Journal d’un prof d’histoire

Entre injonctions politiques, nostalgie d’un passé fantasmé et routines professionnelles, l'enseignement de l'histoire peine à se renouveler et surtout à faire sens auprès des élèves. Au point que l'on peut se poser la question : l'histoire à l'école, pour quoi faire ?

De l’étoile jaune à l’opération pièces jaunes : dérive mémorielle à l’école

Bernard Girard
Enseignant en collège
Publié le 17/12/2012 à 16h19

« L’école a un rôle à jouer dans la transmission de la mémoire auprès des enfants et des jeunes. » Si l’on en croit une récente note de service émanant du ministère de l’Education nationale, la mémoire des élèves risque fort de virer au cafouillage. Un cafouillage qui n’est pas sans arrière-pensée.

La note de service a pour objet « la préparation de la commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale (2014-2018) et le 70e anniversaire des combats de la Résistance, des débarquements, de la Libération et de la victoire (2013-2015) ». Pas moins.

Dans cette scabreuse échelle du temps, on échappe de peu au bicentenaire de Waterloo (1815) ou encore au 500e anniversaire de la bataille de Marignan (1515).

Cette formulation, rassemblant dans un calendrier mémoriel fantaisiste et arbitraire des faits, des événements sans rapport entre eux n’est sûrement pas de nature à favoriser par les élèves la compréhension du passé. Outre qu’elle privilégie l’aspect purement militaire de l’histoire au détriment des conditions d’explication, elle se signale par des préférences affichées.

La Deuxième Guerre mondiale vue sous l’angle des « combats de la Résistance, débarquements, la Libération et la victoire » alors que Vichy, la Shoah ou Hiroshima sont mis entre parenthèses, quand bien même l’extermination programmée des Juifs ou de toute la population d’une ville japonaise confèrent à cette période son caractère d’exemplarité, qui, précisément, justifie son enseignement.

Apprendre l’histoire, même au niveau des élèves les plus jeunes, c’est d’abord apprendre à contextualiser les faits, hiérarchiser les informations, tout le contraire du bourrage de crâne à visée patriotique que prépare cette note de service.

Amalgames en tout genre

Organiser la confusion, rendre inintelligible, brouiller les repères, relativiser ce qu’au contraire il faudrait mettre en relief, l’Education nationale s’y emploie à travers l’élaboration d’un calendrier annuel – sous la dénomination fourre-tout de « mémoire et citoyenneté » – regroupant un nombre impressionnant de « temps forts », de journées ou de semaines de « sensibilisation », déclinés dans un invraisemblable catalogue à la Prévert.

Au cours de leurs 36 semaines de travail, les élèves sont sollicités par des préoccupations aussi diverses et variées que (en vrac) :

  • la commémoration de 1918 et de 1945 ;
  • la coupe nationale des élèves citoyens, à ne pas confondre avec le prix de l’éducation citoyenne ;
  • le concours des petits artistes de la mémoire (sic) ;
  • la journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité ;
  • la journée nationale de la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition ;
  • le concours des écoles fleuries ;
  • la journée internationale des femmes ;
  • le Parlement des enfants ;
  • l’opération pièces jaunes ;
  • etc.

De l’étoile jaune à l’opération pièces jaunes, chaque élève saura trouver son chemin, à moins que, plus probablement, il ne s’y noie corps et âme.

Une mémoire scolaire revisitée par l’armée

Dans cette même note de service, le flou artistique qui entoure les notions de mémoire et citoyenneté n’est pas le fait du hasard ou d’une quelconque négligence rédactionnelle. On y apprend en effet qu’« une mission interministérielle intitulée “ Mission des anniversaires des deux guerres mondiales ” a été mise en place auprès du ministre de la Défense afin d’organiser ces commémorations ».

Autrement dit, l’armée se voit promue organisatrice de la commémoration des deux guerres mondiales en milieu scolaire, appuyée par une nébuleuse de comités académiques au sein desquels les associations d’anciens combattants occupent une place de choix.

A quel titre, avec quelle légitimité, les responsables militaires interviennent-ils avec un tel aplomb dans ce qui n’est pourtant pas de leur ressort ? La réponse est à rechercher dans l’étroite collaboration menée depuis un protocole signé en 1982 par les ministères de la Défense et de l’Education nationale, visant à favoriser « l’esprit de défense » chez les scolaires. Une politique jamais démentie depuis 30 ans, quelle que soit la couleur politique du gouvernement et renforcée par des textes règlementaires toujours plus contraignants.

L’armée s’incruste dans les valeurs éducatives

Ainsi la circulaire du 13 septembre 2007 affirme d’emblée :

« Au collège et au lycée, l’ensemble des disciplines doit concourir à l’éducation de la défense. »

Tout doit être mis en œuvre pour concourir à ce que les responsables appellent une « culture de défense ». Depuis la formation des enseignants, confiée à des « trinômes académiques » théoriquement placés sous la tutelle du recteur, mais en fait chapeautés par l’autorité militaire territoriale et l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN).

Jusqu’aux programmes scolaires, en passant par les enseignants-chercheurs des universités et les conseils de la vie lycéenne (CVL), l’option découverte professionnelle en classe de troisième, les programmes scolaires, et même le choix des sujets d’examen (au DNB en classe de Troisième) l’armée s’incruste dans l’ensemble des structures éducatives. Une culture de guerre, qui, aujourd’hui, prétend avoir sa place dans l’enseignement de l’histoire.

Si la mémoire des deux conflits mondiaux devait s’inscrire dans le cadre étroit et insidieux défini par l’Education nationale, elle passerait à côté du sujet.

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  • Guillaume_75
    Guillaume_75
    Globalement plutôt de droite (...)
    • Posté à 16h44 le 17/12/2012
    • Internaute 164411
      Globalement plutôt de droite (...)

    « l’armée s’incruste dans l’ensemble des structures éducatives »

    oui enfin bon, il ne faut peut être pas exagérer non ?

    - l’histoire des 2 guerres mondiales a quand même beaucoup à faire avec le domaine du militaire, hiroshima aussi décision militaire stratégique avant tout, l’avènement de la bombe fut aussi au coeur d’un équilibre militaire pendant les 50 années qui suivirent...

    Quant à la Shoah, il me semble que dans la note de service dont vous parlez on mentionne les génocides, déportations, etc donc il y a de la place pour parler de la Shoah non ?

    Ce que je regrette plus, c’est que l’on risque de donner aux enfants une vision très franco centrée de la guerre, ce qui pourrait aller (et encore pour la première), mais la deuxième GM est vraiment un gigantesque conflit à l’échelle du monde et c’est surtout cette perspective qu’il faudrait donner, Asie, Chine Japon, Etats, Unis, Afrique, Europe bien sur , etc...

    Les suggestions que vous faites, Vichy, Shoah, Hiroshima sont également extrêmement réducteurs pour comprendre la deuxième guerre mondiale, ses enjeux, son déroulement, etc...

    Enfin quant à l’influence de l’armée, la réduction par deux de ses effectifs en 20 ans, et la quasi incapacité qu’elle a à remplir ses missions de base, me font très sérieusement douter de sa capacité à influencer les professeurs.

    Surtout que si ces professeurs, à votre image, sont manifestement rétifs à la chose militaire...

    En revanche je vous rejoins, quand vous dites ;
    « Cette formulation, rassemblant dans un calendrier mémoriel fantaisiste et arbitraire des faits, des événements sans rapport entre eux n’est sûrement pas de nature à favoriser par les élèves la compréhension du passé. »

    Cette formulaire assez indigeste amène à se poser des questions sur la rédactions des programmes scolaires....

    • cousinmachin
      cousinmachin répond à Guillaume_75
      humaniste misanthrope
      • Posté à 19h25 le 17/12/2012
      • Internaute 166102
        humaniste misanthrope

      Vous n’avez pas tord, mais le monsieur déplore justement que le commémoriel prenne le pas sur l’analyse et la mise en perspective.

      • Guillaume_75
        Guillaume_75 répond à cousinmachin
        Globalement plutôt de droite (...)
        • Posté à 11h28 le 18/12/2012
        • Internaute 164411
          Globalement plutôt de droite (...)

        Et ça je suis bien d’accord,

        Mais le dire puis suggérer ensuite que l’on pourrait traiter la 2nde guerre mondiale en parlant de Vichy, la Shoah et Hiroshima me semble justement dénué de toute perspective,

        Un traitement tout autant par le petit bout de la lorgnette,

        En somme le manque de perspective sied à ce prof, pour autant que les 2/3 sujets sortis de leur contexte lui conviennent...

        Je vois d’ici le traitement de Vichy :
        - les gros français, méchants, collabo, racistes, tout le pays au service de l’idéologie nazie, etc, et hop une bonne vision noire et blanc sur un sujet tellement complexe...

        Ou d’Hiroshima,
        - les Américains aucune morale, aucun respect de la vie, comme aujourd’hui d’ailleurs cf Irak, Afghanistan, etc... en omettant les évènements dramatiques des années précédentes qui amenèrent à l’usage de la bombe...

        Mais peut être me trompe-je ?

  • asozial
    asozial
    Bobo Hipster from Gentrified (...)
    • Posté à 16h51 le 17/12/2012
    • Internaute 2273
      Bobo Hipster from Gentrified (...)

    vous n’avez pas fini d’en bouffer de la première guerre mondiale en France, je suis content d’être chez les perdants, ça devrait être plus calme...

    • Sergent Bernardo Zorro
      Sergent Bernardo Zorro répond à asozial
      Europe ? Salope ! Tu t'es (...)
      • Posté à 17h35 le 17/12/2012
      • Internaute 196161
        Europe ? Salope ! Tu t'es (...)

      si vous êtes européen vous êtes chez les perdants hein...

      • asozial
        asozial répond à Sergent Bernardo Zorro
        Bobo Hipster from Gentrified (...)
        • Posté à 17h52 le 17/12/2012
        • Internaute 2273
          Bobo Hipster from Gentrified (...)

        pas faux, mail y a les super perdants genre l’autriche et la turquie...

         
        • 0173dom
          0173dom répond à asozial
          retraité
          • Posté à 18h27 le 17/12/2012
          • Internaute 111751
            retraité

          en fait, ceux qui se portent le mieux ..........aujourd’hui !

        1 autres commentaires
  • Henri.D
    Henri.D
    enviable
    • Posté à 16h56 le 17/12/2012
    • Internaute 194688
      enviable

    « A quel titre, avec quelle légitimité, les responsables militaires interviennent-ils avec un tel aplomb dans ce qui n’est pourtant pas de leur ressort “

    Disons que des anciens combattant pour parler de la guerre c’est pas si saugrenu.

    La vraie question c’est comment un homme qui déteste son pays et l’histoire qui l’a composé en est réduit à l’enseigner dans le public ?

    Cessez de vous faire du mal Bernard et partez enseigner l’économie en Chine.

    • asozial
      asozial répond à Henri.D
      Bobo Hipster from Gentrified (...)
      • Posté à 17h55 le 17/12/2012
      • Internaute 2273
        Bobo Hipster from Gentrified (...)

      toi tu n’as pas compris la différence entre l’histoire et la propagande.

      c’est ce qui arrive quand on est victime de propagande.

      • Henri.D
        Henri.D répond à asozial
        enviable
        • Posté à 18h01 le 17/12/2012
        • Internaute 194688
          enviable

        Toi tu n’as pas compris l’Histoire.

        C’est ce qui arrive quand on fait péter les cours et qu’on ne lit pas les livres (bon et si en plus on a Bernard comme prof alors là...)

    • Bernard Girard
      Bernard Girard répond à Henri.D
      Enseignant en collège
      • Posté à 18h11 le 17/12/2012
      • Expert 31637
        Enseignant en collège

      Sauf que les anciens combattants, ce sont principalement ceux des guerres d’Algérie et d’Indochine, pas spécialement légitimes pour parler de la lutte contre le nazisme.

      Pour ce qui est de l’économie de la Chine, je ne vois pas trop le rapport...

      • Chérimimie
        Chérimimie répond à Bernard Girard
        bacchante
        • Posté à 18h34 le 17/12/2012
        • Internaute 148166
          bacchante

        De rapport, je ne crois pas nécessaire qu’il y en ait un, on saisi facilement l’idée générale, parfaitement appropriée, de mon point de vue.

      • Henri.D
        Henri.D répond à Bernard Girard
        enviable
        • Posté à 10h56 le 18/12/2012
        • Internaute 194688
          enviable

        Je ne vais pas vous demander ce qui manque comme légitimité à des combattants d’Indochine et d’Algérie par rapport à un prof d’histoire né dans les années 60, j’ai peur que vous ne sombriez totalement dans le ridicule.

        Ne cherchez pas de rapport, je voulais juste alléger ce fardeau qui est le vôtre en vous dirigeant vers un pays plus ouvert et une matière moins sujette à discussion.

    • soimeqchau
      soimeqchau répond à Henri.D
      Salarié
      • Posté à 15h53 le 19/12/2012
      • Internaute 163695
        Salarié

      On peut aussi faire venir JM LePen pour parler de la guerre d’Algérie...

  • Schrödinger
    Schrödinger
    Poli et gentil. Très rue89.
    • Posté à 17h16 le 17/12/2012
    • Internaute 41709
      Poli et gentil. Très rue89.

    Mouais... C’est vous qui les donnez les cours d’histoire au final...

  • J-B
    J-B
    Etudiant. Si si, pour de vrai.
    • Posté à 17h22 le 17/12/2012
    • Internaute 58527
      Etudiant. Si si, pour de vrai.

    « Culture de guerre »

    Vous n’avez pas peur des mots. Ni du ridicule.

    C’était déjà assez pénible qu’on crie au meurtre à chaque fois qu’une virgule changeait de place dans un manuel d’histoire.
    Maintenant, ce marronnier semble être étendu à l’organisation de quelques sorties pédagogiques.

    • karlM
      karlM répond à J-B
      Précaire
      • Posté à 20h05 le 17/12/2012
      • Internaute 21378
        Précaire

      L’armée de la France républicaine s’est construite à la suite de l’’affaire Dreyfus sur les ruines de l’armée gérée par et au service... de l’élite.(nobiliaiare)
      Sur le même modèle, elle est au service des élites républicaines aujourd’hui pour « deviens toi-m^me » (la pub honteuse) que la France conserve son status d’envahisseur international (tchad, guinée, Cameroun, ect etc), on fait de la propagande à l’école.

      • Guillaume_75
        Guillaume_75 répond à karlM
        Globalement plutôt de droite (...)
        • Posté à 11h33 le 18/12/2012
        • Internaute 164411
          Globalement plutôt de droite (...)

        Ah, et quid de l’armée de Valmy ? de 1870, etc ?

        La France possède peut être un statut d’envahisseur (vous me direz ce que vous pensez des nombreuses missions réalisés sous l’égide de l’Onu mais bon bref) mais depuis quand les militaires ont-ils décidé de la moindre de leur mission ?

        Hors putsch d’Alger, réprimé comme l’on sait, je ne me souviens pas de la dernière initiative des militaires s’agissant de leur emploi et de leur mission ? Il me semble plutôt que c’est le politique qui décide non ?

  • Spiff
    Spiff
    Enseignant
    • Posté à 17h41 le 17/12/2012
    • Expert 39481
      Enseignant

    N’est-ce pas quelque peu exagéré au regard des conséquences concrètes de la note de service citée ?

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 18h33 le 17/12/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    je ne vois pas trop l’armée faire état des défaites, par exemple celles de 1940, ni les camps gardés par les gendarmes, concentrant d’abord les réfugiés espagnols, puis les Juifs et/ou les Tziganes avant leur déportation etc Va-t-elle parler de Dien Bien Phu ?
    L’Histoire risque donc fort d’être tronquée

    • Deamon7
      Deamon7 répond à caro
      Petit agité
      • Posté à 09h23 le 18/12/2012
      • 49273
        Petit agité

      La République se construit son petit roman tout en faisant plus que ce qui est requis au niveau de l’introspection (enfin ça dépend des sujets). C’est pas bien méchant.

      L’Éducation Nationale donne de bonnes bases historiques, bien qu’imprégnées idéologiquement, qui sont oubliées par la plupart des gens 2 ans après le bac, pour les autres, il suffit de lire pour déconstruire ses préjugés ou les nourrir.

      • Pi.K
        Pi.K répond à Deamon7
        Vilain Parisien
        • Posté à 13h52 le 18/12/2012
        • Internaute 105016
          Vilain Parisien

        L’Éducation nationale est chiante, et elle ne donne pas de bonnes bases historiques. Elle distribue des bribes de connaissances qui ne constituent pas un corpus scientifique cohérent (et ce dans toutes les matières).

        Permettez-moi de prendre un exemple dans ma discipline « principale », la philosophie. En terminale, le programme est construit de façon « duelle », avec des thèmes/notions d’une part, et des auteurs d’autre part. Les manuels (que personne n’utilise) contiennent une collection de textes, chacun étant trop court pour rendre compte proprement du mouvement de la pensée de son auteur (le cas le plus grave étant Descartes : couper les Méditations, c’est rendre absolument incompréhensible le raisonnement cartésien), et trop peu contextualisé pour rendre intelligibles les interactions entre différentes branches de la philosophie.

        Je ne sais plus si la philosophie de la connaissance est au programme de terminale (peut-être en L). Pour la plupart des gens, c’est une branche très ennuyeuse : savoir que tel auteur affirme qu’il existe une vérité indépendante, que tel autre considère que la vérité d’un énoncé dépend des valeurs (morales ou épistémiques) sur lesquelles il s’appuie, que tel autre nie qu’il puisse exister quelque chose de vrai, etc., c’est juste chiant quand on le raconte comme ça, même si les élèves comprennent ce qu’on leur dit (chose qui dépend largement de l’enseignant).

        Et pour cause : on n’explique que trop peu aux élèves les enjeux de certaines recherches pour d’autres branches de la philosophie (et d’autres disciplines, je ne suis pas sectaire). Enseigner des querelles de métaphysique sans expliquer en quoi elles sont importantes pour des questions de philosophie pratique (action et morale, politique, droit, et par extension économie) est le meilleur moyen d’endormir un élève, même à supposer qu’il soit intéressé. Et l’Éducation nationale commande aux enseignants de faire cela, tant en philosophie qu’en Histoire. Les élèves acquièrent des connaissances parcellaires, sans systématique, et finalement sans intérêt. On pourrait continuer ainsi dans presque toutes les matières, mais ce serait une perte de temps.

        Il est évidemment difficile de fournir à la fois les connaissances et les raisons de leur intérêt (ce serait trop facile), mais il y a de sérieux efforts à faire de ce côté. À l’heure actuelle, il faut arriver dans les études supérieures pour apprendre des choses vraiment pertinentes. En Histoire, on apprend à analyser les relations entre des faits, les enjeux de telle bataille, de tel développement technologique, etc., au lieu de retenir « 1515=Marignan » sans situer cette bataille dans le contexte de la Renaissance, ou « Belle Époque=1900-1914 » sans replacer cela dans un contexte riche (souvenir de la guerre de 1870, avancées technologiques, renouveau artistique, reconstruction a posteriori d’une « Belle Époque » après le traumatisme de 1914-1918, etc.).

         
        • Deamon7
          Deamon7 répond à Pi.K
          Petit agité
          • Posté à 14h15 le 18/12/2012
          • 49273
            Petit agité

          Il ne me semble pas que mes profs de lycée ont fait l’impasse sur le contexte et le passif historique qui ont amené la Guerre de 14-18. Il y avait quelques banalités (genre le coup des troupes allant au front « la fleur au fusil » qui ne correspond pas exactement à la réalité) dans le lot mais l’enseignement sans être approfondi fournissait une bonne vision d’ensemble.

          La Philosophie, il n’y en a qu’une introduction en Terminale et c’est votre spécialité, alors effectivement je trouverais étonnant que vous ne trouviez pas que son enseignement souffre de certaines légèretés.

          Après j’ai plus une mentalité de généraliste que de spécialiste donc c’est peut-être pour ça que ça ne me choque pas.

          • Pi.K
            Pi.K répond à Deamon7
            Vilain Parisien
            • Posté à 14h46 le 18/12/2012
            • Internaute 105016
              Vilain Parisien

            Même sans aller vers la spécialisation à outrance (tendance détestable à mon sens), l’enseignement au lycée souffre d’énormes lacunes. Comparez un cours/manuel de terminale et les trois volumes de l’Histoire de la France au XX° siècle de Bernstein et Milza (qui sont pourtant une série très « générale » à destination des étudiants de Sciences-Po) : la différence est déjà énorme. C’est valable aussi pour L’Âge des extrêmes de Hobsbawm ou La Guerre de Cinquante Ans de Soutou : ce qui n’était qu’introduit en terminale devient un corpus scientifique riche et complexe.

        2 autres commentaires
  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 18h48 le 17/12/2012
    • 49273
      Petit agité

    Ben oui mais l’Histoire est en grande partie militaire, on peut célébrer le millénaire du fer à cheval ou de l’assolement triennal, mais j’ai peur que ça ne passionne pas les foules.

    • Pi.K
      Pi.K répond à Deamon7
      Vilain Parisien
      • Posté à 14h38 le 18/12/2012
      • Internaute 105016
        Vilain Parisien

      L’Histoire-batailles n’est qu’une façon parmi d’autres de faire de l’Histoire, et c’est loin d’être la plus pertinente.

      Prenons un sujet (imaginaire) d’épistémologie de l’Histoire : « Borner le vingtième siècle ». Mine de rien, c’est du très lourd (il y a de quoi écrire un pavé). Naïvement, on pourrait répondre « 1901-2000 », en suivant le calendrier. Mais évidemment, le cœur du problème est la définition des enjeux essentiels du XX° siècle. Si l’on considère que ce sont les conflits qui sont déterminants pour l’Histoire mondiale, la réponse est « 1914-1991 », du début de la Première Guerre mondiale à la chute de l’URSS (et la Guerre du Golfe). Il y a de bons arguments en faveur d’un tel découpage : la WW1 a durablement marqué l’Europe, contribué au redécoupage des frontières et des empires (Empire ottoman, Autriche-Hongrie), et constitue le point d’ancrage de la Révolution russe (1917). Ce sont ces bornes qu’Eric Hobsbawm a retenues pour définir le « court vingtième siècle ».

      Mais l’on pourrait aussi situer la naissance du vingtième beaucoup plus tôt, dès 1871, date de l’unification de l’Allemagne et de l’Italie. C’est tout à fait justifiable, dans la mesure où c’est une étape importante dans l’émergence de l’État moderne, et dans la mesure où tant l’Allemagne que l’Italie ont un poids considérable dans l’Histoire du XX° siècle. C’est aussi important du point de vue français, puisqu’en 1870, la France a perdu l’Alsace et la Lorraine, générant un esprit de revanche très important pour saisir les enjeux de la WW1 (parmi, bien sûr, d’autres facteurs).

      Il serait aussi possible de situer la naissance du XX° siècle en 1895. Pourquoi 1895 ? C’est à cette date que les frères Lumières ont inventé le cinématographe moderne, qui a permis d’énormes mutations, tant dans la propagande (Lénine : « Le cinéma est pour nous, de tous les arts, le plus important ») que dans la « communication » en général (télévision en particulier). Avec le cinéma, on peut raconter une histoire bien plus complexe (même dans le simplisme) que ce que permet une image fixe, et l’on sait combien la communication et la propagande cinématographiques, puis télévisuelles, ont pesé lourd au vingtième siècle (un exemple fameux ici).

      1897 est aussi une bonne date. C’est à ce moment que le moteur diesel a été finalisé, permettant le développement des tracteurs agricoles (et plus généralement de l’agriculture mécanisée), qui sont d’une importance capitale pour comprendre les mouvements de populations, la progression des rendements agricoles, et l’industrialisation accélérée du XX° siècle (la « Révolution industrielle » aurait sans doute avorté sans le tracteur, puisque les ouvriers seraient restés des paysans). Que serions-nous sans tracteurs ? (Pour ma part, je serais probablement un petit paysan sans fortune, fils de paysans dans le fin fond de la Bretagne.)

      Je pourrais continuer comme cela pendant longtemps : 1896, naissance du sport-spectacle international avec la recréation des Jeux Olympiques par Pierre de Coubertin, 1903, création du Tour de France cycliste, etc. Chaque date possible met en avant un enjeu historique plus ou moins important, et reflète l’importance que l’on donne à tel ou tel aspect de l’Histoire.

      • Deamon7
        Deamon7 répond à Pi.K
        Petit agité
        • Posté à 15h31 le 18/12/2012
        • 49273
          Petit agité

        Heureusement que l’Histoire peut être vue sous différents angles.

        En tant que spécialiste ; -) vous allez trouver que c’est un découpage trop grossier, mais avant d’être découpée par les siècles, l’étude de l’Histoire l’est avant tout par époques (Antiquité, Moyen-Age, Moderne, Contemporaine) délimitées par des évènements fondamentaux marquant la fin d’une époque ou la provoquant (chute de l’Empire Romain, Grandes Découvertes ou chute de Constantinople, Révolution Française, etc.). Puis des sous-époques (Haut Moyen-Age, Moyen-Age central, Bas Moyen-Age). Certes, ça a un côté conventionnel et tout le monde n’est pas forcément d’accord sur les évènements les plus cruciaux.

        Sinon j’ai fait une année d’Histoire après le bac, on a vu le Moyen-Âge sous la forme « Histoire-batailles » (successions, partages de territoires, guerres, alliance, etc.), ce qui n’empêchait pas d’aborder le contexte, les progrès institutionnels, agricoles, évolutions religieuses etc.

        Pour l’Ancien Régime on a eu des profs très fiers de nous présenter une façon très moderne de voir l’Histoire consistant à l’aborder par sujets. On nous expliquait qu’au XVIe siècle les paysans de la Beauce bouffait des céréales pendant que ceux de la Bretagne étaient plus branchés élevage. Un jour c’était l’Agriculture, le lendemain c’était le commerce, puis l’Art, l’architecture, la religion, la culture, etc...chacun étant compartimenté.

        En plus d’être très chiante, la deuxième méthode n’est vraiment pas ludique. Je trouve que l’Histoire-batailles offre un meilleur socle, même comme prétexte pour développer au-delà des évènements purement militaires. Mais c’est peut-être une question d’affinités.

         
        • Bazingaa
          Bazingaa répond à Deamon7
          au pays de l'Apfelstrudel
          • Posté à 16h21 le 18/12/2012
          • Internaute 194862
            au pays de l'Apfelstrudel

          Etant passée par la fac d’histoire aussi, je trouve vraiment que c’est une question d’affinités...autant le dire, j’aime pas l’histoire-batailles :)

          Au contraire, j’ai eu pas mal de profs qui ont présenté les choses différemment (dont un cours inoubliable en médiévale sur le Saint-Empire en centrant la chose sur l’idée impériale), et je trouve que le problème principal de l’histoire batailles, même si on aborde d’autres choses à travers, ben reste centrée sur une chronologie des batailles pas toujours pertinente...
          Le 2nd problème de l’histoire-batailles est souvent que du coup, elle reste assez centrée sur les « Grands hommes » et les grandes dates, et laisse de côté l’histoire des idées et tout le reste...

          Mais effectivement, question d’affinités !

        • Pi.K
          Pi.K répond à Deamon7
          Vilain Parisien
          • Posté à 16h36 le 18/12/2012
          • Internaute 105016
            Vilain Parisien

          Je suis loin d’être un spécialiste !

          Il n’y a pas de découpage « trop grossier » (mis à part un découpage qui mettrait ensemble l’Égypte de Ramses II et Louis XIV, mais personne ne semble avoir proposé cela). De nombreux découpages sont susceptibles d’êtres pertinents, selon les enjeux historiques qu’ils mettent en avant et le type de conception de l’Histoire qu’ils reflètent. Un découpage en périodes « longues » permet de souligner le poids de facteurs « lourds » dans la marche de l’Histoire, par exemple le poids des règles et protocoles de cour dans l’Europe de la Renaissance au XVIII° siècle, ou la lente émergence de l’État moderne du XVII° siècle (Traité de Westphalie, absolutisme de Louis XIV) au milieu du XX° siècle (dislocation des empires coloniaux), en passant par les révolutions américaine et française.

          Cela dit, je vous accorde sans peine que l’Histoire « thématique » doit être chiante, en plus de limiter les possibilités d’analyses « croisées » (entre Histoire « technologique » et Histoire militaire, par exemple).

        2 autres commentaires
  • The Corpse Grinders
    The Corpse Grinders
    Cannibale Furax
    • Posté à 19h16 le 17/12/2012
    • 183627
      Cannibale Furax

    Réunion ce soir, objectif : comment traiter la seconde guerre mondiale en deux heures pour les troisièmes pro.
    Oui.

    • beaulande
      beaulande répond à The Corpse Grinders
      Des nuées de sens
      • Posté à 10h42 le 18/12/2012
      • Internaute 115981
        Des nuées de sens

      À l’Américaine : les blancs (les vainqueurs et leurs alliés)/ les noirs (les nazis perdants et leur alliés) Ça tient en 30 secondes. Puis 1h 58 minutes pour expliquer ce qu’est un allié pendant cette période. Je pense que 2 heures n’y suffiront pas.

  • pipo64200
    pipo64200
    Etudiante, diantre!
    • Posté à 20h59 le 17/12/2012
    • 176261
      Etudiante, diantre!

    Une culture de guerre en France ? Sans blague ?
    Et puis la façon dont vous considérez l’armée me pose problème, implicitement on dirait que pour vous l’armée crée le conflit. Or il me semble que ces gars du front n’étaient que les jouets des politiques.

  • Z.W.
    Z.W.
    ?
    • Posté à 22h14 le 17/12/2012
    • Internaute 194943
      ?

    Ah, ben, alors, pour une fois c’était bien parti, vous dites des choses très justes sur les confusions qui vont être suscitées dans l’esprit des élèves par le télescopage des commémorations...et puis patatras, on vous retrouve égal à vous même, avec une « mémoire scolaire revisitée par l’armée » qui « s’incrusterait dans les valeurs éducatives »...Mais c’est du pur délire !
    Le trinôme académique a-t-il jamais influencé l’enseignement d’un seul prof ? C’est un pensum qu’on se refile chaque année. L’éducation à la défense ? Mais qui y croit ? Et le coup des sujets d’examens du DNB influencés par l’armée, et la DP3 aussi...Plus c’est gros, plus ça passe, hein !

    Ah ouais, c’est sûr elle doit avoir une sacré influence sur les programmes, l’armée..En 3e,la première guerre mondiale en 3h, la deuxième guerre mondiale en 4h, évals comprises ! ...On sent tout de suite l’influence.

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 22h55 le 17/12/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici


    « De l’étoile jaune à l’opération pièces jaunes, chaque élève saura trouver son chemin, à moins que, plus probablement, il ne s’y noie corps et âme. »

    Il faut donc supprimer la couleur jaune.
    Comme ça nos « très chères têtes blondes » s’y retrouveront plus facilement.

    • caro
      caro répond à Le Renifleur
      délinquante avérée
      • Posté à 00h20 le 18/12/2012
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      ce sont les « jaunes », ceux qui brisent les grèves, qui seront contents ! :)

  • a déménagé le 28-02-2013
    • Posté à 12h01 le 18/12/2012
    • Internaute 195469
      non connue

    non rien.

  • c.d.g.
    c.d.g.
    ami d un pingouin nommé Tux
    • Posté à 11h42 le 18/12/2012
    • Internaute 83383
      ami d un pingouin nommé Tux

    je sais pas quel age ont vos eleves, mais outre le fait que ca risque d etre trop complique pour eux de leur faire un cours complet sur la seconde guerre mondiale (surtout si on ne se limite pas a l europe), c est pas forcement une mauvaise idee dans une periode ou la france va particulierement mal de developper des themes qui peuvent permettre aux gens de se sentir un peu fier d etre francais

    • Bazingaa
      Bazingaa répond à c.d.g.
      au pays de l'Apfelstrudel
      • Posté à 16h24 le 18/12/2012
      • Internaute 194862
        au pays de l'Apfelstrudel

      Euhh ouais mais enfin bon...Je suis pas sûre que la 2nde guerre mondiale soit le meilleur moment à choisir pour trouver où puiser la fierté d’être français...
      et occulter le reste, c’est plus de l’histoire...

  • A déménagé le 25.04.2013
    • Posté à 12h17 le 18/12/2012
    • Internaute 150693

    Dans le genre amalgame vous n’êtes pas mal non plus :

    « quand bien même l’extermination programmée des Juifs ou de toute la population d’une ville japonaise »

    Si vous ne voyez pas la différence d’essence qu’il y a entre les deux projets, je me demande ce que vous faites à enseigner l’histoire.

    Après lecture complète, je me pose effectivement la question.

    • Guillaume_75
      Guillaume_75 répond à A déménagé le 25.04.2013
      Globalement plutôt de droite (...)
      • Posté à 12h30 le 18/12/2012
      • Internaute 164411
        Globalement plutôt de droite (...)

      Diantre vous ne faites aucun effort

      Les points communs entre les 2 projets sont pourtant nombreux
      - réalisés par des nations fascistes et impérialistes (et qui le sont toujours hein, c’est ça qu’il faut bien comprendre et retenir surtout ! ! !)
      - dans une volonté d’extermination de la race, de domination et de colonisation
      - entièrement gratuits et dé corrélés des opérations militaires

      A cette catégorie d’évènements vous rajouterez la guerre du Vietnam, Guantanamo, la Baie des Cochons, et ça devrait vous donner une vision assez juste de la deuxième moitié du 20ème siècle,

      (et si vous êtes en mesure de comprendre l’efficace protection qu’assura le rideau de fer face à l’impérialisme fasciste et les immenses progrès suite à la révolution culturelle, vous pourriez même enseigner dans le secondaire :) )

      un peu d’humour je précise au cas où

  • le_comte
    • Posté à 16h10 le 20/12/2012
    • Internaute 194885

    Et le bicentenaire de la campagne de Russie que personne n’a célébré en 2012, c’était du flan ?

    Hein ?

    Ah... On avait perdu. Non, rien.

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