Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Conte : « Le Trader et l'Assedic-père Noël »

Jean Matouk
Economiste
Publié le 16/12/2008 à 21h32

Ceci est un conte, mais il est plausible.

Le 15 décembre 2005, à la gare du nord, sur le quai de départ de l’Eurostar.
Un homme jeune, la trentaine, costume cravate, se prépare à embarquer dans l’Eurostar direction Londres. Une jeune femme s’approche de lui.

- S’il vous plait, monsieur, avez-vous cinq minutes ?

- Euh, oui… Mon train ne part que dans dix, répond le jeune cadre.

- Je suis enquêtrice pour la société APSOS. Nous réalisons une étude sur les motivations des expatriés français à Londres. Etes-vous dans ce cas ?

- Tout à fait, je suis trader dans une banque britannique, répond l’intéressé en se rengorgeant.

- Quand avez-vous commencé ?

- L’an dernier à la même époque

- Et quelles étaient vos motivations ?

- Notre pays, mademoiselle, est bloqué. Les jeunes, même diplômés comme moi, à bac +5, ne trouvent pas d’emplois. Leurs salaires sont amputés d’énormes charges sociales et celles que paient les entreprises sont beaucoup trop lourdes ; elles ne peuvent pas embaucher… La France meurt sous le poids des impôts et des charges sociales. Toutes les initiatives sont étouffées. On nourrit des chômeurs et des paresseux.

- Donc vous êtes heureux en Grande-Bretagne ?

- Oui, Margaret Thatcher puis Tony Blair ont réussi à réduire le chômage à moins de 4%, en baissant les impôts et les charges et, croyez-moi, les gens ne sont pas plus malheureux qu’en France où sévit un chômage à 10%. La Grande-Bretagne, pour nous, jeunes Français dynamiques, est un vrai paradis économique.

- Mais sur la santé, avez-vous la même protection ?

- Grâce au travail, mademoiselle, on peut se payer de très bonnes assurances privées.

- Donc vous ne songez pas à revenir travailler en France ?

- Ah, non ! Je gagne plus de 10 000 euros par mois sans compter les bonus. Et en changeant de job, je peux à tout moment gagner plus. Je paye deux fois moins d’impôts que je paierais en France pour le même salaire. Quant aux charges sociales… elles sont pelliculaires ! La France, c’est bien pour les vacances, pour s’amuser. Mais pour le travail, vive l’Angleterre ! Excusez-moi, le train part ! Au revoir !

Le 15 décembre 2008, à la gare du nord, sur le quai d’arrivée de l’Eurostar.
Le même jeune cadre, mine un peu déconfite, descend du train en provenance de Londres. Hasard des calendriers, la même jeune femme, aujourd’hui chargée par la SNCF de diriger son service d’enquête de satisfaction, le croise. Elle le reconnaît.

Travail à l’étranger et assurance chômage


Selon les Assedics, les salariés expatriés doivent se munir du formulaire E301 pour faire valider leurs périodes d’assurance à l’étranger. « La condition pour bénéficier des Assedics au retour est d’avoir travaillé au minimum une journée en France. Si la période travaillée au retour est inférieure à quatre semaines, les Assedics prennent comme référence le salaire de référence dans le métier exercé à l’étranger. L’allocation versée ne peut être inférieure à 65% du salaire réel versé à l’étranger », explique un conseiller du Garp.

- Bonjour, vous ne me reconnaissez pas ?

- Euh… non !

- Je vous ai interviewé il y a trois ans quand vous repreniez le train pour Londres. Vous venez en vacances en France ?

- Euh… non, je rentre. J’étais trader chez Lehmann Brothers et, comme vous le savez… ils ferment… J’ai fait mes cartons hier.

- Ah bon ! Et qu’est ce que vous allez faire ?

- Je vais travailler deux jours chez Mc Do aux Ternes !

- Mc Do ? Mais vous êtes trader ? Et pourquoi deux jours ?

- Parce qu’ensuite je me ferai licencier.

- Mais pourquoi ?

- Parce qu’alors l’Assedic m’indemnisera à 57% de mon salaire de référence, c’est-à-dire ce que je ce gagnais chez Lehman. C’est plafonné, bien sûr, mais ça fera quand même plus de 6000 euros par mois pendant 23 mois. En France au moins, le travailleur est protégé ! On se sent bien chez soi !

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  • Anaximandre
    Anaximandre
    Sous la voûte étoilée
    • Posté à 22h47 le 16/12/2008
    • Internaute 61809
      Sous la voûte étoilée

    Bonne nouvelle !

    Quel dommage que je n’ai pu bénéficier de cette mesure en 2004, lorsque je suis revenu en France... l’ASSEDIC m’a simplement enregistré comme demandeur d’emploi et a calculé mon indemnité : 0.00

  • la champenoise
    • Posté à 22h54 le 16/12/2008
    • Internaute 27942

    Quelqu’un pourrait-il expliquer la légitimité de cette indemnisation à une personne n’ayant ni cotisé à l’assurance chomage ni payé d’impot en France puisque salarié à l’étranger par une entreprise étrangère, vivant à l’étranger et y payant ses impots ? Quelle est par ailleurs la durée de cette indemnisation, sachant que la durée de l’indemnisation est fonction de la durée de la période de travail précédent la période de chômage ?

    • Servais-Jean
      • Posté à 23h52 le 16/12/2008
      • Internaute 4591
        43

      Dans un conte il est sage de ne pas trop en regarder les aspects juridiques.

  • Juan Pablo de Tagéna - bloqué
    • Posté à 06h47 le 17/12/2008
    • Internaute 60349

    Et ce sont les syndicats, qui représentent au mieux 20% des salariés, qui ont imposé aux différents gouvernements des mesures aussi aberrantes et aussi injustes ! ! Quand le peuple se révoltera-t-il ?

  • jazzpote
    jazzpote
    journaliste indépendant
    • Posté à 08h12 le 17/12/2008
    • Journaliste 62740
      journaliste indépendant

    La règle sur l’indemnisation est choquante à plus d’un titre, mais le début du compte donne une idée bien réelle du traitement réservé aux jeunes diplômés en France.
    Depuis plusieurs années la France s’est smicardisée au point que les salaires au plus bas niveau ne sont plus des salaires minima mais des salaires de référence.
    On ne compte pas le nombre de jeunes diplômés qui courageusement travaillent avec des responsabilités en étant payés au minimum. cette situation est aussi très choquante et peut expliquer la démotivation de certains à travailler en France.
    Le système serait à revoir dans son intégralité, par exemple avec un smic différent en fonction du niveau de formation, c’est une piste utilisée dans d’autres pays d’Europe avec succès. Lien

    • Jean_Chonot
      Jean_Chonot répond à jazzpote
      plébéien
      • Posté à 09h58 le 17/12/2008
      • Internaute 59786
        plébéien

      A quand le bac+5 pour les plombiers, les électriciens, les boulangers … ? Parce qu’il est évident que la proportion de sots est moins importante chez les bac+5 que les autodidactes ou les titulaires d’un CAP.

      Il faudrait ; pour tenter de résoudre cette épineuse question du crétin génétiquement modifié par le nombre d’années passées à reluire son c… sur les bancs d’une fac ; en appeler au jugement, par exemple, de M. Pinault (père). Il serait intéressant de savoir ce qu’un « idiot » d’autodidacte, troisième fortune de France, pense de cela.

      Ah, les modèles à deux sous ont cela de rassurant qu’ils autorisent à penser à des solutions simplistes pour ne pas dire idiotes. Ne parlons surtout pas de minimums conventionnels, cela serait un raccourci embarrassant. Ne parlons surtout pas du fait que c’est avec les cotisations/impôts d’un certain nombre d’ouvriers, qui travaillent depuis belle lurette, qu’un Bac+5 pourra poursuivre ses études, être indemnisé lorsqu’il sera dans ses premières galères ou tout simplement avoir une couverture sociale. Etc. Etc.

      Remarquez, j’ai l’impression que c’est dans l’air du temps cette propension à faire dans le « facile ». Certains verront peut être là une marque de génie ; libre à eux ; tandis que d’autres interpréteront cela pour un manque cruel d’imagination. Car tout cela se passe dans un pays où, malheureusement, raconter n’importe quoi est souvent interprété comme un début de solution miracle.

  • rocheclaire
    rocheclaire
    retraitée
    • Posté à 08h20 le 17/12/2008
    • Internaute 50298
      retraitée

    De même que les cotisations à la sécu sont plafonnées, n’y a-t-il pas un plafond aux ASSEDICS pour l’indemnité chômage ? Ce serait un juste retour des choses non !

  • r_v
    r_v
    • Posté à 10h54 le 17/12/2008
    • Internaute 9634

    J’hallucine d’apprendre que l’on peut toucher le chom en France alors qu’on a travaillé a l’etranger (donc sans cotiser)...c’est navrant !

    J’ai un ami qui vie maintenant en Espagne parce que (a l’epoque) les embauches dans sa branche etaient plus facile et avec moins de charges et d’impots, donc mieux payés...mais il se fait soigner en France car c’est « mieux » pour lui ! Il est des premiers a dire que ici, on paye trop d’impots...mais tous ceux la oublient que les impots servent a ca !

    Bref, c’est ca le monde d’aujourd’hui : se plaindre de payer trop d’impots, de charges de taxes mais a vouloir toujours mieux en terme de benefices de ceux-ci. Je sais que l’argent des impots est mal utilisé parfois, mal geré souvent mais c’est la le probleme pas sur le montant a mon avis ! Si on arrêtait d’en faire n’importe quoi (les donner a ceux qui nous exploitent), la vie serait plus simple pour ceux qui galerent !

    Mais bon faut voir les choses en face, ceux qui decident se foutent completement de l’interet nationnal (j’entend l’interet du peuple) !

  • dulconte
    dulconte
    Mordu par un fachogarou
    • Posté à 12h53 le 17/12/2008
    • Internaute 250
      Mordu par un fachogarou

    Merci pour ce petit conte.
    Cela me donne envie de préparer un p’tit spectacle de contes sur le sujet les grands et petits malheurs du libéralisme sauvage.
    M’autoriseriez-vous à utiliser le votre ?

  • Noel Lippens
    Noel Lippens
    situation
    • Posté à 13h59 le 17/12/2008
    • Internaute 60756
      situation

    Vices privés,
    vertus publiques

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