Libéraux et fiers de l’être

Le coin des libéraux

La spéculation expliquée aux socialistes

Alain Cohen-Dumouchel
Gauche Libérale
Publié le 21/12/2011 à 17h44

Disques durs (photo alcodu)

Les deux plus grands fabricants mondiaux de disques durs, Western Digital et Seagate ont subi les inondations catastrophiques de Thaïlande.

Plusieurs sites importants de production ont été touchés, des usines ont été fermées et même partiellement détruites. On estime que la production mondiale a été réduite de 25 à 28% ce qui est énorme.

Comment le marché du disque dur réagit-il à cette catastrophe écologique ?

Rappelons tout d’abord que le marché du disque dur est, à peu de choses près, libre. Il n’y a pas ici de quotas de disques durs réservés par les gouvernements pour leurs peuples, pas de lois règlementant la production ou les prix des disques durs, pas de permis de produire des disques durs, pas d’autorité de régulation des disques durs, ni même de banque centrale des disques durs, enfin pas de prison à perpétuité pour ceux qui mettraient sur le marché de nouveaux disques durs. Le marché des disques durs obéit donc à l’impitoyable « dictature des marchés ».

La spéculation n’est pas là ou on l’attend

Première surprise, contrairement aux sinistres prédictions des interventionnistes de tous bords, on ne constate dans le passé aucune « bulle sur les disques durs ». Voilà un marché laissé aux mains des « prédateurs capitalistes » qui se régule très bien tout seul. Pas de montée cyclique des cours, pas de pénurie, on constate au contraire une baisse régulière des prix, fonction des progrès technologiques et du jeu de la concurrence.

Dans le même temps, l’immobilier et le crédit, deux secteurs d’activité caricaturalement contrôlés par les États-nations au moyen d’une armée de fonctionnaires sont secoués de crises cycliques que les ultra-étatistes tentent fébrilement d’attribuer à une pseudo « dérèglementation ».

Les effets bénéfiques de la spéculation

Deuxième surprise, le marché du disque dur, même confronté à une situation de crise brutale, réagit « intelligemment ».

Les grossistes, apprenant l’ampleur de la catastrophe, augmentent immédiatement les prix de vente de leur stock sachant que les sources d’approvisionnement vont se tarir. Ce faisant, ils « spéculent ».

Quelles sont les conséquences pour eux et pour les autres ? Les grossistes réalisent une bonne opération puisqu’ils vendent très cher des disques achetés bon marché. D’un autre côté ils compensent leurs pertes futures sur la baisse attendue des volumes. Les clients, eux, se trouvent confrontés à une hausse spectaculaire des prix qui sont actuellement deux à trois fois plus élevés qu’avant les inondations. Cette hausse entraine un arbitrage des clients :

  • ceux qui ont un besoin urgent vont acheter ;
  • les autres moins pressés, vont retarder leurs acquisitions ou diminuer leur consommation en espérant que les prix auront baissé entre temps.

Une autre conséquence très bénéfique de la spéculation c’est qu’elle incite les usines restantes à tourner à plein régime, même à coût marginal plus élevé. Tous les constructeurs sont incités à augmenter leur production puisque les prix sont plus hauts.

Les dirigistes aggravent toujours les problèmes

La bêtise habituelle des dirigistes consiste à intervenir pour maintenir les prix bas. C’est une erreur classique qui obéit généralement à des considérations électoralistes. Pour faire plaisir à une clientèle électorale on légifère pour « fixer » les prix tout en s’indignant des profits réalisés par les spéculateurs. De ce fait il n’y a pas de ralentissement de la consommation, le stock s’épuise plus vite, et comme il y a moins d’incitation à produire, la pénurie dure plus longtemps.

L’exemple le plus célèbre est la fixation des prix du blé par les jacobins pendant la révolution française qui devait provoquer la chute de la production et des millions de morts.

Ces mêmes remèdes imbéciles et parfois criminels sont malheureusement toujours proposés de nos jours dans des domaines variés : énergie, transports, loyers immobiliers, par une classe politique ultra dirigiste et fière de l’être. Heureusement nous avons pour l’instant échappé à un discours de Nicolas Sarkozy sur la nécessaire « moralisation du marché des disques durs ».

Le facteur chaotique extérieur, c’est l’Etat

Pour que la spéculation apparaisse, il faut toujours une cause extérieure imprévisible, un facteur d’incertitude. C’est à cette seule condition que « ceux qui savent » ou « ceux qui détiennent », peuvent espérer « battre le marché ».

Dans le cas des marchés financiers et de la crise actuelle, il existe bien un phénomène spéculatif qui, lui aussi, est provoqué par une « inondation » : la dette qui déborde et les recettes qui ne suivent plus en raison d’un déficit chronique. Le facteur chaotique extérieur, c’est ici l’Etat lui-même.

Certains hommes politiques n’hésitent pas à soutenir que la spéculation sur les marchés financiers est la cause de la crise actuelle. C’est comme si l’on prétendait que la spéculation sur les disques durs a provoqué des inondations en Thaïlande, c’est le même niveau d’absurdité.

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  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 18h06 le 21/12/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Oui, abolissons l’Etat qui fait respecter la propriété privée des propriétaires d’usine de disque durs !

    Sinon, j’ai pas compris pourquoi catastrophe écologique ?

    C’est si polluant que ça les usines de disques durs ?

  • Circus_Runaway
    Circus_Runaway
    Atome du peuple
    • Posté à 18h30 le 21/12/2011
    • Internaute 116556
      Atome du peuple

    Vous avez tout à fait raison, monsieur. Que l’État se contente d’observer et même moins si cela est possible !

    Lien

  • io-one
    io-one
    Cadre de Gauche
    • Posté à 21h09 le 21/12/2011
    • 177939
      Cadre de Gauche

    J’ai pas fait des études de gestions mais je vais dire en vrac ce qui me dérange :
    je m’endette pas 25 ans pour acheter des disques dur
    Je peux me passer de disque dur contrairement à un logement ou à manger
    un disque dur est obsolète très rapidement il est dépassé au bout d’un an comparé à un logement qui peut être d’actualité pendant plus de 200 ans
    la baisse continue du prix est liée à l’avancée continue et exponentiel de la capacité de ces produits (disque dur, mémoire ….) on n’a pas d’équivalence pour le logement si on pouvait construire un immeuble de 10 000 m² au prix d’un 20 m² au bout de 2 ans on serait dans le même ordre de comparaison qu’un disque dur ….

    En gros je trouve la comparaison ridicule …..

  • laurentso
    • Posté à 09h55 le 22/12/2011
    • Internaute 17491

    Démonstration absurde ! Lorsque les grossistes anticipent une pénurie de biens et augmentent les prix, ils ne font qu’ajuster l’équilibre O/D secoué par le déplacement soudain de la courbe d’offre. Ils ne « spéculent » absolument pas ! Là où ils spéculeraient, c’est s’ils achetaient, via un produit dérivé, des disques dur à terme à un prix inférieur à celui du marché. Ce qui se passe en Finance et sur certains marchés (matières premières, immobilier, énergie...). Quant à comparer les disques durs d’ordinateurs à un bien primaire comme le blé, ce n’est pas être de « Gauche » fut-elle libérale, mais totalement ignorant, c’est tout. Chaque exemple montre l’inefficacité de la régulation par les « lois du marché » et se dire « libéral », c’est accepter de facto la loi barbare de la jungle.

    • Alain Cohen-Dumouchel
      Alain Cohen-Dumouchel répond à laurentso
      Gauche Libérale
      • Posté à 10h17 le 22/12/2011
      • Internaute 76708
        Gauche Libérale
      • Autist Reading -
        Autist Reading - répond à Alain Cohen-Dumouchel
        In enculo cum vibro
        • Posté à 12h29 le 22/12/2011
        • Internaute 73535
          In enculo cum vibro

        Que prévoient les libéraux pour que chacun jouisse effectivement du droit de propriété ?

      • laurentso
        • Posté à 17h26 le 22/12/2011
        • Internaute 17491

        Ne faites pas semblant de ne pas comprendre... La loi de la jungle, c’est la loi du plus fort, la seule satisfaction du profit individuel compte. Quant aux « règles », en général, elles garantissent surtout le pouvoir des oligopoles. Le libéralisme, la concurrence parfaite, tout ça, c’est une vue de l’esprit, cela n’a jamais existé que dans les livres. Ou alors dans le Chili de Pinochet ou la Grande-Bretagne de Thatcher. C’est pour cela que « Gauche libérale », cela me fait doucement rigoler. C’est un peu comme « Cannibale végétarien », quoi... A propos, votre lecture de l’écologie, en tant que pensée politique, est grotesque. L’Ecologie repense la place de l’homme dans son environnement, ce qui ne signifie pas la soumission aux lois naturelles. C’est mignon de vouloir faire de la provoc’, mais il faut du fond, derrière.

  • késapeufutre
    • Posté à 10h21 le 22/12/2011
    • Internaute 140114
      YX

    Le temps qu’ils comprennent....

  • Pi.K
    Pi.K
    Vilain Parisien
    • Posté à 17h35 le 22/12/2011
    • Internaute 105016
      Vilain Parisien

    Le monde se divise en deux catégories : les gens qui pensent en binaire, et les autres.

    Pas de chance, Alain Cohen-Dumouchel est dans la première catégorie.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 18h18 le 22/12/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Les agents de sécurité de Roissy trouvent comme vous que l’Etat intervient trop.

    Qui défendrait les patrons contre leurs employés, s’il n’y avait pas l’Etat ?

  • gg_tk
    gg_tk
    Hippie chevelu
    • Posté à 16h05 le 27/12/2011
    • Internaute 153553
      Hippie chevelu

    Article intéressant, mais il y a là une grossière confusion entre spéculation (par exemple, acheter des actions en pariant sur leur hausse ou leur baisse) et anticipation de la production. L’anticipation n’est pas spécifique au libéralisme et au « marché libre » ; au contraire, elle serait même plus adaptée à l’économie planifiée au sens large (à ne pas confondre avec le Capitalisme d’Etat et autres étatismes autoritaires) : gérer plus ou moins démocratiquement la production en fonction de l’étude de la consommation, des besoins, du contexte, etc, plutôt que d’attendre l’ajustement magique de l’offre et de la demande.

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