Chez Jean-Yves Camus

Le point de vue de Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite et des questions d'identité.

L'assassinat de Pierre Goldman, entre barbouzerie et fascisme

Jean-Yves Camus
Chercheur en science politique
Publié le 27/01/2010 à 13h00

Aveux tardifs et sous couvert d’anonymat : dans le documentaire « Comment j’ai tué Pierre Goldman », réalisé par Michel Despratx et diffusé le 29 janvier sur Canal+, un militant français d’extrême droite affirme avoir été l’exécutant du meurtre de Goldman sur ordre du dirigeant du Service d’action civique (SAC), une officine de police parallèle liée au parti gaulliste. (Voir l’extait vidéo).

Un acte politique, idéologique, dit-il. La piste, qui impliquerait des complicités policières, amène inévitablement à des noms souvent cités dans les années 70 qui, en Italie surtout, mais dans une moindre mesure en France, puis en Espagne et au Portugal à la chute des dictatures, voient se mettre en place la « stratégie de la tension ».

Autrement dit, une imbrication étroite entre des hommes de l’extrême droite activiste, souvent rescapés de l’OAS pour les Français, et les services de renseignement étatiques, hantés par le spectre du communisme, du gauchisme et de la « subversion ».

Dans l’affaire Goldman, on évoque donc Aginter Press, Stefano Delle Chiaie et des soldats perdus de l’OAS tombés dans la délinquance de droit commun. Rien de bien nouveau en vérité, hormis le fait que, prescription aidant, un homme, dont le nom reste secret pour l’instant, parle et s’accuse.

Relire « Dossier néo-nazisme »

Le fond de l’histoire lui, est connu depuis longtemps. L’assassinat de Pierre Goldman se produit le 20 septembre 1979. Or, dès 1977, les éditions Ramsay avaient publié un livre fort décrié mais qu’il est utile de relire : « Dossier néo-nazisme », de Patrice Chairoff, préfacé par Beate Klarsfeld.

Ouvrage scientifiquement invalide, écrit sur le ton alarmiste et moralisant qui sied aux dénonciations habituelles d’une hypothétique « internationale noire ». Mais ouvrage non dénué d’intérêt par certaines informations factuelles qu’il contient et qui seront confirmées, plus tard, par des sources plus soucieuses de rigueur.

Ainsi, que les tueurs de Goldman aient été liés à l’officine barbouzarde Aginter Press, basée dans le Portugal de Salazar, n’étonnera personne : Chairoff indiquait déjà que lors de la Révolution des œillets à Lisbonne, en 1974, « les archives d’Aginter Press avaient été saisies in extenso », puis que les ambassades de France et des États-Unis au Portugal avaient exercé « des pressions discrètes mais fermes pour que le contenu des documents ne soit pas publié », en raison des liens existants entre ce groupe d’extrême droite et les services de renseignements des deux pays.

En 1978 c’est Frédéric Laurent, alors journaliste à Libération, qui enquête et publie chez Stock, « L’Orchestre noir ». L’histoire d’Aginter Press, des demi-soldes de l’OAS recyclés dans la barbouzerie et le banditisme, celle de Delle Chiaie, pivot fasciste mais probablement manipulé, de la stratégie de la tension italienne, y est écrite en détails. Tout comme les débuts du contre-terrorisme anti-ETA, qui aboutira à la création des GAL par l’État démocratique ( ?) espagnol, utilisant des militants français d’extrême droite comme exécutants : autre piste évoquée dans l’assassinat de Goldman.

Enfin en 1986 chez Fayard, Rémi Kauffer s’intéresse à « L’OAS : histoire d’une organisation secrète ». Tout y est déjà : Aginter encore ; le nom d’un des principaux suspects du meurtre de Goldman, déjà évoqué en 1979 et issu de l’OAS.

Mais surtout, le récit détaillé de la manière dont les services français ont, après la fin de l’OAS, progressivement intégré à leur lutte contre le « péril rouge » une kyrielle d’activistes pro-Algérie française. Une histoire qui se termine en 1982 avec l’invraisemblable réintégration dans leur grade des anciens généraux factieux, votée par une Assemblée nationale à majorité de gauche, à l’instigation du chef de l’État et contre l’avis de plusieurs de ses proches.

Requalifier l’assassinat de Goldman en acte terroriste

En 2009, les universitaires François Cochet et Olivier Dard ont dirigé la publication, chez Riveneuve éditions, d’un ouvrage intitulé « Subversion, anti-subversion, contre-subversion ». On y lira avec intérêt la contribution de leur collègue suisse Luc Van Dongen sur la personnalité de Robert Leroy, un ancien volontaire français de la Waffen SS qui fut sans doute un des cadres les plus sérieux d’Aginter, centrale contre-révolutionnaire qui effectuait pour le compte de plusieurs États occidentaux les sales besognes qu’ils ne pouvaient (ou ne voulaient) pas assumer. Y compris le travail d’infiltration, voire de manipulation de certains groupuscules gauchistes, ce dont le catholique intégriste Leroy se fit une spécialité.

Trente ans après la mort de Pierre Goldman -dont il faudrait aussi préciser qu’il fut sans aucun doute d’autant plus facilement choisi pour cible qu’il revendiquait fièrement son identité de juif et de fils de résistants-, il reste encore un moyen juridique de faire la lumière sur un meurtre dont on connaît déjà la trame et les motivations politiques.

Il suffit de requalifier les faits en acte terroriste. On pourrait alors envisager aussi d’élucider deux meurtres politiques jamais élucidés : celui du militant tiers-mondiste Henri Curiel, le 4 mai 1978 à Paris, et celui du dirigeant néo-fasciste François Duprat, mort en Seine-Maritime dans sa voiture piégée le 18 mars de la même année.

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  • batila-
    batila- répond à kebra
    • Posté à 02h55 le 30/01/2010
    • Internaute 34191

    Né en 79, je ne peux pas être pied-noir...
    Mais je n’ai pas honte de dire que la moitié de ma généalogie a passé un petit siècle en algérie. La plupart n’en parle plus. Comme si cela n’avait jamais existé...
    Je ne pense pas être partisan. J’ai une vision différente de la vôtre que je n’en respecte pas moins, étant sans aucun doute davantage étayée. Mais je ne peux pas faire l’économie de mon point de vue.
    Et je peux vous assurer que que bons nombres d’attentats (attribués à l’OAS comme au FLN) ne peuvent pas avoir été commis par des personnes qui aimaient l’algérie. On a mis le feu aux poudres, sans doute à l’instigation de la métropole. Et ce choix, les algériens n’ont pas fini de le payer, malheureusement.
    La seule réhabilitation dont je suis fier, c’est celle de mon grand-père, blessé au front en 40 et 44, officier de carrière, qui a passé 10 mois à la santé en 62 pour avoir laisser des armes aux harkis (contre l’avis du général, qui a donné l’ordre d’arrestation).

     
    • kebra
      kebra répond à batila-
      Bisounours killa
      • Posté à 03h29 le 30/01/2010
      • Internaute 8550
        Bisounours killa

      J’aurai mieux fait de lire ce message avant de répondre au précédent. On arrive au fond du litige sans fanfaronnade et rodomontade.

      J’ai grandi au milieu des rapatriés parisiens de Belleville au boulevard Voltaire. J’ai hérité de la grande bouche, de la vanne rapide et de l’emportement express. Mais sans étude universitaire de la question, j’ai un gros bagage. Mon père était dans les services spéciaux suite à la résistance militaire en Algérie et au Maroc puis en Allemagne et enfin en France. Il a connu certain des protagonistes de l’histoire cachée de la fin de l’Algérie française. Il a quitté ce monde pendant cette crise car il revivait les horreurs internes de la résistance et de l’épuration. Il n’en parlait pas beaucoup non plus, traumatisme énorme.

      Il n’a pas eu l’occasion d’armer les harkis mais il avait commandé des troupes indigènes pendant la guerre du Rif, la débâcle de 40 et la bataille d’Alsace de la première armée en 45, souvent avec très peu de pieds-noirs dans l’unité, je suis presque certain qu’il aurait aussi armé. Bien après, il a fait passé du fric pour les armes de Massoud.

      J’ai forcément un prisme particulier, je vais gratter en dessous du vernis. Je suis donc souvent traité de romancier, c’est un compliment mais j’ai deux romans non publiés au compteur, Le document m’a rapporté bien plus. D’où mon coup de colère sur votre première sortie lapidaire. Je fournis volontiers des sources en général mais c’était mal parti. Espérons un meilleur prochain dialogue.

      • batila-
        batila- répond à kebra
        • Posté à 03h41 le 30/01/2010
        • Internaute 34191

        Sans doute plus instructif pour moi que pour vous. Désolé d’avoir réagi de la sorte. J’ai ce défaut de provoquer pour apprendre, et ça marche assez bien. Rue 89 est assez bien fait pour ce type d’échanges « musclés ».
        Je n’ai pas eu la chance de connaître cette vie des rapatriés. J’étais à Belleville tout à l’heure -je ne suis pas très loin- , le temps a effacé leurs trace, comme dans l’Histoire...
        Au plaisir de vous lire.

        • kebra
          kebra répond à batila-
          Bisounours killa
          • Posté à 03h58 le 30/01/2010
          • Internaute 8550
            Bisounours killa

          Il reste des ilots sur le boulevard de Belleville et le Voltaire, les derniers dinosaures, pour les enfants parti jeune ou né en arrivant, les pauvres sont à Sarcelles et les riches à Neuilly. Surtout pour les juifs et les protestants, les autres sont moins arrivé à Paris. Ils s’étalent de Perpignan à Nice. Et sont souvent redoutables même les progressistes se bloquent sur l’Algérie et les Arabes. Pas tous. Mais ceux que veut flatter Frêche avec ses sorties de grande bouche très apprécié de cette frange.

          C’est très complexe, trop pour les francaouis de base.

          A une prochaine sur un sujet moins casse-couilles !

          • tOrDrE L¤RdRe
            tOrDrE L¤RdRe répond à kebra
            VALLSS89
            • Posté à 10h22 le 30/01/2010
            • Internaute 50571
              VALLSS89

            aller faites-vous un bisou, c’est pas beau la fraternitude, hein ?

            • kebra
              kebra répond à tOrDrE L¤RdRe
              Bisounours killa
              • Posté à 11h21 le 30/01/2010
              • Internaute 8550
                Bisounours killa

              Méfie toi de la justice chinoise...

          • batila-
            batila- répond à kebra
            • Posté à 13h36 le 30/01/2010
            • Internaute 34191

            C’est vrai, même moi dont l’autre moitié de ma généalogie est « française », j’ai du mal à piger. Car au fond c’est de la politique. Dans ma famille « pied-noir », ils ont tous eu des liaison plus ou moins sérieuse avec des ressortissants du maghreb. Mon grand père a élevé les enfant de sa deuxième femme, dont le père était algérien, comme ses propres enfants. Mon père est un rapatrié-expatrié (il est résident marocain, pied-noir d’algérie, devenu musulman pour se marier, mes demi-frères et soeurs sont franco-marocain). Et pourtant leurs idée sont très à droite. Mais ce n’est pas du racisme.
            C’est autre chose.
            Pour ma part, autant je suis choqué quand j’entends des français d’origine algérienne sur l’histoire de nos pays, car ils ont souvent un jugement hâtif fondé sur peu de connaissance. Ceux qui ont connu la colonisation et sont venu ensuite en france sont beaucoup plus circonspect devant une situation historique complexe.
            Je discute plus volontiers avec des algériens de souche, arrivé en france vers 20 ans, qui connaissent leurs pays et le nôtre et font bien la différence. Il y a chez eux un respect, une curiosité et une ouverture, la où bien souvent chez nos compatriote, il y a fermeture, mépris et ignorance !
            Si vous avez des adresses, dans le quartier, ça m’intéresse...

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