La folle embardée du titre Volkswagen
Que s’est-il passé en début de semaine pour l’action Volkswagen, devenue, durant la séance de mardi dernier, l’entreprise la plus chère du monde en terme de capitalisation boursière, devant l’américain Exxon Mobil ?
Dès lundi, le cours de l’action Volkswagen s’était envolé de 147% à la clôture à Francfort, après avoir été multiplié par cinq en cours de séance, et mardi de 81%, avant de reparti en forte baisse mercredi. Des hausses totalement folles, évidemment sans aucun rapport avec, comme disent les boursiers, les « fondamentaux » de l’entreprise. Car VW, comme tout le secteur automobile, à des degrés divers, fait face à une chute des immatriculations de voitures neuves : depuis janvier en Europe, elles ont diminué de 4% et en Europe de l’Ouest de 9,3%.
Partout les constructeurs annoncent du chômage technique. A quoi tient donc cette envolée de l’action VW, alors que les titres des concurrents se traînent au niveau particulièrement bas qu’ils ont atteint la semaine dernière après le « krach » général des bourses ? L’explication, comme disent encore les boursiers, est purement « technique » Traduisez : liée à un effet de marché. Mais un effet d’ampleur !
La vente à terme à quitte ou double
A la bourse vous pouvez acheter et vendre des titres à terme. Dans l’achat à terme, vous ne recevez et payez le titre qu’au terme choisi, Dans la vente vous ne le livrez, et n’êtes donc réglé pareillement, qu’à l’échéance de l’opération. Quand achète-t-on à terme ? Quand on pense que le cours du titre va monter. Alors, à l’échéance, on reçoit le titre qu’on a acheté par exemple 20 euros et, puisqu’il a monté, on peut le revendre 22 ou 25 euros et gagner, par conséquent immédiatement, 2 ou 5 euros.
Quand vend-on à terme ? C’est exactement l’inverse. Supposons à nouveau que le titre vaut 20 euros au départ, On pense qu’il va baisser. On le vend, sans l’avoir, donc « à découvert » à 20 euros. Si on a bien prévu, si à l’échéance, le titre vaut 18 euros, on le rachète à ce prix, et on le livre à l’acheteur à 20 euros. On a donc gagné 2 euros !
Encore faut-il pouvoir trouver des titres à acheter pour les livrer à 18 euros ! Or que s’est-il passé pour Volkswagen ? Dimanche dernier, l’autre fabricant automobile allemand, Porsche, a annoncé qu’il détenait 74% du capital de VW. On savait qu’il avait acheté, on pensait qu’il ne détenait que 35% du capital, mais voici qu’il avoue en détenir plus du double. Comme on sait par ailleurs que le Land de Basse Saxe en possède 20%, cela signifie qu’il n’en reste plus que 6% en bourse, flottant comme on dit.
Pris en « corner »
Or des « hedge funds », et semble-t-il aussi des banques, avaient parié sur la baisse du titre, et ont donc craint, très fortement, d’être pris en « corner », de ne plus en trouver pour « déboucler » leurs ventes à terme, c’est-à-dire livrer le titre à l’échéance. Elles se sont donc ruées sur l’action faisant s’envoler son prix.
Pour la petite histoire, on notera que les « hedge funds » tirent leurs noms du mot « hedge » qui signifie « couvrir ». En effet les ventes à terme peuvent servir à couvrir un portefeuille contre une baisse générale du marché. Si on a, parallèlement à son portefeuille, effectué une vente à terme de l’indice général, ce que l’on va gagner sur l’indice, en cas de baisse, peut compenser ce qu’on perd sur le portefeuille. Mais les gérants des « hedge funds », eux, utilisent l’outil, dans l’autre sens, pour spéculer. Et cette fois, ils se sont ramassés une belle veste !
Photo : à la Bourse de Francfort le 28 octobre 2008 (Kai Pfaffenbach/Reuters).
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Les marchés à terme avaient au départ une fonction régulatrice. Le court du blé (par exemple) pouvant fortement varier suivant le niveau des récoltes, le vendeur (l’agriculteur) et l’acheteur(le grossiste) se mettaient d’accord sur un prix plusieurs mois avant la récolte. Sans connaissance du niveau de la future récolte, cet accord se faisait sur un prix proche de la moyenne des années passées. Ce système privilégiait la stabilité et la sécurité à la recherche de profits mirobolants mais aléatoires. Il a contribué à la sécurité alimentaire ce qui n’est pas un mince mérite. Cette fonction régulatrice de la vente à terme à disparu des marchés financiers actuels qui amplifient outrageusement les fluctuations à la hausse ou a la baisse et créent l’insécurité économique..




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