Les plans cul[ture] de la rédac

Actu ou hors actu, critiques ou conquis, ce vide-poche cul[turel] consigne les petites découvertes et les grands coups de foudre de la rédaction de Rue89 en matière de musique, bouquins, ciné, expo, graphisme...

Musée Maillol : les cartes postales de Canaletto

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 05/12/2012 à 14h48

Il y avait des chiens à Venise au XVIIIe siècle. En tout cas, d’après les « vedute » (vues urbaines) qu’Antonio Canaletto (1697-1768) a peintes de Venise, sa ville natale. Des petits chiens, quelques silhouettes sans visage enfermées dans de vastes manteaux, et des gondoles, des canaux, des piazzas, des palais…

L’exposition « Canaletto à Venise » du Musée Maillol présente jusqu’au 10 février une cinquantaine de ses toiles, dont certaines n’ont quasiment jamais été montrées. Et qui s’intéresse à l’exactitude d’une façade de palais ou aux détails d’une gondole sera servi. Quant à sentir l’atmosphère d’une ville, d’une époque, c’est une autre affaire.


« Le Grand Canal » (DR)

Pour servir son goût de la précision, Canaletto emportait toujours avec lui une chambre optique qu’il utilisait pour réaliser ses dessins, et dont le Musée Maillol présente un fac-similé. Selon le catalogue,

« Après avoir choisi le point de vue de la scène qu’il souhaitait représenter, il en enregistrait le panorama à 90 degrés environ en faisant tourner l’axe visuel édifice par édifice, en commençant par les éléments les plus proches.

Dérivé de l’instrument du Caravage, avec un jeu de loupes savamment orientées, l’appareil, souvent placé sur une barque, l’objectif face au sujet choisi, offrait un champ de vision et une précision de transcription uniques à l’époque. »

Cartes postales de Venise


Le carnet de croquis (DR)

Son carnet de croquis, un objet unique qui a quitté exceptionnellement Venise le temps de l’exposition, est aussi très intéressant. On peut le voir ouvert ou le feuilleter virtuellement ; il contient des dizaines de feuilles qui sont des travaux préparatoires à ses tableaux.

Mais rien ne ressemble plus à un tableau de Canaletto qu’un autre tableau de Canaletto… Des cartes postales répétées à l’infini du même décor, Venise, et qui lui ont valu une telle célébrité que lorsqu’il vient s’installer à Londres, il est accusé de ne pas être le « vrai » Canaletto. Il a dû passer une petite annonce dans le Daily Advertiser qui invitait à venir visiter son atelier – et vérifier son identité.

L’image que tout le monde se fait de la Venise du XVIIIe siècle vient des tableaux de Canaletto. Mais lui qui travaillait à l’origine dans les décors de théâtre n’a-t-il pas fait de Venise un décor ? L’exactitude de ses tableaux n’est-elle pas un alibi à la création d’un artifice ? En tout cas, Venise n’est pas dans ses tableaux. L’idée qu’il veut en donner, oui.

Infos pratiques
"Canaletto à Venise"
Jusqu'au 10 février au Musée Maillol

61 Rue de Grenelle, Paris VIIeTel. 01 42 22 59 58

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  • Autist Hulking
    Autist Hulking
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    • Posté à 15h10 le 05/12/2012
    • Internaute 195619
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    Les peintres sont toujours un peu faussaires.

    Mais on ne leur en veut pas, ce sont nos Bro quand même...

  • Germana Samonà
    Germana Samonà
    35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
    • Posté à 19h30 le 05/12/2012
    • Internaute 190077
      35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

    Aux vedute de Canaletto, je préfère la musicalité des aquarelles de Zoran Music qui disent plus avec peu.

    Music réalise l’enfant qu’il a été, Canaletto ne fait que le réprimer, le trahir.

    • Autist Hulking
      Autist Hulking répond à Germana Samonà
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      • Posté à 11h31 le 06/12/2012
      • Internaute 195619
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      Ça ne m’étonne pas que vous admiriez un type qui s’est réfugié dans l’enfance suite à un traumatisme...

      Être adulte, c’est pas votre truc.

      • Germana Samonà
        Germana Samonà répond à Autist Hulking
        35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
        • Posté à 16h50 le 09/12/2012
        • Internaute 190077
          35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

        Ça ne m’étonne pas que vous admiriez un type qui s’est réfugié dans l’enfance suite à un traumatisme...

        « Réaliser l’enfant qu’on a été » n’a pas grand chose à voir avec « se réfugier dans l’enfance ».

        L’enfance est décisive chez tous les hommes. en cela, un artiste comme Zoran Music (passé ou pas par un camp de concentration) ne se distingue pas des autres hommes.

        Artistes ou pas, tous autant que nous sommes, nous sommes condamnés à un double destin contradictoire : réaliser l’enfant qu’on a été et, en même temps, le réprimer, le trahir.

        De là les névroses et les problèmes psychiques que la psychanalyse et la psychiatrie étudient.

        Ce en quoi se distingue un artiste , comme par exemple Music , des autres hommes lorsqu’il reconquiert son enfance, c’est qu’il l’annule, la détruit..

        La reconquête de l’enfance (et non « le refuge dans », ce qui est sensiblement différent) devient dès lors la création d’une oeuvre d’art.

        En terme Freudien, on appelle ça la sublimation.

        Tout au plus peut-on dire que son passage par Dachau, en orientant son travail dans certaines directions, a accéléré sa maturation.

        L’oeuvre d’un artiste, quel qu’il soit, est toujours en quelque sorte destruction de soi-même : la peinture vit au dépend du peintre. L’oeuvre d’un Music, c’est pas Venise ou Music, c’est la peinture. Non pas le peintre qui peint mais la peinture qui ressuscite, qui projette, recrée et l’annule lui, Music, en tant qu’être humain.
        Je sais que ça va être difficile à comprendre pour vous, tellement idolâtre de vous-même, mais chez quelqu’un comme lui, l’oeuvre annule le petit je.

        Sa signification ne renvoie plus à ce que vous appelez un « traumatisme » ou à un conflit personnel, elle nous confronte à une réalité proprement picturale et cette réalité dépasse les conflits et les intentions personnelles de l’auteur.

        En s’abritant derrière certains procédés techniques tels que la chambre noire, Canaletto s’est mis à distance de son enfance, il l’a réprimée, l’a trahie, incapable au final de réaliser l’enfant qu’il avait été. C’est du moins le sentiment que j’ai eu au contact de ses oeuvres.

        Il aura produit des cartes postales - de fort belles cartes postales - et instructives avec ça - mais des cartes postales et seulement ça.

        Maintenant, l’utilisation d’une chambre noire n’éloigne pas forcément de l’enfance, Vermeer, qui l’utilisait également, a fait, lui, des merveilles, c’est juste que Canaletto n’est pas Vermeer et qu’« Un jeu de loupes savamment orientées » , pour reprendre l’expression de Nathalie Krafft, ne peut faire office d’inspiration... vous savez, cette pensée qui nous pense ; -)...

        Très préoccupé (comme vous) de son identité, Canaletto, nous dit Nathalie K, passe une petite annonce dans le Daily Avertiser...

        Et, ajoute-t-elle :

        rien ne ressemble plus à un tableau de Canaletto qu’un autre tableau de Canaletto… Des cartes postales répétées à l’infini du même décor, Venise

        Notre époque en finira-t-elle avec l’idée de l’importance unique de l’auteur ?

        Au contraire de Canaletto, ce qui est unique chez Music, c’est l’oeuvre.

        Être adulte, c’est pas votre truc.

        LOL.
        De la part de quelqu’un qui n’a que le mot « travailleur » à la bouche mais s’en voudrait de travailler, qui préfère passer le plus clair de son temps sur des fils hypothétiques, loin de la vraie vie, à faire l’éloge d’une aliénation religieuse masquée, bref, d’un nostalgique de l’enfance et de la totalité, voilà qui est cocasse : -)

        Je vous en remercie et vous souhaite une bonne journée.

  • Germana Samonà
    Germana Samonà
    35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
    • Posté à 19h34 le 05/12/2012
    • Internaute 190077
      35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

    « La Venise de Musik, paysage urbain ou bâtiments, Saint-Marc aussi bien que la Giudecca, ses fabriques et ses constructions populaires, est représentée plus que décrite, en masses épurées qui emplissent l’espace de la toile. La mise en page est résolument frontale, elle refuse la ligne de fuite, le chemin serpentin, le canal courbe qui articuleraient la perspective. La profondeur, s’il en était besoin, est donnée ici par une porte, là par une fenêtre qui béent sur un improbable ailleurs, motif trop fréquent pour n’être pas obsessionnel. Rien à voir, donc, avec les vedute documentaires de Canaletto et de Guardi qui sont accrochés en contrepoint : la Venise de Musik, vide de personnages ou presque, intemporelle, éternelle, est silhouette, allusion, signe. Autrement dit, c’est la forme et non la scène qui fait sens.

    Lien

    • Autist Hulking
      Autist Hulking répond à Germana Samonà
      Autist Reading
      • Posté à 11h34 le 06/12/2012
      • Internaute 195619
        Autist Reading

      Ça évoque la célèbre restauration d’une peinture d’église en Espagne.

      C’est sûr que ça n’a rien à voir avec le réalisme védutiste...

      • Germana Samonà
        Germana Samonà répond à Autist Hulking
        35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
        • Posté à 16h44 le 09/12/2012
        • Internaute 190077
          35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

        Ça évoque la célèbre restauration d’une peinture d’église en Espagne.

         ? ? ? ?

        Peut-être pour vous, c’est énorme déjà.

        C’est sûr que ça n’a rien à voir avec le réalisme védutiste...

        J’aurais pu aussi prendre l’exemple de Turner dont les aquarelles réalisées à Venise ont l’avantage, comme celles de Music, de dire plus avec moins.

        Il y a bien sûr toujours des exceptions, mais le précisionnisme est rarement l’ami du peintre.

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