Les lettres de Sara Fistole

Tout ce que vous avez toujours rêvé d'écrire aux Ressources Humaines sans jamais oser le faire

Sur le Web : rech. pigiste culinaire pour 5 euros par jour

Sara Fistole
Précaire
Publié le 13/12/2011 à 12h19

L’annonce


Capture d’écran d’EmploisDansLaPresse.com (EmploisDansLaPresse.com)

Opportunité dans la presse :

« Nous avons besoin d’un article par jour à propos d’une actu food à Paris ou en Île de France (ouverture resto, événement culinaire, sortie de livre de recettes, interview, etc) pour un site web. La rémunération est de 5€ par article (brève), donc 150€ par mois. Idéal pour un(e) étudiant(e) ou un(e) freelance passionné(e) de gastronomie. »

La réponse osée de Sara Fistole

Madame, monsieur,

Conditionnée par la nourriture depuis mon plus jeune âge, passionnée par l’actualité et les sorties au restaurant dont je me prive quotidiennement, je pense pouvoir naturellement correspondre au profil que vous recherchez dans le domaine de l’« actu food ». Forte d’un certain nombre d’expériences dans la restauration, sachez également que je connais les coulisses de la gastronomie et le prix qu’il en coûte à certains pour lui assurer ses prestiges.

Une grande chance

Par ailleurs, étant habituée à écrire gratuitement depuis l’âge de 5 ans, je suis sûre que ce détail ne manquera pas de vous intéresser dans une certaine mesure.

Mes professeurs lisaient mes rédactions en classe sans que je ne réclame jamais le moindre centime et, tout au long de ma scolarité, j’ai rédigé des milliers de copies d’examen sans être payée. Même à l’université, les centaines de pages de mémoires élaborés pendant des mois ne m’ont jamais rien rapporté.

Je suis donc parfaitement disposée à répondre à vos exigences littéraires pour seulement 5 euros par jour, ce que je considère déjà comme une grande chance au regard de mes activités quotidiennes d’écriture non rémunérée.

Chaque matin, un courrier de Dieu

En effet pour tout vous avouer, ayant reçu les grâces divines d’une fée qui s’est penchée par hasard sur mon berceau à ma naissance, écrire ne me demande aucun effort particulier et ne pourrait en aucun cas s’apparenter à un travail.

Je reçois ainsi tous les matins un courrier de Dieu qui me livre les textes à rédiger pour la journée, ce qui me laisse beaucoup de temps pour d’autres activités parallèles, vous vous en doutez.

Homard ou sandwich (café de la machine inclus)

Cependant, vous ne mentionnez à aucun moment le prix des repas dont il faudrait rédiger les brèves culinaires. Pardonnez cette remarque peut-être inappropriée, mais si je dois à titre d’exemple raconter, il me faudrait une avance financière pour le goûter, de toute évidence.

Or, vous ne précisez rien à ce sujet, et je serais fort embarrassée de devoir payer ces luxes de ma poche alors que je n’en ai pas les moyens. Malheureusement, la fée de la nourriture était absente de mon berceau, Dieu m’envoie rarement de quoi manger pour la journée, et je dois comme tout le monde payer mes courses à la caisse du supermarché.

Si toutefois ces repas n’étaient pas financés par vos soins, je pourrais éventuellement écrire un article sur les sandwichs de l’université Paris-III, café de la machine inclus dans la formule qui approcherait donc les 5 euros.

Que diriez-vous d’une brève sur les Restos du cœur ?

Autre solution pour vous dépanner, je peux toujours rédiger une brève sur les Restos du cœur : cela ne vous coûterait rien, et mon récit vous permettrait peut-être d’avoir un aperçu de la réalité – le peuple a faim, madame, monsieur, est-il nécessaire de vous le rappeler.

Dans ce cas, les 5 euros que vous proposez gentiment me serviront certainement à recharger mes cartouches, en espérant que la bonne fée transforme mon stylo magique en fusil à pompe. En effet, il me semble que certains outils seraient plus utiles que d’autres par les temps qui courent.

En vous remerciant par avance de l’intérêt que vous aurez porté à ma candidature, je vous prie d’accepter, madame, monsieur, mes salutations distinguées.

Sara Fistole.

Aller plus loin
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  • vik75
    • Posté à 13h16 le 13/12/2011
    • Internaute 89761

    cette rubrique commence sérieusement à faire pitié...
    Encore une fois, ou est le mal dans cette annonce ? car ce n’est pas un job, c’est juste une brève par jour ( pour la taille d’une breve , c’est comme un mini article de la rubrique de rue89 « la vigie », ce n’est pas un article, ni un plein temps.j’en ai écris un max pour un site de cinéma , 3 lignes pour dire que tel livre sortira à telle date, 3 ligne pour dire que la nouvelle affiche ou trailer est en ligne.... et 150 euros par mois pour faire ce truc, c’est pas mal.....

    regardez plutôt les pratiques de rue89 avant de cracher sur les autres...

  • Bernardo Zorro
    Bernardo Zorro
    Il était une fois dans le Sud- (...)
    • Posté à 13h32 le 13/12/2011
    • 176980
      Il était une fois dans le Sud- (...)

    Même pour le défraiement repas quotidien c’est une somme ridicule, c’est une honte mais qui va dans le sens de la dictature financière c’est ça qu’ils veulent, qu’on dorme dehors qu’on arrête de manger et qu’on continue de travailler pour eux mais gratis.

    A choisir je préfère l’esclavage au moins quand tu achètes un esclave tu n’as pas intérêt à ce qui lui arrive quelque chose ben ils sont arrivés à faire encore pire sans esclavage et avec notre consentement, bravo les pourris c’est très fort...

  • Sorraine
    Sorraine
    Commerçante vacillante.
    • Posté à 15h40 le 13/12/2011
    • Internaute 150521
      Commerçante vacillante.

    Au delà du fait que j’adore le ton et l’écriture, j’ai envie de dire :

    Vous participez allègrement au fait que ce genre d’offres soient devenues possible. Les sites d’information en ligne, en particulier, ne fonctionnent quasiment que sur le principe de la gratuite mise à disposition d’une partie de leur contenu par des gens comme vous.

    Le modèle est des plus tentants, vu qu’il permet de gagner de l’argent sur le travail des autres sans les payer. On avait encore pas vu çà, ils l’ont fait avec les meilleures intentions du monde.

    Au moins cet employeur reconnait que ce genre d’écrit possède une valeur (monétisable en publicités identifiées, ou en publireportage, par exemple) , même si en l’occurrence, elle est faible.

  • kio
    kio répond à vik75
    urbain
    • Posté à 19h51 le 13/12/2011
    • Internaute 63657
      urbain

    Attends, pour ton info : quand on rémunère un travail et encore plus un travail intellectuel, on ne rémunère pas seulement « l’acte », c-a-d le fait de l’écrire ou de le dessiner, mais on rémunère aussi ce qui se passe en amont.
    5 euros pour écrire trois lignes, ça les vaut, mais ça vaut simplement une suite de 220 caractères mis côte à côte. Ça ne rémunère PAS DU TOUT le temps qu’il a fallu et les moyens à mettre en œuvre pour alimenter ces trois lignes. En clair : sortir trois lignes par jour nécessite du temps, de la disponibilité, l’accès à des sources d’info (toute source d’info), etc etc.

  • jino83
    jino83
    citoyen curieux
    • Posté à 22h11 le 13/12/2011
    • Internaute 159282
      citoyen curieux

    Sarah , dieu est injuste si il pouvait te livrer un chèque tout les matins plutôt qu’un texte la vie serait plus belle est plus simple .
    Et que la petite fée ne t’écoute pas !
    Qu’elle continue a remplir tes cartouches d’encres plutôt que t’offrir des cartouches de fusils a pompe .
    Même si ce n’est que pendant 2 secondes que tu arrive a foutre un sentiment de honte aux employeurs ou autre DRH qui lisent tes lettres de réponses , c’est déjà un bout de victoire .

  • _mars
    _mars répond à Sorraine
    ou crève
    • Posté à 22h51 le 13/12/2011
    • 177494
      ou crève

    Votre raisonnement est incomplet. L’ordinaire et l’esprit du net c’est la gratuité et l’exception de gagner du fric avec est contre-nature, à qui viendrait l’idée d’avoir un salaire en s’écrivant, en se racontant sur un blog comme elle le fait ?
    La précarité des salariés du web vient en partie de là, c’est un leurre. Les sites d’infos ne sont pas faits par des journalistes à la française, éditorialistes et engagés ou alors sont payants (mediapart, atlantico...). Les lettres de SaraFistole sont de l’info par ricoché, elles dénoncent avec classe des pratiques scandaleuses et met en garde contre les manipulateurs peu scrupuleux. La preuve, cette annonce a été retirée.

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