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Un éclatant tome 3 pour « Blast », de Larcenet, et son héros pantagruélique

Anthony Boyer
Libraire Téméraire
Publié le 18/11/2012 à 15h55

Blast 3 

Poids lourd de la bande dessinée franco-belge, Manu Larcenet possède une bibliographie aussi dense que variée.

Il jongle avec les strips humoristiques dans « Le Retour à la terre », livre des albums initiatiques avec sa série culte « Le Combat ordinaire » et adopte un audacieux ton science-fiction décalé dans « Les Cosmonautes du futur ».

Ce n’est cependant là qu’une partie assez infime de l’ensemble de la production d’un homme en perpétuelle quête de sens.

Non sans humour ni audace, il revisite son art et son projet majeur de ces dernières années est assez symptomatique de cet état de fait.

C’est en novembre 2009 que paraît le premier tome de « Blast », opus aux dimensions plus proches du beau livre que de l’album de bande dessinée standard.

Dans ces pages, on suit l’itinéraire de Polza Mancini, type obèse qui suit un interrogatoire mené par deux flics. Ce dont il est accusé, on ne le saura qu’au fil de l’œuvre qui, au complet, devrait comprendre cinq albums pour un total de près de mille pages.

Un amas de graisse pour protagoniste

Polza se pose en figure gargantuesque pleine de vide. Cet homme, confronté au décès de son père, se voit être l’ultime représentant des siens. Ce deuil déclenche en lui une crise identitaire. Face à cette angoisse latente, Polza se réfugie instinctivement dans la forêt.

Il y vit son premier « blast », instant de sublimation, souffle hallucinatoire plein de couleur et de vie. L’harmonie à sa quintessence. Il choisit donc de rester dans les bois. Ce retour à l’état sauvage fait de cette grasse carcasse un Thoreau des temps modernes, qui ingère exclusivement alcool, médicaments et barres chocolatées.

Pour Larcenet, il s’agit là de son œuvre la plus autobiographique (pour ce qui est des problématiques existentielles). Avec « Blast », il aborde la salubrité mentale ainsi que les rapports conflictuels liés à la société. Dans son expérimentation de la liberté, Polza apparaît comme un antisocial, un ivrogne, un psychotique.


Blast 3 « La tête la première » (Dargaud)

Polza en HP avec « les morts qui marchent »

Dans le troisième tome de cette série, intitulé « La tête la première », ce pachyderme répugnant revient d’ailleurs sur son internement en hôpital psychiatrique. Il traine la patte au milieu de tous les patients shootés aux médocs, ceux qu’il appelle « les morts qui marchent » :

« Des fantômes invalides, immobiles, livides, hagards, hébétés… Ils me fascinaient. Coincés dans leur chaos, ils n’étaient plus là… Des évadés permanents. » (p.73)

Il évoque également la culpabilité qui pèse sur lui depuis qu’il a causé la mort de son propre frère. Et le regard de son défunt père qui n’a jamais su lui pardonner.

Manu Larcenet revient sur le premier tome de Blast.

par Médiapart

L’écriture de Larcenet, tantôt épurée (avec les silences qu’il a empruntés à Taniguchi) tantôt diffuse, permet d’appréhender un personnage dont les multiples facettes ne sont pas encore explorées.

Mais là ou le travail de Larcenet brille parfaitement, c’est sur le point graphique. D’une originalité et d’une variété incroyable, il veille à repousser les limites de la bande dessinée en redécouvrant des pans de l’art dont il n’est pas forcément coutumier.

Ainsi, les arbres sont sublimés par des coulées de peintures et les gribouillages présents lors des « Blast » ont été empruntés à ses enfants.

Une BD glauque, mais éclatante

Dans ce tome, on a droit à des toiles colorées, des découpages et même quelques planches en couleurs, évoquant le passé. Lorsqu’il dessine la faune, Larcenet est d’une minutie délicate : volatiles et canidés sont fabuleusement représentés.

« Blast » est une bande-dessinée glauque, mais éclatante. On oscille entre les gerbes de Polza et l’éclat des instants de Blast. Sans compter les quelques pointes d’humour (noir, forcément) dont on se délecte.

C’est avec un certain délice qu’on assiste au dérouillage d’une infirmière un peu trop guillerette, alors que cette dernière chantonne du Zaz  :

« Elle avait cette bonhomie exaspérante de ceux qui pensent, par tradition familiale ou faiblesse d’esprit, que la vie est simple pour peu qu’on sache la prendre du bon côté… » (p.53)

Tordre le cou des idées les plus optimistes et simplistes, c’est peut-être aussi ça le pari de « Blast ». Et c’est une franche réussite.


Blast 3 « La tête la première » (Dargaud)

Infos pratiques
Blast 3, La tête la première
Manu Larcenet

Dargaud, 204 pages, 22,90 euros. Sorti le 5 octobre 2012.

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  • 10723 visites
  • 14 réactions
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  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 16h06 le 18/11/2012
    • Internaute 157606
      génie du mal

    Il a l’air top, ce 3ème tome. J’attends que le riverain qui m’a offert les deux premiers (il se reconnaitra) se décide, là.

    • mr_megot
      mr_megot répond à Fantomax
      .
      • Posté à 16h49 le 18/11/2012
      • Internaute 53015
        .

      Hum, noël est dans bien longtemps, je serais vous je n’attendrai pas jusque la !

      • Fantomax
        Fantomax répond à mr_megot
        génie du mal
        • Posté à 17h02 le 18/11/2012
        • Internaute 157606
          génie du mal

        « Déçu par ce troisième tome, on a l’impression que Manu Larcenet tire sur la corde de son histoire et veut “ faire l’artiste ” à coup de planches pleines pages et de phrases sentencieuses. »

        Ah ben non, du coup je le lirai sur place à la Fnac.

         
        • mr_megot
          mr_megot répond à Fantomax
          .
          • Posté à 17h06 le 18/11/2012
          • Internaute 53015
            .

          Tu préfères te fier à l’avis de lonesome « un parmi tant d’autres », plutot qu’à celui d’Anthony Boyer « Dealer de livres » ?

          • Fantomax
            Fantomax répond à mr_megot
            génie du mal
            • Posté à 17h18 le 18/11/2012
            • Internaute 157606
              génie du mal

            Anthony Boyer ne passe même pas à la télé comme celui de la Griffe noire à St Maur, alors hein...

          • lonesome
            lonesome répond à mr_megot
            un parmi tant d'autres
            • Posté à 19h05 le 18/11/2012
            • Internaute 165032
              un parmi tant d'autres

            dealer c’est suspect.

        3 autres commentaires
  • lonesome
    lonesome
    un parmi tant d'autres
    • Posté à 16h21 le 18/11/2012
    • Internaute 165032
      un parmi tant d'autres

    Déçu par ce troisième tome, on a l’impression que Manu Larcenet tire sur la corde de son histoire et veut « faire l’artiste » à coup de planches pleines pages et de phrases sentencieuses.

    • Anthony Boyer
      Anthony Boyer répond à lonesome
      Libraire Téméraire
      • Posté à 20h17 le 18/11/2012
      • Internaute 190787
        Libraire Téméraire

      J’en discutais avec un amis qui avait également trouvé ce tome en deçà des deux premiers. Cela n’a pas été mon cas. Pour ma part, je trouve que Larcenet continue de tracer un sillon, après, peut-être que certains y liront une peine à se renouveler.

    • Bloozed
      Bloozed répond à lonesome
      Expat à Pékin
      • Posté à 06h48 le 19/11/2012
      • Internaute 8482
        Expat à Pékin

      Je n’ai pas lu ce troisième tome mais votre description correspond exactement aux deux premiers, avec des dessins au fusain pleine page (pas toujours très beaux) et des phrases spirituelles parfois un peu limites. Il m’a fallu un tome entier pour rentrer dans l’histoire, la lecture du second m’a été bien plus agréable. Il faut vraiment réussir à se laisser emporter par le personnage et son point de vue caractériel.

  • Autist Preaching
    Autist Preaching
    Bourioul
    • Posté à 18h14 le 18/11/2012
    • Internaute 75415
      Bourioul

    Rhâââ ! Ça fait envie. Rien que la trouvaille des dessins d’enfants pour symboliser l’effet du blast, c’est un coup de génie.

  • The Corpse Grinders
    The Corpse Grinders
    Cannibale Furax
    • Posté à 18h23 le 18/11/2012
    • 183627
      Cannibale Furax

    Il sait aussi être drôle, le Larcenet.

  • Harpocrate
    Harpocrate
    Cartomancien.
    • Posté à 00h22 le 19/11/2012
    • Internaute 101306
      Cartomancien.

    C’est chouette de voir Blast sur la Rue, après pareil je l’ai trouvé un peu moins bien que le deuxième, qui était vraiment monstrueux, dans tous les sens du terme. Mais bon un peu moins bien ne l’empêche pas d’être encore très très bon.

    Par contre au final il ne devrait y avoir que quatre volumes :

    « Au départ, j’avais deux fins, une, pas mal, qui nécessitait cinq tomes ; et une autre, bien meilleure, qui n’en demandait que quatre. J’ai donc choisi la deuxième option, surtout que je commence vraiment à en avoir marre. »

  • Queerie
    Queerie
    Really
    • Posté à 10h17 le 19/11/2012
    • Internaute 190378
      Really

    « pachydermen répugnant »... rien que l’emploi de ces mots-là vous classe d’office dans la catéogorie de ceux qui ne comprennent pas.

    • Anthony Boyer
      Anthony Boyer répond à Queerie
      Libraire Téméraire
      • Posté à 12h41 le 19/11/2012
      • Internaute 190787
        Libraire Téméraire

      « Pachyderme répugnant » sont deux termes forts qui retranscrivent parfaitement comment est perçu Polza aux yeux de la société, à commencer par les deux flics qui l’interrogent.
      D’autre part, peu m’importe où l’on me classe. Il me paraît cependant délicat de considérer qu’une personne a compris une œuvre ou pas, surtout à la lecture d’un article comme celui-ci. Ce qui tend moins à controverse, c’est d’affirmer que Polza a des proportions gargantuesques, pantagruéliques, peu importe l’adjectif. Bref, il est imposant. Quand à douter de sa répugnance me paraît inepte et enjôlant. Lui-même revendique cet état de fait, ne se lave pas, aime se passer les doigts entre les testicules et la cuisse afin d’humer une odeur qui lui plaît. Il picole, saigne et dégueule en quête de quelque chose que le monde qu’il a rejeté peine à comprendre. On peut ensuite débattre de la salubrité de son parcours initiatique, il n’empêche que l’on aura toutes les peines du monde à voir en Polza un héros séduisant et fringant. Ce n’est pas ce qu’il est et je ne pense pas que c’est ce qu’il aspire à être. Son ambition se veut plus importante, plus métaphysique et intangible, en quelques sortes, plus noble. Ai-je écris que Polza était un gros porc dont on aurait raison de se gausser ? Il me paraît difficile de faire une telle lecture de cette bande-dessinée compte-tenu de la noirceur de l’ouvrage. Si l’on ajoute à cela la vidéo jointe à l’article et que l’on connaît un tant soit peut l’œuvre et le personnage de Larcenet, ce serait même lui faire offense que d’interpréter les choses de la sorte. Comme il me semble insultant de voir en « Blast » et en Polza une œuvre et un personnage plus policés qu’il n’y paraît.

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