Chez Jean Matouk

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10,5 milliards dans les banques : pourquoi et comment

Jean Matouk
Economiste
Publié le 23/10/2008 à 21h27

L’Etat va « injecter » 10,5 milliards d’euros dans les banques françaises. Officiellement pour « permettre aux établissements de développer leurs activités ». Mais pas seulement. Ce sauvetage qui ne dit pas son nom mérite un décryptage.

Comment fonctionne le bilan d’une banque ?

Une banque reçoit des dépôts de ses clients ou emprunte sur les marchés financiers, obligataire ou monétaire. Ces dépôts et emprunts figurent à son passif. Elle utilise ces sommes soit pour les prêter à divers agents économiques, et souvent à d’autres banques, soit pour intervenir sur les marchés financiers.

Ces sommes figurent, en principe, à son actif. En principe, car une partie des risques que prennent aujourd’hui les banques sur les marchés, peuvent être des risques conditionnels, incertains, futurs et figurent donc, à ce titre dans ce qu’on appelle le « hors bilan ».

Des ratios de solvabilité existent

Une règle commune a été adoptée par les pays développés en 1988 : le ratio de solvabilité, dit ratio « Cooke ». Il définit le minimum de capital que doivent détenir les banques pour faire face aux risques qu’elles courent. Ces risques, alors, n’étaient que les risques de crédit. Mais avec la vague de déréglementation qui a déferlé ensuite, les banques ont été autorisées à prendre aussi des risques de marché pour elles-mêmes et non plus seulement pour le compte de leurs clients.

Il a donc été nécessaire de tenir compte de ces nouveaux risques. Le ratio « Mac Donough », applicable aujourd’hui, impose aux banques de couvrir la totalité de leurs risques, y compris les risques de marché et une part de ceux qu’on appelle « hors bilan », par un minimum de 8% de fonds propres règlementaires.

Ces fonds propres sont constitués de deux parties : d’abord, des fonds propres de base, qui comportent le capital social, celui que détiennent les actionnaires, auquel s’ajoutent les bénéfices non distribués aux dits actionnaires. Ensuite des fonds propres complémentaires et sur-complémentaires, qui peuvent être très divers, mais sont surtout des titres dits « hybrides » qui tiennent à la fois de l’action et de l’obligation (avec un taux fixe), et des obligations à plus de cinq ans, qu’on décote chaque année de 20%. Mais les fonds propres de base doivent toujours représenter au moins 50% du total.

Mais ces ratios ne sont pas toujours respectés

Une banque peut être amenée à ne plus respecter le ratio, si elle est contrainte de constituer des provisions sur des crédits non remboursés ou sur des instruments de marché perdants. Ces provisions diminuent d’abord son bénéfice et peuvent ensuite provoquer des pertes qui amputent évidemment ses fonds propres.

Ce risque est évident aujourd’hui. C’est pourquoi, dès la réunion du samedi 11 octobre, les Européens décidaient ensemble de recapitaliser éventuellement leurs banques. C’est ce que fait l’Etat français, après le britannique, le hollandais, le suisse et l’allemand.

Pourquoi ? Parce que si, en juin 2008, les ratios de solvabilité des banques françaises étaient dans les normes, il est très probable que la crise financière les ait fait passer au-dessous et que l’Etat ait eu connaissance de leurs véritables besoins.

Comment l’Etat va-t-il financer ces 10,5 milliards ?

Pour financer ces apports, l’Etat va emprunter, ce qui va évidemment augmenter la dette publique. Le Gouvernement renforce donc les arguments de ceux qui ont commencé depuis plusieurs semaines à s’étonner de voir tant d’argent public dépensé alors que les caisses étaient réputés « vides » il y a quelques mois. Cette fois, il ne s’agit plus de garantie, mais bel et bien d’argent frais.

Après avoir émis son ou ses emprunts, l’Etat achètera des titres aux banques qui les émettront et dont il deviendra donc le créancier. Ces titres rapporteront sans doute un intérêt, peut-être une part des profits, comme les défunts « titres participatifs » et seront remboursables à la volonté de l’émetteur, avec peut-être une date limite lointaine, ce qui leur permettra de faire partie des fonds propres complémentaires.

Le risque est évidemment que ces derniers augmentant, le capital proprement dit ne représente plus 50% du total. L’Etat interviendra-t-il alors à nouveau, et cette fois comme actionnaire ? Ou espère-t-on qu’ainsi renforcées, les banques pourront plus facilement émettre des actions ? Il y a là une incertitude.

Quelles contreparties ?

La ministre de l’Economie a annoncé deux engagements des banques : augmenter leurs prêts aux entreprises et avoir une conduite éthique en matière de rémunération des dirigeants. Il faut savoir que les banques ne se disaient pas en quête de fonds et qu’il est très probable qu’elles n’en feront strictement qu’à leur tête. Elles vont sans doute effectivement déplacer, plus ou moins, leur activité vers la banque classique, mais resteront probablement très frileuses. Quant aux rémunérations des dirigeants, il suffit de voir le très faible enthousiasme du patronat pour comprendre que les dirigeants feront le dos rond.

Pour ces deux raisons, il serait légitime, même s’il ne veut pas s’inviter au capital des banques, que l’Etat impose un censeur dans les directoires pour s’assurer du respect de ces engagements verbaux. Le gouvernement néerlandais n’a pas hésité pour sa part à entrer de force au conseil de surveillance de ING. Ni à geler toutes les rémunérations des dirigeants !

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  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 22h47 le 23/10/2008
    • Internaute 24237
      prof. en province

    Quand un particulier sur-endetté obtient des « facilités », on lui impose des conditions drastiques, alors pourquoi l’Etat ne fait-il pas de même avec les Banques ! En quelque sorte, les Banques en « acceptant » ces renflouements, se sont mises de fait sous tutelle !

  • alain69
    • Posté à 07h42 le 24/10/2008
    • Internaute 21342

    Merci pour votre article didactique.
    Les banques vont émettre des titres subordonnés qui vont renforcer leurs fonds propres et leur permettre ainsi de respecter les ratios de solvabilité : c’est très bien.
    Mais moralement, il y a une chose qui me choque.
    L’Etat prête de l’argent qui lui sera remboursé à une date qui correspondra au retour à « meilleure fortune » contre un intérêt indexé sur les taux à court terme avec un bonus de 4 %. Il ne jouera donc qu’un simple rôle de créancier, et les banques qui ont fauté et leurs actionnaires ne seront pas pénalisés. D’ailleurs, si çà se passe mal par la suite, l’Etat ne sera jamais remboursé.
    J’aurais préféré que l’Etat participe à une augmentation de capital privilégiée, pour les mêmes montants, dans l’optique de revente après retour à « meilleure fortune ». Il aurait touché les dividendes et à terme sans aucun doute dégagé de fortes plus-values, ce qui aurait été bénéfique pour la dette publique.
    Une occasion de perdue.

  • gribouillemoqueur
    • Posté à 13h36 le 24/10/2008
    • Internaute 36141

    Je me fais exactement la même réflexion. Il y a une forme d’asymétrie dans la rémunération du risque pris par le contribuable.
    Soit le système bancaire fait faillite, le contribuable doit rembourser la dette émise par l’Etat avec ses impôts.
    Soit le les banques sortent de la crise, le contribuable touchera une rémunération ridicule par rapport à la plus value que vont encaisser les actionnaires.
    Le plus important est que le gvt n’a, (en échange des fonds prêtés), obtenu que des promesses de la part des banques de maintenir le crédit pour les particuliers et les entreprises.
    Cette question n’est pas à mésestimée car la crise financière restera circonscrite à la sphère financière que si le crédit n’est pas rationnée. On constate aux Etats-Unis que les aides apportées aux banques depuis quelques mois n’auraient pas servi à faire repartir la machine du crédit. Il semble même que la baisse des taux de la Fed n’a jamais été répercutée sur les clients. Au contraire les banques en auraient profité pour restaurer leurs marges, et commencé à reconstituer fonds propres.
    En se refusant d’entrer dans le capital des banques, le gvt se prive volontairement d’un pouvoir de contrôle. Pire le gvt ne conçoit cette solution que dans l’optique de verrouiller le capital des banques en cas d’OPA hostile pour défendre nos champions nationaux et préserver la place des équipes dirigeantes souvent compromises dans cette crise. Comme si c’était la priorité de nos concitoyens probablement moins inquiets d’un changement d’actionnaire que de perdre son emploi !
    On se demande rééllement quels sont les objectifs du gvt dans cette affaire ?
    Sauver le système financier pour empêcher l’économie de s’enfoncer davantage dans la récession, ou, défendre les intérêts des banquiers et de leurs actionnaires ?
    Dogmatisme ? , naïveté ? incompétence ? collusion ? les quatre à la fois pour qualifier ce gvt ?

  • cassino
    cassino
    Auteur
    • Posté à 15h03 le 24/10/2008
    • Internaute 25023
      Auteur

    Depuis quand les banques boursicotent avec les dépôts de leur clients ? Il me semble que dans les années 80, cette activité était d’abord réservée aux agents de change. Pourquoi le contribuable doit-il aider quelqu’un qui a perdu son argent au casino ? Les 600 millions perdus par la Caisse d’épargne étaient destinés à financer le logement social, alors que viennent faire des traders à la Caisse d’épargne ? La profession de trader doit disparaître de toutes les banques. Il faut, comme en 81, nationaliser tout le système bancaire, d’abord par réquisition, puis envisager un remboursement des apports privés quand la situation se sera stabilisée. La France et les pays de la zone euro disposent d’un ensemble de richesses et surtout d’un potentiel de création de richesse, si on capitalise cet ensemble pour le mettre au service de la communauté et non des spéculateurs, nous avons aucune raison d’avoir une crise économique.

  • zorbec
    zorbec
    retraité
    • Posté à 11h58 le 25/10/2008
    • Internaute 9945
      retraité

    Je suis très inquiet pour les banques(rires) et les PME-PMI ;
    En effet, toutes ces entreprises risquent de mourir en bonne santé,car le moteur de l’économie est bien le CLIENT c’est à dire celui qui achète,hors celui-ci est exsangue donc ne peut plus acheter les produits fabriqués par nos entreprises en bonne santé financière grâce à l’argent injecté par nos gouvernants qui l’on prèlevé sur nos impôts et taxes de toutes sortes, qui viennent tués notre pouvoir d’achat ,il me semble donc que l’urgence première est
    de donner du pouvoir d’achat à ceux qui en ont besoin,qui sont de plus en plus nombreux,mais tout ceci ne doit pas être enseigné dans les écoles de commerce ou de gestion où seules les méthodes de ventes ont leurs places en oubliant comme toujours le moteur principal de l’économie à savoir l’acheteur.

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