Libéraux et fiers de l'être

Le coin des libéraux

Les islamistes tunisiens mangent-ils des enfants au petit-déjeuner ?

Aurelien Veron
Président du Parti Libéral Démocrate
Publié le 12/12/2011 à 15h45

La montée des islamistes dans les élections enfin libres du monde arabe peut être lue de deux façons. Le plus simple, c’est d’en conclure qu’elle légitime rétrospectivement le soutien apporté aux dictateurs qui faisaient obstacle à cette tendance de fond. On peut aussi observer plus attentivement la situation pays par pays.

Contrairement aux amalgames de la secrétaire d’Etat Jeannette Bougrab, qui assimile implicitement l’Arabie Saoudite au Maroc ou à la Tunisie, les contextes nationaux sont très différents d’un pays à l’autre.

J’ai eu la chance d’aller le constater au cours d’un voyage en Tunisie au cours duquel je suis allé à la rencontre du parti islamiste, Ennahda.

Au cours de ce déplacement, j’ai longuement échangé avec des journalistes, des étudiants et des représentants de diverses formations politiques de centre droit. Première impression : quelle animation ! Ça bouge de partout ! Pour ajuster ma vision dans ce tumulte, je suis même allé à la rencontre d’anciens responsables politiques sous le régime de Ben Ali.

Nous sommes bien placés, en France, pour savoir que les révolutions sont souvent compliquées, voire sanglantes. En Tunisie, le processus politique en cours est incontestablement pacifique jusqu’ici. C’est un grand succès de voir le processus constituant lancé, et les élus débattre et voter sur chaque point du projet préparé par Ben Achour.

Risque de renforcer le courant islamiste

Certes, tout n’est pas rose. Ce processus prend du temps. Il nourrit l’instabilité et maintient l’économie à l’arrêt. Les entreprises ont besoin de clarté pour revenir ou reprendre leurs investissements et leurs embauches. Le paysage s’éclaircira lorsqu’un gouvernement crédible sera mis en place avec un mandat clair.

Les personnalités qui ont l’expérience du pouvoir sont entachées de leur engagement passé. De même que les liens des grands acteurs de l’économie avec l’ancien régime entretiennent des rapports ambigus avec les nouveaux élus.

Un jour ou l’autre, la Tunisie aura un intérêt réel à lancer une opération de réconciliation nationale afin de permettre le redémarrage de la croissance.

Alors que le courant islamiste ne semble pas le plus hostile au principe d’union nationale, la surenchère des autres partis de la coalition risquent de prolonger l’enlisement économique et social du pays, et de renforcer le courant islamiste.

S’il joue pleinement le jeu démocratique jusqu’ici, le parti Ennahda se compose de courants qui ne sont pas tous aussi respectueux du processus en cours.

Les représentants que j’ai rencontrés ont bénéficié du droit d’asile en France. Pour cette génération des pères fondateurs, les années passées dans les geôles du régime et l’importance accordée à la liberté individuelle rendent peu probable la défense d’un régime autoritaire religieux. Ils ne sont pas hostiles à la France, et ne souhaitent pas remettre en question le français comme deuxième langue largement pratiquée.

Faire de la Tunisie un partenaire avancé de l’UE

Il ne faut pas pour autant se leurrer. La lutte d’influence entre les sensibilités, notamment celle qui se sent proche des prosélytes salafistes (financés par les mécènes wahhabites habituels) peut évoluer dans le mauvais sens si les conditions encouragent les plus radicaux.

Ennahda, plus proche de l’AKP turc, est conscient du danger pour lui-même.

Son discours est clair : les pratiques salafistes n’appartiennent pas à la culture et aux pratiques islamiques tunisiennes. Ses dirigeants entretiennent donc des relations ambiguës avec eux. Ils souhaitent conserver un certain contrôle sur ce mouvement offensif. Mais leur ambition est de voir leur virulence s’estomper avec la remise du pays sur les rails. Il n’est pas inintéressant de lire des propositions économiques plutôt libérales dans le programme d’Ennahda.

Je ne peux qu’inviter les responsables français à respecter et à encourager le travail des acteurs de l’assemblée constituante, sans ostracisme dont se nourrissent les populismes de tous bords, et à maintenir les meilleures relations avec l’exécutif qui sera mis en place d’ici la fin de l’année ou début 2012.

Pourquoi ne pas reprendre alors les discussions en vue de faire de la Tunisie un partenaire avancé de l’Union Européenne ? C’est le moment d’envoyer un signal encourageant aux acteurs de cette reconstruction et aux Tunisiens.

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  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 16h51 le 12/12/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Évidemment que les islamistes n’ont rien contre le capital, c’est pour ça qu’on les a installés en Libye.

    Les investisseurs vont revenir, c’est sûr, et l’UE va businesser avec la Tunisie.

    Le capital et les religieux ont ceci en commun qu’ils aiment les agenouillistes.
    A genoux devant dieu, à genoux devant le patron.

    Si la Tunisie avait voté socialiste, par contre, les investisseurs libéraux, démocrates, laïques auraient fuit, et ils auraient même organisé l’interdiction d’investir comme avec l’ex-Libye ou Cuba.

    • Aurelien Veron
      Aurelien Veron répond à Autist Reading -
      Président du Parti Libéral (...)
      • Posté à 23h17 le 13/12/2011
      • 176382
        Président du Parti Libéral (...)

      En Tunisie, les alliés d’Ennahda, c’est la gauche. Heureusement, la pression populaire ne va pas dans le sens des socialistes. L’aspiration légitime, c’est le plein emploi, la croissance et une qualité de vie qui s’améliore. Pas l’oppression socialiste. Je rappelle que Ben Ali appartenait à l’Internationale Socialiste, comme Moubarak.

      • Autist Reading -
        Autist Reading - répond à Aurelien Veron
        In enculo cum vibro
        • Posté à 03h06 le 14/12/2011
        • Internaute 73535
          In enculo cum vibro

        Le plein emploi, c’est l’échelle mobile du temps de travail dont parlait déjà le fondateur de la quatrième internationale (la seconde et la troisième étant passées avec armes et bagages du coté de la réaction) en 1938.

        Si je me suis fait chier à mettre ex-libye et cuba, c’est pour désigner des pays avec des services publics forts au service de la population (autant que faire se peut avec un embargo des gentilles démocratie libérales sur le rable...).
        Pas les rois de la dérèglementation affilié à une IS conquise éhontément au libéralisme depuis Mitterrand.

  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 14h15 le 13/12/2011
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    La « victoire » des islamistes n’est pas non plus éclatante. Elle trouve aussi en elle le souhait des anciens benalistes de montrer à quel point d’ancien régime était un rempart contre l’islamisme, enfin, elle a pu se faire à raison de l’éclatement de l’offre politique qui a minimisé l’influence des autres partis, un peu comme un 21 avril chez nous.
    Il faut voir ce qui va se passer aux prochaines élections. Faire des théories sur la première élection démocratique d’un pays, c’est s’avancer bien vite.

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