Le Bronx

De la BD et bien d'autres choses, par Benjamin Legrand.

Florence Cestac croque l'épopée de la BD française

Benjamin Legrand
Scénariste
Publié le 17/09/2007 à 12h52


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Même dans le Bronx (rubrique de BD, animation, fantastique, et thrillers), c’est la rentrée ! Cette chronique, interrompue pour des raisons indépendantes de ma volonté, (travail, famille, parti -en vacances…) reprend donc avec, honneur aux dames, la très extraordinaire et “ Véritable histoire de Futuropolis ‘ , de Florence Cestac, éditée chez Dargaud.

Cette histoire véritable et authentique, bonnie par Harry Mickson, mascotte des éditions Futuro, est celle de toute la BD Française, et dans le Bronx on n’a pas peur des mots. Les aventures de Florence, dite Cestac, et d’Etienne, dit Robial, depuis leur arrivée à Paris au début des années 70, jusqu’au milieu des années 90. Ce n’est pas si loin, et c’est aussi toute notre histoire à nous (qui avons plus de 50 ans maintenant, eh oui…) qui défile, page après page, avec l’humour, la tendresse et le talent de Cestac, spécialiste incontournable du personnage à gros nez. On y voit naitre la première librairie spécialisée BD à Paris, puis les éditions Futuropolis, qui innovèrent, jour après nuit, mois après mois, faisant travailler 80 personnes au cours de ces étincelantes années, publiant 328 auteurs, avec toujours en tête le souci de la qualité et de l’innovation graphique.

On assiste à toutes les galères partagées par les trois fondateurs, Cestac, Robial, Ozanne et tous ceux qui les entouraient, à tous les fous rires, à des soirées cinoche chez Druillet, à des rencontres fondamentales et inoubliables, avec Tardi, Giraud, Vaughn Bodé, Dionnet et tous les anonymes ou les futurs célèbres. On vit comme si on y était la démerde intégrale, les tout premiers festivals de BD, les aléas bancaires en fin de mois (’ cette fois, on saute ! ‘ ), les délires du coursier qui ressemble à Mr Natural, la création de collections inrangeables’ dans les étagères. Bref, à tout ce minutieux et harassant travail qu’était l’édition avant tous nos merveilleux ordinateurs…

A l’époque, cutter, ciseaux et colle régnaient en maîtres sur le papier et le film. Des jours et des nuits de décisions, de batailles au té et à l’équerre, jusqu’à l’arrivée de la machine à boule puis du premier ordinateur. On a oublié tout ça. Mais pas Cestac, ni toute cette bande. J’avais, à cette époque bénie, traduit un ‘ Popeye’ , je crois, pour Futuro. Et en relisant ce livre, car c’est bien un livre, même s’il a des gros nez, je revois le Ratier, le grand local, l’ambiance ‘ énorme’ et je me dis qu’il n’y a jamais eu chez aucun éditeur autant d’exigence de qualité associée à une telle ambiance.

Toute la BD française est passée par là, Bilal, Rochette, Jean-Claude Denis, Fred, Jacques Lob, Golo et Frank, Margerin, Charlie Schlingo et j’en oublie, mais je ne peux pas citer tout le monde. Ou alors, je fais la liste des 328 auteurs ! Car c’était, à mon sens, ça, le plus important. Un travail pour les auteurs, fait par de vrais auteurs eux-mêmes, auteurs graphistes et éditeurs, au vrai sens du terme. Ils jouaient même au foot, avec la célèbre équipe du Mickson BD Football Club… que Futuro sponsorisait !


Florence Cestac (DR)

Et puis, les années passent, et les choses se délitent peu à peu. Certains acteurs de cette épopée partent vers de nouveaux rivages, vivent de nouvelles aventures, se déchirent, se quittent. Mais il n’y a ni amertume ni nostalgie dans le livre de Florence, juste le talent exact et l’émotion pas si farfelue que ça, pour raconter ces années, ces vies, nos vies d’amoureux de la BD.

Comme par un fait exprès, sort ‘ l’Etrangleur’ , édité par Casterman en grand format comme ‘ La Véritable Histoire du Soldat Inconnu’ (parue au siècle dernier chez Futuro !). C’est du beau papier-journal tout en couleurs, et le premier tiers du nouvel Adèle Blanc-sec, à paraître prochainement. Je rappelle qu’on peut trouver ‘ l’Etrangleur’ dans toutes les librairies, au modique prix de 1 euro 95 centimes, et que les deux autres tiers suivront.

Quel plaisir d’avoir entre les mains une BD dans ce format, qui correspond finalement bien mieux à celui qu’utilisent la plupart des auteurs, avant qu’on ne le réduise pour en faire des albums ‘ normaux’ . Je ne vous raconterai pas l’histoire, mais sachez que l’ami Tardi s’enfonce très profond dans ‘ Le Labyrinthe infernal’ (c’est le titre des dernières aventures d’Adèle, à paraître, en deux tomes, chez Casterman). Il vous faudra donc attendre qu’il ait dessiné le second tome pour connaître la fin de cette histoire délirante. Du Grand Tardi.

Merci !

Et pour finir, une pensée pour Jean-François Bizot, autre précurseur parti après une longue vie de combats diurnes et nocturnes.

Retour dans le Bronx très bientôt, avec plein d’albums de BD et un fantastique roman fantastique… Hasta la Vista, comme on dit dans le bario…

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  • machinchose
    • Posté à 07h24 le 18/09/2007
    • Internaute 8651

    juste VIVE LA BD ! !

    j’en profite pour poser une question aux journalistes :

    pourquoi y a t il si peu sur la BD dans la presse ?

    Je veux dire par rapport à ce que ça représente économiquement il n’y a... rien... juste une demi page de temps en temps pour les stars mais sinon rien.

    alors que pour les livres « sérieux » ouhhhh laaaa !

    mais dans télérama, les inrock, le nouvel obs, l’express, le point, tout ça ... plein plein sur le ciné rien rien ou presque sur la BD ?

    pourquoi ?

    • machinchose
      • Posté à 09h09 le 18/09/2007
      • Internaute 8651

      petit éclairage de mon propos

      Lien

      pour le moment (mardi 18 septembre) : rien

    • Anonyme répond à machinchose

      Un nouveau magazine de BD et pas seulement de BD parait depuis juin 2007.
      Il s’agit de CARGO-ZONE lancée par un auteur de BD qui veut renouer avec la presse généraliste de qualité pour jeunes (et ceux qui le sont restés) comme pouvaient l’être en leur temps Pilote ou Spirou lesquels s’adressaient à l’intelligence de leurs lecteurs.
      Cargo évoque le grand large, cette « envie de loin » celle, nous raconte Pagnol, qui embarqua Marius sur un navire explorateur vers les antipodes.

      Cargo, c’est une aventure de 116 pages, un passage pour le vent de la fortune en BD, la découverte et pour sentir les embruns, pour se sentir gifler par le vent de l’aventure.

      Cargo c’est un journal arlequin avec des textes et des images, des récits et des BD, des témoignages et des fictions.
      Cargo est un défi enthousiaste pariant sur l’intelligence de ses lecteurs pour les emmener sur les chemins de tous les imaginaires.

      Le premier numéro a été dédié à René Goscinny.

      Le numéro 2 est en vente depuis fin août.

      • machinchose
        • Posté à 09h18 le 20/09/2007
        • Internaute 8651

        là vous me parlez de magazine à orientation bd, comme il existe des magazine sur le livre, sur le cinéma etc.

        ok

        c’est bien, c’est important, ça n’a pas toujours bien existé et la relative bonne santé du magazine bd actuel (de dbd à cargo en passant par psikopat ou bien sur fluide ou tchô ou même lanfeust ou les fanzine etc.) est une bonne nouvelle.

        mais elle révèle surtout l’incroyable manque criant de morceau de bd dans les médias généraliste.

        et le peu qu’il y a est essentiellement trusté (ce qui est normal vu le manque de place) par selon la cible de la publication Largo winch ou persepolis...

        c’est juste dommage.

  • Chris56
    • Posté à 08h33 le 24/09/2007
    • Internaute 17080

    Bonjour à vous,

    A ce jour, je n’aie pas pris encore le temps de lire le livre Florence Cestac sur « Futuropolis “.

    Par contre de mon côté, je me souviends de la boutique ‘ Futuropolis de la rue du Théatre dans le quinzième arrondissement au début des années soixante dix. A chaque fois que je rendais visite à ma Grand-Mère qui demeurait non loin de là, je faisait toujours yn détour par la boutique avec un copain de classe. Mois pour les comics Américains comme, B.C Wizard of Id, Pogo, Flash Gordon et autres bandes des années trente tandis que mon copain, lui y allait pour toutes les séries comme, Captain América, Le Surfer d’Argent, Daredevil, les cinq Fantastics et autres séries de Marvel Editions.

    A l’époque, j’achetais aussi la revue Phénix qui était assez chère mais, qui avait des articles très pointus, comme pour le cinéma avec Les Cahiers ou Positif . Après, les choses ont changées Futuropolis en tant qu’ Editeur à permis que des séries cultes soient au format Italien resortent pour qu’une nouvelle génération puisse découvrir toute cette richesse de l’Age d’or du Comics Américains, ce qui n’est pas rien.

    Pour moi, cette période reste un moment de découvertes et de discutions après les lectures de toutes ces séries.

    Bien Cordialement,

    Christian Dubois
    75010 Paris

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