On veut le fromage et le dessert : battre Sarkozy et sortir du nucléaire
Malaise
Page Rebonds de Libé, mardi matin. Drôle d’endroit pour une rencontre entre deux membres d’Europe Ecologie Les Verts qui disent exactement le contraire l’un de l’autre.
Quand Laurence Vichniewsky et Yannick Jadot parlent du nucléaire, il y a de la friture sur la ligne. Forcément on va encore se moquer de nous.
Pas facile de faire cohabiter des cultures politiques différentes dans un même mouvement. Yannick est un écolo de toujours. Laurence est fraîchement écolo.
J’aime bien la franchise de cette dernière. Mais je n’ai pas envie de la suivre quand elle jette à la poubelle trente ans de luttes écologistes considérées comme des signes d’immaturité.
Elle confond tout : la capacité de construire un compromis politique et le fait de rater le coche de la sortie du nucléaire, le fait d’être réaliste et le fait d’abandonner la possibilité de changer la société.
Laurence affirme en titre de sa tribune : « Soyons réalistes, demandons le possible. » Je réponds à ma collègue : « Soyons responsables, demandons le nécessaire. »
La position de François Hollande, qui veut ramener la part du nucléaire de 75% à 50% de l’électricité française d’ici à 2020, n’a rien d’une avancée « historique », comme le dit Laurence. En 2007, Ségolène Royal proposait la même chose… pour 2020 !
Nous avons besoin d’affirmer la perspective de sortie du nucléaire, c’est une décision politique historique sur laquelle nous ne lâcherons pas, même si on peut en négocier le calendrier et les modalités.
A défaut d’avoir un candidat socialiste conscient de sa responsabilité historique, tout se jouera au rapport de force. Les électeurs doivent comprendre que pour sortir du nucléaire, le vote juste c’est Eva Joly.
Fierté
Nucléaire toujours. J’ai entendu Eva Joly mardi à la radio chez Elkabbach. Elle revient de Fukushima. Très convaincante sur le nucléaire. Elle au moins, elle sait où elle habite. Claire, précise et déterminée, sans être pour autant dans le chantage avec les socialistes.
D’ailleurs, la question de la sortie du nucléaire n’est pas un enjeu politicien entre organisations désireuses de verrouiller au plus vite leur accord. C’est un enjeu de société. Une opportunité historique de changer la donne.
Elkabbach lui a fait le coup de « vous ne pesez pas grand chose, Hollande a la force de la primaire socialiste pour lui ». Elle, imperturbable, du tac au tac :
« Oui mais moi j’ai raison. J’ai le sens de l’histoire avec moi. Quand on est légitime, on est irrésistible. »
Une femme politique qui prend ses responsabilités et parle clair, ça fait du bien au petit dej ! Je suis fière d’être engagée à ses côtés depuis les premiers instants de sa campagne.
Fromage et dessert
Il n’empêche que la situation n’est pas simple. Avoir raison ne suffit pas. Depuis Fukushima, une majorité de Français ont basculé dans notre camp. Mais, alors que nous devrions discuter des modalités de la sortie du nucléaire, nous devons affronter une coalition conservatrice au sein de laquelle s’abritent certains de nos alliés dans la bataille face à Sarkozy.
Et comme nous osons défendre nos positions, la presse parle du diktat des écolos sur le nucléaire !
Pourtant, le chantage n’est pas là où on croit. Ce ne sont pas les écologistes qui pratiquent le tout ou rien. Le candidat socialiste dit : « Pour battre Sarkozy, je suis le mieux placé, alors acceptez mon programme sans autre forme de discussion. »
Nous répondons tranquillement que pour nous, ce sera fromage et dessert. Nous voulons la défaite de Sarkozy et la sortie du nucléaire. Les deux choses sont liées : dans un débat de second tour, se situer du côté de l’avenir, des générations futures, de la sécurité des populations, et de la place de la France dans la bataille mondiale pour les énergies renouvelables constituera une ligne de démarcation déterminante.
François Hollande doit l’entendre. Sans quoi nous nous chargerons de lui faire comprendre, dans les urnes et dans la rue.
Bras de fer
François Hollande. J’ai de la sympathie pour l’homme ; affable, courtois et intelligent. François Hollande ce n’est pas la gauche molle : c’est un habile tacticien qui vient de prouver qu’il a retenu les leçons de Mitterrand et sait pratiquer le bras de fer.
Mais je préférerais qu’il utilise son art pour transformer la société plutôt que pour nous tordre le bras dans une partie de catch rhétorique. Provisoirement au plus haut dans les sondages, ses partisans et lui veulent ignorer leurs partenaires de gauche. Un dirigeant socialiste a même prédit à l’AFP que le PS obtiendrait 280 sièges et n’aurait donc pas besoin des écologistes.
Qu’il se souvienne de la stratégie gagnante de Mitterrand : il n’y a pas de victoire de la gauche qui ne s’appuie sur un mouvement populaire et une dynamique d’union.
Sur le nucléaire, l’élan populaire est désormais du côté de ceux qui en demandent la sortie.
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webmaker
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Je suis entièrement d’accord avec vous que sortir du nucléaire en 8 ans c’est une utopie. Je pense que réduire de manière importante la part du nucléaire dans la consommation d’électricité en France, ramené cette part à 50% (aujourd’hui on est presque à 80%) sur 20 ans est déjà un objectif très ambitieux. Il faut pour cela développer de manière très importante les énergies dites « renouvelables », et en développer de nouvelles, les rendre plus productrices, performantes .... La première chose à faire si on veut réduire le nucléaire est de lutter efficacement contre tous les gaspillages énergétiques (rénovation anciens logements, bâtiment public, ...). Une certitude sur le nucléaire, malgré tous les inconvénients sur cette énergie (risque d’accident, traitement des déchets...), elle reste une énergie pas chère, qui ne produit pas de C02 et qui produit beaucoup sur une superficie relativement réduite. Imaginer le nombre d’éoliennes actuelles et la surface occupée pour produire autant qu’un réacteur nucléaire (1400MW). Elle reste aujourd’hui la seule source de production d’énergie électrique qui garantie au pays son indépendance énergétique. N’est ce pas un atout par rapport aux autres pays européens ? Est on près à ce priver d’un confort acquis ?




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