London in the air

"Labour" et "tories", bus à impériale et JO, City et Brick Lane : le journaliste Sylvain Biville revisite l'actualité britannique dans son blog London in the air.

La gaffe de Gordon Brown pourrait lui coûter l'élection

Sylvain Biville
Journaliste
Publié le 29/04/2010 à 16h11

A quelques heures du dernier débat télé entre les candidats, le « Bigotgate » pourrait bouleverser la campagne britannique.

C’est la hantise de tout homme politique. La bourde qui fait tout dérailler. La petite phrase qui rend inaudible sur le fond. Ce cauchemar, Gordon Brown l’a vécu mercredi dans toute sa splendeur.

La journée avait pourtant plutôt bien commencé. Dans une interview matinale au Financial Times, le Premier ministre cherche à recentrer la campagne sur l’économie, qu’il considère comme son point fort.

Quelques heures plus tard, à Rochdale, au Nord de Manchester, Gordon-l’austère, mal à l’aise dans une campagne dominée par la personnalité des candidats, s’efforce de fendre l’armure. Il engage la conversation avec une veuve de 65 ans. Gillian Duffy, le cœur à gauche, réprimande gentiment le chef du gouvernement sur le déficit, les impôts. Et l’immigration.

« Tous ces Européens de l’Est qui arrivent... D’où est-ce qu’ils débarquent ? »

« Bigoted woman »

L’échange se termine cordialement, on parle petits-enfants, université. « Très heureux de vous avoir rencontrée », conclut Gordon Brown, tout sourire, avant de s’engouffrer dans sa Jaguar blindée. Et là, Dr Jekyll se transforme en Mr Hyde :

« C’était un désastre. Qui a eu cette idée [de la rencontre avec Gillian Duffy] ? C’est une femme bornée [bigoted woman]. C’est ridicule. »

Le Premier ministre a oublié d’enlever son micro-cravate. Le coup de colère adressé à son directeur de la communication est entendu dans le monde entier. Il l’apprendra quelques instants plus tard, en direct, lors d’une interview radio sur la BBC, qui lui fait écouter la bande.

Filmé dans le studio, Gordon Brown s’affaisse derrière le micro et se prend la tête dans les mains. (Voir la vidéo)

A Rochdale, Gillian Duffy en a la mâchoire qui se décroche. « Bigot », en anglais, se traduit littéralement par « sectaire » ou « bornée ». Mais par extension, ça signifie aussi « raciste ».

Conscient des dégâts, le chef du gouvernement chamboule son programme. Cinq séances d’auto-flagellation vont suivre en quelques heures. A la radio d’abord, puis par téléphone, puis lors d’une conférence de presse improvisée à Manchester.

En fin d’après-midi, il retourne à Rochdale. Après quarante minutes passées dans le salon de Gillian Duffy (plus que pour certains chefs d’Etats étrangers), il déclare sur le perron, sourire figé :

« Je suis un pécheur repentant. J’ai fait une erreur. Je suis mortifié par ce qui s’est passé. Je suis venu présenter mes excuses. »

Dans la soirée, Gordon Brown fait amende honorable dans un message aux militants travaillistes :

« Beaucoup d’entre vous me connaissent personnellement. Vous connaissez mes atouts, ainsi que mes faiblesses. Nous en avons tous. »

Pas sûr que l’acte de contrition suffise à apaiser les troupes. En public, les cadres travaillistes serrent les rangs autour du chef. Mais ils sont de plus en plus nombreux à se demander -un peu tard- si Gordon Brown est bien l’homme de la situation.

Le caractère volcanique de Gordon Brown

Il est tentant de minimiser l’agitation médiatique autour du faux-pas de Rochdale. Après tout, il n’y a pas eu d’insulte directe. Mais l’épisode, que la presse a déjà surnommé le « Bigotgate », est dévastateur à plus d’un titre. D’abord, il relance les soupçons sur le caractère instable de Gordon Brown.

Ça aurait pu être bien pire, prévient Andrew Rawnsley, auteur de « The End of the Party », un livre référence sur la chute du New Labour. « Sur l’échelle des éruptions volcaniques de Brown, on n’a atteint que le niveau trois ou quatre », écrit-il dans le Guardian.

Au-delà de la personnalité de Gordon Brown, la gaffe renforce également le sentiment d’un décalage entre la classe politique et l’électeur moyen. Si, comme Gillian Duffy, tous les Britanniques qui s’inquiètent du taux d’immigration sont soupçonnés de racisme par les dirigeants travaillistes, le Labour risque de se couper d’une grande partie de sa base électorale.

La gaffe de Rochdale est finalement peut-être aussi un révélateur. Par cet acte suicidaire, Gordon Brown ne fait que prendre acte de la situation désastreuse des travaillistes. A une semaine du scrutin, ils semblent promis à une défaite retentissante. Les sondages les placent régulièrement à une humiliante troisième place.

Jeudi soir, Gordon Brown participe au dernier débat télévisé de la campagne, aux côtés du conservateur David Cameron et du libéral-démocrate Nick Clegg, la coqueluche de l’élection. C’est sa dernière chance de redresser la barre.

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  • Super_Pifou
    Super_Pifou
    Pas glop
    • Posté à 16h45 le 29/04/2010
    • Internaute 90680
      Pas glop

    « Tous ces Européens de l’Est qui arrivent… D’où est-ce qu’ils débarquent ? »

    Je ne crois pas trop m’avancer en répondant : d’Europe de l’Est, sûrement.

  • Zigpoc
    Zigpoc
    transitoire
    • Posté à 16h55 le 29/04/2010
    • Internaute 104004
      transitoire

    Ouais bof, on essaie toujours de faire croire qu’une petite phrase fait tout basculer, c’est tellement plus croustillant. Alors que les sondages sont déjà largement défavorables depuis un moment.

  • Ryuu
    Ryuu
    Informaticien parisien
    • Posté à 17h12 le 29/04/2010
    • Internaute 28569
      Informaticien parisien

    Plusieurs points positifs pour Gordon :
    -Il attend d’être dans sa voiture loin du public pour râler
    -Il présente ses excuses

    Bon, ça devrait être des points négatifs, mais quand on le compare à d’autres dirigeants, c’est au contraire positif.

  • Elle anonyme
    Elle anonyme
    Béotienne
    • Posté à 17h38 le 29/04/2010
    • Internaute 24737
      Béotienne

    C’est là que l’on voit la différence entre nos voisins grands bretons et nous : Brown fait une gaffe, il ne la nie pas et va présenter ses excuses. Sincères ou calculées, mais des excuses quand même.

    Alors que lorsqu’Hortefeux parle des auvergnats, par exemple, ses collègues montent au front pour nous expliquer que l’on n’a rien compris, que la phrase est sortie de son contexte, qu’il n’a pas voulu dire ce qu’il a dit etc....

    Au moins, Brown assume, et c’est tout à son honneur.

  • Cinsault
    Cinsault
    Graine de rosé
    • Posté à 17h41 le 29/04/2010
    • Internaute 24720
      Graine de rosé

    Bof :
    Si la ou les traductions sont bonnes , c’est un jugement certes , mais cela reste poli.
    Je ne vois pas au non de quoi une électrice, une personne âgée, une grand-mère, une veuve ne pourrait pas être bornée, sectaire ou raciste.

  • duarn
    • Posté à 17h58 le 29/04/2010
    • Internaute 17322

    On semble oublier que la démocratie anglaise et bien plus ancienne que la nôtre et par la même bien plus adulte. Elle a résisté à bien des catastrophes ce qui n’est pas vraiment notre cas, En 1940 par exemple Marianne s’est jetée sous les caleçons nauséabonds d’un vieux maréchal alors que la Démocratie anglaise était le seul rempart contre la barbarie nazie.

    Nos amis d’Outre Manche sauront sans doute faire la part des choses et se déterminer sur le fond et non comme nous sur la forme.

  • bart94
    bart94
    technicien
    • Posté à 19h02 le 29/04/2010
    • Internaute 47630
      technicien

    ma mère (qui est veuve également ça n’excuse pas) dit aussi des conneries sur les étrangers, bien qu’elle en côtoie peu dans son village. Ils doivent faire peur aux vieux.
    je ne me prive pas de lui faire remarquer ce qu’elle dit.

    BROWN aurait du ne pas attendre d’être dans la voiture pour faire sa réflexion. faut-il forcément caresser l’électeur moyen dans le sens du poil ?

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