La route des Indes

Les reportages d'Alexandre Marchand en Inde et en Asie du sud-est.

Cox's Bazar : le Bangladesh va à la plage, sans bikini ni crème solaire

Alexandre Marchand
Etudiant en journalisme
Publié le 22/02/2010 à 11h35


Cox’s Bazar

(De Cox’s Bazar, Bangladesh) Alors que vous sirotez votre verre sous un palmier, la lumière baisse, les bougies s’allument. En face de vous, le soleil se couche au bout de la plage, laissant des nuages roses surplombant la mer. Mais un élément vient s’immiscer dans ce cadre de carte postale : l’appel du muezzin retentit. Et non vous n’êtes pas à Goa, en Thaïlande ou au Sri Lanka mais au Bangladesh !

Où que vous soyez dans le pays, appuyé à un pilier de gare ou assis sur un banc dans la rue à siroter un thé, au bout de trente secondes une foule de gens va venir vous entourer. Vous êtes examiné de la tête aux pieds, scruté, vos moindres gestes sont commentés.

Vous savez maintenant ce que ressentent les animaux dans leur cage au zoo. Une ou deux personnes maîtrisant approximativement l’anglais, vous essuyez donc la traditionnelle salve de questions (nom ? pays ? marié ?) à laquelle vous avez déjà répondu une bonne cinquantaine de fois depuis le début de la journée.

Soudain, à la plate campagne succèdent des blocs de béton

Inévitablement, il vous est demandé si vous avez vu Cox’s Bazar, endroit dont on vous chante les louanges. Alors, à force d’entendre tout le monde vous en parler, vous décidez d’aller constater par vous-même ce qu’est cette fameuse ville.

Vous êtes arrivé. Vous vous frottez les yeux, vous vous pincez le bras. Alors que la veille encore vous étiez happé par les ruelles de Chittagong ou Dhaka, vous êtes maintenant dans un bien curieux endroit.

A la plate campagne ont succédés des blocs de béton. Et devant vous se trouve la raison pour laquelle les classes supérieures de Dhaka, Chittagong ou Khulna viennent ici et pourquoi le pays tout entier rêve de Cox’s Bazar : la plage !


Cox’s Bazar 2 

Si vous vous voyiez déjà les doigts de pied en éventail sur une plage paradisiaque à l’eau cristalline, vous pouvez oublier. Vous êtes arrivé sur une plage défigurée par les barres de béton adjacentes et dont la seule chose remarquable, à vos yeux, est l’immensité.

D’ailleurs, pendant votre séjour ici, vous ne manquerez pas d’apprendre que vous vous tenez actuellement sur la plus grande plage du monde.

Jusqu’ici, en bon Occidental, vous pensiez qu’une plage était faite pour s’y baigner ou bronzer. Raté ! Ici le mélange de pudeur et de culture islamique aboutit à un bien singulier spectacle. On vient sur cette plage pour s’y balader, que ce soit en famille ou entre amis. Si l’on va dans l’eau, c’est uniquement pour s’y tremper les pieds.

Parfois, loin des regards, un couple se promène main dans la main

Les quelques téméraires qui se lancent complètement dans la mer sont généralement des jeunes, tout habillés bien évidemment. Parfois, loin des regards, un couple se promène main dans la main.

Ici, le maillot de bain n’existe pas. Les « salwars kameez » (tunique longue portée sur des pantalons amples) et burqas (minoritaires) des femmes rivalisent dans l’explosion de couleurs. En cela, le Bangladesh n’a rien à envier à son voisin indien. A côté, les tenues occidentales des hommes semblent bien mièvres. Le lungi (morceau de toile noué autour des hanches) traditionnel du Bangladais de base est curieusement absent, signe de l’élitisme de la population de cet endroit.

On retrouve ici l’effervescence et la vie de la rue bangladaise. Malgré la taille de la plage, la concentration humaine à certains endroits y est assez impressionnante. Les gens mangent, se prennent en photo, louent des parasols aux couleurs du drapeau national pour se poser à contempler la mer pendant des heures, vont siroter un cocktail (garanti sans alcool) dans l’une des guinguettes derrière...

Vendeurs de cay (thé), paan, cigarettes et autres babioles en tous genres rivalisent dans leurs cris pour attirer le chaland. La musique, déformée par des haut-parleurs de téléphone portable poussés à leur extrême, retentit partout, contribuant ainsi à la cacophonie ambiante.

« Est-ce que vous avez d’aussi belles plages dans votre pays ? »

Face à la mer se dressent de gigantesques complexes hôteliers dont les tarifs prohibitifs (de 8 à 30 euros la nuit...) font que seule une certaine catégorie de la population peut se permettre de venir ici.

Le long de la route, des panneaux publicitaires promettent la construction d’hôtels de luxe encore plus démesurés sur les derniers terrains vagues restants. Devant ce spectacle vous êtes quand même un peu sceptique, vous peinez à voir le charme de cet endroit dont on vous a tant vanté les mérites. Mais l’on vient voir et vous demande, étoiles dans les yeux :

« Comment avez-vous entendu parler de ce magnifique endroit ? Est-ce que vous avez d’aussi belles plages dans votre pays ? »

Rien n’y fera, la plage de Cox’s Bazar a décidément encore de beaux jours devant elle. Des pétitions circulent d’ailleurs sur le Net pour classer Cox’s Bazar parmi les sept nouvelles merveilles du monde....


IMG_5456.JPG

Aller plus loin
  • 7981 visites
  • 21 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Edouard Chastagnier
    Edouard Chastagnier répond à jyeden
    Bogue la galère
    • Posté à 19h41 le 22/02/2010
    • Internaute 101113
      Bogue la galère

    Non non, pas courageux : je me pose jamais de questions quand je suis en voyage. Je mange avec plaisir tout ce qui se présente.

    S’il fallait éviter les microbes, il faudrait se vivre dans un autoclave : -)

    Bon, en vingt ans d’Asie j’ai bien chopé des merdouilles (amibes chroniques et palu), mais je les aurais attrapées même en me surprotégeant... alors... et puis les glaces indiennes sont pas dégueus, faut dire.

  • le soudanais
    le soudanais répond à jyeden
    ici et là
    • Posté à 18h08 le 23/02/2010
    • Internaute 16438
      ici et là

    J’ai vécu en Inde quelques temps, et dans pas mal d’autres pays où l’hygiène alimentaire n’est pas forcement au niveau de nos standards européens, et bien souvent la meilleure des nourritures est celle qu’on trouve sur les étals dans la rue.

    Pour ce qui est de la bouffe, j’essaie de ne pas me limiter, en revanche, l’eau je ne fais pas le con, je connais mes limites, même si parfois on n’a pas trop le choix. Dans ce cas là, mieux vaut boire une bière chaude que de l’eau pourrie qui tue indistinctement, locaux et personnes de passage. Au moins y’a pas la charria au sud Soudan et dans certains bleds les bières sont plus facilement trouvables que de l’eau potable !

    J’ai été vraiment malade 2/3 fois en 10 ans, c’est normal mais si je voulais rester intact, je ne serai pas parti me balader non plus, ça fait partie des aléas du voyage.

    De même si je reste plusieurs mois dans une zone paludique je préfère ne pas suivre une prophylaxie qui va avoir des effets secondaires sur moi (doxicycline, lariam, savarine, malarone, etc...) tout en courant le risque de chopper un palu, j’assume et mes collègues faisaient de même. On préférait une crise à une prophylaxie qui de toutes manières perdait en efficacité après plusieures semaines.

    Le corps humain s’adapte plus qu’on ne le croit, mais il faut connaître ses limites pour pouvoir les repousser ! Après ça n’engage que moi, et je ne vais forcer personne à déguster les p’tits plats locaux, je trouve dommage de ne manger que du riz dans un pays qui offre une palette assez incroyable de saveurs, bien loin du seul curry d’ailleurs !

  • taralil
    taralil
    formatrice fle, anglais
    • Posté à 11h13 le 24/02/2010
    • Internaute 72851
      formatrice fle, anglais

    Merci pour cet article qui me rappelle tant de bons souvenirs alors que nous voyagions beaucoup vers la fin des années 70 et 80, la bonne époque où tout était tellement plus cool ! ! Cet avis n’engage que moi !
    Lors de notre premier séjour en Inde, nous avions fait un stop-over au Bengladesh, où nous avons été super bien accueillis à la douane, surpris que nous voulions nous y arrêter, les habitants de Dakkha serviables, gentils, curieux certainement mais sans être lourds comme parfois en Inde, à Chittagong, nous avons été invités chez un directeur du site pétrochimique rencontré dans l’avion, là, un accueil comme seuls les musulmans savent faire, cuisine délicieuse, épicée certes mais je m’y suis laissée prendre, d’énormes crevettes cuites avec du riz, je n’ai jamais oublié le goût...Bref, Chittagong était alors une ville sympa avec ses bateaux, le bazar regorgeant de tout un tas de choses que nous ne pouvions malheureusement pas acheter par peur de trop s’emcombrer pour la suite de notre périple qui a duré presque une année, puis ça a été Cox’s Bazar, effectivement la plus grande plage à l’époque totalement vide de touristes, à part quelques indiens qui étaient assez collants Are you married ?
    India is the biggest democracy in the world,....Seuls quelques villages de pêcheurs et leurs barques essayant de franchir la barre. Nous avons fait des rencontres formidables, un rick-shaw s’était proposer de nous ballader dans la région, le car ne devant passer que le lendemain, au début, nous avions plutôt honte de nous faire ballader ainsi, mais le gars semblait content et nous a fait visiter des coins insolites, un village bouddhiste, des temples que nous avons visités, le rick-shaw plein de petites attentions à notre bien-être, fruits rafraîchissants, puis un resto où il a été le centre d’intérêt de bled en racontant notre vie...
    Je me suis laissée ,aller à la nostalgie, car votre article a fait surgir tellement de bons souvenirs, ça fait du bien en ces temps moroses !
    Bon voyage

  • Alexandre Marchand
    Alexandre Marchand répond à lahuppe
    Etudiant en journalisme
    • Posté à 14h20 le 26/02/2010
    • Internaute 88733
      Etudiant en journalisme

    Entierement d’accord avec vous. Il n’y a rien que je n’execre plus que ces hordes de touristes affamees de « traditionnel » qui envahissent les lieux le temps d’une demi-heure entre un saut dans la piscine de leur hotel de luxe et un arret a la boutique de souvenirs et dont le contact avec la population se limite au caissier de ladite boutique (ah nan je suis mauvaise langue, il y a leur guide aussi...). Et si le Bangladesh n’a pas encore developpe ce tourisme de masse, c’est tout simplement parce que ce n’est peut-etre pas un pays si attirant que cela. De mes deux semaines de voyage la-bas, je n’ai croise absolument aucun blanc ! Cela dit, ca ne m’empeche pas d’adopter un ton ironique (qui ne veut pas dire meprisant) quand a la plage de Cox’s Bazar

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.