Le Bronx

De la BD et bien d'autres choses, par Benjamin Legrand.

Enki Bilal, Tardi, des tueurs et des expos dessinées...

Benjamin Legrand
Scénariste
Publié le 11/11/2007 à 17h04

Commençons donc par les expos et, puisqu’on célèbre aujourd’hui l’armistice de 1918, allons d’abord au musée de la Poste, 34 blvd de Vaugirard, qui a confié à Tardi le soin d’illustrer l’expo intitulée Guerre et Poste, ou l’extraordinaire quotidien des Français en temps de guerre, de 1870 à 1945.

On y voit donc nombre de magnifiques illustrations des périodes si chères à Tardi : la Commune, 14-18 et l’Occupation. Tout un parcours historique, dans l’ordre chronologique, avec des objets, des affiches, des cartes postales, des costumes, une nacelle de montgolfière, des pigeons voyageurs, des lettres de prisonniers, des encriers, une sorte d’harmonium/télégraphe assez curieux, le standard téléphonique d’Hitler à Berchtesgaden, ramené par les troupes Françaises en 45… (gageons que si cet objet pouvait parler, on en apprendrait des saloperies)… et même une voiture postale Parisienne électrique datant de 1941. (30 km/h et 80 km d’autonomie. On se demande ce que les fabricants de bagnoles d’aujourd’hui attendent pour prendre ce modèle d’économie et de propreté. La prochaine guerre ?)

Bref c’est une balade assez incroyable où les dessins de Tardi servent de guide autant que d’illustration. Il est toujours étonnant, voire fascinant, de constater l’incroyable effet de l’agrandissement en 1 ou 2 m2, de ces petites cases qu’on a l’habitude de feuilleter dans des albums.


Idem chez Bilal, qui expose à l’occasion de la sortie de L’Intégrale Du Monstre, aux Editions Casterman, plus de cinquante œuvres peintes, issues indifféremment des quatre tomes de la tétralogie, ainsi que des films courts. C’est chez Agnès B., 15-17 rue Dieu, dans le Xe arrondissement de Paris. Un bien beau lieu où l’on est accueilli par une projection de dessins agrandis et ici aussi, on est frappé par l’effet de ces agrandissements. La justesse et la richesse du trait passent à merveille sur un écran de deux mètres.

L’autre salle étale sur toutes les longueurs de ses murs, des originaux en une sorte de très long panoramique. Attention, quand on commence à longer cette salle, on ne voit plus le temps passer… Vous avez jusqu’au 21 novembre pour vous perdre dans l’univers du Monstre…


De tout autres monstres, chez Casterman. D’abord, honneur aux vieux, un album de Daoudi et Bonifay, d’après le troisième et dernier ouvrage de la « Trilogie Noire » de Léo Malet. Sueur aux tripes, ça s’appelle. C’est une histoire de truands d’avant guerre (celle de 39-45, pour les ignares), une histoire d’amour sombre, pleine de désir, de jalousie, de rêves impossibles qui glissent dans la folie.

Ça commence au Rendez-vous des Amis, un petit café de quartier et avec des amis comme ça, on n’a pas besoin d’ennemis…

Ensuite, les jeunes. Yvon et Névil, qui signent La Clé Bleue, dans la petite collection KSTR, Un jeune photographe pigiste rencontre un célèbre Jazzman qui est en quête de la note parfaite, la fameuse Note Bleue. Les énigmes et les meurtres s’enchaînent, bourrés de surprises et de musique, et pour un coup d’essai, c’est plutôt réussi.


Et enfin, place au Tueur, toujours chez Casterman, le sixième volet des aventures de « tueur » , comme l’appellent ses amis, enfin les rares amis qu’il lui reste. Jacamon et Matz ont réussi leur coup, une fois de plus.

« Tuer, c’est enlever à quelqu’un tout ce qu’il a, tout ce qu’il a jamais eu et tout ce qu’il aura jamais. Peu importe l’âge. Si l’idée c’est de dire que c’est affreux de tuer un vieillard ou un enfant parce qu’ils sont sans défense, c’est encore une connerie. Un homme dans la force de l’âge n’a pas non plus l’ombre d’une chance si je l’abats à cinq cents mètres sans qu’il m’ait vu, sans même qu’il entende la détonation. Tout ça, c’est de la sensiblerie… »

Ce petit extrait du texte pour que les non initiés ne s’attendent pas à une énième série policière. Le Tueur est un personnage cultivé, philosophe, limite situationniste, un parfait professionnel et qui cache ses états d’âme derrière ses éternelles lunettes fumées. Chargé d’éliminer une religieuse, il va s’enfoncer dans un labyrinthe particulièrement tordu.

« Et la plupart de ceux qui vous tiennent ce genre de discours, si c’était leur tour de mourir, ils échangeraient leur place avec un enfant, sans hésiter. Le problème, ce n’est pas non plus que ce soit une Religieuse. Après tout, religieuse, c’est un boulot comme un autre, comme le mien, dans un autre style. Et puis je n’ai aucune sympathie pour quelque religion que ce soit. Si Dieu existe, il ne nous fait pas de cadeaux et s’il n’existe pas, alors c’est la plus mauvaise idée de tous les temps. »

Il semblerait que les Américains, et pas des moindres, aient acheté les droits de cette saga pour en faire un film. Alors, en attendant que Brad Pitt n’incarne Tueur, relisez les cinq tomes précédents et ce dernier opus intitulé : Modus Videndi.

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  • pikasso02
    • Posté à 18h06 le 11/11/2007
    • Internaute 10134

    Enlevez les mots d’un ouvrage de Bilal, il ne signifie plus rien. Bilal c’est de l’illustration. Je n’ai rien contre l’illustration, mais je crois qu’il est necessaire de temps en temps de bien différencier le travail du peintre de celui du dessinateur de BD. Je ne comprends pas que Bilal accepte de mélanger les deux. Il ne peut que mettre le désordre dans l’esprit des jeunes. Le dessin se passe des mots. Si Bilal n’était pas connu par son travail en BD, quel espace destiné aux arts plastiques accepterait de le recevoir ? Le musée d’art moderne a-t-il des oeuvres de Bilal exposés sur ses cimaises ? Pour avoir été prof de dessin, je vois les désastres qu’ont pu produire les films japonais, les poupées B..., enfin tout sauf une écoute du trait et de la forme.

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    • Anonyme répond à pikasso02

      Il me semble que « Enlevez les mots d’un ouvrage de Bilal, il ne signifie plus rien » et « Bilal c’est de l’illustration » sont deux phrases en parfaite opposition. Je suis d’accord avec la deuxième proposition, et pour cette raison j’ai toujours trouvé que le travail de Bilal se dispensait très bien de mots (ce qui est d’ailleurs pratiquement le cas dans la trilogie du monstre).

      Bref, sans ironie aucune, il y a quelque chose qui m’échappe dans votre position (sans parler de l’allusion faite avec les Barbie et les mangas).

  • Tibokaya
    Tibokaya
    Jeune flegmaticien mayennais
    • Posté à 19h34 le 11/11/2007
    • Internaute 4477
      Jeune flegmaticien mayennais

    Ah là là...

    Les amateurs de cases... Ce n’est pas parce que nous sommes dans le domaine de la BD qu’il faut absolument vouloir cloisonner les genres, les mettre dans des cases en refusant le mélange...

    Mettre le désordre dans la tête des jeunes ? Je suis un « jeune », et le cross-over entre peinture et dessin, je le vis très bien... Le désordre n’est peut-être pas là où on croit...

    Non aux barrières, et encore moins dans les arts... (On va encore se retrouver dans les cloisonnements d’arts majeurs et mineurs sinon, ralala...)

    Achefkalement,

    • pikasso02
      pikasso02 répond à Tibokaya
      • Posté à 18h37 le 13/11/2007
      • Internaute 10134

      Que vous le vouliez ou non, le cloisonnement existe ! Nous ne pouvons pas vivre sans. Ce n’est pas pour cela que tel groupe est majeur et tel autre est mineur. L’opéra est une chose ! La musique de variétés, une autre. L’une n’est pas à placer devant l’autre. Libre à vous de mélanger les deux, mais pour échanger, je crois que ça complique.L’important est de savoir que les deux existent.
      J’aimerais vous soumettre si vous êtes d’accord, à une petite histoire qui je crois en dit long sur la situation actuelle, enfin, je m’avance ! Ce sera à vous de dire ou de ne pas dire.
      Picasso est reconnu internationellement. Je pense que vous êtes d’accord. Imaginez un lycée. En 1965 une sculpture de Picasso a été réalisée dans l’entrée de ce lycée. Six mètres de haut. Si je vous dis qu’en 2007, les élèves de ce lycée et le personnel enseignant ignorent qui a réalisé cette sculpture.
      Cher Tibokaya vous seriez comme les membres de ce lycée si vous y étiez. Vous ignoreriez l’auteur de cette sculpture. Vous la verriez sans la regarder. Pourquoi ? Alors là, c’est à vous de me le dire si vous êtes partant ! Cette petite histoire vraie s’adresse bien sûre à tous.
      Bilal c’est bien ! Mais Picasso, c’est pas mal non plus !

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  • Anonyme
  • machinchose
    • Posté à 09h45 le 12/11/2007
    • Internaute 8651

    J’aurais aussi bien aimé savoir ce que ça donne XIII par Giraud. arf. Vous devriez aussi parler de manga ou de comics. J’hésite depuis un mois à acheter le 1602 dont Neil Gaiman (l’immense !) est le scénariste mais dont le dessin me rebute un peu. Chez KSTR, franchement il y a aussi les deux autres nouveautés Face contre ciel ou la rage au poing qui sont tout de même graphiquement très interessants et scénaristiquement fort et originaux. Ah ! il manque definitivement ici une vraie rubique BD. Bon ok ce n’est pas un site litteraire mais c’est dommage.

    • Anonyme répond à machinchose

      Vrai !
      Je me suis procuré les deux albums KSTR suscités et je dois dire que c’est du bon ! La rage au poing m’a collé une claque terrible tant sur le plan graphique que pour le secénar bien épais et bien chargé sur l’ambiance générale... pour Face contre ciel, c’est assez étonnant... mais que c’est beau !

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