Chez Karima Delli, écolo joyeuse

Députée européenne et activiste. Un pied dans l'Hémicycle, un pied dans les luttes sociales : c'est comme ça que je conçois ma vie de militante écologiste. Engager la transition écologique de nos sociétés exige de mettre les citoyens en mouvement. Commissions, rapports, manifestations, discours ou occupations : tous les moyens sont bons !

Lutte contre la pauvreté : virage à gauche mais sans objectifs ambitieux

Publié le 12/12/2012 à 17h11

Dans mon dernier billet, je demandais à Jean-Marc Ayrault de faire « un vrai cadeau aux pauvres », à l’occasion de la conférence de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Le Premier ministre a présenté les grandes orientations du futur plan gouvernemental, qui sera adopté par le comité interministériel de lutte contre l’exclusion le 22 janvier prochain.

L’un des premiers objectifs de cette conférence était de « changer de regard » sur la pauvreté pour « changer de pratique », d’en finir avec le discours culpabilisant de la droite sur l’assistanat et de remettre la question de la réduction des inégalités au cœur de l’action gouvernementale.

De ce point de vue, la conférence a été un véritable succès. En témoignent d’ailleurs les propos désolants de l’UMP et du Front national au sortir de cette conférence. Le changement est réellement là, et cela fait du bien, en particulier pour tous ceux qui se battent au quotidien, et depuis des décennies parfois, aux côtés des personnes vivant dans la misère et la précarité.

Mais au-delà des discours, quelles sont les mesures concrètes annoncées par le Premier ministre ?

L’objectif : 1,6 million de pauvres en moins d’ici 2020

La première chose qui m’a marquée, c’est une absence. L’absence d’objectif chiffré en matière de réduction de la pauvreté. Le gouvernement a fait le choix de la prudence, afin de ne pas se retrouver dans la situation de Nicolas Sarkozy qui avait annoncé tambours battants qu’il allait réduire la pauvreté d’un tiers avant la fin de son quinquennat, et donc de ne pas susciter d’espoir qu’il serait par la suite incapable de tenir.

Pourtant, la France a pris des engagements européens en la matière. L’Union européenne s’est fixé pour objectif de sortir au moins 20 millions de personnes de la pauvreté d’ici à 2020, et la Commission européenne, dans ses recommandations par pays, a donné à la France un objectif de 1,6 million de personnes pauvres en moins d’ici 2020. C’est un objectif modeste mais réaliste, et il est peu compréhensible que le gouvernement ne se le soit pas encore approprié.

Avoir un emploi ne protège plus contre l’exclusion

Le Premier ministre a pris pour point de départ la précarisation de l’emploi, et le nombre croissant de travailleurs pauvres. Oui, avoir un emploi ne protège plus contre l’exclusion, c’est une réalité qui frappe aujourd’hui plus de 8% des Européens.

Il a ensuite rappelé la nécessité de s’adresser aux personnes les plus éloignées de l’emploi, et de les accompagner tout au long de leur parcours vers l’emploi, en prenant en compte toutes les dimensions de la vie de ces personnes : formation, santé, logement, qui sont autant d’éléments indispensables à un parcours d’inclusion.

Il est nécessaire d’associer les entreprises et les administrations à ce changement de méthode, mais aussi de donner les moyens au service public de l’emploi, aux collectivités locales, aux associations, aux structures d’insertion par l’activité et à tous les acteurs de la chaîne de l’insertion d’apporter des réponses personnalisées et adaptées à chaque parcours de vie.

Logement : quelle vision à long terme ?

Comme l’a rappelé Christophe Robert, le délégué général adjoint de la Fondation Abbé Pierre, 3,6 millions de personnes sont mal logées ou sans abris en France, résultat de l’insuffisance des politiques publiques du logement depuis trente ans.

Le Premier ministre a annoncé des solutions à court terme pour répondre à l’urgence : en plus des 1 000 places déjà débloquées pour cet hiver en hébergement d’urgence, le gouvernement va débloquer 4 000 nouvelles places en hébergement d’urgence, et 4 000 en centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), ainsi qu’un budget équivalent pour l’accès au logement à travers l’intermédiation locative, la prévention des expulsions et l’accompagnement par les associations.

C’est nécessaire, mais ce n’est que le premier volet. Pour l’instant, le gouvernement n’offre aucune visibilité à moyen et à long terme sur la nécessaire transformation du secteur de l’hébergement et de l’accès au logement préconisée par l’excellent rapport remis par Alain Régnier et Christophe Robert à la ministre du Logement, et auquel j’avais contribué.

Jean-Marc Ayrault a rappelé l’objectif de construire 150 000 logements sociaux par an, mais n’a pas précisé la part des logements très sociaux. Celle-ci devrait être d’au moins 40% si l’on souhaite répondre aux besoins des personnes les plus fragilisées (huit millions de personnes en situation de logement précaire, selon le rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre).

La hausse du niveau intermédiaire de la TVA risque d’obérer fortement la capacité du secteur du logement social à atteindre ces objectifs.

Enfin, le Premier ministre a annoncé la mise à l’étude d’une garantie universelle des risques locatifs, mais rien pour prévenir concrètement les expulsions à travers la mise en place d’un moratoire des expulsions dès la fin de la trêve hivernale.

Pourtant, certaines des mesures proposées dans le rapport du groupe de travail ne coûtent rien, comme la réalisation de diagnostics territoriaux à 360° afin d’évaluer la réalité des besoins département par département, en s’appuyant sur la typologie européenne ETHOS, et pouvoir ainsi fixer des objectifs précis aux préfets.

70% des travailleurs pauvres ne demandent pas le RSA

Le gouvernement est en train de prendre conscience de l’ampleur du problème du non recours aux droits, notamment au RSA activité : cinq à six milliards d’euros ne sont pas distribués chaque année. Loin du discours démagogique sur les fraudeurs et les assistés, on découvre aujourd’hui que 70% des travailleurs pauvres qui pourraient bénéficier du RSA activité n’en font même pas la demande.

Pour répondre à ce problème, le Premier ministre a annoncé le lancement d’une campagne d’information sur ce que l’on doit considérer comme des droits, une simplification des démarches administratives et un accompagnement personnalisé des personnes bénéficiaires.

Mais la revalorisation annoncée du RSA socle est faible. Du propre aveu de Jean-Marc Ayrault, pour qui l’objectif devrait être de rattraper le décrochage survenu depuis dix ans entre le revenu minimum et le salaire minimum, il faudrait une augmentation de 17% dès 2013 pour revenir à 50% du smic, comme c’était le cas lors de la création du RMI en 1988 jusqu’au début des années 2000 (c’est aujourd’hui 43%).

Au lieu de cela, nous aurons une première revalorisation d’à peine 2% en septembre 2013, ce qui représente à peine 12 euros par mois, et une augmentation d’à peine 10% en cinq ans. Il faudra attendre 2022 pour rattraper le retard accumulé depuis dix ans.

Le Parlement européen recommande pour sa part, dans son rapport sur le rôle du revenu minimum dans la lutte contre la pauvreté adopté en 2010, que ce revenu soit fixé au moins au niveau du seuil de pauvreté, soit 60% du revenu médian. On en est encore loin.

La garantie jeunesse, une proposition européenne qui a fait ses preuves

Enfin, le président de la République a voulu faire de la jeunesse la grande priorité de son mandat. Suivant les recommandations de la Commission européenne, et une proposition portée par les écologistes au Parlement européen depuis 2009, Jean-Marc Ayrault a annoncé la mise en place d’une garantie pour la jeunesse.

Concrètement, il s’agira d’une allocation équivalente au RSA (450 euros par mois) avec un contrat d’insertion d’un an renouvelable, passé entre un jeune et le service public de l’emploi pour l’accompagner avec des offres d’emploi, un contrat de génération ou emploi d’avenir, ou des mesures de formation. Ce dispositif devra concerner, à son rythme de croisière, 100 000 jeunes par an.

Il ciblera en particulier les jeunes sans qualification et sans emploi. Mais sa mise en place n’est prévue qu’en septembre 2013 et dans seulement dix territoires pilotes, alors que cette mesure a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays de l’Union (Autriche, Finlande, Suède).

Au final, l’ensemble de ces mesures ne devrait pas coûter plus de 2,5 milliards d’euros supplémentaires, une goutte d’eau à côté des 20 milliards d’euros de crédit d’impôt accordés aux entreprises sans contrepartie, au nom de la sacro-sainte compétitivité.

A l’instar de Patrick Viveret, qui intervenait comme grand témoin dans la conférence, je conclurai en disant qu’il nous faut aujourd’hui reconsidérer la richesse dans notre pays au-delà de la richesse monétaire. Il y a une urgence à agir face à cette véritable bombe à retardement que sont les inégalités car, comme le disait Gandhi :

« Il y a assez de bien dans le monde pour les besoins de tous mais pas assez pour l’avidité de chacun. »

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  • trouble fêtes
    trouble fêtes
    aconforme
    • Posté à 17h54 le 12/12/2012
    • Internaute 156689
      aconforme

    Faire un cadeau aux pauvres ? Une petite pièce messieurs dames, dieu vous le rendra ; ben voyons ! Et bien ils vous on écouter, comme d’habitude se défausser à la quête dominicale.
    Qu’ils rendent donc, plutôt, aux démunis et déshérités ce qui leur est du et qui leur revient...
    Qui a démuni les démunis qui a déshérité les déshérités ?
    Encore et toujours à nous éparpiller avec des lois pour ceux-ci ou contre cela, règlements d’ici et delà, pare-feux, aides et autres colifichets que l’on nous agite au nez ; des rustines sur une jambe de bois digne de la langue de bois : Stop ! ! !
    Le mot payer vient d’apaiser, de paix. Chacun-e sa paie et c’est la paix. Payer équitablement chacun-e fonde la paix : une seule chose à établir le Revenu de base inconditionnel et à décent « POUR TOUS », tous inclus, plus d’exclus - c’est cela la démocratie ! Fini l’exclusion et les officines privées et publiques qui vivent de celle-ci.
    Pourquoi un revenu ? Parce que, c’est ce qui revient À TOUS légitimement :
    « *L’homme possède le droit à la vie, car il le tient des lois de la nature. Il a donc droit à sa part dans les richesses du monde. Grâce à son travail, il pourrait se procurer cette part et ainsi gagner sa vie. Il le pourra désormais de moins en moins, car son travail est progressivement éliminé par un gigantesque appareil de production qui rend tous les jours le labeur humain un peu moins nécessaire. Cependant les progrès techniques qui se succèdent en libérant l’homme de ses occupations matérielles ne doivent pas le priver des biens créés sous prétexte que son travail n’est plus nécessaire. En effet si l’homme est dénué de moyens d’existence, son droit à la vie devient un leurre. Mais si l’homme l’a inventé n’est il pas juste qu’elle travaille pour lui ? (…) La fortune des hommes de notre temps réside dans l’efficience des techniques qui permettent de créer ces richesses. Nous avons donc tous le droit de profiter des découvertes de nos devanciers : d’où ce deuxième principe :
    * L’homme est l’héritier d’un immense patrimoine culturel qu’il trouve aujourd’hui en naissant, car l’équipement agricole et industriel n’est qu’une œuvre collective poursuivie pendant des siècles par une foule innombrable de chercheurs et de travailleurs, tacitement associés pour l’amélioration continuelle de la condition humaine. Cependant, si l’homme est l’héritier de ce prodigieux patrimoine, il n’est que l’usufruitier des richesses qu’il permet de créer. Sous quelle forme pourrait-il en percevoir sa part ? Écartons la fameuse prise au tas, qui se concilie mal avec l’ordre qui doit régner dans une économie rationnelle (…). Dans le monde moderne la part d’usufruit ne se conçoit que sous la forme de pouvoir d’achat, donc de monnaie, puisqu’elle ne constitue plus qu’un titre de créance. Il faut que tout le monde possède de l’argent pour vivre, comme tout le monde a de l’air pour respirer. D’où ce troisième principe :
    *Les droits politiques ne suffisent plus à assurer la liberté des hommes, car, pour vivre, il faut avoir de quoi vivre. Les droits du citoyen doivent se compléter des droits économiques du consommateur, concrétisés par un “ revenu social ” auquel il aura droit du berceau au tombeau. “
    Jacques Duboin - Les yeux ouverts,1955.
    L’Égalité de l’Égalité

    • Stanislas Jourdan
      Stanislas Jourdan répond à trouble fêtes
      Journaliste, entre autres.
      • Posté à 02h00 le 13/12/2012
      • Internaute 78450
        Journaliste, entre autres.

      Tout à fait. Le revenu de base est un sujet frémissant qui ne va pas tarder à bouillir et déborder de partout.

      Je vous invite à consulter le site revenudebase.info pour vous tenir informé ! :)

      • trouble fêtes
        trouble fêtes répond à Stanislas Jourdan
        aconforme
        • Posté à 10h16 le 13/12/2012
        • Internaute 156689
          aconforme

        Merci, je suis déjà relié à votre site et reçoit vos informations, même si je ne suis pas tout à fait en accord : non sur la démarche mais sur les moyens de mise en œuvre qu’il y est proposé et la hauteur du revenu qui y est abordée, elle, ne permettant pas de changer de paradigme - de plus, tout y est mélangé : Revenu de base , allocation universelle... etc. Un manque total de radicalité au sujet du changement indispensable qui est celui de la fiscalité.
        À ce sujet, vous pouvez prendre connaissance de l’alternative économique nommée l’Inoppression Active. dont nous vous avons fait part en commentaire sous l’article « l’interview de Michel Meunier » et auquel nous espérions une réponse.
        Bien à vous.

         
        • Stanislas Jourdan
          Stanislas Jourdan répond à trouble fêtes
          Journaliste, entre autres.
          • Posté à 13h48 le 13/12/2012
          • Internaute 78450
            Journaliste, entre autres.

          Merci de ce feedback.

          Le but de ce site est de promouvoir le concept de revenu de base dans toute sa diversité, quelle que soit le montant et le financement (en revanche, on est intransigeant sur l’universalité et l’inconditionnalité).

          Le but est de créer un débat en France sur le sujet, et d’alimenter ce débat par des informations de qualités. Lorsque le débat aura éclot, on pourra alors s’écharper sur la manière de le mettre en place !

          Je tiens donc à réctifier ce que vous pensez (si j’ai bien compris) : il n’y a pas de parti pris sur la manière de mettre le revenu de base sur ce site.

          Si vous jugez qu’il y a un ’manque de radicalité » ce ne peut être que parce que les plus radicaux ne proposent pas d’articles ; -)

          • trouble fêtes
            trouble fêtes répond à Stanislas Jourdan
            aconforme
            • Posté à 21h13 le 13/12/2012
            • Internaute 156689
              aconforme

            S’écharper ? J’espère bien que nous aurons dépassé ce genre de stérile échange et qualitativement improductif. *< ; o)
            Le manque de radicalité correspondait au volet de la fiscalité. « L’Innopression active » étant une piste qui me parait aller dans ce sens.
            À ce jour, je ne pourrais m’avancer sur le reste de votre site puisque je ne l’ai pas parcouru entièrement.

            Faute d’article, et en attendant, les radicaux - moi, qui fuis les étiquettes et les drapeaux - vous proposent des liens ! *< ; o)

        2 autres commentaires
  • oestler
    oestler
    ouvrier
    • Posté à 18h53 le 12/12/2012
    • Internaute 131015
      ouvrier

    Un virage à gauche sans objectif ; c’est zigzaguer ou tourner en rond.

    • islamiste
      islamiste répond à oestler
      Don't panic, I'm not me ...
      • Posté à 20h12 le 12/12/2012
      • Internaute 83149
        Don't panic, I'm not me ...

      Je dirai les deux en même temps : zigzaguer en tournant en rond ! ! !

  • brazil
    brazil
    employé de nuit
    • Posté à 19h10 le 12/12/2012
    • Internaute 42541
      employé de nuit

    « Yaka » lutter contre la pauvreté et « faut kon » change de regard sur la pauvreté.
    Cela fait quoi, 20 ans, que l’on entend ce genre de phrases ?
    Un de ceux qui a fait le plus contre la pauvreté, c’est Coluche, sur ses deniers personnels et avec des bénévoles, c’est dire le niveau de nos politiciens...

    Ces derniers restent muets à propos des 600 milliards d’euros /an d’évasion fiscale en France (d’après une enquête parlementaire et un livre d’A. Peillon).
    Ça en ferait de l’argent pour financer les écoles, les hôpitaux et les services sociaux, les bourses d’étude, le logement social.
    Mais chut, on va nous expliquer que c’est la crise et qu’il faut lutter contre la dette en dégraissant les services publiques. Et que c’est la mondialisation, etc etc... là où des économistes comme F. Lordon ou Stiglitz (ou feu M. Allais prix Nobel français d’Economie) dénoncent une vaste fumisterie des médias, des banques, des états et des économistes de TV.

    Une escroquerie qui figurera, je l’espère, dans les livres d’histoire.

    • plastic quidam of universe
      plastic quidam of universe répond à brazil
      J'en suis comme deux ronds de (...)
      • Posté à 07h00 le 13/12/2012
      • 183735
        J'en suis comme deux ronds de (...)

      Assez avec Coluche ! - Paix à ses os et gloire à sa générosité - De nos jours aussi il y’a encore quelques égarés qui mettent le nez dans le caca aux beaux parleurs et même en renouant avec la grande tradition française. (cf ci-contre)

      « Lettre à Cécile Dufflot » - ou - Jéhan Rictus revisité et dit par David Salles.

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