Le making of de Karim Dridi

Le tournage de "Khamsa", et tout le travail en coulisses avant la sortie du nouveau long-métrage de Karim Dridi.

A Marseille, l'intime projection de la bande-annonce de « Khamsa »

Karim Dridi
Réalisateur
Publié le 21/02/2008 à 15h10

Cela va bientôt faire quatre mois que le tournage de « Khamsa » s’est achevé. Je suis remonté à Paris pour la postproduction du film et depuis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

Rachitique s’est fait incarcérer, Marco a repris l’école et le foot, Tony continue à zoner au camp Mirabeau, Coyote va à l’école un jour sur deux et Esaï le voyageur a reçu une proposition pour jouer dans un court-métrage.

Je suis parti de Marseille et pourtant je n’ai pas l’impression de les avoir quittés. Chaque jour, je m’empresse de rejoindre ma salle de montage pour les retrouver et replonger dans l’ambiance du camp, des baignades dans le port autonome, des combats de coqs et des duels de mains chaudes entre gamins. Pendant ces quelques mois les visages de tous ces minots, leurs voix si particulières, ne m’ont jamais quitté. Mais eux, comment ont-ils vécu l’après tournage ? L’avis de Farouk :


En retournant le week-end dernier à Marseille, j’ai pu avoir une réponse à cette question. J’avais une certaine appréhension à revenir sur les lieux du film, comment les mômes allaient-ils m’accueillir ? Est-ce que le lien que nous avions créé existait encore ? Heureusement les enfants ne se prennent pas autant la tête. En arrivant dans le camp de Mirabeau, je tombe sur Tony et Mike, on s’embrasse et, pour rompre ma gêne, je leur dis immédiatement que je suis venu leur montrer la bande-annonce de « Khamsa ». Tony propose qu’on la visionne dans sa caravane (celle du film). Cette première projection a lieu en privé. Je sens que Tony veut d’abord s’assurer de la qualité du travail avant de la montrer au reste de son clan.


Même si ce n’est qu’un petit bout de film de 3 minutes j’ai un trac pas possible. Tony et Mike sont concentrés comme jamais. Leur verdict tombe : ils trouvent ça « méchant » ! Ouf, je respire. Après, c’est le défilé dans la caravane, les sœurs, les frères, les cousins, les beaufs, tout le monde veut voir le film. J’explique que ce n’est qu’une bande-annonce et que le film viendra plus tard et que sa durée est de 1h43 minutes, mais personne ne m’écoute. Pour eux le film, c’est ce qu’ils voient tout de suite et maintenant.

Tony veut garder le DVD pour le montrer au reste du camp. Malheureusement, je ne peux pas le lui laisser, je dois le montrer à Marco et à ses parents. Qu’à cela ne tienne, le beauf le copie sur son ordinateur. Puis, comme une traînée de poudre, la copie fait le tour du camp. Les mômes me demandent la date de sortie du film. Alors que je me réjouis qu’ils veuillent aller le voir en salle, ils me répondent qu’ils ne vont jamais au cinéma mais que le jour de la sortie, ils pirateront mon film sur Internet.

Tony et Mike sont heureux devant les premières images. Dans le regard des autres, je peux lire une grande fierté de découvrir leurs frères dans un « vrai film ».

Je vois arriver des centaines de gitans et je reconnais des gens du camp de la Renaude et d’autres d’Avignon. Tony m’explique qu’ils organisent une grande fête sur le terrain de foot du camp. Je suis heureux de constater que je connais presque tout le monde. Les vieux, les familles, les fratries, les enfants, les femmes et leurs bébés. Tous ceux qui me reconnaissent viennent me saluer et je remarque dans le regard de ceux qui ne me connaissent pas qu’ils ont entendu parler de moi :

« C’est Karim, le payot moitié arabe qui a fait le film sur nous. »

Il a fallu que le film s’achève pour me sentir enfin accepté par cette communauté.

La famille de Rachitique aussi a visionné la bande-annonce.


Le lendemain, je pars à Port-de-Bouc pour retrouver Marco (Khamsa) et sa famille. Nous sommes heureux de nous retrouver, nous avons du mal à parler. Après une si belle aventure, les mots semblent dérisoires. Je leur montre la bande-annonce. Discrètement, j’observe leurs réactions, le papa de Marco a les larmes aux yeux. Il se tourne vers moi et me dit :

« Je ne pensais pas que cela allait sortir comme ça. C’est un vrai film de cinéma. »


Marco repasse le DVD en boucle et j’en profite pour l’observer lui aussi. Ses cheveux ont poussé, il a mûri, mais il a encore sa petite bouille de gamin. Au mois de mars, il fêtera ses12 ans. Je lui demande s’il veut bien enregistrer son flamenco que je voudrais utiliser pour le générique du film. Il me répond par un grand sourire, trop heureux de pouvoir prolonger un peu l’aventure du tournage. Je fais remarquer à Marco que ce sera notre véritable dernier jour et qu’ainsi s’achèvera notre collaboration artistique. Maintenant ce sont les autres qui vont s’approprier notre film.

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  • Prolo du livre
    • Posté à 15h27 le 21/02/2008
    • Internaute 12784

    « “C’est Karim, le Payot moitié arabe qui a fait le film sur nous.”
    Il a fallu que le film s’achève pour me sentir enfin accepté par cette communauté. »

    Je ne veux être ni insultant, ni méprisant, ni grossier, mais je voudrais juste vous faire remarquer que le terme « payot » est, dans ma cité phocéenne, lui, insultant.
    On pourrait le traduire par « cave », dans le sens qu’Audiard lui a donné, c’est-à-dire une personne loin d’être affranchi, c’est un terme en général utilisé pour définir la classe moyenne, bien intégrée, ignorante des choses de la rue...

    Alors un payot « enfin accepté par cette communauté »... n’y aurait-il pas un contresens ?

    • Hokusai
      Hokusai répond à Prolo du livre
      monteur
      • Posté à 14h59 le 22/02/2008
      • Internaute 33103
        monteur

      Dans ma cité phocéenne à moi, chez mes copains gitans, le mot payo (paya au féminin) désigne tout non-gitan comme « gadjo » pour les Roms.
      L’expression est passée dans l’argot marseillais en ne gardant que son côté légèrement méprisant, puisque effectivement si t’es pas gitan t’es forcément un peu un cave comme dirait Audiard.

      Donc pas de contresens ici... D’autant plus que c’est pas évident pour un payo de se faire accepter par cette communauté (et s’il est à moitié arabe en plus...)

      J’ai hâte de voir ce film. Merci Karim de nous avoir fait partager ces instants de cinéma.

      • Prolo du livre
        Prolo du livre répond à Hokusai
        • Posté à 16h45 le 22/02/2008
        • Internaute 12784

        Le « gadjo » est aussi passé dans le vocabulaire phocéen, et aussi avec un sens détourné (simplement « le gars »).
        Je ne savais pas que le terme de « payo » était à l’origine gitan (gadjo, si), je l’ai tellement entendu dans la bouche de n’importe quel minot, arabe, gitan, italien, comorien ! ! !

        Par contre ce n’est pas « légèrement » méprisant, c’est largement ! ! !

        Pour ce qui est de la cohabitation gitan/arabe il est vrai qu’elle n’est jamais simple... Et c’est une des raisons pour lesquelles j’attends également le film.

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 18h59 le 21/02/2008
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    « ce dessous des cartes » (ce petit retour et les quelques brèves séquences que nous avons eues sur Rue89 durant le tournage) est bien sympathique, une inviation à poursuivre la rencontre au-delà de l’appétitif, j’irai voir le film.

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 18h59 le 21/02/2008
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    « ce dessous des cartes » (ce petit retour et les quelques brèves séquences que nous avons eues sur Rue89 durant le tournage) est bien sympathique, une invitation à poursuivre la rencontre au-delà de l’appétitif, j’irai voir le film.

  • MT2
    MT2
    • Posté à 00h16 le 22/02/2008
    • Internaute 31129

    J avais déjà posté ce commentaire, mais il s’était planqué derrière la conversation de deux grands parleurs.

    Alors je réitère.

    Ceci est un message pour Karim.

    Merci pour ce « journal ».
    Nous allons tourner avec des jeunes amateurs en Août. Nous peaufinons l’écriture du scénario et allons d’ici peu commencer à les y préparer. L’expérience que vous avez menés avec « KHAMSA » nous est utile, elle répond à certaines questions sur lesquelles nous planchions.

    Nous aimerions en parler plus longuement avec toi, si tu as un peu de temps.
    Voici une adresse mail pour communiquer plus simplement.

    donc_mt2@yahoo.fr

    Merci

  • arablabla
    arablabla
    Productrice
    • Posté à 15h43 le 22/02/2008
    • Internaute 33113
      Productrice

    Je suis impatiente de voir ce film. C’est un monde difficile à entrer, et Karim semble avoir réussi à le percer, pour nous permettre de mieux le comprendre.

    Arabella

  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 11h23 le 26/02/2008
    • Internaute 25388
      sur le fil

    Merci d’aller voir le film tinhinane avec toi on dépassera peut etre la cinquantaine.
    Gros carton au box office en prevision...comme d’hab quoi

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