Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Subprimes : quand Nicolas Sarkozy découvrait l'Amérique

Jean Matouk
Economiste
Publié le 25/10/2008 à 01h57

Le 14 septembre 2006, Nicolas Sarkozy, dans un discours de pré-campagne, semblait découvrir le crédit hypothécaire, affirmant qu'il permettait à 70% des Anglo-Saxons d'être propriétaires de leur logement, contre 56% des Français seulement. Et il proposait de « changer les règles prudentielles des banques » pour que celles-ci accordent désormais plus largement des prêts gagés sur la seule valeur du bien acquis. (Voir la vidéo, diffusée par Le Post)

Comme si cette pratique était inconnue des banques françaises ! Celles-ci étaient accusées de ne tenir compte que des capacités de remboursement des emprunteurs ; selon lui, seuls « ceux qui ont des relations » pouvaient bénéficier d'un prêt. On croit rêver !

L'hypothèque date au moins du droit romain ; elle était la troisième des suretés dites réelles avec l'aliénation fiduciaire et le gage. Si seuls les gens aisés, et certains agriculteurs, étaient propriétaires avant la deuxième guerre mondiale, la propriété immobilière s'est largement développée en France, comme, c'est vrai, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, dans la « classe moyenne » avec des prêts hypothécaires des banques, et notamment les prêts bonifiés du Crédit foncier. La découvrir en 2006, et proposer de l'importer des Etats-Unis, que notre Président présentait alors comme modèles, était donc pour le moins étonnant !

Mais voici que Ségolène Royal, dimanche dernier à « Dimanche plus », comme en réponse décalée à Nicolas Sarkozy, s'est mise à fustiger le principe même du prêt hypothécaire, à proposer de l'abolir, prenant évidemment appui sur les abus des banques américaines avec les « subprimes ».

Il faut raison garder ! La prise d'hypothèque de la part d'une banque est légitime, ne serait-ce que parce qu'elle prête l'argent de ses clients à 92%, le ratio de solvabilité qu'on exige d'elle étant de 8%. Mais, en sens exactement inverse de ce que voulait dire Nicolas Sarkozy, le banquier ne doit pas tenir compte seulement de la valeur du bien pour fixer le montant du prêt. Il doit s'assurer aussi que l'emprunteur pourra le rembourser, par échéances mensuelles, à partir de son revenu. Une « norme » était courante dans la profession fixant à 30% maximum du revenu disponible le montant des traites. Elle était raisonnable. La respecte-t-on encore ?

Tenir compte de la capacité de remboursement n'est pas seulement de bonne gestion pour la banque. L'expérience montre –et les subprimes démontrent- que la saisie permet rarement à la banque de rentrer dans ses fonds. Mais c'est surtout un devoir moral vis-à-vis de l'emprunteur.

Il est totalement immoral d'endetter une personne qui l'est déjà trop, ou au-delà de ses capacités raisonnables de remboursement. Et l'on doit être particulièrement prudent, dans cette évaluation, quand on octroie un prêt à taux variable, dont les échéances augmenteront si les taux montent.

Enfin, il est tout aussi immoral d'endetter une personne sur 35 ou 40 ans, afin d'étaler sur une plus longue période, un prêt trop important, car le montant remboursé devient alors prohibitif. C'est une forme de vente forcée malhonnête. C'est très exactement le péché qu'ont commis les courtiers qui ont vendu les prêts dits « subprimes » à des ménages américains incapables de rembourser, et plus incapables encore quand, après une longue et forte baisse des taux, qui avait permis d'allécher les emprunteurs, ceux-ci ont doublé de 2003 à 2007. La phase de baisse de l'immobilier était engagée ; les ménages se sont retrouvés à la rue, et leur bien, quand il a pu être vendu, ne couvrait même plus le capital restant dû.

Bref, un banquier doit absolument tenir compte de la capacité de remboursement de l'emprunteur. On devrait même, puisqu'il est question de « re-réguler » le système financier, généraliser -car il existe déjà, mais au-dessus d'un certain plafond de prêt- à tous les types et niveaux d'emprunts, l'inscription des divers emprunts d'une même personne sur un registre connu des seuls banquiers.

Cela interdirait à ceux-ci de prêter à une personne déjà trop endettée, la conduisant au surendettement et à l'expulsion. On devrait aussi interdire les prêts à taux variables. Après tout, c'est au banquier de gérer le risque de taux. Pas au particulier ! Et interdire plus sévèrement encore les prêts à taux progressifs pariant sur les augmentations de salaire de l'emprunteur.

Sous ces réserves, l'hypothèque reste un excellent outil. Mais comme tous les outils : utilisable pour le pire comme le meilleur.

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  • Domkishoot
    Domkishoot
    Utopiste médiatique
    • Posté à 15h15 le 25/10/2008
    • Internaute
      Utopiste médiatique

    Ce qui fait « froid dans le dos », ce n'est pas tant le discours, démagogique, péremptoire et incorrect de ce pov'e homme, mais bien le manque d'analyse qu'il, à l'époque, a généré.
    Pas un journaliste, pas un analyste ou expert pour rectifier ces dangereuses inexactitudes. Il faut l'évidence de l'actualité pour trouver maintenant ces mêmes analystes, journalistes ou experts s'émouvoir, rectifier, contredire.
    Dans notre pays, les politiques peuvent débiter autant de stupidité qu'ils le souhaitent, ils n'ont aucun risque. Spéciale dédicace pour le premier d'entre eux ! Mais quelques accessits pour Frédéric Lefebvre, Ségolène Royal, Bernard Kouchner…

  • lesuperdidou
    • Posté à 16h19 le 25/10/2008

    Il y a aussi un discour de Lagarde sur l'exemplarité de l'économie américaine et de son influence sur le développement de notre économie.Pas mal du tout.Si quelqu'un a le lien ?

  • lesuperdidou
    • Posté à 17h11 le 25/10/2008

    Je l'ai retrouvé !

    Lien

  • -Candide-
    -Candide- answers to Ouko
    Jardinateur
    • Posté à 23h13 le 25/10/2008
    • Internaute
      Jardinateur

    Non, je ne trouve pas cet article si excellent que ça car il ne met absolument pas en perspective.

    Quand Jean Matouk dit :
    « Le 14 septembre 2006, Nicolas Sarkozy, ... semblait découvrir »
    Il est déjà dans la polémique car cette position n'avait en fait rien de nouveau et avait déjà été annoncé depuis 2004 ! !
    (voire Lien)

    A l'instar du débat télé sarko/ségo, sur la question de l'électricité nucléaire, on peut effectivement constater une fois de plus que nos politiques sont notoirement incompétents.
    (A juste titre, Jean Matouk fustige la position d'aujourd'hui de ségolène royale qui est tout autant déraisonnable que celle de sarkozy à l'époque)

    Ce qu'oublie peut-être de dire Jean Matouk, c'est que le contexte économique était totalement différent.
    Et *personne* à l'époque n'était assez visionnaire pour anticiper sur la crise à venir, et personne n'a eu le courage de s'opposer haut et fort à la pensée unique.
    L'opposition s'étant bien gardée de porter un jugement critique sur la question.

    A partir de 2007, une montée en flèche du pétrole (conjointement avec la montée des matières premières et des céréales) bouleverse l'économie mondiale
    Ce bouleversement est le réel déclencheur de la crise réelle, et en particulier aux usa où cela contribue à retourner le marché immobilier.
    Ce retournement amorce la crise des subprimes qui elle même engendre une première crise de liquidité bancaire à l'été 2007, puis de nouveau en septembre/octobre 2008 avec l'annonce des premières faillites notables dans le système banque/assurance.
    Crise systémique pour l'instant endiguée par l'apport massif de liquidité et une recapitalisation par les états.
    Mais qui n'a guère d'influence sur la crise réelle dont la bourse anticipe aujourd'hui ses conséquences.

    En bon citoyen, je me plais à condamner les politiques qui sont restés bien aveuglés sur ces perspectives.
    Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'ils ont été eux-aussi manipulés par une « élite » et des « spécialistes » tout aussi aveugles et/ou muets.

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 23h18 le 25/10/2008
    • Internaute
      Médiatrice scientifique

    Merci pour cet article qui remet les pendules à l'heure pour ceux qui ont (consciemment ou pas)loupé certaines étapes...

    Dans cette grande débâcle financière certains devraient également méditer les nombreuses alertes d'acteurs divers et variés que de nombreux amplificateurs des palabres des politiques ont insuffisamment relayé. Parmi elles, l'Appel de Genève, par 7 magistrats européens anticorruption.
    cf. Lien

    En ces temps où des gouvernants, qui hier encore soutenaient les activités financières hors tout contrôle, prétendent s'engager dans « la moralisation du capital » il devraient méditer et surtout prendre en compte l'esprit de l'Appel de Genève.

  • Libelluless
    • Posté à 23h19 le 25/10/2008

    Nicolas Sarkozy rentra dans l'histoire en tant que Président qui a ruiné la France. Je n'attends au mieux que 2012, à moins qu'il s'en aille avant contraint et forcé.

  • gelu42
    • Posté à 11h58 le 26/10/2008

    Les français découvrent qu'ils n'ont pas élu un grand visionnaire mais un rétrograde qui n'est capable de mettre que les vieilles recettes du passé qui ne marchent plus depuis longtemps.

  • fredericb
    fredericb
    financier
    • Posté à 20h24 le 26/10/2008
    • Internaute
      financier

    J'abonde globalement dans le sens de Jean Matouk, même si certaines précisions me semblent devoir être apportées.

    Pour des raisons très probablement politico-électoralistes (nous sommes alors a 8 mois du premier tour de l'élection présidentielle de 2007), NS grossit le trait à l'excès, au risque d'oublier que le système bancaire français s'appuie déjà très largement sur le recours à l'hypothèque et que les résidents français qui obtiennent un crédit immobilier ne l'obtiennent évidemment pas du fait de leur prétendues « relations'. Ils l'obtiennent d'une part, parce qu'ils ont des revenus qui leur permettront aisément de rembourser les mensualités (ratio de 30% très justement mentionné par M. Matouk) mais également parce que le bien immobilier qu'ils acquièrent est hypothèqué.

    Maintenant, la grande différence entre les US/UK d'une part, et la France d'autre part, c'est que chez les premiers, les banques ont eu massivement recours aux prêts hypothécaires à taux variables (dits 2/28 ou 3/27, 2 dans de fixe et 28 ans de variable) alors que la norme, en France, reste le prêt à taux fixe, infiniment moins risqué ou nocif pour celui qui emprunte, même en période de baisse des prix de l'immobilier...

    Quant au fichier que M. Matouk appelle de ses voeux, fichier dit “positif” des emprunteurs (*), il convient de rappeler que ce sont justement les établissements de crédit qui militent pour qu'un tel fichier ne voie jamais le jour. Explication : les Cetelem, Cofinoga et autres prêteurs quasi-usuraires préfèrent de loin continuer à prêter en masse sans perte de temps et sans examen de la situation financière des emprunteurs, empocher des intérêts annuels de l'ordre de 15% à 17% (TEG), se refinancer a 5% et empocher la différence ; quitte à engager sans coup férir procédures judiciaires et autres saisies-arrêt à l'encontre de ceux qui, étranglés par le poids de la dette, ne pourraient rembourser leurs traites. On comprend aisément que l'existence d'un fichier positif des emprunteurs obligerait ces établissement à le consulter (sinon, pourquoi existerait-il ? ) et, partant, à ne pas accorder de crédit aux particuliers déjà particulièrement endettés alors que ces derniers constituent justement une part non négligeable de leur fonds de commerce...

    Sur ce sujet, un autre scandale me semble devoir être dénoncé, celui consistant à permettre à ces établissements de recourir à la publicité et à faire croire à leurs clients potentiels que les emprunts qu'ils contractent sont, en définitive, des “réserves d'argent”. On l'aura compris, les stars du marketing sont passées par là : il est infiniment plus simple de vendre des “réserves d'argent” et de jouer sur la corde consumériste, nécessairement sensible chez ceux qui n'ont pas les moyens financiers de leurs rêves, que de leur vendre (que de grots mots ! ! ! ) un “crédit” ou de “l'endettement”...

    (*) Seul existe, en France, un fichier dit “négatif” en ce qu'il recense les personnes sous une mesure d'interdiction bancaire.

  • Cinsault
    • Posté à 11h51 le 27/10/2008

    sur le thème « ceux qui se sont plantés, continuent » cet article Lien
    qui remonte à avril 2007 :
    « Alors que la législation entourant les Hedge Funds est actuellement remise en cause, les avis semblent partagés sur la question. En effet, si le Trésor US a publié une charte visant à améliorer l'encadrement législatif de ces fonds, dans un souci de “protection des investisseurs et des risques systémiques”,

    Henry Paulson qui en est le Secrétaire, a réagi vivement à cette annonce, estimant, lui, que la régulation actuelle est suffisante et “fonctionne bien”.

    Sarkozy, Paulson , ...ces gens-là nous mènent à la ruine aussi sûrement que leurs copains de la finance continuent à se goinfrer en toute impunité.

  • teenaa
    • Posté à 13h07 le 27/10/2008

    Salut a tous,y compris a ceux qui comme moi se retrouvent submergés par l economie,au propre et au figuré....ce que nous,commun des français qui lisent,ecoutent,essayent d apprendre quelque chose de cet ignoble magma de thune,ne comprenons pas,c est pourquoi personne ne met en paralleles les discours de« l americain » et ceux de ces derniers jours.y a quand meme de quoi se bidonner deux minutes ! ou alors woerth qui, a la question« ou faut il placer son argent pour qu il soie en securité(sur c+ je crois)repond“mais en france,bien sur”..et,il n a pas honte de parler de recession le lendemain ! si on transpose dans la vie,la vraie,celle de tous les jours,vous passez pour un as du total bouffoning ! ça marche pas ! on vous dira“tu me prendrai pas pour un jambon ,desfois ? )alors,de quel droit une centaine de personnes (le gvnmt)peut se foutre de soixante MILLIONS de gens sans que ça explose ? hein ?

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    • Posté à 17h36 le 27/10/2008
    • Internaute
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    Le film de Paul Grignon « L'argent-dette » se diffuse de plus en plus dans le rôle d'un document expliquant la crise financière et boursière. Y aurait-il un message caché derrière ce film ?

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