Avignon, rue du off

Le blog La rue du off sur Rue89 est un carnet de bord du festival d’Avignon off. Boussole des festivaliers égarés ou parisiens exilés. Suivez tous les jours nos trouvailles, enchantements et quelques mauvaises surprises.

A Avignon, deux spectacles où les mots sont un jeu sans règles

Culture sur mesure
Dénicheurs de spectacles
Publié le 21/07/2011 à 16h50

Attention, ces deux spectacles n’ont rien à voir !

L’un parle de la vie au « Camer » -oun, et l’autre de tout et de rien. L’un est seul sur scène, les autres sont trois.

Les uns ont une moustache, l’autre a un petit bouc. Les uns sont blancs, l’autre est noir.

Mais les deux spectacles sont un régal parce que : les mots y sont un jeu sans règles ou presque, on rit et on écoute, on participe malgré soi à rendre l’expérience marquante, et on sort en se disant que c’était bien et qu’il faudrait revenir demain pour rire et saisir d’autres rimes.



Grandiloquent Moustache Poé« Le Grandiloquent Moustache Poésie Club“sie Club

‘Le Grandiloquent Moustache Poésie Club’, à la Luna à 21h55

Ils sont trois, ils sont jeunes, ils sont beaux, et ils portent la moustache. Ce sont les représentants du Grandiloquent Moustache Poésie Club.

Comme tout club, il a ses règles : ‘Partir de l’intime pour aller vers l’universel’, ‘ne pas fréquenter – ou pire toucher – des imberbes’, et surtout ‘faire de la poésie de tout’.

Astien, ED Wood et Mathurin sont trois copains qui balancent des mots en un slam poétique et drôle. Ils inventent, triturent et tricotent des morceaux évoquant leur art, les filles, le sexe, des souvenirs, leurs rêves d’être stars.

En trois rimes, ils ont le public accroché à leurs lèvres, accro, qui en redemande. On se cramponne aux mots pour saisir toute la richesse des textes et ne pas perdre la chute qui faire rire.

Ils campent leurs personnages, jouent à fond le jeu vécu du trio qui a ses habitudes, ses engueulades, ses blagues et règlements de comptes, et on voudrait faire partie du club, avoir en soi ce sens inné de la répartie (certaines sont improvisées) et ce sens de l’humour décalé au millième degré qui fait mouche, et laisse la salle en délire.

A découvrir : ‘Le Petiloquent Moustache Poésie Club’, à 14 heures à la Caserne des Pompiers.



‘Bienvenue O Kwatt’

‘Bienvenue O Kwatt’, au Théâtre du Petit Louvre-Chapelle des Templiers à 20 heures

Bienvenue au Kwatt, quartier de Yaoundé parmi d’autres, où l’on parle le ‘camfranglais’ en buvant de la bière.

Valéry Ndongo mène la visite et joue, mime, reprend les mots des habitants, les jeunes frères, les vieux pères, les Noires, et la Blanche, de passage.

Pour ne pas être seul en scène, et pour rappeler qu’il n’est pas seulement question de rire, il instaure une seule règle et le public, en chœur, répond à son ‘Y a quoi les gars ?’ par : ‘Il n’y a rien, c’est l’homme qui a peur’.

En creux, et grâce à l’humour, se dessinent la vie et les problématiques qui habitent la jeunesse ‘camer’ d’aujourd’hui : l’inactivité, la politique, les relations hommes-femmes, le rapport ambigu aux Blancs, et à la Blanche. C’est le reflet d’une société post-colonies qui n’a pas fini de rejouer l’histoire, le tout avec flegme et gouaille.

La langue est vivante et inventive, tout comme Valéry Ndongo qui déploie des trésors de moues et de mimiques pour rendre la réalité de son quartier.

Un beau spectacle où le rire et la langue nous font voyager, direction Yaoundé.

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