L'économie vue du terrier

L'actualité économique vue par un lapin malin

Hôpital : l'Etat accusé de recentraliser avec la création des ARH

Lapin Bleu
Journaliste n°89910
Publié le 04/04/2010 à 14h40

Officiellement nées jeudi, les 26 agences régionales de santé regroupent en régions les différents services de l’Etat liés à la santé publique avec ceux, paritaires, de l’assurance-maladie.

Alors que le pouvoir des agences régionales de l’hospitalisation (ARH), auxquelles succèdent les ARS, se limitait à la sphère hospitalière, les ARS vont avoir à coordonner et à piloter l’ensemble du panel de soins sur le territoire (hôpitaux, cliniques, médecine de ville, Sécurité sociale, DDASS, acteurs socio-médicaux...), avec un pouvoir de coercition nouveau entre les mains de leurs directeurs pour organiser, réorganiser l’offre de soins dans les territoires.

« Efficacité accrue », clame le slogan gouvernemental visant à faire rimer sarkozysme avec pragmatisme. Mais cette nouvelle organisation inquiète certains qui dénoncent une recentralisation de la politique de santé publique maquillée en décentralisation.

Crainte pour le service public

Sur la question, les syndicats sont divisés. Alors que la CFDT soutient la réforme, la CGT s’en départit, dénonçant la facilité des directeurs d’ARS pour supprimer des postes dans les hôpitaux (par ailleurs mis sous pression par la tarification à l’activité, accusée d’asphyxier financièrement les petits hôpitaux).

Le syndicat, dont la fédération Santé action sociale, que j’ai contactée, prépare un communiqué pour la semaine prochaine, craint ainsi que « le secteur privé puisse prendre le contrôle d’un territoire, par disparition d’un établissement public ».

La CGT y voit l’outil d’une « maîtrise purement comptable des
dépenses de santé », jugeant que « l’administration se met en ordre de marche pour fermer des services et supprimer des milliers de lits dans les établissements de santé ».

Une vision que n’exclut pas non plus Didier Tabuteau, directeur de la chaire santé à Sciences-Po, cité par Ouest-France : « En faisant du directeur son subordonné, l’ARS risque d’être impliquée dans la gestion et le contrôle des établissements hospitaliers et donc à la fois juge et partie » en vue d’un redressement des finances hospitalières, qui pourrait bien être mené à la hache.

Crainte pour la liberté d’exercice

Autre division et autres points de vue chez les médecins. Le syndicat MG France s’est toujours montré favorable au projet tandis que la CSMF le juge attentatoire à la liberté d’exercice.

« Si l’idée d’une déconcentration de la gestion de la santé, en région, au plus près des besoins des populations, partait d’une bonne intention, celle-ci a été vite détournée pour permettre à l’Etat de reprendre en mains tout le système » estime le syndicat.

Lequel dénonce ainsi « un encadrement sans précédent de la médecine de ville qui se traduit par la mise en oeuvre d’un arsenal de contraintes insupportables : autorisations d’absence et de congés, gardes obligatoires avec une rémunération qui pourra varier selon le bon vouloir de chaque directeur d’ARS, descentes des inspecteurs IGAS dans les cabinets à la demande du directeur de l’ARS... ».

« Usine à gaz » ?

Les analystes hésitent à voir dans les ARS une décentralisation réelle. L’éditorialiste Jean-Francis Pécresse écrit ainsi dans Les Echos de ce matin :

« Cette régionalisation sanitaire a été conduite sur une double ambiguïté. Déconcentration ou décentralisation ? Libéralisation ou étatisation ? L’Etat prétend se délester d’un pouvoir qu’il conserve en réalité. Les Agences régionales de santé n’y changent rien. »

« Le progrès qu’apporte leur création est de réunir sous une même tutelle les trois compartiments du système que sont la médecine de ville, l’hôpital et l’hébergement des personnes âgées. Traiter la santé comme une filière, c’est déjà faciliter sa restructuration » poursuit-il, doutant finalement que les ARS aient vraiment les moyens d’utiliser concrètement leurs pouvoirs étendus.

On le voit, les ARS font de nombreux mécontents de tous bords, et on peut les appréhender avec une vision soit optimiste (décentralisation, concertation, efficacité), soit pessimiste (centralisation, flicage, faillite de la santé publique).

Les ARS sont dotées de 758 millions de budget pour la première année, dont 110 millions pour l’Ile-de-France dirigée par Claude Evin, dernier trophée de « l’ouverture » sarkozienne. Elle emploieront 9 200 personnes.

Nicolas Sarkozy a-t-il encore une fois accouché d’un « machin » ? Pour Patrick Pelloux, défenseur médiatique des urgentistes, les ARS ne sont qu’une « immense usine à gaz » (cité par AP).

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  • 19 réactions
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  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 16h05 le 04/04/2010
    • Internaute 73621
      (...)

    Lien

    pour creuser le sujet.

  • Comte de Champignac
    • Posté à 19h38 le 04/04/2010
    • Internaute 110978
      infirmier

    Le principal a été dit : juge et partie et usine à gaz.

    9200 bureaucrates à payer alors qu’on supprime des postes directement au contact du malade. L’obsession du contrôle, lamentable...

  • Zibel
    Zibel répond à k-i
    (soulagée mais vigilante depuis (...)
    • Posté à 20h21 le 04/04/2010
    • Internaute 4355
      (soulagée mais vigilante depuis (...)

    Hum... trop tard !

    Autant les « usagers » étaient (sont) représentés dans les Conseils d’administration des hôpitaux, autant la direction de l’ARS est toute puissante et peut donner des ordres aux directeurs hospitaliers sans rendre de compte à personne...

    Tout à fait d’accord avec le com’ qui compare à la situation de l’EN : le but est bien de « rationnaliser » les services publics pour donner le champ libre aux initiatives privées.
    On reviendra en arrière, forcément, comme les USA, quand le niveau de santé aura dégringolé, et les dépenses explosé... Mais, pour les 15 ans qui viennent, il vaudra mieux être riche, jeune et en bonne santé (à moins que la Gauche ne revienne au pouvoir ET aie le courage de faire marche arrière... rêvons un peu).

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