue de bois de notre système public de recherche, ils poussent parfois des coups de gueule. Incurables optimistes, ils pensent que des points de vue synthétiques et novateurs sur le lien entre universités, entreprises et secteur public, ainsi qu'un environnement favorable à la créativité individuelle peuvent contribuer à la (re)construction de l'Europe comme terre d'innovation.

Delanoë y croit mais Paris est-elle une capitale innovante ?

Publié le 18/07/2008 à 10h49

Paris Biopark, pôle d'entreprises en santé humaine (Mairie de Paris).

La récente nomination de Jean-Louis Missika comme adjoint au maire de Paris en charge de l'innovation, de la recherche et de l'enseignement supérieur marque un tournant dans la composition institutionnelle de la Ville de Paris. Alors que sous la précédente mandature, les responsabilités étaient éclatées (Danièle Auffray en charge des NTIC et de la recherche, Danièle Pourtaud en charge des universités), depuis mars 2008, le paysage institutionnel se transforme et l'innovation devient la deuxième priorité du maire de Paris après le logement. Etats des lieux et perspectives.

Une infrastructure inopérante en matière d'innovation

L'infrastructure locale à Paris en matière d'innovation est dépassée. Il existe quelques dispositifs, pour la plupart étatisés, voulant encourager l'innovation mais qui ne correspondent pas à la réalité du terrain et répondant que très rarement aux besoins des petits porteurs de projets. Ces dispositifs sont, pour la plupart, des déclinaisons locales de politiques publiques impulsées par l'Etat.

Concernant le soutien aux acteurs économiques, quelques dispositifs existent : pôles de compétitivité, dont la première mission consiste à labelliser des projets partenariaux avant obtention de financements publics ; pépinières d'entreprises accueillant les jeunes entreprises innovantes ou encore quelques dispositifs de financements issus d'Oseo. Cependant, aucune offre claire, simple et lisible pour les porteurs de projets n'est aujourd'hui disponible.

Côté recherche et enseignement supérieur, les choses sont encore plus inquiétantes. D'une part, la France est peu attractive pour les métiers de la recherche (voir l'article Jeune chercheur en France : un statut peu enviable). D'autre part, les conditions d'études supérieures à Paris sont marquées par une précarisation accrue des étudiants, jeunes chercheurs (locaux universitaires en mauvais état, bourses insuffisantes, déséquilibres entre écoles d'ingénieurs et universités, logements publics étudiants trop peu nombreux, logements privés hors de prix, etc.) et un accueil désastreux des post-doctorants et chercheurs étrangers renommés.

Cette situation est d'autant plus regrettable que Paris possède un attrait important auprès de ces derniers. La ville de Paris a donc incontestablement un rôle à jouer sur ces questions.

Rénover l'infrastructure de la créativité à Paris

Un milliard d'euros, c'est l'investissement prévu par la mairie de Paris pour mettre en œuvre son programme d'innovation. C'est 40% de plus que durant la dernière mandature. Pour autant, malgré ces ambitions affichées, il est difficile de savoir comment cette enveloppe sera utilisée. De la bouche même de Jean-Louis Missika, les actions s'inscrivant dans ce milliard d'euros ne sont pas encore arrêtées : « Il est trop tôt pour définir précisément la façon dont ce milliard d'euros va être réparti », déclare-t-il le 21 mai 2008.

Néanmoins quelques pistes ont été tracées, comme la création de 5 000 logements étudiants supplémentaires dont cinq cents réservés aux doctorants et chercheurs. Rappelons que Paris compte près de 300 000 étudiants… Egalement 55 000m² de pépinières et d'incubateurs sont programmés, dont 15 000m2 à Jussieu, l'instauration d'un conseil scientifique de Paris attribuant des financements pour les travaux de recherche ayant un intérêt pour la ville.

Par ailleurs, un nouveau fond sera créé pour financer l'amorçage de projets. Toutes ces mesures seront appuyées puis mises en œuvre progressivement, grâce à la création d'ici à 2010 de l'Agence parisienne de l'innovation.

L'intention est donc présente. Cependant, aucune information ne filtre concernant les modalités de mise en œuvre de ce programme, et le flou persiste sur les futurs contours de l'agence. Où seront construits les futurs logements étudiants ? Qui sera éligible et selon quels critères ? Selon quels critères les financements du fond seront-ils attribués ? Y aura-t-il des logements réservés aux étudiants internationaux ? Comment le conseil scientifique sera-t-il géré et quelle sera sa légitimité ? Autant de questions auxquelles nous n'avons pas encore de réponses.

Du côté institutionnel, deux nouveaux pôles de compétitivité à vocation mondiale seront créés, l'un dédié aux métiers du design et l'autre aux innovations urbaines et au développement durable.

Absente des déclarations d'intention, la mise en place de lieux de créativité dans lesquels des passerelles pourraient s'établir entre étudiants, chercheurs, designers, doctorants et entreprises. Paris manque cruellement d'espaces de rencontres où des individus n'ayant pas l'habitude de se côtoyer peuvent entrer en relation et réfléchir ensemble à des projets. Pourquoi ne pas imaginer des permanences durant lesquelles chercheurs et experts d'un domaine seraient à disposition d'étudiants porteurs de projets ? Encourager les rencontres entre acteurs de l'innovation

Même si la mise à niveau de l'infrastructure parisienne de l'innovation est une condition nécessaire au renforcement de l'attractivité de Paris, il devient indispensable dans un paysage de plus en plus éclaté (une dizaine d'universités à Paris, une dizaine d'écoles d'ingénieurs, plusieurs dizaines de laboratoires de recherche, de nombreuses PME innovantes) de créer des lieux dans lesquels les parties prenantes de la recherche, de l'enseignement supérieur et de l'innovation pourraient se rencontrer et échanger.



Conjointement à la création de lieux physiques favorisant la rencontre, et dans une perspective plus fine, il serait judicieux de réfléchir à des événements réunissant des étudiants d'horizons disciplinaires divers (sociologie, psychologie, ergonomie, design, informatique, biologie, etc.) où les meilleurs projets interdisciplinaires seraient financés par la mairie de Paris.

Pour conclure, l'amélioration de l'infrastructure est nécessaire mais non suffisante pour faire de Paris une ville innovante. Elle doit être accompagnée d'un programme visant à favoriser les échanges entre individus d'horizons différents, parties prenantes de l'innovation.

Il est certain que Paris est un échelon territorial pertinent pour capter la créativité urbaine et pour expérimenter la création et la mise en œuvre de programmes favorisant l'innovation. Attention cependant à ne pas négliger la dimension métropolitaine et les articulations à prévoir avec la région Ile-de-France pour toutes les initiatives conduites au cours des cinq prochaines années.

Antonin Torikian, chargé de mission innovation

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  • deecurl
    • Posté à 10h59 le 18/07/2008

    bien sûr qu'il est nécessaire de repenser l'urbanisme en IDF. après, quand le fruit de cette réflexion sera-t-il mis en oeuvre ? parce qu'il y a urgence.

    mais une belle innovation serait aussi d'arrêter de vouloir toujours attirer plus de monde à Paris et en IDF, et d'oeuvrer pour le développement de gros bassins d'emploi en province. qu'on vienne à Paris par choix et non plus par obligation parce qu'il n'y a pas de boulot ailleurs.
    la qualité de vie des gens qui choisiraient d'y rester (et de ceux qui pourraient en partir) en serait grandement améliorée.

    ceux qui se réjouissent toujours de voir de nouveaux arrivants à Paris ne prennent pas le métro le matin et n'ont sans doute jamais eu à chercher un logement à louer.

    • Xiaolin
      Xiaolin answers to deecurl
      • Posté à 17h02 le 18/07/2008

      On ne parle pas d'emploi, mais d'innovation. De faire de Paris une capitale novatrice en matière de recherche et d'enseignement. Un lieu de création, ce que la ville n'est plus depuis longtemps... Cela n'amènerait pas forcément beaucoup plus de gens. L'essentiel est déjà là, en partie prêt à bouger si on lui donne les moyens, en partie à espérer que cela lui tombe tout cru du ciel. En fait, peut-être un coup de pouce à la première partie suffirait-il...

    • nemo3637
      nemo3637 answers to deecurl
      Déchoukeur
      • Posté à 03h55 le 20/07/2008
      • Internaute
        Déchoukeur

      Paris est une ville magnifique. Poncif. J'adore y séjourner... huit jours ! On a raison de dire ici qu'il y a une différence entre une vie à Paris, avec ses inconvénients au quotidien, surtout quand on y travaille, et le séjour touristique. Ce qui est surprenant c'est l'étroit corset dans lequel elle se trouve (depuis 1840, je crois) alors que la plupart des capitale d'Europe ont pu s'étendre. C'est tellement ancré ces limites qu'on a du mal à imaginer Aubervilliers, Clichy etc... former les XXIe, XXIIe etc. arrondissements. Pourtant il devrait y avoir moyens d'y intégrer harmonieusement ces quartiers limitrophes.
      Je ne suis pas socialiste mais, dans notre contexte social actuel,dans son rôle, je trouve Delanoé compétent, efficace, intelligent. Il a sûrement des défauts mais il vaut mieux que tous ces adversaires politiques sur Paris.
      Au départ j'avais été choqué par cette multiplication de petits espaces verts, comme dans le XIX e, qui font râler les chauffeurs de taxi, condamnés à une voie étroite. Et puis, au quotidien, discutant avec des employés, des commerçants, j'ai constaté que tous ces aménagements, qui réduisent la circulation automobile, étaient plutôt bien acceptés. Ce n'est pas par hasard si le maire actuel a ainsi été réélu aussi facilement.
      Et puis il y aussi le dernier bus qui ramène les fêtards attardés. Ce sont tous ces petits plus qui rendent la vie plus agréable.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 12h03 le 18/07/2008
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    En matiere de ville-musée , Paris est une capitale parfaitement innovante , c'est vrai ..
    pour le reste , « vaut mieux en rire qu'en pleurer ..

    • pablico
      pablico answers to Numerosix
      Sudoku et Nord de face
      • Posté à 16h35 le 18/07/2008
      • Internaute
        Sudoku et Nord de face

      si l'on ne met l'innovation que dans l'architecture, c'est pas complet.
      il y a la plage, le vélo, mais les gens sont-ils heureux, joyeux ? ?
      c'est rendre heureux, joyeux la vraie innovation.
      Mais c'est une autre histoire.

  • NicolasB
    • Posté à 13h34 le 18/07/2008

    Tout d'abord, le titre ne semble pas convenir au texte. Bertrand Delanoë a pour ambition de faire de la Capitale une ville innovante. Ne serait-il donc pas plus judicieux de le remplacer par : « Delanoë y croit mais Paris peut-elle être une capitale innovante ? »

    A Paris, vous le savez, on est limité en matière d'espace. Cela n'est sans surprises car cette Capitale fait parti des grandes villes du monde. Alors, dire que la construction de nouveaux logements pour étudiants, par exemple, est limitée est choses vraie. Quelle est donc la solution la plus efficace, à mon avis, pour y remédier ? I ll faut aller chercher en banlieue. Après tout, ce projet du Grand Paris peut être utile dans d'autres domaines, celui de l'université par exemple. Cela serait de l'innovation. Construire des logements pour étudiants dans les Hauts-de-Seine, à Seine-Saint-Denis et mettre à leur disposition des cars ou bus pour qu'ils puissent se rendre sur leur campus serait idéal.

    Antonin Torikian, le maire de Paris gouverne la ville par simple stratégie. Il fait de la politique, de la vraie (hélas). Pour lui, être maire de Paris, c'est un des meilleurs rangs pour décrocher la Présidence du PS. Nul doute que les projets d'innovation dits peu connus du public ne soient pas pris au sérieux. C'est dommage, mais c'est comme ça. Son innovation s'arrêtera à l'Autolib, puis peut-être même à la création d'un nouveau concept pour les habitants de la Capitale. Son bilan sera donc : Vélib », Autolib », Paris Plage.

  • vol19
    • Posté à 13h51 le 18/07/2008
    • Internaute

    Sans doute est-ce celà qu'il faudrait faire... Pour avoir essayé à petite échelle, ce type d'activité, mêlant réflexion sur l'innovation dans les sciences, arts, entreprises pour des institutions (grandes écoles, collectivités) ... on se heurte à des problèmes institutionnels (ce n'est pas dans le schémas de pensée, ou on le fait une fois pour un coup de com), en outre se posent sur Paris les problèmes de transports (les lieux ressources sont très étalés dans la région parisienne) ce qui freine beaucoup d'initiatives, enfin le manque d'un cadre spécifique d'un lieu qui soit lui suffisament original et valorisant et qui puisse instituer ce genre de démarches (rencontres, incubations, cours..).

    Pour avoir rencontré et parfois connu nombreux acteurs qui réfléchissaient sur ce domaine depuis les années 90 et observé quelques expériences en Province, c'est certes une belle utopie, sans doute indispensable aujourd'hui, d'ailleurs qui revient par intermittences, mais qui a toujours très mal fonctionné dans nos structures, malgré beaucoup de foi, d'énergie de quelques-uns.

    Celà demande du temps pour se mettre en place, la manie, c'est de faire un coup de pub institutionnel pendant un ou deux ans avec des budgets toujous plus faibles que promis puis après l'abandon.

    On retrouve en fait dans l'urbanisme, les mêmes rigidités sociales que l'on retrouve à tous niveaux qui freinent les processus (activité hors corporatisme), rencontres, prises de risques, mise en commun... effectivement il faudrait, un cadre, une « protection » des projets, et donc des moyens véritables. L'innovation nécessite dans les organisations, des « espaces transitionnels », des espaces de débats qui ont été précisement détruits un peu partout de part le mode de management actuel et les tensions sociales, ce qui crée d'ailleurs la souffrance au travail.Pas facile avec cette maladie du lien au travail dans la société, d'impulser des processus complexes, de prises de risques qui mènent à l'innovation au moment ou chacun tend à se couvrir des risques de toutes sortes.

    Bonne chance... par expérience ce n'est pas facile, et ne l'a jamais été en France. (c'est un des enseignements qui m'a d'ailleurs conduit à rendre mon tablier...)

  • Albufera
    Albufera
    Observateur.
    • Posté à 14h04 le 18/07/2008
    • Internaute
      Observateur.

    Le problème de Paris est plus dans les têtes que nulle part ailleurs : souvenons-nous de la pétition navrante des enseignants de L » EHESS qui -sans rire ! - ne voulaient pas déménager du boulevard Raspail au prétexte que le banlieue était incompatible avec leur activité intellectuelle ; souvenons également de l » indignation soulever au palais de justice de Paris alors que son personnel devait se rendre à un autre bout du monde, le treizième arrondissement de Paris... Paris manque d » espace par rapport aux autres capitales du monde tout simplement parce qu » on appelle Paris cette partie du territoire qui se trouve à l » intérieur du périphérique, ce qui au fond n » est qu » une fiction territoriale : « décentralisons » quelques grandes institutions de Paris intra-muros en proche banlieue et Paris s » agrandira naturellemment...

    • VinceDeg
      VinceDeg answers to Albufera
      • Posté à 15h41 le 18/07/2008
      • Internaute

      « Décentralisons quelques grandes institutions de Paris en banlieue » : justement, les dix plus grandes écoles d'ingénieur parisiennes se sont associées pour former une université, Lien, et vont déménager sur le plateau de Saclay pour former un nouveau campus, parfois au forcing face à des enseignants-chercheurs et des étudiants réticents.

      Il est vrai que Paris n'offre plus de perspectives pour ces écoles, qui ont un besoin impérieux de se développer face à la mondialisation... Côté étudiants, nous sommes perplexes : sommes nous bêtement conservateurs, ou n'allons nous plus retrouver le confort et la richesse culturelle du quartier latin ? De toutes façons, le mouvement est en marche, autant essayer de faire qu'il soit bien fait (campus bien construit, bien déservi, vie culturelle, commerces) que s'y opposer. Mais d'ici peu (2015-2020 d'après la direction), il n'y aura presque plus aucun étudiant ingénieur à Paris. Dommage pour cette ville extraordinaire, et peut-être aussi pour nous.

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