Le Bronx

De la BD et bien d'autres choses, par Benjamin Legrand.

« Zodiac » et yachts au large de la Croisette

Benjamin Legrand
Scénariste
Publié le 21/05/2007 à 09h48

Présentation de Bee Movie à Cannes jeudi 17 mai (Jean-Paul Pelissier/Reuters)

(De Cannes) Le film de Fincher, « Zodiac », dont l’affiche qui orne les murs de France rappelait sans doute à certains (et à tort) le sigle d’Occident et autres groupuscules d’extrême droite, ramène surtout, de prime d’abord, des souvenirs de la fin des années 60. « Hurdy Gurdy Man », de Donovan, en bande son pour les Chevrolet et autres Mustangs aux soupapes ronflantes. La vie de journal à San Francisco, à cette époque où les flics étaient nettement moins aidés que les « Experts » d’aujourd’hui sur TF1. Deux heures trente six de vain décryptage axé sur le destin de ceux qui enquêtent sur une affaire qui ne sera jamais vraiment résolue…

Mais on se sent un peu idiot de faire des commentaires sur un film sorti la semaine dernière et sur lequel le public s’est déjà apparemment rué. Surtout quand on est plongé dans la lecture d’un livre de Sebastian Haffner, « Histoire d’un Allemand », paru chez Actes Sud en 2003, ici dans sa version poche chez Babel. Ce texte de 1939 est une terrible chronique de la lente instauration du nazisme, terrible dans sa banalité, dans sa quotidienneté, dans son évidence. Ce manuscrit ne fut publié qu’en 2000 en Allemagne, un an après la mort de son auteur. Un texte salutaire, si j’ose le mot.

Mais revenons sur la Croisette, il y fait nettement plus beau. Pourtant, des rumeurs couraient la semaine dernière en ville que le nouveau Président, s’échappant du Fort de Brégançon, viendrait à Cannes ce week-end. Tel ne fut pas le cas.

Des images aussi, jeudi dernier. Une énorme abeille qui descend du haut du Martinez pour Bee Movie sous les yeux hilares de centaines de badauds. On se demande où on est. La 3D a-t-elle gagné la guerre ? On se demande aussi à quoi va servir l’énorme Géode gonflable posée tout au bout de la Croisette comme une boule de glace au citron géante. Est-elle même réelle ? On rêve d’une mini-tornade qui l’emporterait à l’autre bout de la ville, pour la poser sur le toit du bunker…

Le soir, ouverture des sélections moins officielles que celle doté de palmes : un certain regard, quinzaine des réalisateurs et semaine de la critique. Face à la cohue enthousiaste qui semble rendre impossible l’accès aux deux premières, on se rabat sur la semaine de la critique. Avoir une invitation à la main ne veut pas forcément dire que l’on pourra pénétrer dans les salles. Ouf, c’est fait.

Présentation du film de Bruno Merle « Héros », avec Michael Youn qui veut ne pas faire rire dans le rôle d’un chauffeur de salles déjanté, pathétique et violent, Patrick Chesnais en otage chanteur Hallydesque terrorisé. Mention spéciale pour Berroyer en voisin encore plus cinglé que les deux autres et pour Elodie Bouchez en Roxanne oubliée. On rit quand même. Parfois un peu jaune. Parfois franchement. Et Bruno Merle et sa co-scénariste ont réussi quelques scènes magnifiques dans ce délire claustrophobe, et notamment l’évocation de l’enfance et des premiers émois du jeune Michael.

A la sortie, vient alors l’heure fatidique de la recherche des soirées et autres fêtes où aller se beurrer la tronche ou manger gratos pour certains. En longeant la Croisette, on voit des plages vides, qui attendent leur heure, plus tard ou demain et des plages bondées où les vigiles filtrent des masses agglutinées de festivaliers brandissant leurs invites ou hurlant qu’ils connaissent untel ou untel qui est à l’intérieur.

Pour « Heros », il y avait une soirée sur le bateau d’Arte, sans qui cet ovni n’aurait sans doute pas pu exister. Qu’ils en soient remerciés ! Bateau un peu moins gros que le « Paloma » de Sarkozy, mais avec le même jacuzzi sur le pont supérieur. Inquiétude à bord au bout d’un moment : tous les passagers étant concentrés à l’arrière des deux ponts pour accéder aux buffets, le bateau se relevait dangereusement de la proue ! Déjà, au milieu de cette fête s’en annonçait une autre, de Wild Bunch, quelque part… Mais point trop n’en faut. Demain est un autre jour. Et la soirée s’achève sur deux dernières visions : les dizaines d’escabeaux attachés aux barrières de sécurité par des antivols devant les marches du palais et qui attendent la journée et la soirée du lendemain pour leurs propriétaires ultra-fans, tandis que des techniciens enroulent le tapis rouge.

Et la géode gonflable, éclairée de tous les parfums possibles et imaginables… Il paraît que c’est une boite de nuit géante et éphémère. Comme tout festival de Cannes, fût-il le soixantième…

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  • Anonyme

    Contrairement à la déferlante Spider-Man, Zodiac peut être matière à discussion et au désaccord. Zodiac de David Fincher, c’est l’anti-Seven de David Fincher. On nous a bien souvent habitué à du spectaculaire ficelé comme une attraction afin de nous offrir la satisfaction du prix dépensé à la caisse, genre vous en aurez pour votre argent. Casting en or massif, ambiance lourde et conclusion en forme de surprise. Pas de temps mort, pas d’attente, pas de silence, et surtout aucune frustration. Ici point de spectaculaire, c’est sobre, archi-classique, la caméra est posée sur un pied (incroyable de nos jours), c’est tourné en numérique comme Miami Vice de Michael Mann, la prétention en moins.
    Ajoutons à ça un casting issu du cinéma « indépendant » (de Gus Van Sant à Larry Clark) et le compte est bon.
    L’absence de frime et la rigueur du traitement (ce qui n’était pas le cas du Dahlia noir de De Palma qui à rebours passe pour une pauvre parodie de film noir) du sujet permettent à tous les acteurs, sans distinction, d’être justes, tout est crédible, tout est humain, et autour la vie continue.
    Cordialement
    Luc Brou, Caen

  • fran
    • Posté à 12h04 le 21/05/2007
    • Internaute 714

    alors je ne suis pas la seule parano : mais le sigle Occident au moment des élections qui voit l’arrivée au manettes de quelques sympathisants de l’époque, c’était étrange. J’aime bien ce rapprochement inattendu de l’actualité… mais ça ne parle qu’aux « vieux », j’ai dû expliquer ce qu’était Occident à ma fille de 18 ans

    • Anonyme répond à fran

      OK pour « Occident », je rappelle juste aux adeptes de « vieillisme » (c’était mieux avant) que le symbole en question est une croix celtique, qui n’a pas attendu « Occident » pour entrer dans l’imagerie « suprématie blanche »...

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