Moi, j’aime les lundis matin

Qui sont ceux qui aiment leur travail ?

Sonia à Alter Eco : « On est une famille. C’est comme ça »

Scarlett M.
correspondante
Publié le 04/11/2012 à 16h44

Une employée en train de peser le thé à Alter Eco (William TAN)

L’entrée des locaux d’Alter Eco, boulevard de la Bastille à Paris, est austère. Elle donne sur une cour triste, entourée de bâtiments tristes aux façades droites en brique. Une fois que vous avez monté les escaliers en béton, ce n’est pas particulièrement plus sympa. Vous entrez dans un open space austère. Pourtant une bonne athmosphère se dégage des lieux.

« Avant de venir travailler ici, je m’imaginais un truc un peu design, cocooning. C’est pas joli, pas design, mais il y a de la vie. C’est ça qui rend beau les locaux. »

En allant vers le bureau de Sonia, on croise une nénette en train de peser le contenu de sachets de thé. Ça devient un peu plus amusant, mais bon.

« Moi et ma conscience »

Sonia est assistante commerciale. Elle envoie des fiches produit, des grilles tarifaires, gère les opérations de promotions, les prospectus, etc. Elle fait l’intermédiaire entre l’entreprise et les revendeurs.

Qu’elle ait atterri dans le commerce n’a rien de surprenant pour ses proches  : elle aime le contact, «  tchatcher  », argumenter. Au fils de ses études et en fonction des alternances, c’est ce métier, précisément, qu’elle a appris et ça lui correspond. Elle aime avoir «  beaucoup de tâches diverses et variées  », dans une ambiance de travail saine et un manager qui n’est pas directif mais plutôt quelqu’un avec qui elle divise les tâches. Et son salaire  ?

« Je me sens payée à ma juste valeur. »

Les horaires  ? On ne pointe pas. On est censé commencer à 9 heures, pourtant si l’on arrive à 9h30, cela ne pose de problème à personne. D’un autre côté, elle reste facilement plus tard si besoin :

« Personne ne me le demande. C’est moi et ma conscience. »

Et ce n’est pas compté comme heures supplémentaires.

« D’un autre côté, je ne me suis jamais fait engueuler parce que j’avais pris trente minutes de pause déjeuner en plus ou si j’ai une longue pause cigarette.

Et en même temps, on est 50 et on a 50 000 choses à faire. Après c’est l’amour du projet qui fait qu’on accepte de prendre ça sur ses épaules. »

Tristan Lecomte, le bouddhiste d’HEC

L’esprit de l’entreprise est certainement lié à son fondateur. Ce n’est pas le bébé de n’importe qui  : Tristan Lecomte, bouddhiste diplômé d’HEC., voulait mettre en adéquation son activité professionnelle et ses aspirations personnelles. Avec Alter Eco, il a pu allier biodiversité, agriculture biologique et commerce équitable. Maintenant, il travaille sur un projet de lutte contre la déforestation et s’est installé au bord d’une rizière dans le Nord de la Thaïlande où il teste diverses méthodes de plantation du riz. D’ailleurs, une collègue de Sonia est passée lui faire coucou pendant ses vacances en Thaïlande.

« Moi, j’ai eu de la chance de pouvoir travailler ici. »

Entre collègues, ils se voient souvent après le travail. Cet été, c’était souvent binouze, noix de cajou, bord de quai et pétanque.

« On est une famille, c’est difficile à expliquer, on est vraiment très lié. C’est comme ça. »

Tellement qu’il lui a fallu un effort pour comprendre comment on peut ne pas rester avec ses collègues après le travail.

« Au début, ça interroge lorsque tu vois les gens rentrer chez eux. »

Est-ce qu’il y a un mouton noir ? Elle devient sérieuse. Oui, ceux qui ne font pas leur travail ou qui ne sont pas suffisamment investis.

« On est avant tout là pour travailler. »

Elle accompagne ses agriculteurs pendant ses congés


Sonia dans les locaux d’Alter Eco (William TAN)

Et lorsqu’elle n’est pas en «  famille  » ? Elle pose plusieurs jours et part en voyage. Mais elle part aussi en voyage avec Alter Eco. Chaque employé est convié à faire des audits tous les deux ans dans un pays différent. Pour le moment elle a vu le Pérou.

« On va dans les coopératives avec lesquelles on travaille pour voir si la prime du commerce équitable est bien redistribuée, s’ils ont des difficultés, s’ils mettent en place des projets grâce à cette prime ou encore s’ils respectent bien les chartes pour l’agriculture écologique. “

Elle part aussi en voyage en Inde par exemple sur ses congés, à ses frais, pour accompagner ses agriculteurs lors d’une marche pour défendre leurs droits.

‘ On était neuf salariés Alter Eco et six producteurs français bio. On a marché aux côtés des producteurs Indiens pour les soutenirs au cours de la plus grande marche non violente organisée en Inde par l’association Ekta Parishad pour soutenir les sans terre ’ d’Inde. ‘

On n’a pas pu marcher tous les jours. Ça ne se passe pas très bien avec le gouvernement.

Inadmissible’ : pas de poubelles de tri

Des critiques  ? Deux  ! Il y a trop d’informations qui fusent dans l’entreprise. Et c’est difficile de les recevoir au bon moment ou de les mémoriser lorsqu’elles arrivent.

Et puis, ‘ inadmissible ’ dans la cuisine des locaux : il n’y a pas de poubelle pour trier les déchets.

Un petit truc à ajouter avant que je parte  ?

‘On a des cours de yoga une fois par semaine.’

Et elle dans l’avenir  ? Pour le moment, elle se concentre sur sa carrière et se voit évoluer pour le moment chez Alter Eco. Et puis elle aimerait bien reprendre des études.

‘J’ai pas d’idée précise, ni de but, j’ai juste envie d’enrichir mes connaissances.’

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  • Pili pili
    Pili pili
    Piment d'oisif
    • Posté à 17h59 le 04/11/2012
    • Internaute 188535
      Piment d'oisif

    « Evidemment, ça ne marche pas à tous les coups. Il y a eu ce président de coopérative corrompu en Bolivie, ces paysans thaïlandais incapables de tenir des comptes, d’autres qui dénoncent les “contrôles qualité” au nom de l’anticolonialisme. “Je ne fais pas copain-copain. J’ai des exigences, on fait des audits, on veut de la rentabilité. C’est ça aussi le respect de l’autre”, affirme le patron d’Alter Eco. »

    Ah bon sang, heureusement qu’il y a des zentils patrons pour aider les petits déshérités de toulaba..

    • Maxim Godart
      Maxim Godart répond à Pili pili
      Vautour d'envergure
      • Posté à 22h16 le 04/11/2012
      • Internaute 62371
        Vautour d'envergure

      L’autre option, c’est de laisser ces paysans se marginaliser un peu plus, d’utiliser des produits chimiques qui vont détruire leur santé et leur sol, polluer les cours d’eaux, de se mettre à l’agriculture intensive, ... et puis partir s’agglutiner dans les dépotoirs qui bordent les grandes villes ?
      Ces zentils patrons paient ces déshérités de toulaba 3 à 5 fois plus que les multinationales tout en leur permettant de conserver leur ressources naturelles intactes. Renseignez-vous au lieu de raconter des inepties.

      • Pili pili
        Pili pili répond à Maxim Godart
        Piment d'oisif
        • Posté à 22h21 le 04/11/2012
        • Internaute 188535
          Piment d'oisif

        C’est bien, vous avez retenu le diaporama.

         
        • Scarlett M.
          Scarlett M. répond à Pili pili
          correspondante
          • Posté à 11h24 le 05/11/2012
          • 180645
            correspondante

          Mais c’est quoi votre solution ?

          Est-ce que vous-vous souciez d’en trouver une ?

          • Pili pili
            Pili pili répond à Scarlett M.
            Piment d'oisif
            • Posté à 22h33 le 05/11/2012
            • Internaute 188535
              Piment d'oisif

            Une partie de la solution est bien dans le mode de consommation, en effet.
            Mais pas pour des produits exotiques genre « noix de cajou » qui légitiment des échanges commerciaux de toute façon faussés, et dont les subsides se retrouveront chez Monsanto au final.

            Pour le reste, j’ai essayé un temps d’écrire et d’expliquer des trucs dans ce genre là :
            Lien
            ...mais je reconnais que c’est assez vain.

        • Maxim Godart
          Maxim Godart répond à Pili pili
          Vautour d'envergure
          • Posté à 18h06 le 05/11/2012
          • Internaute 62371
            Vautour d'envergure

          je ne fais que partager ma propre expérience dans ce domaine. Si vous preniez le temps de vous instruire, alors peut-etre aurions nous une vraie discussion sur ce sujet. Mais je me demande si ce n’est pas tout simplement la jalousie qui vous habite ou simplement la désillusion.

          • Pili pili
            Pili pili répond à Maxim Godart
            Piment d'oisif
            • Posté à 19h44 le 05/11/2012
            • Internaute 188535
              Piment d'oisif

            Non, c’est juste que j’aime le bon café...

            Plus sérieusement, TOUS, mais absolument TOUS ceux que je connais et qui ont bossé pour des structures dites « philanthropiques » se sont fait niquer en tant que salariés à un niveau que le pire patron capitaliste n’aurait pas osé atteindre.

            • Maxim Godart
              Maxim Godart répond à Pili pili
              Vautour d'envergure
              • Posté à 02h15 le 07/11/2012
              • Internaute 62371
                Vautour d'envergure

              ce que fait Alter-Eco n’est pas de la philanthropie, c’est du business raisonnable et equitable ... pas la même chose.

        5 autres commentaires
  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 19h29 le 04/11/2012
    • Internaute 111221
      fée

    La vie des jeunes bobos, c’est vraiment passionnant.

    • Vladimir I.O.
      Vladimir I.O. répond à Féline
      Karl Marx 's brother
      • Posté à 21h11 le 04/11/2012
      • Internaute 127509
        Karl Marx 's brother

      Parce que bosser dans un truc équitable, c’est être bobo ?
      Vision un peu réduite non ?

  • Maxim Godart
    Maxim Godart
    Vautour d'envergure
    • Posté à 22h01 le 04/11/2012
    • Internaute 62371
      Vautour d'envergure

    Aux US, il existe 135,000 entreprises et entrepreneurs qui ont adoptés des valeurs et mission similaire à celles d’Alter Eco. Aux US, cette société est la première importatrice de quinoa organique.
    Il y a maintenant 9 états qui ont voté une loi permettant la création d’entreprise dite « bénéfique » aka Benefit Corporation.
    C’est un véritablement mouvement qui prend de plus en plus d’ampleur grâce à ces entrepreneurs qui mettent en place des systèmes intégrés visant à avoir un impact positif sur l’environnement, la société et l’économie.
    Moi je dis bravo, il faut beaucoup de courage pour innover à contre-courant des idées reçues.

    • Pili pili
      Pili pili répond à Maxim Godart
      Piment d'oisif
      • Posté à 22h24 le 04/11/2012
      • Internaute 188535
        Piment d'oisif

      Je me disais ce matin : « Tiens, mais qui donc a sauvé le tiers monde ? »

      • alialu
        alialu répond à Pili pili
        perso
        • Posté à 10h15 le 05/11/2012
        • 181124
          perso

        Pas toi pili pili, ça on en est surs !

         
        • Pili pili
          Pili pili répond à alialu
          Piment d'oisif
          • Posté à 19h40 le 05/11/2012
          • Internaute 188535
            Piment d'oisif

          Non, moi je suis un méchant et Tristan Lecomte c’est un gentil.
          C’est pourtant facile à comprendre, bon-sang, c’est même fait pour ça.

        1 autres commentaires
  • Domain
    Domain
    etudiant en droit
    • Posté à 22h24 le 04/11/2012
    • Internaute 192826
      etudiant en droit

    Je me méfie des gens qui prétendent lutter contre les problèmes sociaux de pays éloignés tout en ignorant -délibérément ? - les forces sociales qui sous-tendent les rapports dans leur entreprise. .
    Sans parler du « j’arrive quand je veux, je repars quand je veux » ... tu parles d’un piège.

    M’enfin ... Le patron est sorti d’HEC et ça se voit : c’est tout un art de gommer avec succès les frontières, pourtant nécessaires, entre patron et employé, travail et famille, domicile et entreprise ..

  • Pili pili
    Pili pili
    Piment d'oisif
    • Posté à 23h58 le 04/11/2012
    • Internaute 188535
      Piment d'oisif

    Le business model est simple :
    - on paye trois fois plus des producteurs de pays pauvres, et ça coûte... trois fois rien
    - on peut faire de la pub avec ça à moindre coût
    - comme on se bat pour la bonne cause, on peut se permettre de sous-payer les salariés en Europe et les faire travailler plus en prenant en otage leur bonne conscience.

    Et comme tout le monde a plein d’empathie pour les miséreux de tout là bas, mais n’a rien à foutre de la caissière en face de lui, ça passe pour de la philanthropie...

    • Chatmioumiou
      Chatmioumiou répond à Pili pili
      LolKatz
      • Posté à 10h44 le 05/11/2012
      • Internaute 186760
        LolKatz

      Tout à fait. Ce business model est magnifique. En plus le type n’a pas besoin d’avoir les locaux qui ont de la gueule, le fait qu’il soit moche ça fait plus « éthique ». C’est comme une carotte bio, on ne lui enlève pas la terre par ce que ça fait rustique et en même temps ça baisse les coups de production.

      • Scarlett M.
        Scarlett M. répond à Chatmioumiou
        correspondante
        • Posté à 11h19 le 05/11/2012
        • 180645
          correspondante

        Acheter éthique n’empêche pas de se soucier de la caissière de supermarché. Mais peut-être avez vous une capacité d’empathie limitée.

        J’imagine que c’est troublant pour vous, mais la nouvelle génération se sent de plus en plus citoyenne du monde.

        J’ai rarement vu des carottes avec leur terre, même bio, à part sur les marchés. Je les ai passées sous l’eau et c’était pas grave. Est-ce que vous tentez de pointer du doigt les abus des producteurs qui font du biologique ?

        Je connais pleins de lieux où les conditions de travail sont déplaisantes et où les locaux sont sur décorés pour compenser. Je crois qu’ils sont trop occupés à se pencher sur de vraies problématiques pour être vraiment préoccupés par les murs.

        Il me semble qu’ils font de leur mieux avec ce qu’ils ont. Et vous, vous faites de votre mieux ?

         
        • Chatmioumiou
          Chatmioumiou répond à Scarlett M.
          LolKatz
          • Posté à 16h44 le 09/11/2012
          • Internaute 186760
            LolKatz

          Je ne pointe pas les abus des producteur de bio. Je pointe du doigt leur techniques marketing qui bien que très basique fonctionnes à merveille sur des personnes crédules comme vous.
          On laisse un peu de terre pour faire croire que c’est frais alors que ça l’est tout autant qu’un produit en barquette.
          On ne sélectionne pas ou peu les produits par ce qu’une carotte qui n’est pas complètement orange ça fait plus nature, sans compter l’absence de calibrage.
          On vend ça 3 fois le prix en faisant croire que ça nécessite 3 fois plus de boulot, alors que c’est complètement faux.

          Vous devez être quelqu’un de très gentil pour écrire « Je crois qu’ils sont trop occupés à se pencher sur de vraies problématiques pour être vraiment préoccupés par les murs. ». Par ce qu’il faut être vraiment très gentil pour penser que ces gens là ne sont pas là pour faire du business et gagner des pépettes.

          Est ce que je fais de mon mieux ? Ma vie n’a pas d’importance et l’avis que j’ai sur elle encore moins.

        1 autres commentaires
  • Amylum
    Amylum
    Tranquille
    • Posté à 05h37 le 05/11/2012
    • Internaute 191642
      Tranquille

    Écolo hein ?
    Dès qu’elle a mentionné la pause clope, source de nuisance et de pollution de son environnement direct, j’ai cessé de lire.
    Ah, ces bobos..

    • Blandine Grosjean
      Blandine Grosjean répond à Amylum
      Rédactrice en chef Rue89
      • Posté à 09h11 le 05/11/2012
        éditeur
      • Journaliste 89094
        Rédactrice en chef

      Vous avez raison de vous ménager.

    • Deamon7
      Deamon7 répond à Amylum
      Petit agité
      • Posté à 09h20 le 05/11/2012
      • 49273
        Petit agité

      Ah, ces hygiénistes psychorigides...

    • Scarlett M.
      Scarlett M. répond à Amylum
      correspondante
      • Posté à 12h02 le 05/11/2012
      • 180645
        correspondante

      En gros si je résume, votre moto c’est : « Ou on fait les choses parfaitement, ou on ne fait rien du tout ! »

      Est-ce que vous avez des difficultés à faire aboutir vos projets ?

  • simla
    simla
    desperate housewife
    • Posté à 05h50 le 05/11/2012
    • Internaute 164811
      desperate housewife

    Ca me parait un peu le pays des bisounours....cette entreprise, mais je suis peut-être sceptique de nature....

    Par contre, pourquoi tant de discrétion sur son salaire ?

    Toujours un sujet tabou chez les français...

    • Scarlett M.
      Scarlett M. répond à simla
      correspondante
      • Posté à 10h54 le 05/11/2012
      • 180645
        correspondante

      Bonjour,

      Ce qui me paraissait intéressant, c’était son ressenti par rapport à son salaire et non son salaire.

      Après, j’ai peut-être fait de l’auto-censure sans m’en rendre compte. A réfléchir.

  • Tremolos
    Tremolos
    Branleur censuré (2)
    • Posté à 09h53 le 05/11/2012
    • Internaute 192528
      Branleur censuré (2)

    On peut avoir une idee des marges dans ce « business model » ?

    le modele economique des entreprises dit « equitable », me fait penser au greenwashing dans un autre genre.... genre « socialwashing » qu’on pourrrait estimer etre une sorte de declinaison subtile du charity business....

    Traitement superficiel..... ou le principal interet est de creer de la plus-valu morale, faisant essentiellement du bien a une poignée « d’elu » necessiteux, quelques sauveurs qui vivent en convertissant cette plus-valu morale en monnaie sonnante et trebuchante et permettant a des consommateurs, pas trop pauvre, de s’acheter des « indulgences » tout en leur evitant une introspection remettant en cause fondamentalement le systeme et le role qu’ils y jouent, qui part ailleurs, en dehors de ces « elus », ecrasent la plupart.

    La ou y’a des problemes, y’a toujours des solutions qui donnent l’impression de changer les choses, mais sans les changer vraiment.
    Elle est pas belle la vie ?

    • Scarlett M.
      Scarlett M. répond à Tremolos
      correspondante
      • Posté à 11h01 le 05/11/2012
      • 180645
        correspondante

      Je suis assez mystifiée.

      Comment fait-on pour améliorer les choses si ce n’est pas en commençant ?

      Logiquement, s’il y a plus de personnes qui consomment ce type de produits leurs prix se démocratiseront de plus en plus et de plus en plus d’agriculteurs travailleront dans de meilleures conditions.

      Pourquoi ? Vous vous sentez plus en adéquation avec vous-même lorsque vous payez pour entretenir la précarité des autres ?

      • Tremolos
        Tremolos répond à Scarlett M.
        Branleur censuré (2)
        • Posté à 13h52 le 05/11/2012
        • Internaute 192528
          Branleur censuré (2)

        C’est beau de croire au pere noel..... mais y’a un moment ou faut se reveiller.

        Prenons l’hypothese que ca prend de l’ampleur globalement....
        Imaginons que la part « ethique » soit systematiquement ajouté.... en gros les revenus augmentent, mais par incidence les prix aussi, on en revient a un phenomene qu’est la stagnation du pouvoir d’achat....la situation des acteurs n’evoluent pas vraiment, les forts restent forts et les faibles, faibles.

        Le coeur du probleme n’est pas une question de revenu/prix, mais la facon dont le systeme organise la production et redistribue les ressources, un fonctionnement pyramidale donc hierarchisé, certains suent pour que d’autres en profitent et puissent, si l’envie leur en prend, faire montre de leurs grandes generosité..... les premiers etant plus nombreux que les seconds....

        La solution que propose ce genre de systeme, n’enraye en rien le phenomene, mais le rend plus supportable pour ceux qui ont le luxe d’afficher ou non leurs choix ethiques, et pour les quelques elus beneficiaire. Le rapport de force est unilateral, certains « octroient », d’autres doivent se montrer reconnaissant (ils ont pas beaucoup d’autres choix...).
        Ce modele si il se repand finit par en neutraliser ses effets positifs, il est fait pour rester « confidentiel ».
        C’est le meme esprit que la charité..... c’est parce qu’il y’a inegalité structurellement, qu’elle a un interet, mais n’est en aucun cas une remise en cause du systeme et de ses effets qu’ on pretend vouloir faire disparaitre...

        On est dans un classique, acheter/vendre de la bonne conscience sans pour autant reflechir et agir sur les vrais causes, on marchandise la bonne conscience, ou est reduit un probleme politique a un niveau ethique... en se donnant l’illusion que ca peut marcher par je ne sais quel magie, y’a beaucoup de naiveté...ou d’hypocrisie....
        Ca conforte le cadre, alors que c’est le cadre qu’il faudrait casser si on veut vraiment resoudre les problemes....

         
        • Maxim Godart
          Maxim Godart répond à Tremolos
          Vautour d'envergure
          • Posté à 19h00 le 05/11/2012
          • Internaute 62371
            Vautour d'envergure

          Je sais bien que les Francais sont sceptiques et moqueurs de nature, surtout quand quelque chose remet en question leurs croyances, on en revient à cette comparaison entre l’absence de savoir et l’illusion de savoir. Les vraies causes sont relativement faciles à cerner : les petits paysans d’ailleurs se mettent à abandonner leurs cultures traditionnelles, souvent à valeur-ajoutées pour répondre à une demande globale de commodités largement financée par l’état du dit pays sous forme de contrats. Ce système demande une utilisation massive de ressources naturelles (terre et eau) et de produits censés supporter la croissance de ces plantes et de les protéger contre les agressions « naturelles », donc utilisation massive de nitrogène (urea), ammonia, de pesticides ...
          Il en résulte une terre appauvrie qui ne peut plus supporter la mono-culture, des eaux polluées au point de les rendre impropre à la consommation, des maladies chroniques et surtout des salaires misérables conduisant invariablement les petits paysans, leurs familles et communautés à abandonner leurs terres.
          Maintenance imaginez, si vous le pouvez, une entreprise qui décide de prévenir ce phénomène ou de l’inverser. Elle arrive avec des méthodes nouvelles, favorise la création de coopératives, paie pour les certifications et la mise en place du programme de développement durable, crée un système basé l’équité sociale et commerciale, et la conservation des ressources naturelles, intéresse les villageois aux résultats en co-finançant certaines infrastructure, voire l’achat d’équipements. Les produits issus de cette action sont achetés 3 à 5 fois plus que ceux issus d’une production intensive, alors qu’ils ont couté aux paysans deux fois plus maximum. Ce surplus de revenu permettra à ces communautés d’améliorer leurs conditions de vie, de financer leurs propres projets ... Quant à l’entreprise en question elle peut proposer des produits de bien meilleures qualités, certes plus chers, trop chers pour les masses. Maintenant imaginer toujours que 3, 5 10 entreprises se lancent sur cette même voie ? Certes, vous par exemple, n’avez sans doute l’esprit d’initiative, le gout du risque, l’envie de changer ou d’améliorer le système, mais est-ce que ceux qui essayent avec leurs idées, leur vision et leurs moyens doivent être ridiculiser et attaquer ?
          Pour la petite histoire, 135000 entrepreneurs sociaux et entreprises « triple qualités » (Triple Bottom Line) aux USA travaillent à la création et la mise en place de systèmes similaires. Ce n’est plus vraiment confidentiel, nous avons même notre bras politique, l’American Sustainable Business Council.

          • Tremolos
            Tremolos répond à Maxim Godart
            Branleur censuré (2)
            • Posté à 12h10 le 06/11/2012
            • Internaute 192528
              Branleur censuré (2)

            C’est bien ce que je dis.... Ca ne peut etre que confidentiel...
            Le fonctionnement meme du systeme necessite une inegalité qui installe les uns dans la contrainte de la precarité, et les autres dans l’epanouissement de leurs choix.

            Le modele du business equitable, donne le sentiment que c’est le choix du consommateur qui peut changer le monde, alors que ce choix est conditionné par le revenu que vous alloue ce systeme. Ce modele ne fait que reproduire le meme rapport de force, certains impose des conditions aux autres, loin de les emancipé.
            Ameliorer le systeme ? alors que la nature meme du systeme exige ce genre ce genre d’effets pour subsister... c’est de la naiveté ou de l’hypocrisie.... si vous voulez voir ce genre d’effets negatifs disparaitre.... c’est le systeme qu’il faut casser et en constituer un nouveau sur d’autres bases.
            Sinon.... c’est au fond, du charity businesss recyclé. Et comme dans le charity business, « l’elu » beneficiare de la charité, voit son sort amelioré par les memes qui font tourner les rouages qui ecrasent la plupart..... Le donataire au passage s’achete une conscience sans changer grand chose....
            On est dans une approche de la problematique superficielle, elle place la solution au niveau de l’ethique individuel alors qu’elle est a un niveau politique.

            Que 135000 « entrepreneurs » existent sur ces bases aux USA, je peux te citer toute la complexité, la prosperité et la diversité des industries du luxe, du loisir..... ca brasse autrement plus d’argent et de moyen productifs, d’emplois que ton petit secteur confidentiel.... pour la bonne raison que le marché existe quand et pour ceux quii ont de l’argent.
            Ton business modele ne change en fait pas grand chose a la donne d’un point de vu macro.... les memes rapports de dominations sont entretenus, et de la meme facon le consommateur capable de faire un choix est moins nombreux... largement moins nombreux que celui dont les arbitrages sont contraints, qui a ce luxe de l’option « ethique », Par contre ca peut faire du chiffre.... jusqu’a combien la minorité qui possede l’argent les mettant en postion de choisir est pret a payer ? On verra....
            Je suis sur que les « elus » doivent etre plus « heureux », pour toi c’est le paysan.... a quand le cuivre/acier equitable ? la brosse a dent ? la voiture ? le smartphone equitable ?
            Croire qu’en fixant un prix superieur changera les choses au niveau macro.... c’est une debilité,
            Dans ce cadre economique, ce moyen n’est efficace que par l’existance de l’inegalité... parce qu’il y’a des trucs pas equitable que l’equitable prend son interet.....

            que ca fasse du bien dans les conditions actuels, ok, mais faut pas prendre les vessies pour des lanternes.... ca change pas le monde, ca fat du bien au donateur, ca eleve quelques elus que le dominant a choisi sur les criteres qu’il a fixé, dans un systeme ou il entretiient sa capacité de domination, bref de la charité....

            • Maxim Godart
              Maxim Godart répond à Tremolos
              Vautour d'envergure
              • Posté à 02h36 le 07/11/2012
              • Internaute 62371
                Vautour d'envergure

              je crois que vous confondez philanthropie et business équitable et raisonnable. c’est un modèle qui revendique un autre système de valeurs. si nous sommes 135,000 a l’avoir intégré, cela veut dire que nous nous adressons à des millions de clients, que nous pouvons éduquer et influencer.
              mais vous avez raison, notre poids n’est en rien comparable à celui des multinationales, mais lorsqu’une communauté décide de faire du business avec nous, c’est toujours cela que ces grosses machines n’auront pas. Un compétiteur d’Alter Eco s’est installé en Indonésie et au Brésil. En 10 ans ils ont converti 14,000 fermiers à la culture organique en supportant leur culture à valeur-ajoutée. Si nous n’avions pas la clientèle pour acheter nos produits et nos services, nous n’existerions pas. Et c’est le pouvoir du consommateur, son argent qui changera le système. Si vous trouvez ces produits trop chers en France, ils sont beaucoup plus abordables ici.
              Ceci dit, pour « casser » le système, vous proposez quoi ?

              • Tremolos
                Tremolos répond à Maxim Godart
                Branleur censuré (2)
                • Posté à 10h21 le 07/11/2012
                • Internaute 192528
                  Branleur censuré (2)

                non je confond pas... l’un est l’adaptation de l’autre a l’univers marchand et concurrentiel qui produit structurellement ce que vous esperez combattre....

                « L’equitable » peut etre au main de multinational, ca a rien a voir.... si la taille du marché de l’equitable est grand, ce marché se restructera, et concentrera les intermediaires autours de quelques acteurs... comme tout marché...
                D’ailleurs il me semble que certaines marques de grande distribution propose deja des produits dit equitable a travers des filiales....

                le truc c’est que la ou il y’a de l’argent, l’offre repond a la demande. On peut citer les etats unis qui apparemment est l’un de vos modeles dans ce domaine.... l’argent est concentré au main d’une minorité qui a des poches tres profondes.... tandis qu’une partie de plus en plus grandissante de la population a besoin de coupon alimentaire pour vivre, que la majorité des produits alimentaires consommés n’est pas de l’equitable... parce que la majorité n’a pas les moyens de payer plus pour s’acheter une conscience.
                Si on espere depasser le stade confidentiel des gens qui en ont les moyens, et generaliser ca aux dela des quelques « elus » qui ont la faveur de ces memes gens, on doit replacer la question a un autre niveau... du vouloir au pouvoir.
                Il s’agit plus d’une option individuel, d’un choix, mais de mettre de facon systemique les gens en capacité de, comme prealable....
                On est dans un serpent qui se mord la queue, mais en gros on en revient a la question de la reparttition des « richesses » tel que notre systeme l’organise.... question collective d’un niveau politique, ou la question n’est plus un choix mais un imperatif collectif, une condition incontournable de fonctionnement.

                Les solutions sont vieilles comme le monde.... il vous suffit de vous interesser aux idees politiques alternatives qui refusent ce systeme qui produit en masse les effets que vous cherchez a attenuer. Certes c’est plus complexe, plus difficile.... mais la il y’a une reelle chance de parvenir aux fins recherchés a une echelle globale.

                « L’equitable » suit le modele de la charité, des personnes en position de domination qui impose unilateralement les conditions d’une aide que les personnes beneficiaires peuvent difficilement refuser, les opportunités sont pas les memes selon ou l’on se situe....
                Poser la question politiquement, c’est essayer collectivement, de se poser la question d’une relation ou le rapport de force est equilibré afin de garantir a chacun un libre consentement sur l’elaboration et la direction prise, c’est pas par plaisir que l’indien ou le peruvien travaille pour le confort des gens aisés.... il prefererait peut etre faire d’autres choix si ils etaient en position de le faire.... la charité permet d’evacuer ce genre de questions....

                le commerce equitable a malheureusement l’effet de masquer cette realité... d’ailleurs c’est pour ca que ca marche, une solution clef en main qui donne le sentiment qu’on change le monde a travers la lorgnette de la poignée « d’elu » qu’on a « sauvé », sans remettre en cause la position qu’on occupe dans ce systeme qui agit comme un rouleau compresseur. Un peu de poudre aux yeux pour mieux dormir la nuit....

                Si on se souciait vraiment d’eux, ca serait surtout d’aider a les remettre en position de faire des choix... redistribution des terres, soutient a l’etablissement d’organe collectif comme les syndicats.... soutien politique a des mouvements d’emancipation etc....
                L’emancipation ne peut venir que par les personnes elle-meme, modifier la qualité du lien de subordinnation.... c’est une blague...

                La charité n’est pas inutile, mais n’a jamais ete une solution qui regle le probleme qu’elle pretend combattre....un palliatif tout au plus....
                Dans ce cas la, ca fait vivre confortablement l’intermediaire qui s’est investi de cette mission qui vend surtout du reve qu’une realité de transformation, impossible a realiser par rapport aux moyens utilisés.... Se faire du fric ou une conscience en pretendant qu’on changera le monde en aidant les pauvres, tout en prenant sa commission au passage.... c’est pas nouveau... c’est une declinaison du charity business....
                Elle est pas belle la vie !

                • Maxim Godart
                  Maxim Godart répond à Tremolos
                  Vautour d'envergure
                  • Posté à 19h52 le 07/11/2012
                  • Internaute 62371
                    Vautour d'envergure

                  Merci, j’apprécie la conversation.
                  Non, cela n’a pas grand chose à voir. Nous n’empruntons rien aux philanthropes et autres associations qui aident justement là où les entreprises ne le peuvent. Nous, nous mettons un place un fonctionnement qui mesure notre impact tout au long de la chaine et essayons de la rendre plus humaine, plus responsable, plus respectueuse. Il n’y a pas de solution clef en main. Si vous vous imaginez qu’un entrepreneur arrive dans un pays et se dit, chouette, main d’oeuvre pas cher, produit pas cher, suffit d’enrober tout cela pour faire plus beau et hop, par ici l’argent, c’est à se demander sur quelle planete vous vivez ?
                  Et l’indien du Perou, peut-être qu’il aimerait faire autre chose, ou peut-être pas. Qu’en savez-vous ?
                  Quand à`vos solutions, ce sont des idées comme vous dites.
                  Ce que je retiens, c’est que vous ne savez pas grand chose de ce système, alors vous essayez de l’imaginer à travers un rapport de force.

        5 autres commentaires
  • Kelina
    Kelina
    bla bla bla
    • Posté à 16h14 le 05/11/2012
    • Internaute 191881
      bla bla bla

    Cette entreprise applique simplement les techniques modernes de management et tant mieux !
    Un lien vers la conference TED de Daniel Pink pour travailler mieux et différemment - dont une analyse pertinente sur le rapport entre motivation et salaire.
    Lien

  • Jean----Marc
    Jean----Marc
    Vif et Soyeux
    • Posté à 12h13 le 05/11/2012
    • Internaute 192417
      Vif et Soyeux

    Le yoga ?
    Un truc de ouf, à rester coincé dans une position abracadabrantesque. Très peu pour moi ;)

  • Mr Manatane
    Mr Manatane
    Travailleur
    • Posté à 15h11 le 05/11/2012
    • 185584
      Travailleur

    Entreprise old style : le patron (qui a fait HEC) se la coule douce sur son yacht, les employés (qui ont fait la fac/un BTS) sont ultrasurveillés (horaires, travail, congés) par des petits chefs.
    Entreprise new style : le patron (qui a fait HEC) se la coule douce en thailande, les employés (qui ont fait la fac/un BTS) s’autosurveillent (horaires, travail) et bossent pendant leur congés, plus besoin de petits chefs !
    Conclusion : c’est beau le progrès...

  • rahaan
    rahaan
    situation
    • Posté à 16h31 le 05/11/2012
    • Internaute 79188
      situation

    « Est-ce qu’il y a un mouton noir ? Elle ne sourit plus. Oui, ceux qui ne font pas leur travail ou qui ne sont pas suffisamment investis. »

    En gros, c’est le petit flic de sa bôite

  • Fyf'
    Fyf'
    Etudiant
    • Posté à 17h15 le 05/11/2012
    • 182313
      Etudiant

    Article sympa, mais sérieusement ? « nénette » ? ? Dans quel siècle vivez-vous ? (no offense, ça n’a pas d’influence sur la qualité de l’article)

  • Fyf'
    Fyf'
    Etudiant
    • Posté à 17h20 le 05/11/2012
    • 182313
      Etudiant

    Article sympa, mais sérieusement ? « nénette » ? ? Dans quel siècle vivez-vous ? (no offense, ça n’a pas d’influence sur la qualité de l’article)

  • DikéJu
    DikéJu
    Dodue la Morue, entrepreneuse
    • Posté à 19h25 le 05/11/2012
    • Internaute 188622
      Dodue la Morue, entrepreneuse

    L’article manque d’un passage pour expliquer le business modèle d’Alter Eco. C’est ce manque de profondeur qui donne un aspect bisounours à l’article.

    Pourtant, Tristan Lecomte a énormément contribué à faire connaître le tourisme équitable en France et à établir des filières sérieuses, qui font bien plus que d’acheter à un prix décent les produits agricoles : cela passe par la fidélité aux producteurs sur le long terme (contrairement à d’autres enseignes qui font des appels d’offres tous les 2 ans), accompagnement du producteur dans une démarche responnsable bénéfique à sa communauté, audit rigoureux par respect pour le consommateur, sensibilisation du consommateurs aux enjeux du commerce mondialisé.

    Il me semble que c’est lui aussi qui a eu l’idée d’introduire le commerce équitable dans la grande distribution, pari audacieux à la base.

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