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Semaine du libre accès : rendre la science plus accessible et l’améliorer

Publié le 29/10/2012 à 16h51

Du 22 au 28 octobre, des institutions du monde entier participaient à la Semaine du libre accès (Open access week). Créée en 2007, cette manifestation permet de prendre la mesure d’une révolution sociale et épistémologique de grande ampleur. En cherchant à rendre leurs travaux universellement accessible de nombreux chercheurs remettent en cause un modèle traditionnel reposant l’édition commerciale.

Les principaux médias français n’ont apparemment jamais relayé cette manifestation internationale. Le libre accès intéresse éventuellement dans la mesure où il révèle les dysfonctionnements de la recherche traditionnelle, comme les récents déboires du service RefDoc du CNRS. Son versant positif et révolutionnaire demeure largement ignoré.

Pourtant, pour la première fois, l’Open access week s’exportait à Paris. Le 25 octobre, l’Unesco et le réseau social scientifique My Science Work organisaient conjointement une conférence stimulante sur l’incidence à long terme de l’open access.


Logo de la première Open Access Week parisienne

Une science plus fiable ?

Les revues scientifiques en libre accès sont-elles comparables aux revues scientifiques traditionnelles ? Non, elles sont mieux. Par contraste avec le mythe récurrent du laxisme de l’open access, le chercheur norvégien Curt Rice insiste sur ses avantages qualitatifs : il ne s’agit pas seulement de rendre la science plus accessible, mais aussi et même surtout, de l’améliorer. 

Plusieurs événements récents semblent donner raison à cette interprétation. Au cours de ces dernières années, le nombre de retraits d’articles scientifique a considérablement augmenté. Selon une étude publiée en 2011, les revues médicales référencées sur PubMed sont passés de trois retraits en 2000 à près de 200 en 2010.


Hausse spectaculaire des retraits d’articles sur PubMed

Pour autant les fraudes ou les interprétations aberrantes ne sont pas plus courantes : avec l’open access, elles sont simplement mieux détectées. Il devient facile de vérifier si tel article reprend entièrement tel autre. Le chercheur américain Kevin Smith souligne que :

« Le libre accès […] vise à introduire plus de transparence dans le processus de recherche et à encourager une plus participation plus large dans la création, le financement et l’évaluation des productions scientifiques. »

En quelque sorte, le travail réalisé par le comité de lecture est prolongé par l’ensemble de la communauté scientifique. Chacun s’institue comme le juge et témoin du travail de chacun.

Un Open access 2.0 ?

Rice évoque parallèlement l’avènement d’une forme d’open access étendu – on pourrait éventuellement parler, par analogie avec le Web, d’open access 2.0. Il ne s’agirait pas seulement à diffuser les publications officielles, mais également l’ensemble des textes produits par l’activité scientifique : les projets d’articles rejetés, les résultats négatifs ou non concluants, les délibérations du comité de lecture etc.

Le fonctionnement de cet open access étendu rappelle un peu celui de Wikipédia. Les articles encyclopédiques n’y constituent que la petite part émergée. Discussions, versions antérieures, archives : tout est conservé et, surtout, tout est public. Chaque lecteur peut ainsi se renseigner sur l’évolution de l’article, s’informer les débats qu’il a pu susciter.

Plusieurs contributeurs actifs des projets Wikimédia discutent d’ailleurs en ce moment de la création d’une revue scientifique wikipédienne, placée sous les auspices d’une publicité intégrale. Comme le prévoit Rice, tous les textes secondaires seraient archivés et publiés.

En somme, l’open access étendu permettrait d’ouvrir la boîte noire et de donner à voir la fabrique de la science. Ce faisant, il contribuerait à sensibiliser la société dans son ensemble aux enjeux de la recherche académique.

Rééquilibrer la science internationale

La conférence du 25 octobre incluait également une intervention d’un représentant de l’Unesco, Bhanu Neupane. Elle constitue un intéressant prolongement géopolitique des remarques de Curt Rice.

Les revues scientifiques sont déjà chères en occident. Elles s’avèrent quasiment inabordables dans une bonne partie du monde. Bhanu Neupane cite notamment le cas de chercheurs du Burundi ou du Nepal qui travaillent sans avoir accès à l’immense majorité des travaux de leur discipline.

A cet égard, le libre accès représente un mieux sensible. Certes, il est nécessaire d’avoir un accès à internet : les universités du tiers monde ne disposent pas toujours d’un réseau performant. Néanmoins le coût d’un téléchargement reste toujours considérablement plus faible que celui d’un abonnement moyen chez Elsevier.

A cette fin, l’UNESCO développé plusieurs outils destinés à encourager la généralisation du libre accès. Le Global Open Access Portal recense les principales initiatives en la matière et dresse un état des lieux pays par pays.


Logo du Global Open Access Portal de l’UNESCO

On y apprend notamment que des chercheurs burundais ont eu l’opportunité de publier leurs travaux sur l’un des pionniers du libre accès, BioMed central. Ce n’est bien sûr qu’un début : le nombre d’article concerné est faible (onze). Cette implication symbolique témoigne néanmoins d’une amélioration globale de l’accès au savoir. L’humanité, dans son ensemble, ne peut qu’en bénéficier.

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  • JeanneSolo
    • Posté à 20h31 le 29/10/2012
    • Internaute 168646

    (« à encourager une plus participation plus large » –> le premier plus est en trop.)

  • MarxForEver
    MarxForEver
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 20h51 le 29/10/2012
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    wikipedia : un exemple de transparence ? ! Vous y croyez vraiment ou vous nous prenez pour des billes. wikipedia, c’est des articles anonymes et des discussion entre pseudos !

    Que la secte wikipedienne s’applique à elle-même les leçons de morales qu’elle fait aux autres et qu’elle commence par ce premier pas qu’accomplit tout scientifique : indiquer les patronymes et adresses des rédacteurs des articles ! Elle sera alors un peu plus crédible.

    • Pierre-Carl Langlais
      Pierre-Carl Langlais répond à MarxForEver
      wikipedien
      • Posté à 23h43 le 29/10/2012
      • 173195
        wikipedien

      L’intérêt de l’anonymat c’est qu’il permet d’évaluer les contenus proposés pour eux même, sans tenir être biaisé de l’identité du contributeur. On neutralise en somme l’argument d’autorité. Là-dessus, Wikipédia n’innove pas particulièrement. Les comités de lecture des revues académiques anonymisent fréquemment les projets de recherche qui leurs sont soumis afin d’opérer une juste sélection.

      Pour le reste, oui, Wikipédia constitue un dispositif « plus » transparent. L’historique permet d’avoir une idée de l’évolution de chaque article depuis sa création. La page de discussion donne une idée du débat ayant préludé à son élaboration. On ne dispose pas de ces éléments dans les publications scientifiques traditionnelles.

      • MarxForEver
        MarxForEver répond à Pierre-Carl Langlais
        L'argent n'existe pas
        • Posté à 00h12 le 30/10/2012
        • Internaute 124072
          L'argent n'existe pas

        Je m’attendais à une réponse de ce genre et suis en désaccord.

        Premièrement, la justification que vous donnez à l’anonymat convient parfaitement à un site comme Rue89, parce que c’est un site d’opinions et non une encyclopédie.

        Les propriétés d’un triangle rectangle ne varient pas en fonction de celui qui les énonce. L’anonymat n’a donc aucune justification.

        Secondement, mettre en accès libre nos articles signifie mettre nos coordonnées en accès libre. Si une règle de transparence vaut pour les uns, alors elle vaut aussi pour les autres.

         
        • Pierre-Carl Langlais
          Pierre-Carl Langlais répond à MarxForEver
          wikipedien
          • Posté à 13h20 le 30/10/2012
          • 173195
            wikipedien

          La plupart des publications scientifiques et la plupart des articles de Wikipédia traitent de sujets un tantinet plus complexe ou tangent que les propriétés du triangle rectangle. Que ce soit sur les OGM, sur les théories quantiques ou sur l’histoire du communisme, l’optique varie effectivement selon les études. C’est la raison pour laquelle Wikipédia a généralisé l’emploi des notes de bas-de-page depuis quelques années, afin de donner une juste représentation de l’ensemble des points-de-vue sur un sujet donné.

          • MarxForEver
            MarxForEver répond à Pierre-Carl Langlais
            L'argent n'existe pas
            • Posté à 14h18 le 30/10/2012
            • Internaute 124072
              L'argent n'existe pas

            Comme je l’ai déjà dit, employer cet argument revient à dire que wikipedia relaie des opinions, ce qui en fait un media à l’instar de Rue89 et non une encyclopédie. Il y a donc tromperie pour les lecteurs.

            Vous citez la discipline historique. Or, dans celle-ci, seuls sont recevables les documents pour lesquels on peut répondre au « questionnement historique » : qui a écrit ? de quoi çà parle ? quand, où et comment cela a été écrit ? (en résumé : qui, quoi, quand, où, comment).

            L’anonymat sur wikipedia est donc bien un moyen de se soustraire à ces questions qui sont précisément le béaba de la transparence et de ne pas assumer ce qui est publié ou discuté.

            Enfin, aujourd’hui quasiment toutes les universités mettent leurs cours en ligne. Ces cours traitent des mêmes sujets que vous considérez « tangents », mais ils sont signés.

            En guise d’exemple, comme vous évoquiez l’histoire du Communisme, voici le 1er texte universitaire (clic) que m’a renvoyé gogol et je peux lire en bas de la page que la rédaction en a été dirigée par Jean-Herman Guay.

            Je ne vois donc toujours aucune raison valable pour tolérer plus longtemps que wikipedia s’exempte de la saine règle de transparence que le monde de la recherche s’applique depuis plusieurs siècles.

        2 autres commentaires
  • Psicarpax
    Psicarpax
    Voleur de miettes
    • Posté à 20h43 le 29/10/2012
    • 175858
      Voleur de miettes

    « Améliorer la science » qu’est-ce à dire ? ...

    • MarxForEver
      MarxForEver répond à Psicarpax
      L'argent n'existe pas
      • Posté à 21h10 le 29/10/2012
      • Internaute 124072
        L'argent n'existe pas

      Si je m’en réfère au paragraphe « publication des résultats non signifactifs » (idée ridicule), ce monsieur considèrera la science « améliorée » lorsqu’on aura mis des caméras de surveillance y compris dans les chiottes des labos (des fois que ce soit là le lieu du complot) et lorsqu’il en aura le contrôle. Dans les pays de l’est, ils ont donné un nom à cette attitude : la « mentalité KGB ». Ici, ce serait plutôt la mentalité « sarko ».

    • Pierre-Carl Langlais
      Pierre-Carl Langlais répond à Psicarpax
      wikipedien
      • Posté à 23h59 le 29/10/2012
      • 173195
        wikipedien

      Cela renvoie en gros à deux choses :

      1° Amélioration de la fiabilité, grâce à la visibilité des articles scientifiques déposés en open access (d’où la hausse récente du nombre de retraits…). A terme, l’open access étendu permettrait également de rendre compte de l’ensemble des textes impliqués dans le processus de publication scientifique.

      2° Amélioration de la circulation du savoir. Dans les revues traditionnelles, les chercheurs ne peuvent même pas reproduire leurs propres articles : ils cèdent gratuitement leurs droits à l’éditeur. Cela limite considérablement la diffusion des découvertes et innovations…

      Là-dessus, je ferai remarquer que tout ce processus est interne aux communautés scientifiques. Il n’y a aucune pression notable de l’extérieur. Simplement, dans la mesure où les nouvelles techniques de communication le permettent, de nombreux scientifiques sont désireux de rendre leurs travaux plus accessibles et de renforcer la fiabilité des procédures de sélection et de publication.

      • MarxForEver
        MarxForEver répond à Pierre-Carl Langlais
        L'argent n'existe pas
        • Posté à 02h18 le 30/10/2012
        • Internaute 124072
          L'argent n'existe pas

        Le problème ici est que vous partez d’un problème réel (la scandaleuse et idéologique privatisation des revues) et que, par des amalgames, vous réintroduisez l’idéologie de la transparence. Cela se voit dans votre point 1.

        De quel fiabilité parlez-vous ? « Fiabilité » signifie étymologiquement « qui permet d’avoir foi en ». Mesurer le diamètre d’un arbre ou le poids d’un oiseau n’est pas une affaire de croyance ou d’opinion. Un article scientifique n’est pas un article journalistique.

        Comme je l’ai signalé à propos de la commission anonyme de l’académie sciences dans l’affaire Seralini, le pinaillage sur des décimales ou des tests statistiques n’est pas de la science, car la science n’est qu’expérimentale. Cela ne fait donc rien avancer du tout et n’améliore aucune fiabilité.

        L’idée de publier des résultats non significatifs est d’une idiotie imbattable : si je trouve une température moyenne de 10,1°C en utilisant un thermomètre qui n’indique pas les dixièmes, alors le 0,1 ne veut rien dire (cours de physique de terminale).

        Les écrivains ont beaucoup plus d’influence sur la société que les scientifiques, pourtant il ne viendrait à l’idée de personne d’exiger qu’ils publient leurs brouillons, de mettre une caméra dans leur bureau ou d’assister à leur travail. Ce serait une violation de leur liberté de pensée. Il en va exactement de même pour les scientifiques.

  • the ghost
    the ghost
    expatrie
    • Posté à 07h45 le 30/10/2012
    • 173412
      expatrie

    Probleme pour les chercheurs pauvres, publier en open access coute 1000-1500€ par articles. Pour les chercheurs du tiers-monde ca doit etre decourageant ! C’est plus que ce que ca ne coute de publier dans « Journal of Neuroscience » par exemple.

    Mais pour eviter des campagnes de presse debiles comme celle qui s’attaque a Seralini, c’est ideal, chacun peut ecrire, mais doit, soit faire references a des publications existantes soit presenter ses propres resultats, en tout cas la critique doit etre transparente et valable, beaucoup moins aise que de s’exprimer dans un quotidien en se decrivant comme le professeur machin de la celebre academie truc, qui ne donne aucune garantie sur la valeur et le poids des critiques. Le public pourrait aussi avantageusement aller sur pubmed Lien (google aussi renvoie a des publications)
    et faire des recherches pour voir le volume de ce qui est publie sur un sujet et les conclusion consultables sous forme de resume. Tout n’est pas incomprehensible pour le simple mortel et ca eviterait a beaucoup de se faire manipuler. Les resultats de recherches sont publies et sont consultables au moins en bilbiotheque, pourquoi se priver ?

    • Pierre-Carl Langlais
      Pierre-Carl Langlais répond à the ghost
      wikipedien
      • Posté à 12h18 le 30/10/2012
      • 173195
        wikipedien

      En fait, comme je le soulignais dans mon précédent article, cela dépend du modèle adopté. Il y a des revues en open access dit « gold », qui reposent sur le principe de l’auteur-payeur, et où le scientifique doit parfois débourser 1000 à 1500 € par articles. Il y a aussi des revues en open access dit « green » qui ne coûte rien à personne : la seule publication sur Internet requiert en effet des frais minimes que peut amortir directement une université, la plupart des comités de lecture travaillent déjà de manière bénévole. Tout-le-monde y gagne : le lecteur, l’auteur et les institutions universitaires.

      Face à la généralisation de ce modèle, le principal obstacle est culturel : la plupart des scientifiques sont encore habitués au vieux modèle de l’éditeur commercial et lui accordent intuitivement plus de prestige. Comme Curt Rice, j’ai tendance à penser que cette situation changera avec le temps.

      • the ghost
        the ghost répond à Pierre-Carl Langlais
        expatrie
        • Posté à 10h24 le 31/10/2012
        • 173412
          expatrie

        Ce qui va changer, c’est que le libre acces permet de lire les articles et de les citer, et permet probablement aussi une plus grande diffusion. Pour les auteurs c’est bien plus utile que de publier dans un journal papier que personne n’a l’occasion de lire.
        Quand a juger de la qualite, c’est impossible, quand 2 personnes doivent decider si les resultats sont assez importants pour etre publies dans le journal en quesiton, leurs raisons pour dire non, ne sont pas forcement sans arriere-pensee, de ce point de vue l’approche de Plos one et d’autres revues qui veulent juste une expertise sur la validite des approches parait plus juste.
        Part contre, le public en general aurait beaucoup a y gagner puisque chacun pourrait lire directement les articles en ligne au lieu de se fier a l’interpretation d’un journaliste.

  • piflechien
    piflechien
    animal domestique
    • Posté à 08h57 le 30/10/2012
    • Internaute 42424
      animal domestique

    Un des problèmes liés au libre accès est celui de l’évaluation de l’activité scientifique. La qualité d’une publication est habituellement évaluée par la bureaucratie d’après celle de la revue qui la publie. Or, la valeur des revues est établie en partie par sa demande par les institutions en fonction du lectorat, ce qui augmente le facteur d’impact de la revue. Avec l’open access, les articles pourront être cités, quelle que soit la revue qui les publie. Les revues qui voudront faire le maximum de profit sont celles qui publieront sur les sujets à la mode, peut importe la qualité des manuscrits. Il y a un grand risque à ce que le panurgisme devienne le facteur de réussite en sciences. La bonne alternative est d’en finir une bonne fois pour toute avec la bureaucratie de l’évaluation bibliométrique des chercheurs individuels, déjà totalement dévoyée, ce qui impliquerait que l’évaluation consiste à LIRE les publications, une véritable révolution.

  • Jack Sullivan
    Jack Sullivan
    en boule
    • Posté à 14h12 le 30/10/2012
    • Internaute 42204
      en boule

    Que l’Open Access soit un mieux pour la diffusion du savoir... Soit, c’est indéniable.
    Maintenant que cela garantisse l’impartialité du processus éditorial et une validation plus poussée des résultats publiés, c’est pas gagné du tout. Car ça ne change rien du tout au système du peer-reviewing qui est la règle partout, et qui est vérolé par les conflits d’intérêts (combien de fois ne me suis-je pas retrouvée à évaluer un article écrit par des collègues ? ou auteur d’un papier dont la publication est freinée par un referee issu d’une équipe concurrente ?) et, il faut le dire, un certain amateurisme (le volontariat, chez le chercheur débordé moyen, a ses limites). Sans compter qu’aussi longtemps qu’on évaluera les carrières des chercheurs à l’aune d’indicateurs bibliométriques, on encouragera tacitement la publication sur la base de résultats trafiqués.

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