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« Ni No Kuni », un jeu pour les grands enfants

Publié le 24/02/2013 à 11h30

Lorsque deux mastodontes s’associent pour créer un jeu vidéo, forcément, c’est un petit évènement. Pour  « Ni No Kuni », on trouve d’un côté Level 5, réputé pour ses jeux d’aventure et son célèbre professeur Layton, et de l’autre le studio Ghibli, qui apporte tout son savoir faire en matière d’animation. 

C’est ce dernier qui a réalisé « Princesse Mononoke »,  « Le Château ambulant » ou encore « Le Voyage de Chihiro ». Autant d’univers magiques qui s’adaptent parfaitement à un jeu d’aventure, et débarquent enfin en français.

Un vrai dessin animé interactif

Ce qui saute aux yeux dès les premières minutes (après avoir patienté le temps de la longue installation), c’est cette patte, ce style propre aux animateurs du studio de Hayao Miyasaki. « Ni No Kuni » est un jeu très haut en couleur et plein de charme.

Le choix de la technique du « cell shading » est particulièrement adapté, et le rendu ressemble de très près à un film d’animation. A tel point que les séquences animées sans calcul de la Playstation 3 semblent manquer de fluidité. Un comble.

Il faut savoir que ce jeu est déjà sorti il y a deux ans au Japon et initialement sur Nintendo DS (une console portable donc), ce qui explique peut être ces petites carences.


Les phases en dessin animé sont moins fluides que le jeu lui même (Level 5)

L’écriture est accordée avec le charme que dégagent les graphismes. Le joueur incarne Oliver, un jeune garçon comme les autres qui va voir décéder sa mère, après qu’il a commis une bêtise. Derrière cet évènement d’une très grande tristesse, se cache une sorcière maléfique qui œuvre depuis un monde parallèle.

C’est en pleurant sur son doudou qu’Oliver réveille la fée (monsieur Lumi) qui s’y cachait. Ce dernier lui révèle qu’il y aurait encore un moyen de sauver sa mère, piégée dans un autre monde.

Plutôt classique et naïve, l’histoire parvient tout de même à captiver le joueur via les sentiments liés à lar perte maternelle, qui peut toucher tout le monde. Pour l’observateur passif, « Ni No Kuni » s’adresse donc aux enfants et rien qu’à eux.

C’est une fausse impression, et c’est tout le paradoxe de cette histoire. Elle se termine d’ailleurs avec un certain nombre de rebondissements et une fin beaucoup moins gnangnan qu’on aurait pu le prévoir.

Un système de jeu de rôle très classique

Si l’histoire est importante dans un jeu de rôle, le système de jeu et la gestion des combats sont primordiaux. La progression est d’un classicisme éculé ; on accumule de l’expérience, on s’améliore en gravissant les échelons et en faisant l’acquisition de matériel de plus en plus performant. La gestion de l’inventaire est simplifiée pour permettre au plus grand nombre de s’en sortir.

Au bout d’une quinzaine d’heures de jeu, l’ensemble des fonctions seront disponibles et l’équipe sera complète. Cette dernière est constituée de trois personnes (tous magiciens, dont Oliver au cœur pur) et de familiers qui répondent aux règles classiques du chifoumi.

Ils sont liés à certains éléments, ont des affinités particulières avec certains maîtres et sont versés soit dans la magie, soit dans les attaques physiques. A la manière des Pokémons, on les collectionne pour les faire évoluer et les utiliser au mieux en fonction des situations.


C’est dans un livre qu’Oliver découvre tout sur le monde qui l’entoure et ses pouvoirs magiques (Level 5)

Le joueur évolue en deux phases. L’exploration qui expose à des rencontres plus ou moins fortuites avec des monstres de passage (on peut les distinguer sur la carte) et les villes et niveaux spécifiques qui développent l’histoire.

Evidemment, ce long voyage sera l’occasion de proposer des ambiances très différentes  : forêts luxuriantes, déserts, mers chaudes, volcans, villes industrielles ou au contraire très organiques. Le tout toujours et encore avec cette patte magique de Ghibli et une superbe photographie.

Le plus important, c’est l’histoire

On reste sur un sentiment partagé, où se mêlent l’enchantement devant les tableaux proposés, la légèreté du propos... et l’ennui provoqué par les longues séances de «  leveling  », c’est-à-dire d’enchaînement de séquences de combat pour améliorer ses familiers.

Les gens de Level 5 s’en sont probablement rendu compte et ont proposé un mode de difficulté allégé pour s’ouvrir au plus grand nombre et se concentrer sur l’histoire.

Les quêtes annexes sont loin d’être irréprochables. Ce sont les mêmes personnages que l’on retrouve d’un bout à l’autre de la carte. A ce titre, l’explorateur qui perd son carnet au moins cinq fois sur toute la durée de l’aventure est particulièrement pénible.

Il en va également ainsi pour toutes les recettes d’alchimie réalisables à l’aide d’un chaudron magique. Vous passerez des heures à trouver le bon élément perdu à l’autre bout de la carte. Les sites de solution sur Internet seront très précieux pour éviter la frustration.


L’apport de Ghibli a été capital pour le design du jeu. Un régal pour les yeux. (Level 5)

L’absence du livre de magie (plus de 200 pages), uniquement livré avec la version collector (qui se négocie à prix d’or en ce moment) est très regrettable. Sa version digitale incluse dans le jeu n’est pas mauvaise, mais les formules et informations qu’il contient sont souvent utiles et malheureusement pénibles à chercher via des menus.

Malgré tous ces défauts, Ni No Kuni doit passer entre les mains des amateurs de jeux de rôle. Equilibrer des cœurs brisés en transférant les qualités en excès chez les uns, vers les autres en carence va dans le sens de la recherche du bonheur et de la vie.

C’est encore un élément que l’on retrouve beaucoup dans les productions Ghibli. Des pensées positives et bienveillantes qui font souvent défaut dans le jeu vidéo.

Le plus important est donc de se dire que l’on va faire un beau voyage dans un autre monde (« Ni No Kuni » signifie justement le second monde). Le jeu parle un peu à tous les enfants qui sont encore au fond de nous et parvient à susciter de l’émotion. C’est déjà un beau résultat pour un jeu vidéo.

Infos pratiques
Ni No Kuni
La vengeance de la sorcière célèste

Ni No Kuni sur Playstation 3, environ 60€ pour la version de base, version collector à 90€ à la sortie du jeu, environ 150€ maintenant.

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  • 8 réactions
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  • Yavin
    Yavin
    Etudiant
    • Posté à 17h31 le 24/02/2013
    • 183985
      Etudiant

    « l’ennui provoqué par les longues séances de “ leveling ” »
    Vous aussi ça vous a vite saoulé le bashing de Toko ?

    Sinon, MERCI ! Enfin une véritable review, qui ne se prosterne pas devant le jeu façon « GHIBLI <3 ! LEVEL-5 <3 ». D’accord avec pas mal de points de votre critique. J’ajoute : avez-vous vu la taille des villes/donjons ? Tout simplement ridicule !

    Sinon, juste pour l’humour, regardez ceci

    • amipb
      amipb répond à Yavin
      Chef de projet à Barcelone
      • Posté à 17h41 le 24/02/2013
      • Internaute 28823
        Chef de projet à Barcelone

      Leveling, bashing, review : c’est amusant de voir à quelle vitesse notre langue disparaît, souvent derrière des termes aisément traduisibles.

      Deviendrait-on fainéants ou s’agit-il d’une nouvelle mode pour paraître en groupe ?

      • Vincent Elmer
        Vincent Elmer répond à amipb
        Gamer
        • Posté à 19h01 le 24/02/2013
        • Internaute 163738
          Gamer

        C’est un vocabulaire qui est relatif au jeu vidéo. Généralement, je fais attention, c’est pourquoi je l’avais mis entre guillemets. Mais oui, d’une certaine manière le vocabulaire correspond à la communauté des joueurs. Bien qu’ici, j’essaie tout de même de parler à tout le monde.

      • Jaguar_Flemmard
        Jaguar_Flemmard répond à amipb
        sur une branche
        • Posté à 13h20 le 26/02/2013
        • Internaute 198737
          sur une branche

        une petite vidéo sur le sujet

        Réagissons ! Sauvons la langue française et battons nous pour remplacer leveling par nivelation positive. ^^

  • sandy keelow
    sandy keelow
    développeur
    • Posté à 17h55 le 24/02/2013
    • Internaute 131307
      développeur

    « les séquences animées sans calcul de la Playstation 3 semblent manquer de fluidité. Un comble. »

    C’est normal c’est du 24 images/secondes alors que le jeu est en 50 ou 60, et 24 images/secondes ce n’est pas fluide, ça ne l’a jamais été...

    • Vincent Elmer
      Vincent Elmer répond à sandy keelow
      Gamer
      • Posté à 19h03 le 24/02/2013
      • Internaute 163738
        Gamer

      C’est assez normal effectivement, mais c’est tout de même choquant dans la version PS3. Là ou cela passe sur une console portable.

      Sinon, les films d’animation récents de Ghibli sont tout de même plus fluides. Enfin c’est mon impression.

      • sandy keelow
        sandy keelow répond à Vincent Elmer
        développeur
        • Posté à 20h38 le 24/02/2013
        • Internaute 131307
          développeur

        Il faut dire aussi que c’est plus simple car la console portable n’a pas un écran différent selon les pays...
        Par exemple si on joue le jeu sur une PS3 sur un écran en PAL il faut que les cinématiques aient été encodées en 24 fps simplement accéléré en 25 fps, alors que si on joue en NTSC il faut que la source ait été interpolée en 29.97 fps (3 : 2 pulldown) et elles ne pourraient pas être vue fluidement sur un téléviseur en mode PAL, il faut s’assurer que ce soit une « vraie » version PAL du jeu donc avec les cinématiques re-encodées à partir de la source en 24 et pas bricolées ou simplement copiées à partir de celle du jeu en V.O.

  • Steelskin
    Steelskin
    Dangereux gauchiste gay
    • Posté à 19h34 le 24/02/2013
    • Internaute 25107
      Dangereux gauchiste gay

    Pour moi, le gros point noir du jeu, c’est l’IA des compagnons, à se flinguer, et indirectement responsable de la moitié des séances de levelling. J’ai fini par abandonner toute vélléité de faire comprendre aux compagnons qu’aller en plein milieu des flammes, ça fait mal. Et encore, ça, c’est quand ils ne restent pas simplement plantés là, à ne rien faire.

    C’est dommage car Ni no kuni est vraiment un très très bon jeu autrement.

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