Dulibadzimu, le village township des migrants zimbabwéens

Steven Jambot
Journaliste
Publié le 18/06/2010 à 17h48


Le bus rinck du township de Dulibadzimu à Beitbridge, Zimbabwe (Steven Jambot)

(De Beitbridge, Zimbabwe) L’Afrique du Sud est là, à moins d’un kilomètre. Ils sont des milliers, dans des conditions d’hygiène exécrables, à attendre de passer au sud.

Dulibadzimu est un township, un quartier pauvre de Beitbridge, la ville frontalière avec l’Afrique du Sud. A la gare routière, des autocars et combis chargés de marchandises vont bientôt partir.

D’ici, tout le Zimbabwe est desservi mais la plupart des véhicules vont vers la capitale, Harare, située à 585 km au nord-est, ou vers Bulawayo, deuxième ville du pays à 320 km au nord-ouest.

Sur les toits, toutes sortes de marchandises mais surtout des denrées alimentaires et des couvertures. Tous ces produits viennent d’Afrique du Sud où ils coûtent en moyenne deux à trois fois moins cher qu’au Zimbabwe.

Les heures de départ et d’arrivée des bus africains étant toujours très incertaines, le petit commerce fait florès. Poulet-frites cuits en barquettes, bananes, oranges, œufs, crèmes glacées et bonbons, vendus pour quelques rands sud-africains (1 rand équivaut à 10 centimes d’euros environ) permettent aux locaux de se faire un peu d’argent. Ils ont bien compris l’intérêt des migrants économiques.

À l’ombre des arbres, certains attendent un hypothétique bus, d’autres semblent là depuis plusieurs jours. Ils font cuire de quoi manger, lavent leur linge. Un ghetto-blaster diffuse de la musique sud-africaine. Au sol, des tessons de bouteilles et détritus de toutes sortes. Une forte odeur d’urine flotte dans l’air.

Faire du business au sud

Quelques centaines de mètres plus loin, sur une butte dominant le poste de frontière zimbabwéen, Moses mange délicatement les quartiers d’une orange. Il a 18 ans, son petit frère de 12 ans l’accompagne. Tous deux viennent de l’est du Zimbabwe et souhaitent passer en Afrique du Sud. Des papiers, ils en ont ; Moses nous montre fièrement son passeport.

Cela fait trois jours qu’ils attendent l’arrivée de leur grand frère pour passer en Afrique du Sud. Ils ont dormi dans des camions, essayant de trouver un peu de chaleur alors que la température descend jusqu’à 4°C au milieu de la nuit.

Moses est déjà allé trois fois en Afrique du Sud. Il souhaite y retourner car il est plus facile d’y « faire du business ». Il s’est déjà fait expulser par le passé parce que son visa avait expiré et ne souhaite pas trop se faire remarquer par les policiers. Il n’y aura donc ni photo, ni micro. Compris.

Fuite sanitaire et économique


Mary, une zimbabwéenne de 23 ans, et sa fille. Derrière elles, la frontière avec l’Afrique du Sud (Steven Jambot).

Un peu plus loin, Mary, 23 ans, est allongée dans la rocaille. Dans ses bras, sa fille qui aura 3 ans en juillet. Elle vient d’Harare.

Elle aussi a des papiers mais s’est fait refouler par les douaniers. Son mari travaille en Afrique du Sud. Elle attend qu’il lui apporte de l’argent. Impossible de passer sans. Cela fait trois jours qu’elle est là, elle se sent abandonnée par les autorités locales, craint pour sa sécurité et celle de son enfant.

Les policiers lui ont déjà dit de rentrer chez elle mais elle veut quitter son pays où tout est trop cher : la nourriture, le logement et la crèche qu’elle ne peut pas payer. (Ecouter l’interview en anglais)

Audio file

Mary, une zimbabwéenne de 23 ans qui attend pour passer au Sud. (en anglais)


Comme Moses et son frère, Mary et sa fille, ils sont des milliers a regarder de l’autre côté du Limpopo, le fleuve qui sépare le Zimbabwe de l’Afrique du Sud. La première puissance d’Afrique continue d’attirer.


Des migrants attendent sur une butte surplombant le poste de frontière menant en Afrique du Sud (Steven Jambot).

Avec Jean-Louis Dell’Oro

Photos : la gare routière du township de Dulibadzimu à Beitbridge, Zimbabwe (Steven Jambot) ; Mary, une zimbabwéenne de 23 ans, et sa fille. Derrière elles, la frontière avec l’Afrique du Sud (Steven Jambot) ; des migrants attendent sur une butte surplombant le poste de frontière menant en Afrique du Sud (Steven Jambot).

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  • Mon-Al
    Mon-Al
    roturière : -)
    • Posté à 19h57 le 18/06/2010
    • Internaute 24219
      roturière : -)

    Merci pour cet article ... bien loin des ballons et des vuvuzelas.

  • Danielle29
    Danielle29
    Soutien à amonhumbleavis
    • Posté à 21h34 le 18/06/2010
    • Internaute 30791
      Soutien à amonhumbleavis

    Les humains qui ne renoncent pas à l’idée d’une vie meilleure, et qui se battent pour lui donner réalité ont mon estime profonde.

    (« Elle aussi a des papiers mais s’est faite refouler par les douaniers »., NON, mais « s’est fait refouler ». le participe passé ne s’accorde pas dans ce cas avec le sujet)

    • Steven Jambot
      Steven Jambot répond à Danielle29
      Journaliste
      • Posté à 23h23 le 22/06/2010
      • Journaliste 638
        Journaliste

      J’ai corrigé ça. Merci pour votre attention. :)

  • 14240
    14240
    retraité
    • Posté à 12h52 le 19/06/2010
    • Internaute 95774
      retraité

    OUF....ça change de la coupe du monde de foot ! ...nettement mieux..et terrifiant de tant de misère.. !
    Comment la planète, va pouvoir se sortir de cette ornière ?

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