L'Afrique du Sud domine encore le marché culturel du Botswana

Publié le 15/06/2010 à 10h35


Les disquaires de Gaborone (Jean-Louis Dell’Oro).

(De Gaborone) Au Botswana, il en est des produits culturels comme des biens de consommation : la plupart d’entre eux sont importés du puissant voisin, l’Afrique du Sud.

Dans le centre-ville de Gaborone, les étalages des disquaires de rue sont remplis de CD d’artistes sud-africains comme Malaika ou des stars américaines de la chanson. Il ne reste que peu de place pour les auteurs botswanais.

Pour les livres et le cinéma, c’est la même chose.

Les principaux acteurs du marché estiment que, tous secteurs confondus (livre, disque, cinéma, art, etc.), près de 80% de la production et des ventes sont étrangères :

  • sur ce qui est importé, l’Afrique du Sud pèse pour une bonne moitié,
  • le reste vient principalement des États-Unis et des autres pays anglo-saxons.

    Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes puisqu’il nous a été impossible d’avoir des informations précises dans ce domaine -que ce soit du côté du ministère de la Jeunesse, du Sport et de la Culture, ou du côté des producteurs.

    À Gaborone, trois cinémas pour 185 000 habitants

    Le Botswana, avec ses 1,8 million d’habitants, est un tout petit marché culturel. Et il peine à émerger face à son puissant voisin sud-africain.

    Par exemple, l’industrie musicale botswanaise, sans doute l’industrie culturelle la plus développée du pays, n’écoule que quelques dizaines de milliers de disques chaque année.

    À Gaborone, la capitale, il n’y a que trois cinémas pour 185 000 habitants. Et il n’existe qu’une seule chaîne de télévision : Botswana TV, qui est publique. Ce qui limite d’autant la production de fictions locales.

    Cette situation s’explique en grande partie par l’histoire du pays. Le Botswana est passé, en à peine quarante ans, d’un pays rural composé majoritairement d’éleveurs, à l’un des pays les plus développés d’Afrique.

    C’est donc un pays « jeune » pour qui la culture n’était pas une priorité, pas en tant que business. Conséquence : les studios d’enregistrement et les salles de concerts ne sont arrivés qu’assez tardivement. (Voir la vidéo)

    Si l’industrie culturelle du pays est encore balbutiante, ça ne signifie pas pour autant que la culture n’est pas présente.

    La plupart des artistes ne vivent pas de leurs ventes de disques mais de leurs concerts, de leurs passages en boîte de nuit ou, plus surprenant, en tant qu’animateur radio.

    Au Botswana, beaucoup de choses se passent dans la rue ou sur des scènes improvisées. Les jeunes, par exemple, se retrouvent régulièrement sur les parkings, sortent la glacière de bières et dansent pendant des heures, la sono de la voiture à fond.


    Les danseurs de Francistown (Jean-Louis Dell’Oro).

    Depuis quelques années, on assiste à un certain renouveau de la culture botswanaise. Quelques artistes commencent même à traverser les frontières.

    Les tournées des groupes de musique et de danse traditionnelles marchent toujours très bien. Et des artistes nouveaux, issus de la culture urbaine (house, hip-hop) émergent. Comme Vee, le chanteur le plus connu au Botswana, qui vend près de 10 000 disques par an dans le pays et qui est en train de se faire un nom à l’étranger.

    Une série de romans policiers qui se déroulent à Gaborone, capitale du Botswana, « The N°1 Lady’s Detective Agency », écrits par Alexander McCall Smith qui a vécu pendant des années au pays, s’est même très bien exportée.

    Le DJ sud-africain le plus connu est originaire du Botswana

    Les cultures du Botswana et de l’Afrique du Sud ne sont d’ailleurs pas imperméables l’une à l’autre. Il ne faut pas oublier que les Tswanas, l’ethnie majoritaire vivant au Botswana, sont trois fois plus nombreux en Afrique du Sud qu’au Botswana. Signe de ces liens culturels, l’un des plus gros DJ sud-africain, DJ Fresh, est originaire du Botswana.

    Désormais, le risque pour la culture botswanaise de se voir absorber ne vient plus de l’autre côté de la frontière mais d’outre-Atlantique. Les 15-25 ans, nourris aux séries TV et aux clips de MTV, s’américanisent à grande vitesse. Au risque d’oublier leur propre culture et leurs artistes.

    En bonus, une petite vidéo sur des chants botswanais lors d’une pièce de théâtre à Francistown.

    Avec Steven Jambot

    Edit : rajout de la vidéo de chants botswanais lors d’une pièce de théâtre à Francistown.

    Photos : les disquaires de Gaborone (Jean-Louis Dell’Oro) ; les danseurs de Francistown (Steven Jambot).

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    • 4 réactions
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    • Xa_chan
      Xa_chan
      (nippon ni mauvais)
      • Posté à 11h12 le 15/06/2010
      • Internaute 23695
        (nippon ni mauvais)

      Voilà un article intéressant sur un pays que, je le confesse, ne connais que très peu. Continuez votre série, surtout !

    • momo la salade
      • Posté à 11h50 le 15/06/2010
      • Internaute 110276
        foutus
    • cabral amilcar
      cabral amilcar
      peureux célèbre
      • Posté à 12h00 le 15/06/2010
      • Internaute 29973
        peureux célèbre

      intéressant voyage, dans un des pays les moins corrompus d’afrique

    • Riboulbo
      Riboulbo
      Marche ou rêve
      • Posté à 12h13 le 15/06/2010
      • Internaute 48839
        Marche ou rêve

      Ca fait vraiment plaisir de voir un article sur un pays dont on entend peu parler et qui pourtant est un exemple de démocratie et de développement en Afrique.

      Je ne savais pas que la culture botswanaise était aussi peu développé, mais comme vous le dites, ils ont eu d’autres priorités ces dernières années : nourrir la population, développer l’économie, etc.. Ca viendra avec le temps.

      Tout ce que j’espère, c’est qu’ils ne s’occidentalisent pas, qu’ils développent leur propre culture. Je trouve dommage de la culture occidentale partout dans le monde, au détriment des cultures locales et tout aussi riches (oui je rejoins lévi strauss sur ce sujet).

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