L'ardoise

Le carnet de bord de Zacharia Dosseur, jeune prof de ZEP.

Ingrid prof de ZEP (II) : « Ça a marché avec les 6e2, les 5e6... »

Zacharia Dosseur
Enseignant en ZEP
Publié le 12/09/2007 à 18h20

Jeudi dernier, Ingrid m’avait donné rendez-vous au café de la gare, après notre conversation sur l’autorité. Elle m’avait mis le dos au mur et, amusé, pris à partie, j’essayai de l’aider.

Les joues un peu moins rouges qu’au collège, Ingrid attendait, armée d’un crème, d’une feuille blanche et d’un feutre :

-Alors, je fais comment lundi ? Comment tu fais ta première heure toi ?

-Ben en fait, la première heure, je la consacre entièrement aux règles de la classe et à la marche à suivre pour réussir en français. Je distribue aux élèves une liste de principes et de conseils que je commente avec eux. À la fin de l’heure, on considère que cette « charte » définit notre cadre de travail et qu’elle est adoptée par la classe pour l’année.

-Ok, allons-y ! Première règle… ?

-Tiens, je t’ai apporté la feuille.

Ingrid lit silencieusement chaque ligne, réfléchit, puis elle me dit : « On a vraiment besoin de rappeler tout ça ? “ Je hoche positivement la tête. ‘ Bon, mais c’est trop long je trouve…Tu m’aides à trier ? Nous trions. Je lui explique l’importance de l’évaluation (seul outil pour imprimer ces règles, mais surtout pour faire travailler et encourager les élèves). La note d’oral dans mon cours c’est 10 pour tout le monde en début d’année, puis +2 à chaque + obtenu et -2 à chaque – . À la fin, on compte les + et les - et ça donne une note qui compte vraiment dans la moyenne.’

Voici les règles qu’Ingrid a reformulées et retenues après discussion :

-J’apporte les affaires demandées

-Je reste debout jusqu’à ce que je sois invité à m’asseoir

-Je ne parle jamais sans lever la main ou si quelqu’un d’autre parle

-J’écoute le cours

-Je ne refuse pas de faire le travail demandé

-Je fais mon travail à la maison

-Je lis tous les soirs et peux présenter mes lectures à l’oral en classe

-Je lis la presse (journaux et ordinateurs disponibles au CDI)

-J’apprends par coeur poèmes, textes que j’aime et règles de langue

-Curieux, je comble mes lacunes et creuse ce que je découvre. Je peux présenter mes recherches personnelles à tout moment en classe

-Chaque devoir est l’occasion pour moi de me dépasser

-Je n’abandonne jamais si je ne comprends pas quelque chose.

Le respect de ces règles et conseils entraîne des récompenses quotidiennes : des + pour la note d’oral. Leur irrespect est sanctionné par des -.

L’évaluation :

-Si je rends tous mes devoirs sans retard, ma moins bonne note du trimestre est effacée de ma moyenne

-Chaque effort, chaque progrès est récompensé (par un + ou une note)

-J’ai le droit de refaire un devoir et d’être réévalué s’il est amélioré

A 12h30, vendredi, Ingrid vient vers moi, grand sourire et joues rouges : ‘ Ça a marché avec les 6e2, les 6e6, les 4e7 et les 5e6 ! Bon, ils ont discuté chaque règle, c’était physique, mais on s’est mis d’accord et j’ai distribué les premiers + parce que, peu à peu, ils levaient bien la main et avaient l’air presque emballés. Maintenant, je me demande comment je vais aborder ma deuxième heure avec eux ? … Je te dirai.’

A suivre…

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  • juliettelucie
    juliettelucie
    Agitée du bocal
    • Posté à 18h56 le 12/09/2007
    • Internaute 4918
      Agitée du bocal

    Je me rappelle au collège avoir participé à une discussion sur le règlement intérieur de l’établissement. J’avais fait remarquer aux adultes que la colonne « droits de l’élève » faisait dix lignes, et la colonne « devoirs » faisait trois pages - ce qui ne poussait pas les élèves à se sentir respectés.
    Sans nier le fait que le prof doit avoir autorité sur ses élèves, ne pensez-vous pas que l’on devrait accorder plus de place à leur droits lors d’un cours ? Le fait de discuter des règles auxquels ils sont soumis est très positif en ce sens, mais ne faudrait-il pas aussi demander aux élèves ce qu’ils attendent du prof - et discuter avec eux du bien fondé ou non de ces attentes ?

    • Anonyme répond à juliettelucie

      ben voyons !
      leur demander aussi si l’on peut faire cours, si ce jour là ils ont envie d’étudier...

      vous les préparez à la vie ? ? ? ? Pensez vous qu’un directeur ou un patron viendra discuter avec eux pour savoir ce que ses employés attendent de lui ?

      dormir... rêver peut-être...

      • juliettelucie
        juliettelucie
        Agitée du bocal
        • Posté à 20h33 le 12/09/2007
        • Internaute 4918
          Agitée du bocal

        Je pense qu’on devrait leur apprendre à vouloir le respect pour qu’ils refusent plus tard de se faire marcher sur les pieds et de se faire maltraiter par leur chef/patron.
        Notez que je n’ai jamais parlé d’un pied d’égalité total, mais d’un dialogue. Lors d’un entretien d’embauche et à tout moment dans votre carrière, vous avez le droit de dicsuter de votre relation avec votre patron. Ce n’est pas de la préparation à la vie, ça ?

      • Laurent Mauriac
        Laurent Mauriac
        Cofondateur Rue89
        • Posté à 20h26 le 12/09/2007
          éditeur
        • Journaliste 8
          Cofondateur

        Est-il pertinent de comparer le comportement d’un enseignant devant faire oeuvre de pédagogie avec des enfants en 6e avec celui d’un patron vis-à-vis de ses employés ?

         
        • Anonyme répond à Laurent Mauriac

          oh que oui !

          certains employés se comportent comme des mômes de maternelle

        • Anonyme répond à Laurent Mauriac

          oh que non à mon avis c là l’erreur fatale
          se dire que cesgamins de 6iem doivent se formater pour passer les entretiens d’embauche !
          rien sur le bonheur de découvrir d’apprendre d’alargir ses connaissances, sur le fait que repousser ses limites de comprehension fournit un grand plaisir et comment avoir envie de grandir d’avoir des bonnes notes si dans sa tête d’ élèves on ne peut pas se dire que cette nouvelle année va être riche de bien des découvertes et de nouveau savoir et de nouveaux exercices réussis sous l’ oeil encourageant du prof !
          mais à lire dans le reglement qu’i lfaudra lire tous les soirs est ce que ça ne leur fait pas peur ça estce que ça leur donne de suite envie d’y aller ? erreur pour les dyslexiques en tout cas et les timides ne seront ils pas effrayes à l’idee de faire par à toute la classe ....

        2 autres commentaires
      • sujetduprince
        • Posté à 22h49 le 12/09/2007
        • Internaute 8155

        travail : de tripallium (instrument de torture) ... le bourreau ne demande pas au supplicié son avis : le patron ne demande pas au salarié d’etre heureux
        mais pourquoi vouloir supplicier des enfants ... par pur sadisme ...
        c’est une bonne idée (globalement) que de les considerer comme des hommes et pas encore comme un bétail productif.

         
        • Anonyme répond à sujetduprince

          Il existe des regles dans les entreprises qui oblige le patron a ecouter son employé... (evaluation annuelle obligatoire dans certaines entreprises aujourd’hui)

          Je sais que je suis une privilégiée, et d’autant plus sur de cela quand je vous lis, mais sincerement comme le dis Madame Julliet... il y a des patrons qui ecoutent leurs employés. Je ne travaille pas a l’usine et parce que j’ai le choix celui ci se portera toujours en priorité sur un environnement humain, et j’en ai trouvé quelques uns... Je suis dans une position aujourd’hui ou je ne cours pas apres un travail, c’est forcement un echange : je viens et j’apporte quelque chose parce vous m’apportez egalement quelque chose...

          Donc non a mon sens ce n’est pas comme a l’ecole pour cela au moins. Mais pour ce qui concerne la capacité d’ecoute de l’un et de l’autre et le respect mutuel des uns et des autres ca devrait...

        1 autres commentaires
    • sev
      sev répond à juliettelucie
      • Posté à 10h59 le 16/09/2007
      • Internaute 10374

      Je suis prof en collège ZEP depuis 5 ans. Disons que ce n’est pas une ZEP « violente » (même si nous en avons l’appellation), mais ce que l’on nomme une ZEP « économique“(la moitié des élèves vient de familles au chômage et l’autre moitié de familles ouvrières).cette description de ‘ma ZEP’ permet de comprendre que beaucoup d’élèves ont souvent l’impression d’être dans un monde injuste et inégalitaire. Et bien sur, quand nous abordons le sacro-saint règlement intérieur, toutes ces crispations explosent. Chaque année j’ai droit à l’indémodable‘c’est pas juste on a plus de devoirs que de droits’. En tant qu’adulte et citoyenne je n’ai pas le droit de laisser cette plainte sans commentaire. Et j’ai encore moins le droit de dire à mes élèves, vous avez raisons, alors inventons des droits pour vous ! Par contre je les prépare à devenir des citoyens et j’axe ma réponse sur 3 points. Le premier, je rappelle ce que veut dire le mot règlement (très vite ils comprennent que dans ce mot il y a règle et on définit le mot). Je fais bien remarquer que règlement est différent de ‘ droits et devoirs ’ de l’élève (ça a l’air de rien comme ça, mais c’est la où l’on se rend compte que les mots sont importants).Ensuite je rappelle que quand on est adulte on a le même problème. On nous parle toujours de ce que l’on ne doit pas faire et rarement ce que l’on peut faire (en ce moment je prends l’exemple du téléchargement sur le net). J’évoque ainsi le principe de ‘on peut faire tout ce qui n’est pas interdit’. Enfin, je fais une synthèse des 2 premiers points. Les élèves sont invités à faire la liste de leurs droits. Ils se rendent vite compte que la liste et longue et en même temps elle est ridicule, tellement qu’elle va de soi (exemple on a le droit de venir habillé comme on veut, dans la limite de la décence bien sur !).Bilan de tout cela ? Ça permet de comprendre qu’on est toujours en train de réclamer un ‘dû’, un quelque chose en compensation et que cela en devient indécent à force. Puis, ça replace les têtes blondes dans le monde du réel ; et oui, pour vive en société, il faut des règles et désolé si on vous harcèle avec ça, mais c’est comme les alertes incendie fictives : c’est en pratiquant qu’on acquière les automatismes pour sortir de la zone de danger en toute sécurité.
      Pour terminer, je ne prends pas mes élèves pour des bébés, des enfants rois, car ce serait cultiver leurs frustrations, et ça, c’est la meilleure façons de les noyer.

  • Anonyme

    Il est très important que les élèves comprennent pourquoi ils doivent respecter des règles, et qu’ils les aient intériorisées. Je crois qu’Ingrid a eu raison d’en discuter avec eux. C’est les traiter en citoyens, leur montrer qu’ils ont leur part dans l’existence de leur communauté, c’est-à-dire de leur classe, et qu’ils ne sont pas de simples objets passifs devant se contenter de respecter des règles que l’on aura établies sans eux.
    Bon courage, Ingrid !

    Thomas GREDAT

  • Anonyme

    Gamins et bien avant d’entrer en 6ème, nous avions intérêt à être poli, respectueux, assidu... Faute de quoi, une torgnole nous attendait de retour au bercail... avec privation de repas le soir, et travail dans les champq quelque soit la météo, vacances ou pas. C’était il y a 40 ans en Bretagne... et voyez-vous, nous en sommes pas mort.
    La prof avait d’autres préoccupations, que de faire l’éducation des morveux et morveuses... le programme était plus lourd que celui offert actuellement.

    Depuis, la discipline « psycho » est intervenue... Ils sont traumatisés, les pauvres gosses ! il doivent apprendre et en plus, faire des devoirs ! ...
    - bon nombre d’instit ne donne plus de devoirs à faire à la maison
    - On cajole le gamin en lui donnant une note moyenne pour éviter les esclandres avec les parents, et cas de plus en plus évidents, être tabassé par les élèves, et/ou les parents

    C’est sûr, dans le monde de l’entreprise, c’est beaucoup plus pervers... car s’il faut apprendre le minimum (chez nous nous disions éducation civique, ou morale) entre 18 et 35 ans ! y’a du mourron à se faire.

    • juliettelucie
      juliettelucie
      Agitée du bocal
      • Posté à 21h21 le 12/09/2007
      • Internaute 4918
        Agitée du bocal

      « on en est pas mort » est-ce une raison selon vous de continuer une pratique... On connaît les discours « c’était mieux avant », ils sont souvent du type amnésique...

    • Anonyme

      Les programmes étaient-ils plus lourds il y a 40 ans ? J’en doute. Aujourd’hui, en plus des savoirs de base, les élèves doivent maîtriser toutes sortes de choses, de l’informatique à la sécurité routière. Et dans les matières principales, on leur demande de plus en plus d’analyser, d’expérimenter, de bâtir des notions complexes (y compris en physique-chimie). En tant que mère d’élève bac + 5, je suis souvent grattée la tête au moment des devoirs, dès la classe de 5ème. Pour faire passer tout cela, une torgnole ne suffit pas !

    • Anonyme

      Vous savez, on ne meurt qu’une fois, alors un seul « r » à mouron suffira ...
      Sans doute étiez-vous meilleur en Morale qu’en orthographe, pourtant, là aussi, la règle c’est la règle n’est-ce pas ?

      Mais je vous taquine. La vraie question sérieuse que je veux vous soumettre est celle-ci : « Peut-on résoudre les problèmes d’aujourd’hui en appliquant mécaniquement les solutions apportées aux problèmes d’hier ou d’avant-hier ? A supposer d’ailleurs qu’elles fussent bonnes ... »

      Cordialement.

      Un ancien de la maison E.N.

  • sujetduprince
    • Posté à 22h46 le 12/09/2007
    • Internaute 8155

    pourquoi pas ! mais toute cette liste fait penser à un poème celebre...le bonheur n’est pas toujours dans le pré ....

    un peu de classement est peut être nécessaire :
    -ce qui ne se discute pas (il y a des règles qui ne se discutent pas ... on ne tape pas sur son voisin et encore moins sur le prof ...)
    -ce qui est du consensus ...sur des points mineurs du règlement.... je reste debout ; un peu désuet mais si ils sont contents comme ça .... l’important étant de tenir la règle jusqu’à la fin de l’année (et le prof en est le garant)...sinon c’est foutu pour tout le reste : rien de pire que la fausse bonne idée consensuelle qui tient 8 jours.
    -ce qui est de l’ordre du voeu pieux ,,,, je promets d’être sage tous les jours ,,, et qui ne mérite pas la guillotine en cas de non respect : si un jour la lecture ne s’est pas faite c’est l’expulsion du lycée, un sermon ou une recherche d’explication ?
    qui dit loi dit sanctions et punitions ,,,un oubli ? et qui represente la loi à l’école ,,,les élèves, les profs, le proviseur, les flics, Dieu, Sarkozy (si Dieu n’y arrive pas)

    • Anonyme répond à sujetduprince

      Je vous met 18/20 !

      • Anonyme

        Hum ! Moins un point pour vous.

        Exemple : Je mets, je vois, je prends.
        Présent (indicatif) de verbes dits du 3° groupe.

        ——> Je mets / Je vous mets.

        Si vous ne faites pas d’erreur dans votre prochain message (plus de dix mots), vous pourrez récupérer le point perdu. Courage !

  • Beber
    • Posté à 08h38 le 14/09/2007
    • Internaute 359

    Nous avons tous été Ingrid..Hélàs, Zacharia le bosseur n’était pas toujours là pour nous accueillir. Mon tuteur était à la pêche lorsque je débutais.. Je vais envoyer un courrier à l’inspecteur d’académie pour lui demander de doubler le salaire de notre blogueur préféré. Cet homme est un saint !

  • Anonyme

    Merci Zacharia, toujours autant de plaisir à vous lire !
    Autre rentrée, autre refrain : stagiaire en IUFM, cette année a commencé pour moi par un discours de Monsieur Fillon, m’apprenant que ma devise serait désormais « Liberté, Autorité, Respect ». Aie.
    J’ai été affectée dans un lycée coté, qui a recruté allégrément sur dossier, en gardant quelques doublants pour sauver les apparences de mixité.
    Joli powerpoint de rentrée du proviseur, résultats, discipline, et indice de satisfaction des parents.
    Seul projet pédagogique : l’excellence. Je ne connais personne, mais ne tarde pas à me rendre compte que personne ne se connait, comme ça c’est réglé.
    Retour à l’IUFM, une inspectrice aux allures de colonel peste contre « l’image que donnent de l’éducation nationale ces jeunes profs aux jeans déchirés et aux cheveux longs », et nous explique sans l’ombre d’un sourire que nous sommes des « vendeurs » et que nous devons diffuser notre « produit ». Aie encore.
    Mes élèves sont 40 par classe en seconde, leurs parents sont médecins, avocats ou banquiers, ce soir ils étaient nombreux à la réunion prévue pour eux, ils prenaient des notes, ils voulaient bien faire.
    40 élèves aux dossiers exemplaires, 40 élèves à qui je dois enseigner l’anglais : monsieur le proviseur à le goût des statistiques, 40 élèves, 3 heures par semaine, c’est en moyenne une minute de temps de parole hebdomadaire par tête blonde.
    Ce soir je ris jaune : la réforme dépeuple les lycées moins côtés, sature ceux qui ont de bons résultats et donne lieu à des conditions de travail impossibles...Sarkozy ou l’égalité malgré lui ?

    • Anonyme

      Avec une nuance : ceux de vos élèves qui, dans ces conditions, n’auront pas de bons résultats connaîtront-ils le même sort que les élèves de ZEP ou de ZUP qui ont également du mal ?
      Bon courage à vous, car vous avez du mérite.

      Thomas GREDAT

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