Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Guadeloupe : une économie ilienne en mal de créolité

Jean Matouk
Economiste
Publié le 30/01/2009 à 17h34



’Dread Chiling’ (Cowbell Solo/Flickr).


La Guadeloupe est bloquée. Un grand nombre de syndicats et d’organisations se sont regroupés pour l’occasion dans une alliance.

« Lianj kont profiscation », contre les « profiteurs » dans lesquels sont joint pêle-mêle, le patronat et les « politiques » au sens le plus large. Les riverains de Rue89 ont largement décrit la situation et donné leur avis. La tonalité générale, éliminant les plus et les moins virulents comme doit le faire un bon sondeur est que le fondement des revendications est juste, mais que leurs contenus sont excessifs par leur largeur même, et que les moyens mis en œuvre, par exemple les menaces directes, les chantages à « plus de violences si d’autres viennent », sont insupportables

Causes historiques, sociologiques, politiciennes

Restons d’abord sur le plan purement politique. La Guadeloupe est une terre traditionnellement beaucoup plus revendicatrice que la Martinique, la Guyane ou la Réunion. Dès l’origine, dès la Révolution puis la folle réintroduction de l’esclavage par Napoléon, les affrontements ici furent plus violents et l’histoire du département, depuis 1946, a été secouée de mouvements sociaux plus fréquents et plus durs. Il serait trop long de faire ici l’analyse historique, sociologique ou anthropologique de cette « différence » et ce n’est d’ailleurs guère le moment, mais c’est un fait.

Par ailleurs, se poursuit, souterrain, le combat revanchard. L’ancienne présidente du conseil régional, Lucette Michaud-Chevry, contre le nouveau, Victorin Lurel, député socialiste, et d’aucuns pensent que la première anime en sous main certaines des organisations de l’alliance. Enfin, le conflit actuel est aussi « animé » par les diverses mouvances indépendantistes, qui, depuis des années, comme d’autres en Martinique, surfent sur une idée à laquelle ils ne croient même pas eux-mêmes, mais qui confère une stature et un créneau médiatiques.

Une économie « îlienne » par ses prix...

Mais sur le fond, ce conflit social est un des soubresauts d’une économie « îlienne », qui, comme toutes les autres du même type présente des caractéristiques économiques spécifiques qui sont aux racines du conflit.

D’abord, dans toutes ces îles, nombre d’approvisionnements sont concentrés entre les mains de quelques grossistes et importateurs. Il en résulte une inévitable opacité sur les prix ; plus qu’ailleurs, quand les prix de gros montent, les prix de détail prennent l’ascenseur, et quand les premiers baissent, ils redescendent par l’escalier ; les prix et le « pouvoir d’achat » sont donc, encore plus qu’ailleurs en France, au cœur des revendications.

La métropole accrédite d’ailleurs cet écart de prix par les 40% de prime qu’elle accorde à ses fonctionnaires. Ce qui génère des aubaines, car, si le camembert est vendu plus cher à l’hyper du coin qu’en France, le budget chauffage et vêtements d’hiver est par contre fortement allégé !

Droits de mer et capitaux fuyants

Plus fondamentalement, les îles des Antilles ont une ressource matérielle de fond, leur climat, lequel a déterminé la biculture banane-canne, et le tourisme. Malheureusement la banane antillaise est victorieusement concurrencée par celles des autres régions tropicales, avec des coûts salariaux évidemment moindres puisque, légitimement, les coûts salariaux guadeloupéens sont ceux d’un pays développé. La canne subit la même concurrence, à laquelle s’ajoute celle de la betterave à sucre d’Europe que défendent les agriculteurs du nord et de l’est. Voici donc deux productions qui doivent être artificiellement soutenues, et de plus en plus lourdement, qui, en tous cas, génèrent de moins en moins d’emplois.

Quant au tourisme, malgré les efforts de promotion des autorités locales, et la qualité des sites, il est handicapé par le même problème de coût relatif et, il faut le dire aussi, par une mauvaise réputation de l’hôtellerie guadeloupéenne, liée à un certains nombre de grèves surprises qui ont gêné les touristes et que la presse a largement amplifiées.

Question : disposant de ce climat, pourquoi la Guadeloupe n’a-t-elle pas développé la culture d’autres végétaux, notamment fruits et légumes, à substituer aux importations, et qui auraient créé des emplois de substitution ? Pourquoi, cherchant à effacer la désastreuse image conférée par l’utilisation du chlordécone, interdit depuis 1993, mais qui continue à polluer, n’a-t-elle pas développé à toute vitesse la banane bio et tous les autres fruits et légumes tropicaux « bio » qui s’exporteraient aisément et à bon prix ? Pourquoi la Guadeloupe et les autres DOM-TOM, n’ont-t-ils pas développé amplement l’énergie solaire et marginalement éolienne pour réduire la dépendance énergétique et, en même temps, créer des emplois d’installation et de maintenance ?

Réponse double à toutes ces questions. Les collectivités locales « iliennes » vivent des « droits de mer » qui représentent 75% des recettes des communes et 27% de la région. Ont-elles vraiment intérêt à susciter le développement des productions locales, donc à diminuer les importations ? Quelles ressources fiscales substitueraient-elles, tant qu’il n’y a pas d’assiette économique pour une autre taxation ?

Les dirigeants politiques nouveaux, Victorin Lurel en tête, comme en Martinique le député-maire de Fort de France Serge Letchimy, sont conscients de cette nécessité. Ce sont eux qui finalement doivent répondre au mécontentement populaire des chômeurs. Mais ils ne peuvent pas seuls susciter le développement. Il leur faut l’aide d’investisseurs. Et ceux-ci, sauf exception, sont plutôt aux abonnés absents. Jusqu’à présent, comme les « béké » en Martinique [Antillais de race blanche descendant des premiers colons, ndlr], ils ont été plutôt enclins à placer leurs gains ailleurs. Nombre d’entre eux, d’ailleurs, tiennent le grand commerce concentré, et n’ont donc pas non plus un intérêt direct à susciter des productions locales.

La présente grève générale va se terminer comme à l’accoutumée. Le 27 janvier, on a décidé de « séparer » la demande d’augmentation de 200 euros nets mensuels des bas salaires, évidemment exagérée, des autres revendications. Du lest sera lâché sur ces dernières. L’Etat ouvrira sans doute un peu plus la perfusion, une légère augmentation sera accordée sur les bas salaires et le calme reviendra. Jusqu’à la prochaine secousse !

De la « négritude » qui sépare à la « créolité » qui rassemble

Toutefois existe aujourd’hui un espoir ténu, de changement durable, encore inconscient à beaucoup. En Martinique déjà un rapprochement s’opère entre certains « béké », autrefois les plus virulents, et les nouveaux dirigeants politiques. Les fils spirituels d’Aimé Césaire, Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, s’efforcent de substituer au concept de « négritude » qu’a si merveilleusement chanté notre grand poète, mais qui, en quelque sorte « séparait » les hommes de ces îles, celui de « créolisation ». Le rapprochement politique ci-dessus est peut-être l’écho de ce glissement novateur.

En économie, il signifierait que les détenteurs locaux de capitaux pourraient s’investir vraiment dans ces îles redevenues aussi les leurs à leurs yeux, à condition, bien sûr, qu’en face d’eux, les traces neuronales de l’esclavage -ou comme le dit Jean Bernabé dans son dernier roman « l’immémorable aliénation qui gangrène les sentiments des arrière-petits-fils d’esclave“- continuent lentement de s’effacer. Alors un vrai développement ‘créole’ puisqu’aucun autre n’est possible, éradiquerait les sources de ces conflits sporadiques et bien inutiles.

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Photo : ’Dread Chiling’ (Cowbell Solo/Flickr).

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  • Michel971
    Michel971
    français
    • Posté à 17h55 le 30/01/2009
    • Internaute 67316
      français

    AFP, 31 janvier 2029
    La crise humanitaire ne cesse d’empirer en Guadeloupe, où cinq cent mille personnes - plus des trois quart de la population - dépendent d’une aide alimentaire pour survivre, alors que le taux de chômage a atteint un nouveau pic à 97%, ont indiqué jeudi des agences des Nations unies.

    Photo
    Photographe : Robin Lavital AFP/Oxfam/Archives : : Des guadeloupéens souffrant du choléra, le 31 janvier 2029 à la clinique Gaby Clavier, Zabymes

    « Au total, environ cinq cent mille personnes auront besoin d’une assistance » pour tenir jusqu’à la prochaine récolte en avril, a déclaré le porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) pour la Caraïbe, Desmond Bobo.

    Ce chiffre représente plus des trois quart de la population guadeloupéenne, estimée à sept cent mille habitants lors du dernier recensement en 2025 mais qui pourrait être inférieure en raison de l’exode massif des guadeloupéens vers la Martinique, restée française.

    Le PAM avait prévu en juin que trois cent mille personnes auraient besoin d’une aide au début de 2009, mais a été dépassé par l’ampleur de l’effondrement économique du pays, a expliqué M. Bobo.

    Il prévoit désormais de distribuer une aide alimentaire à quatre cent mille personnes, tandis que d’autres organisations porteront assistance à une centaine de millier d’habitants jusqu’en avril.

    La République de Haïti a notamment déclaré qu’elle allait doubler son aide alimentaire d’urgence en direction de la Guadeloupe et instaurer un moratoire d’un an sur l’expulsion des clandestins guadeloupéens, tentés par les nouveaux programmes d’assistance sociale qu’Haïti a mis en place l’année dernière, comme réponse à la misère chronique d’une partie de la population.

    Mais, faute de ressources suffisantes, le PAM sera forcé de réduire les rations pour pouvoir venir en aide à tous les guadeloupéens affamés. Les portions de riz passeront ainsi à 5 kilogrammes par personne et par mois, contre 12 kg l’an dernier et 10 kg actuellement.

    Les bénéficiaires de ces programmes d’aide reçoivent également des haricots rouges et de l’huile de cuisine.

    Le président à vie Domota nie l’épidémie de choléra qui, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), ferait pourtant entre deux cent et trois cent morts par jours depuis le début de cette année.

    La dernière école encore en fonctionnement l’année dernière, a été fermée dans la confusion, après que son directeur ait été tué, découpé, puis mangé, aux cris de « kont pwofitasyon ! ». Selon les observateurs, il s’agissait du dernier blanc à détenir un poste « de pouvoir » en Guadeloupe.

    Cette situation humanitaire s’explique en partie par une réforme économique menée dans la précipitation et la violence en 2017, qui a poussé plus de 200 entrepreneurs blancs au départ.

    Leurs terres et leurs entreprises ont été redistribuées à des proches du régime et de l’ancien syndicat UGTG, qui n’ont pas pu maintenir la production dans cette île, autrefois un exemple envié de consommation et de revenus élevés dans la région.

    Cette disette n’est qu’une facette de la crise économique et humanitaire qui affecte la Guadeloupe, où l’ensemble du secteur productif est au point mort, si bien que le chômage a atteint le niveau record de 97%, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha).

    Seulement 15.000 personnes disposaient fin 2008 d’un emploi formel contre 25.000 en 2024, et le produit intérieur brut (PIB) du pays a chuté de 45% au cours des cinq dernières années, selon un rapport d’Ocha publié jeudi.

    • Désinscrit le 15-7
      • Posté à 18h46 le 30/01/2009
      • Internaute 992
        nc

      Je salut en passant tes dons de « grand visionaire », decrivant ici tes desirs « d’avenir » (pour le mieux idylique) pour les gens de Guadeloupe...(comme quoi, tres profond dans ta tete de français, les idées sont claires)

      Hummm...tu devrais te tenir « bien debout » cher ami pour voir se realiser ces desirs...car les sacs vident tiennent pas tous seuls...

      et plutot que de « rever »...pourquoi ne pas mettre la main à la pate et faire un peu de « delation » et faire deguerpir tous ces miteux qui parasite le « systeme » si parfait qu’entretient la chere republique de france ? ? ?

      pour finir :

      Pour critiquer les gens, il faut les connaître et pour les connaître il faut les aimer. (COLUCHE)

  • Infovite
    Infovite
    info-espress.over-blog.com
    • Posté à 18h03 le 30/01/2009
    • Internaute 8783
      info-espress.over-blog.com

    « Enfin, le conflit actuel est aussi “animé” par les diverses mouvances indépendantistes, qui, depuis des années, comme d’autres en Martinique, surfent sur une idée à laquelle ils ne croient même pas eux-mêmes, mais qui confère une stature et un créneau médiatiques. »
    C’est une nouvelle définition de la volonté de décolonisation ?
    Lien

  • anibera
    anibera
    citoyen français
    • Posté à 18h30 le 30/01/2009
    • Internaute 67861
      citoyen français

    informations de GUADELOUPE complètement zappées en métropole - volonté délibérée-
    Nous vivons depuis bientôt 2 semaines isolés du monde, avec recommandations de ne pas nous éloigner de chez nous ! et comment le pourrions nous puisque les postes d’essence sont fermés, même parfois aux prioritaires -sous la menace de gros bras armés de machettes- ? La Guadeloupe N’EST PAS en grève générale. Les commerces, bureaux, pharmacies, qui osent ouvrir font l’objet des mêmes menaces. Ce n’est pas çà une grève générale !
    Les discutions avec Mr le Préfet tournent court après la lecture de propositions de Mr Gego,( qui a préféré partir sur l’île de La Réunion posée « une première pierre » ; c’était bien sûr, beaucoup moins risqué !)
    Les réserves de nourritures s’épuisent, bientôt nous ne pourrons manger que des tomates et des melons qui pourrissent dans les champs (il pleut beaucoup cette année sur l’île) et qui ne sont pas vendus encore à des prix prohibitifs ; ex : 6 bouteilles d’eau (pays),6 bières (pays) 1 verre de moutarde : 19€10,
    sans commentaires...
    Des passages à tabac sont réguliers par des individus cagoulés, les voitures syphonnés, la Brink’s attaqué.
    Vous en avez attendu parlé en Métropole ?
    Faut-il qu’il y ait un mort pour çà ? Sûrement, les médias parlent de Madagascar !
    SOS

  • mjcd
    mjcd
    enseignante
    • Posté à 19h34 le 30/01/2009
    • Expert 59362
      enseignante

    Économiste peut-être mais pas visionnaire. Je crois que la crise est plus profonde que cela cette fois-ci.
    Si les choses se terminent selon vos prévisions, elle va continuer à couver, comme des braises lorsque l’on croit le feu éteint. Un jour, l’incendie se rallumera avec une violence et des conséquences que vous ne pourriez imaginer.
    Le malaise est plus que réel, les inégalités plus que flagrantes ! !
    Vous oubliez qu’entre ce que vous décrivez et aujourd’hui, les gens se sont instruits et ne se font plus manipuler à l’aide d’une simple carotte...
    Enfin nous verrons bien, mais il me paraît difficile pour un peuple qui se soulève de cette manière d’accepter quelques miettes...

  • Hulk -bloqué-
    Hulk -bloqué-
    Gros con de droite
    • Posté à 19h58 le 30/01/2009
    • Internaute 65737
      Gros con de droite

    J’espère que la « créolité » c’est autre chose qu’une simple version antillaise de ce qu’on appelle en France métropolitaine le poujadisme...

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 21h05 le 30/01/2009
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    L’auteur de l’article n’a pas perçu le « glissement » politique qui s’est produit en Guadeloupe ces dernières années. Une défiance d’une large partie de la population envers les partis et syndicats « institutionnels » qu’ils soient de gauche ou de droite a ainsi surgi.A ce niveau c’est la même défiance qu’on a déjà observé en Grèce.
    Le mouvement actuel, qui a ses causes propres, a été promu par des associations et des organisations syndicales nouvelles - ou qui n’avaient pas, par le passé, l’importance qu’elles ont aujourd’hui.
    Le syndicalisme et l’action de classe dans les Antilles prend vite un caractère violent ; Il se rattache plus ici aux pratiques des syndicalistes américains du sud ou du nord. Il en était d’ailleurs ainsi en Europe dans les premières décennies du XXe siècle.
    Il y a peu de chance que les békés investissent dans des productions locales en vue de l’intéret général. Ils restent, à de rares exceptions près, dans une vision économique de type colonial, basée sur la monoculture et le contrôle des échanges.
    « La présente grève générale va se terminer comme à l’accoutumée. »
    C’est vite dit - et un peu méprisant - car en ce lundi 30 elle se poursuit encore.
    Un mouvement d’une telle ampleur, d’autre part, ne sera pas sans conséquence à la fois politiques et économiques.
    On me rapporte qu’en Guadeloupe, une initiative intéressante s’est développée à la faveur de la grève. Comme il n’y a plus de transporteurs - ni de carburants d’ailleurs - certains producteurs de tomates qui risquaient de perdre leur récolte, ont lancé un appel aux particuliers afin qu’ils viennent eux-mêmes cueillir les tomates sur pied. 10 euros le cageot. Cela a eu un tel succès qu’en quelques heures l’intégralité de la récolte, qui menaçait de pourrir sur place, a été vendue. Voilà qui bien sûr donne des idées à certains qui se voient déjà en coopératives de consommateurs plus ou moins formelles achetant directement à des coopératives de producteurs... Voilà une anecdote et un commentaire qui ne manquera pas de faire hérisser le poil de certains, notamment des économistes bcbg...

    • Adarshini
      Adarshini répond à nemo3637
      Idéaliste
      • Posté à 10h21 le 31/01/2009
      • Internaute 14044
        Idéaliste

      « On me rapporte qu’en Guadeloupe, une initiative intéressante s’est développée à la faveur de la grève. Comme il n’y a plus de transporteurs - ni de carburants d’ailleurs - certains producteurs de tomates qui risquaient de perdre leur récolte, ont lancé un appel aux particuliers afin qu’ils viennent eux-mêmes cueillir les tomates sur pied. 10 euros le cageot. Cela a eu un tel succès qu’en quelques heures l’intégralité de la récolte, qui menaçait de pourrir sur place, a été vendue. Voilà qui bien sûr donne des idées à certains qui se voient déjà en coopératives de consommateurs plus ou moins formelles achetant directement à des coopératives de producteurs… »

      C’est vrai que c’est la bonne occasion de faire sauter les intermédiaires et de mettre au goût du jour le système des AMAP...
      D’ailleurs, l’article a au moins le mérite de soulever la question de l’agriculture bio, et le problème de l’autosuffisance ou de l’importation...

  • Aimée GIDEY
    Aimée GIDEY
    retraitée EN
    • Posté à 22h12 le 30/01/2009
    • Internaute 67889
      retraitée EN

    Il me semble que « ilienne » est un néologisme... Insulaire serait sûrement plus approprié...
    Quant au fond de l’article, soit vous êtes en Guadeloupe et alors je vous conseille d’ouvrir vos yeux (+ de 50000 personnes dans la rue aujourd’hui 30 janvier) ; soit vous n’y êtes pas et il serait plus prudent de ne rien dire, de fermer sa bouche.
    Dernière remarque : personne ici ne connait ce que vous appelez « Lianj kont profiscation », mais tout le monde connait : « Liyannaj kont pwofitasiyon »... que l’on traduit en français, à peu près par : alliance contre l’exploitation. N’est pas créolophone qui veut...
    Mes hommages, Monsieur « l’économiste »...

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à Aimée GIDEY
      journaleux - blogueur
      • Posté à 11h17 le 31/01/2009
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur

      De même que l’auteur parle d’une certaine Michaud-Chevry, ex-présidente du CR.

      J’ai connu une Michaux-Chevry, présidente du conseil général, puis du régional. Celle-là même qui appelait à voter François Mitterrand en 1981, puis qui déchira sa carte du PS entre les deux tours et demanda que l’on vote Giscard.

      De même que l’auteur parle de « droits de mer ». Je présume qu’il s’agit de l’« Octroi de mer ». MAIS CETTE TAXE EST VOUEE A DISPARAITRE ! Cette « taxe coloniale », comme le dit l’AFP reprise par le ministère :
      Lien
      est même partiellement payée par la France… Je ne pensais pas un économiste si mal informé en économie.

      Enfin, pour rester dans le domaine de l’économie, puisque l’auteur semble vouloir dire que l’indemnité de vie chère dont bénéficient les fonctionnaires est énorme, il convient, pour contrebalancer et faire comprendre aux lecteurs l’une des raisons de la colère, de dire que le RMI et le SMIC, eux, sont à peu près les mêmes que sur la France hexagonale. Lors de son lancement, le RMI était même largement inférieur, et Jacques Chirac s’était engagé à le relever, ce qu’il a fait très (trop) progressivement.

      Jembé rèd.

    • Aimée GIDEY
      Aimée GIDEY répond à Aimée GIDEY
      retraitée EN
      • Posté à 17h51 le 31/01/2009
      • Internaute 67889
        retraitée EN

      Merci, c’est vrai que je n’avais pas tout remarqué....
      Je pense aux pauvres étudiants en économie de Montpellier dont il a été le prof.....
      Sinon, aujourd’hui samedi, nous attendons pour voir ce que les négociations vont donner... mais d’une manière assez désabusée. L’État ignore la situation volontairement, enfin nous verrons bien mais je ne vois pas le bout...

      • FabiendeMénilmontant
        FabiendeMénilmontant répond à Aimée GIDEY
        journaleux - blogueur
        • Posté à 21h55 le 01/02/2009
        • Internaute 14145
          journaleux - blogueur

        AImée,

        en France nous avons eu l’un des plus grands économistes. Raymond Barre, que d’aucuns appelaient « Raymond la science », davantage au Canard qu’à sa fac il est vrai.

        pas évident d’être économiste et de connaître la réalité, politique ou même économique, puisque l’octroi de mer, par exemple, est en voie de disparition.

        il n’est pas nécessaire d’être un économiste pour le savoir ! c’est l’un des débats qui a été le plus l’objet de discussions lors de la loi de finances, l’autre débat ultramarin (celui sur l’ITR ou « surpension ») étant, lui, rattaché à la sécurité sociale 2009, puis dézingué par le conseil constitutionnel, pour être repris sur les comptes de la sécu 2008. Qui étaient pourtant déjà bouclés.

        là, un économiste aurait une excellente raison d’expliquer un tour de passe-passe !

        je l’avais évoqué ici :
        Lien

  • parousnik
    • Posté à 22h44 le 30/01/2009
    • Internaute 18991

    Un département pillé sinistré par l’oligarchie régnante et pas un mot sur cette catastrophe...Quand c’est une tempête naturelle qui bouleverse un département... la les télés c’est en continu pour accuser la nature de tout et n’importe quoi...et permettre a l’oligarchie de jouer les responsables... Fait de plus en plus chier ce pays...mon pays...

  • westin
    westin
    consultant
    • Posté à 00h56 le 31/01/2009
    • Internaute 67738
      consultant

    Je suis prise entre plusieurs feux…
    Je suis sûrement une privilégiée, par rapport à une majorité, je ne pourrais parler de quelque chose que je n’ai pas vécue…
    Je n’ai pas la plume d’écrivain ou de philosophe, ni les connaissances d’un économiste, je le fais avec mes mots, mais la pression faut qu’elle sorte.
    OUI, il y a des aberrations, quand on est jeune, et sans revenir à la période esclavagiste, OUI il y a des choses qui font mal :
    Je vais reprendre des exemples simples de la vie de tous les jours, afin que les gens de métropole comprennent ce dans quoi on est depuis bien longtemps…parce qu’en plus d’être des laisser pour compte, on se fout de nous…
    PREAMBULE NOUS SOMMES DEVENUS DEPARTEMENT FRANÇAIS EN 1946
    - Pour étudier, on doit prendre l’avion, à 1000eur le billet, puisque les périodes rouges correspondent aux périodes scolaires…
    - Vu les prix, on ne peut pas rentrer à Noël, ni même aux grandes vacances, comme la plupart de nos copains de classe…encore moins le WE…
    - La caution du logement ? il faut que la personne réside en métropole. Ben sinon, pas de logement alors….
    - Fraîchement arrivée après le bac, je devais cocher la case ETRANGER sur les documents de sécurité sociale, et présenter les mêmes documents que ma copine étrangère ? on était en 1996…
    - Mes copains de classe me demandent :
    o Vous avez la même monnaie que nous ?
    o Est-ce que vous avez du mal à porter des chaussures en permanence ?
    o La Guadeloupe c’est dans l’océan pacifique ? c’est à côté de la Nouvelle-Zélande ?
    o L’école sur la plage, vous vous y rendez à dos d’âne ? on est en 1996…
    - Mais dans le programme de terminale, il y a les DOM TOM : quel enseignant a fait cette partie du programme ? on s’en fout, de toute façon, quel inspecteur mettrait aux examens les DOM TOM ? ? ? (en tout cas jamais vu dans les annales pendant que je passais mon bac, qui reprend tous les sujets tombés jusqu’alors)
    - Par contre nous, on devait apprendre LA France…
    - J’ai eu à passer des examens nationaux à 5h du matin pour tenir compte du décalage horaire avec la métropole. Ca c’est uniquement dans les cas où les examens on peut les passer sur place. Mais pour tous les autres, il nous faut prendre un billet d’avion, plus le décalage horaire, plus le logement : L’EGALITE DES CHANCES ? ? ? ? ? ?
    - Le SMIC est aligné sur la métropole depuis 1996 ! ! ! !
    - Le RMI est aligné sur la métropole depuis 2002 ! ! ! ! !
    - on vote pour LE président ? pour vous en métropole, respect de la loi, surtout, aucune ouverture d’enveloppes avant que tout le monde ai fini de voter…mais nous, comme on est des quantités négligeables, alors nous on vote pendant que les résultats sont déjà donnés en métropole : nos votes ne rentrent pas en ligne de compte ? on s’en fout du million de voix outremer ? on vote le samedi depuis 2007 ! ! ! ! ! il faut donc arrêter de travailler, pour aller voter…mais comme on vote avant, vous pourriez avoir la tendance, avant d’aller voter ? Je suis sûre que vous auriez beaucoup apprécié….
    - pour ne pas avoir la « concurrence » des gens qui vont l’aller-retour en France, beaucoup de magasins de prêt à porter pratique la politique : prix métropole : cela veut dire que l’acheminement de la marchandise est un cout qui fait descendre la marge ! !
    - Le secteur de la pêche chez nous est dramatique. Comme en métropole, pour avoir du poisson, il faut aller de plus en plus loin, mais nous sommes sur une île, donc dès que l’on va plus loin , on rentre dans les eaux territoriales d’une autre île…et comme on ne peut pas prendre nos décisions…il faut attendre…attendre…et en attendant nos pêcheurs se font emprisonner juste à côté de nous et on ne peut rien faire…
    - On n’a pas d’accords judiciaires avec les îles environnantes non plus… ils viennent voler, violer, repartent impunément chez eux par petit bateau de nuit, et on ne peut pas aller les chercher pour les juger…
    - Juste pour avoir un ordre de prix, pour comprendre :
    o les yaourts la laitière nature en pots en verre par lot de 4 coûte près de 8eur… alors, je ne parle même pas des clafoutis à la cerise… certaines marques de yaourts desserts ont des prix avoisinant les 12eur ! ! ! quand il y en a…
    o l’internet à haut débit +téléphone+la télévision ? en métropole cela fait 29.90€ ? Un seul sur les deux concurrents propose tout cela pour…environ 70€ ?
    o Les taxes sur les produits locaux sont telles que l’eau en bouteille en provenance de la métropole est moins chère que celle embouteillée sur place ?
    - Les taxes sur le carburant par les compagnies pétrolières et par les compagnies aériennes ont suivi l’envolée du prix du baril, mais par contre la descente vertigineuse, elle n’est pas répercutée ? ? ?
    - Les taxes sur les billets d’avions ? petit exemple : pour aller en Martinique (15mn de vol), dans le prix du billet la part de taxes est de 50% ! ! ! !
    - Le fait d’être dans un milieu insulaire, il est beaucoup plus facile de se mettre d’accord sur une politique de prix : 1 seul fournisseur de carburant, 2 fournisseurs d’internet, 3 compagnies aériennes, 80% de la grande distribution appartient à la même personne, et on continue à lui donner des autorisations pour construire des grandes surfaces et extensions de celles existantes…qu’est ce quelle fout la DGCCRF ?
    - De toute façon, on est quantité négligeable, les chiffres statistiques de métropole ne tiennent jamais compte de nous…encore moins en terme de chômage…
    - Les médias nationaux ? cela fait 10j que nous sommes en asphyxie. Une telle situation serait arrivée dans le Puy-de-Dôme, qu’on en parlerait tous les jours pendant de longues minutes, et il y aurait même eu des analyses, des discussions sur LCI ou autres….mais non, la Guadeloupe on s’en fout.
    - Et quand on parle de nous ? le titre : la Guadeloupe, dans le zouk : si les médias faisaient bien leur travail, ils ne continueraient pas à démontrer au reste de la France que chez nous, ce n’est que soleil, et accras…au 11ème jour, aucune mise à jour de données : on appelle ça des journalistes ? on nous prend pour quoi ?
    - Sans compter une autre chaine avec des journalistes tout aussi INCAPABLES qui mettent les évènements de la Guadeloupe dans la rubrique MONDE ! ! ! ils le font exprès ? ils ont une consigne ? ce n’est pas possible ! ! !
    - Ah par contre, c’est la route du rhum, on a 3personnes par chaine en ENVOYE SPECIAL….là, par contre, ils se sentent très concernés, on se sent très en France…
    - Les communistes et les socialistes, eux, ils font de l’opposition au pouvoir actuel en n’utilisant notre cause. lorsqu’ils sont au pouvoir, il n’y a plus personne…
    - Et pendant qu’on y ait, pourquoi on ne donne pas dans les journaux nationaux les nouvelles et la météo des DOM comme tous les autres départements FRANÇAIS...et OUI, avec les satellites, on a les mêmes chaines infos qu’en métropole, les LCI, les I-télé, TF1, M6, et les autres chaines
    - SOMMES-NOUS DEPARTEMENT FRANÇAIS ? ou bien a-t-on une place stratégique à conserver en cas de 3ème guerre mondiale ?
    Je réponds à quelques points qui me font halluciner de la part des leaders syndicalistes :
    N°1 : mise en place d’un véritable service de transport des usagers : il y a quelques années de cela, il y avait une grève de 9semaines pour protester, et maintenant, il faut tout mettre en place tout de suite ?
    N°8 : la protection écologique de la Guadeloupe ? Mais par contre, pour faire les barrages, ces mêmes syndicalistes coupent des arbres centenaires ?
    N°10 : est-ce que nos représentants syndicalistes ont une notion de ce qu’est une unité hôtelière de luxe ? Mais une unité hôtelière tout court, on n’a toujours pas compris… Cela sous entend ne jamais faire grève pendant la période touristique (ni eau, ni électricité, ni banque, ni taxi, ni dockers, pas de recrudescences de vols…), être aux petits soins pour les clients, et avec le sourire en permanence : notre guadeloupéen sait faire ça ? Même si on lui donnait 3000eur par mois, il trouverait quelque chose à revendiquer, parce qu’on est RALEUR de nature. La Guadeloupe est magnifique et pourrait recevoir de clients de haut niveau. Mais le comportement du guadeloupéen….
    N°4 : priorité d’embauche au guadeloupéen : Mais au fait……c’est quoi la définition d’un guadeloupéen ? C’est comme sur une fiche de paye ? 1an d’ancienneté ? 5ans ? depuis 3 générations ? Il faut arrêter…
    N°1 : Les guadeloupéens lésés dont ils défendent la cause contre la vie chère, il faut augmenter immédiatement de 200€ : il suffit d’arrêter les 40% des fonctionnaires, tous ceux qui ont 14è mois, voire 15è mois, et il n’y aura aucun problème pour financer les 200€
    Nos représentants locaux ne tiennent pas compte du petit guadeloupéen ? Et nos représentants locaux syndicats, ils touchent leur 40% comme le préfet, comme tous ces gens à la région, et autres ? VOUS êtes tous dans le même sac !
    Grève ou pas grève, les meneurs, leur paye tombera sans problème à la fin du mois (fonctionnaires ou pas, le statut de syndicaliste, ça aide, hein ?).
    Et au fait, les centaines de personnes autour des tables de négociations, et dehors, ont tous pu avoir du carburant : comme c’est bizarre…moi, je n’en ai plus depuis 1 semaine. Quand on travaille à l’ANPE, on est considéré comme prioritaire ? ? ?
    J’aimerai bien qu’on redéfinisse ceux qui pourraient rentrer dans le cadre de véhicules prioritaires. Parce que dans ce cas, je suis à mon compte, et c’est moi qui avec mes foutus impôts payent tous ces gens dans la rue, les fonctionnaires, mais aussi, tous ceux qui touchent leurs prestations sans se bouger les fesses : alors OUI, je suis prioritaire.
    La société guadeloupéenne est faite en très grande majorité de petites entreprises : ils font comment, lorsque l’on les oblige à fermer ?
    Hayot et ses carrefours, à son niveau, il va perdre quelques plumes, mais il s’en remettra, ça c’est certain.
    Un des rares supermarchés à avoir pu ouvrir, on met tout son personnel dehors ? ? On dit au gens de se servir ? ? ? ? Et on l’oblige à fermer le magasin ? ? Le SEUL noir dans la distribution guadeloupéenne ?
    Mais il est où le préfet ? Garant des droits et des lois ? ?
    Lui, très diplomate, se lève et se casse, en pleine négociation…et une horde de petits bonhommes blancs se lèvent…
    Petit conseil à l’avenir aussi ; dans ce pays où règne des polémiques noir/blanc, au lieu de faire front sur un seul côté de la table des négociations qu’avec des métropolitains fraîchement arrivés encore écarlate de leur coup de soleil du WE, il a dans son équipe à la préfecture, des gens plus foncés, qui ferait moins ressentir ce clivage..C’est du psychologique, et ça ne coute pas cher. Sarko a mis cela en place, cela lui fait un souci de moins à régler !
    On veut en permanence revenir sur l’histoire ? D’accord.
    Lorsque Delgrès a dit VIVRE LIBRE OU MOURIR, c’était pour donner le CHOIX au guadeloupéen, de disposer de lui-même, de faire ce qu’il veut : on nous oblige à fermer les magasins, donc on fait un suicide collectif ? le pauvre, il doit se retourner dans sa tombe…
    Une question se pose : ce mouvement est-il toujours indépendantiste ? Parce que pour moi, une majorité des points sont à l’OPPOSE. On fait des demandes d’ASSISTANAT en grande pompe : on veut, on veut, vous devez nous donner, nous exigeons…
    OUI, c’est vrai, il y a beaucoup de choses à revoir, afin que l’on tienne compte de nos particularités. Et OUI, c’est vrai, la France nous oublie carrément …Mais il faut y mettre du sien aussi ! ! ! et faut pas pousser le bouchon non plus…

    Signée une guadeloupéenne qui espère que les banques ne vont pas mettre d’agios, et que les organismes qui prélèvent (privés ou publics) ne vont pas nous compter des frais d’impayés…

    • Tama971
      Tama971 répond à westin
      enseignante
      • Posté à 02h51 le 31/01/2009
      • Expert 67530
        enseignante

      BRAVO pour votre intervention, sincèrement !
      Je suis métro et je vis ici depuis 12 ans. Je me suis mariée ici, mes 2 enfants sont nés ici. Je trouve que vous décrivez bien la situation et je partage tout à fait votre point de vue.

    • Ginette Gwap
      Ginette Gwap répond à westin
      Employée
      • Posté à 04h17 le 31/01/2009
      • Internaute 67226
        Employée

      Mille bravos Madame. Je suis tout à fait d’accord avec un certains nombre des points que vous avez abordés. Domota est très paradoxal, et j’emploie ce terme volontairement car son catalogue de revendications fait appel à des fonds de France, donc aux impots... Il n’y a pas de mystère, la crise mondiale n’encercle pas notre ile, nous y sommes également... Remarquez avec le taux de fonctionnaires élevé, peut etre un peu moins... Tout cela sur fond de nationalisme (vu la tirade de 30 mn de Domota sur les guadeloupéens z’indiens ou negs ! et la préférence donc nationale - A définir...). Je pense que Domota se dit intérieurement, la Région, pourquoi pas moi ? et donc se prépare... D’où la réactivité exceptionnelle de Lurel, notre président de région et de Gilot (pour le département). Il a eu une jolie tribune médiatique (bien négociée par lui d’ailleurs). Comme dans toute économie, j’entends dire qu’on peut trouver de l’essence, des produits alimentaires (je pense au seul supermarché qui a été vandalisé ainsi comme vous l’avez souligné, il parait qu’il n’a pas assez d’employés ugtg !). Bref la débrouillardise, comme d’habitude. Quant au tourisme, c’est une vaste plaisanterie chez nous. En dépit des mesures de defiscalisation attractives, certains grands groupes refusent de venir en Guadeloupe, c’est dire... On les paierait qu’ils ne viendraient pas. La semaine prochaine sera décisive... A entendre Domota pardoxal, la France doit signer un chèque immédiatement ! au mépris des autres régions insulaires et métropoliltaines et de la constitution... Il sait pertinement que tout ce qui relève de l’état ne peut se faire rapidement, donc que cherche t-il ? Une tribune le plus longtemps possible. Il se calmera dans un premier temps quand on lui donnera à gouter un sucre d’orge ou quand il sentira le vent tourner sous la pression du peuple (celui qui recevra son salaire amputé en retard, assorti de sa lettre de licenciement). Il recommencera dans 3 mois. Il a 146 revendications, il suffit de faire le calcul... Pourvu qu’il soit élu à la limite à la Région si on est cynique, au moins, on le verra concrètement à l’oeuvre !

    • macadam
      macadam répond à westin
      • Posté à 05h03 le 31/01/2009
      • Internaute 85

      excellente analyse, mécaniquement le fait de payer les fonctionnaires 40 % de plus entraine des couts des marchandises de 40% plus elevés - puisqu’ils peuvent se les payer-

      Les surcouts qui vont avec l’insularité, autrefois normaux du fait de l’éloignement, la taille du marché etc.. n’ont plus lieu d’être : , alors que l’octroi de mer monte jusqu’à 25% de certaines denrées, le transport ne coute que 8% du prix car les transporteurs savent mieux aujourd’hui organiser les flux grace au progres de la logisitique.

      Regardez l’informatique, il y a deux ans les PC étaient bien plus chers qu’en métropole, aujourd’hui les différences ont été en grande partie gommées. cet effort pourrait etre fait sur de nombreuses denrées, biens ou services !

      Toutefois, ce qui me gene ce sont ces revendications pour du « toujours plus », le mouvement demandent principalement des augmentations ou de nouvelles compensations dans les revendications immédiates.

      Peu de questions sur le développement durable, sur l’écologie à long terme (autrement que pour pointer du doigt les reelles responsabilités sur le chlorodecone), sur un développement diversifié de l’agriculture, du développement de nouvelles sources d’énergie. L’organisation de la société reste fondamentalement posé sur le toujours plus, la consommation (meme si ce n’est pas chez carrefour ; -)

      De façon intéressante, dans ces mouvements larges, de nouvelles initiatives apparaissent, hors champs économique et hors champs salarial : les petits producteurs, les associations de jeunes sont en train de bousculer le petit jeu politico syndical.

      Que sortira t il de cette ébulition, en tout cas c’est rare de voir une histoire en marche, faisons credit à tous de faire parler d’autres choses que de la dernière BMV, de la tenue electrique de la voisine
      ou de la montre que les orateurs agitent à leur poignet sur canal 10. sur ce dernier point quoique.

      • MortyReaper
        MortyReaper répond à macadam
        Regard critique
        • Posté à 09h23 le 31/01/2009
        • Internaute 67907
          Regard critique

        [edit] : ma réponse est destiné à J Matouk auteur de l’article.
        Aymée Gidey témoignage à considérer

        ilienne = insulaire

        Autres productions végétales : mangues, ananas, haricots verts , « melons de guadeloupe », giraumond.... Evidemment c’est plus simple de penser que la guadeloupe n’est pas sortie du couple « banane-canne à sucre »....un coup de fil au CIRAD et l’info était obtenue.

        Quant à la pêche et son programme de sauvegarde et de ré-introduction d’espèces menacées (sur-pêche) qui inspire maintenant les bretons, là aussi plus simple de ne rien dire.....

        Quant à expliquer que de nouvelles productions de chanvre à usage industriel remplace petit à petit la canne à sucre...

        Enfin refuser de tenter d’expliquer les mouvements sociaux en Guadeloupe c’est refuser l’étude de fond des problèmes économiques.
        Une ile n’est pas extensible. Qui détient la répartition des produits (importateurs, grossistes, GMS) et les terres (limitées) tient le pouvoir éco (quelques familles/oligarchies bien anciennes) . Pas de redistribution et même si les familles sont plus restreintes il n’y a pas de place pour tout le monde.
        Or la Guadeloupe n’a d’intérêt vu de la métropole que pour les votes (tendances historiques gaullistes) et de la défiscalisation, une couche de jet-set juste le temps de faire une correspondance.

        Personne ne s’offusquait dans la filière tourisme de l’absence de centre de formation pro en hôtellerie (pas de formation = salaires très bas donc concurrentiels). Depuis 2003/04, c’est enfin chose faite mais il faudra du temps pour acculturer la notion de service performant. Les guadeloupéens peuvent sur ce point exprimer leur mea-culpa.

  • wochgalette
    • Posté à 10h51 le 31/01/2009
    • Internaute 22077

    Je crois sincèrement qu’il est temps, pour Rue89 de construire un vrai dossier sur cette crise en Guadeloupe. Il ne devrait pas être totalement impossible de réaliser des entretiens avec les véritables acteurs dans cette crise. Un ou des membres du collectif « Lyannaj kont pwofitasyon », Victorin Lurel, président du Conseil Régional, Jacques Gillot, président du Conseil régional, des responsables du patronat etc... Je ne sais pas qui d’autre, mais il serait temps de cesser de produire des articles qui donnent des leçons et qui sont écrits par des gens qui se trouvent à 7 000 kms du lieu et qui font référence à des écrivains (Chamoiseau, Glissant, Bernabé) qui, même si on peut avoir de l’admiration pour leurs écrits, n’ont pas à eux seuls réponse à tout et surtout, se trouvent tous à la Martinique. Ceci étant dit sans aucun esprit de xénophobie. Mais je m’interroge simplement sur le fait qu’il n’y aurait qu’une réponse pour tous les pays intitulés DOM (Amérique, Océan Indien et Pacifique) alors que les situations sont variées.

    Par ailleurs, la manifestation qui s’est déroulée hier en Guadeloupe a réuni entre 50 000 et 65 000 personnes, selon les estimations, et pas un mot dans le journal. Est-ce que sur une population d’environ 400 000 habitants - dont il faut extraire les enfants, les vieillards, les impotents - on peut parler de « minorité d’indépendantistes » qui répètent les mêmes mouvements à l’envi depuis des années ?

    • Michel971
      Michel971 répond à wochgalette
      français
      • Posté à 13h08 le 31/01/2009
      • Internaute 67316
        français

      Il y avait entre 6 000 et 9 000 participants. Le chiffre de 50 000 / 60 000 est celui du comité de blocage.

  • wochgalette
    • Posté à 13h06 le 31/01/2009
    • Internaute 22077

    UNE CONTRIBUTION DU PHILOSOPHE JACKY DAHOMAY :

    Que voulons-nous, Guadeloupéens ?

    Il est clair que la Guadeloupe défie constamment toute tentative d’interprétation théorico-politique et le philosophe politique, surtout quand une trop grande proximité le lie à ce pays, est le plus souvent désorienté. Malgré tout, je me risque à exprimer ici ce que je perçois pour l’instant de ce puissant mouvement social, étant entendu que ces analyses à chaud seront toujours marquées du sceau de la contingence historique.

    Disons-le tout net : s’il m’est arrivé dans le passé d’énoncer de vives critiques concernant certains mouvements sociaux (critiques que je trouve pertinentes aujourd’hui encore) je constate maintenant que la contestation sociale n’a pas le même sens ni les mêmes tournures qu’autrefois. D’une part, les dirigeants syndicaux, en évitant de reproduire les mêmes erreurs traditionnelles, font preuve d’une plus grande maîtrise du mouvement social. D’autre part, par son ampleur même, la mobilisation en cours jouit d’une popularité incontestable qui lui donne une certaine légitimité. Quelles que soient donc les erreurs ou insuffisances qu’on peut déceler ça et là, je soutiens globalement la contestation sociale en cours et ceci pour deux raisons fondamentales.

    La première, c’est quant à son contenu social. En effet, la crise du capitalisme actuel dans sa version mondialisée engendre une déroute économique et sociale dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences et, si toute la planète en est touchée, les travailleurs de tous les secteurs de notre pays le sont également. Il n’est pas tolérable qu’un groupe de personnes immensément riches joue au poker, si on peut s’exprimer ainsi, le destin économique et social de toute la planète. Il y a là une injustice incroyable. L’année 2009 peut être une année de contestation sociale grave dans divers lieux du monde et, par la radicalité de sa révolte sociale, la Guadeloupe semble ouvrir la voie. La grandeur de ce mouvement chez nous réside aussi dans sa dimension internationaliste et on peut même croire que, comme la Grèce, la Guadeloupe risque de faire école dans la France hexagonale. D’où un certain empressement de l’Etat à régler les problèmes soulevés par la grève générale.

    La deuxième raison de mon soutien au mouvement en cours est plus complexe, voire, plus paradoxal. Je m’explique. Il me semble percevoir, au-delà du catalogue impressionnant des revendications une volonté (même si celle-ci n’est pas toujours claire dans la conscience des acteurs) d’exprimer quelque chose à propos de notre devenir. Il y a donc là comme un essai de revenir sur soi, une réflexion au sens fort du terme, une interrogation sur soi-même et cela donne au mouvement social un contenu nouveau. Pour moi qui depuis des années appelle à la construction d’un véritable espace public propre à une société civile digne de ce nom, je ne peux m’empêcher, au risque bien sûr de me tromper, de nourrir l’espoir que la contestation sociale en cours puisse contribuer à l’éclosion d’une authentique société civile guadeloupéenne.

    Encore faudrait-il que j’explicite ce que j’entends par société civile et pourquoi je lui accorde tant d’importance. La société civile est l’ensemble des organisations ou associations non gouvernementales, qui ne dépendent donc pas de l’Etat, mais ensemble qui est aussi séparé des organisations politiques. A l’évidence, ce qui semble se jouer aujourd’hui dans ces luttes et négociations, c’est une partie à trois : mouvement social de la société civile, représentants de l’Etat, élus politiques et jamais ces trois composantes n’avaient été aussi distinctement séparées. La vérité est que si dans le passé les élus politiques récupéraient facilement le mouvement social, aujourd’hui il est clair pour tout le monde que ces trois ordres –si on peut s’exprimer ainsi- société civile, Etat et élus politiques sont clairement distingués. C’est comme si nous assistions à une sorte d’autonomisation de la société civile. Si toutefois l’Etat semble bien se débrouiller dans ce jeu à trois, les plus mal à l’aise semblent les dirigeants politiques, surpris par l’ampleur du mouvement, sa popularité, et ils sont désemparés de constater que leur légitimité issu du pouvoir des urnes ne suffit pas à leur accorder une véritable autorité politique dans notre société. D’où leur faiblesse sur le mouvement en cours. Or, la représentation politique issue des urnes devrait être en phase avec la société civile, telle est du moins l’idéal d’une démocratie plus « participative ».

    Cela signifie que nous assistons à une crise de l’autorité politique dans notre pays qu’elle vienne de l’Etat ou des assemblées locales comme des mairies, dans le même temps ou le pouvoir social des organisation composant le collectif, effectif dans la rue, ne peut prétendre légitimement à imposer une autorité politique sur l’ensemble de la société. Cela serait parfaitement inacceptable car ce n’est pas son rôle et on ne peut faire l’économie des élections en toute véritable démocratie. C’est dire que la crise que nous traversons n’est pas uniquement sociale, elle a aussi une ampleur politique sans précédent même si cela n’est pas très clair dans l’opinion publique. Celle-ci d’ailleurs, quoique’ elle soutienne le contenu des revendications sociales notamment concernant la vie chère, a le sentiment qu’il y a beaucoup de non-dits et de jeux cachés qu’elle ne perçoit pas clairement. Soyons donc clair : ce qui se joue aussi dans cette revendication sociale, c’est la question du changement de statut, mis à l’ordre du jour par les assemblées locales martiniquaises. A ce sujet, il semble y avoir une certaine convergence entre l’Etat sarkozyste, certains élus comme la persistante Lucette Michaux-Chevry et certains dirigeants politiques ou syndicaux. Pourquoi alors ne pas en discuter franchement ?

    L’erreur politique de Victorin Lurel, Président de région, est d’avoir cru que le vote massif en faveur du non lors des dernières élections concernant le changement de statut, avait réglé le problème de l’identité collective. J’avais, me concernant, pris nettement position en cette période pour un non à ce que je considérais à l’époque comme une mascarade électorale. Je n’étais pas le seul, l’UGTG et certains indépendantistes aussi. J’avais dû alors subir la haine de certains indépendantistes alliés à Michaux-Chevry. Malgré tout, je maintiens encore ma position (étant entendu et tout le monde l’aura compris qu’en tant qu’intellectuel guadeloupéen né sur terre qui m’a nourri, je suis absolument insensible, quoique mortel, à toute tentative d’intimidation) et je tiens à rappeler mes principes.

    Pour comprendre ma position, il faut revenir à l’histoire, celle de nos pays issus de l’esclavage et de la colonisation. Une telle histoire rendait difficile la constitution d’un véritable espace public. Dans toute société colonisée, il ne peut y avoir de véritable société civile car l’Etat colonial, n’ayant aucune autorité légitime, est forcément tyrannique, n’exerçant son pouvoir essentiellement que par la ruse ou par la force. Je distingue donc entre un Etat républicain dont l’autorité est jugée légitime par l’ensemble des citoyens même si la lutte de classes demeure et l’Etat tyrannique n’exerçant son pouvoir que par la force. L’historien Jean-Pierre Sainton a eu le mérite, lors d’une conférence récente, de montrer que même avec la départementalisation, l’Etat français a continué de fonctionner comme si entre lui et la classe des politiciens il n’y avait pas de société civile pouvant faire tampon, faisant donc des politiciens une classe corrompue le plus souvent, virant casaque au gré de leurs intérêts ou de ceux de l’Etat. Si les événements de Mai 67 furent aussi dramatiques, c’est que l’Etat, pour assumer la répression, a su faire alliance avec la classe des politiciens isolant ainsi les indépendantistes, les seuls pourtant à exprimer à l’époque une certaine dignité politique, l’histoire devrait le reconnaître. Mais l’erreur de ces derniers consista, du moins est-ce mon avis, dans leur nationalisme même, incapable de saisir l’importance d’une société civile comme tout nationalisme et les tentatives de création originale, sous l’impulsion du PTG, d’une société civile à fort contenu social lors de la naissance de l’UTA puis de l’UGTG, fut dévoyée par la création de l’UPLG, parti nationaliste, livrant ainsi l’UGTG aux errances que l’on sait et dont elle semble vouloir sortir positivement aujourd’hui malgré quelques résurgences de méthodes douteuses quant au sens du bien commun.

    Voilà pourquoi j’ai été depuis plusieurs années, comme notre défunt ami et collègue Raoul Cyrille Serva dont je salue ici la mémoire, parmi ceux qui trouvaient nécessaire le développement d’une authentique société civile guadeloupéenne. Car sans celle-ci, aucune autorité politique, d’où qu’elle vienne, ne sera jugée légitime. Et il n’est pas acceptable que nous continuons à jouer ce jeu, en absence d’autorité politique admise légitiment, de cache-cache avec nous-mêmes, avec des revendications contradictoires, tant au plan social que politique, faisant de nous une société de gens capricieux et irresponsables, toujours prêts à tout mettre sur la faute de l’autre, le « papa blanc » en général ou l’ « Etat-colonialiste-français ». Nous ne savons être ni Français, ni Guadeloupéens ni les deux à la fois. Tel est notre malheur. Nous sommes constamment –et il est douloureux pour moi de le dire- dans ce qu’on appelle le « double lien » et les psychologues savent que cela peut conduire à la folie. C’est comme si nous étions menacés par la possibilité qu’un délire généralisé envahisse l’ensemble de notre société.

    Les trois solutions qui s’imposent à nous sont problématiques. 1- le maintien du statut quo, s’il nous procure des avantages sociaux, sanitaires, et l’égalité des droits, laissent pourtant planer l’ombre d’une question identitaire non résolue. 2-l’indépendance, surtout dans le monde actuel, est trop coûteuse, surtout pour les classes populaires qui verraient leur niveau de vie baisser considérablement. 3-l’autonomie, oui, mais elle est revendiquée surtout par la classe de ceux qui sont liés aux affaires, une sorte de bourgeoisie qu’un tel statut favoriserait. Il me semble que la seule façon de s’en sortir, c’est que nous quittions cet abord pathétique de la question, que nous sortions de notre névrose collective par un choix qui serait produit par une raison commune. Celle-ci permettrait d’abandonner une problématique identitaire confuse, lieu où tous les chats sont gris ayant surtout pour fonction de masquer les enjeux réels des classes sociales composant notre société. Mais où trouver cette raison commune ?

    Si je soutiens le mouvement social actuel malgré tous les paradoxes que je viens de souligner, c’est que je pense que s’il est bien conduit il pourrait nous mener au renforcement d’une société civile pouvant être le lieu d’une élaboration de cette raison commune. Car cette grande révolte sociale, par l’ampleur de sa contestation, par l’unité qu’elle produit et par le fait qu’elle semble provoquer un retour de la société sur elle-même, constitue déjà une timide émergence d’une société civile. D’autant plus que ce n’est pas à l’intellectuel de décider seul de son côté du moment où toutes les conditions concrètes seront réunies pour que se réalise son idéal. Comme disait Hegel, la philosophie vient toujours trop tard c’est-à-dire après que la réalité se soit développée et ce n’est pas au philosophe de décider de l’évolution effective de la réalité historique.

    Mais je voudrais mieux expliquer mon attachement à cette idée de société civile. Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas mon aversion pour le nationalisme et je me suis fait des ennemis à ce sujet et en Guadeloupe, et en Martinique. Il faudrait selon moi repenser la notion de peuple. Le nationalisme est toujours la visée d’un peuple-un. Il y a une tradition nationaliste, dans les pays colonisés, qui a structuré les luttes de libération nationale des années 60. Or cette conception nationaliste de l’identité nationale (car il y a des conceptions non nationalistes de la nation) est issue du romantisme allemand du XIX° siècle On trouve aussi en France cette idéologie nationaliste, qui a infesté le républicanisme français et que Sarkozy et Hortefeux essaient de remettre à l’ordre du jour. La différence entre Obama et Sarkozy, c’est que le premier assoit son autorité politique, dans la logique du fédéralisme, sur autre chose que du nationalisme, sur les Pères fondateurs de la Constitution en dépassant tout communautarisme, ce qui lui permet de refonder l’identité américaine affaiblie par des années de conservatisme. Si donc Obama pour l’instant est au plus haut des cieux, Sarkozy apparaît comme un roi, fait du néant, à l’autorité affaiblie La conception nationaliste du peuple, quoique venue d’Europe, a triomphé dans les pays colonisés dans les années 60 précisément parce que le colonialisme n’avait pas permis la naissance d’espaces publics authentiques dans les colonies. Le mouvement indépendantiste guadeloupéen a repris cette conception du peuple mais son échec est dû au fait de la fondation originale de nos sociétés antillaises n’ayant pas préexisté à la colonisation et ayant été façonnées au cours de la colonisation même. Pour quelqu’un sorti de l’esclavage, l’accès aux droits de l’homme et du citoyen prévalait sur des préoccupations strictement nationalitaires. Ce qui a conduit à l’assimilation.

    Mais n’exagérons pas. Il y a bien eu et dès le lendemain de l’abolition de l’esclavage, naissance balbutiante d’une société civile, avec la création d’associations ou sociétés de toutes sortes (la floraison de mutuelles est impressionnante et il faut saluer ici le combat mené actuellement par Mme Germaine Chicot-Marcin pour sauvegarder cette tradition gravement menacée par la logique du capitalisme). Mais avec la départementalisation, les Guadeloupéens participant à la vie publique française, se sont comme fondus dans la société civile métropolitaine et les tentatives de développement d’une société civile guadeloupéenne ont été fragilisées. Tout se passe donc comme si, alors que les Guadeloupéens comme citoyens français sont soumis à la loi commune républicaine française et que par leur vote ils participent à formation de l’autorité politique, ils passent toutefois leur temps à ruser avec cette loi commune, celle-ci n’ayant paradoxalement qu’une faible autorité pour eux, ce qui à mon sens est une pathologie politique. J’avance l’hypothèse que c’est parce que cette loi commune républicaine ne retrouve pas vraiment de relais dans la société civile locale qu’elle manque d’autorité et qu’elle est comme instrumentalisée par les relais politiciens locaux. Pourquoi alors réclamer une société civile locale alors qu’avec la départementalisation, nous sommes français à part entière ? Parce que si la république française a intégré les Antillais comme individus, elle n’a pas su prendre en compte l’histoire particulière de ces îles qui depuis quatre siècles (et ce n’est pas rien) ont tissé sous les cieux muets une expérience particulière du monde, riche et douloureuse, et que cela ne peut pas être jeté comme cela dans les poubelles de l’histoire. Si nous ne voulons pas sortir de l’ensemble français, de nouvelles formes d’intégration (et non d’assimilation) devraient être pensées, qui prendrait en compte ces spécificités. En résumé, s’il y a bien eu une forme de société civile guadeloupéenne, jamais celle-ci ne s’est véritablement autonomisée. Ce qu’il y a de fort dans le mouvement actuel, c’est qu’il procède à une véritable autonomisation de la société civile comme je l’ai montré où tout un peuple, avec des voix diverses, dit sa souffrance existentielle.

    Pour revenir à la question de l’identité, Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau ont critiqué cette vision simpliste de l’identité-une ou identité-racine, peu ouverte à la diversité du monde. Si nous antillais formons des peuples au sens anthropologique ou culturel, d’une part, cette identité culturelle ne s’épuise dans aucune racine unique, d’autre part cela ne peut suffire à faire un peuple politique. Nous nous sommes épuisés dans la quête d’une identité culturelle unique, ce qui peut parfois appauvrir nos productions culturelles et l’heure est venue d’accéder à la claire conscience politique de ce que nous voulons. Cela est pour moi l’impératif fondamental avant même toute décision administrative ou politique de changement de statut. Toute décision politique précipitée, dans un sens ou dans l’autre, qui n’aura pas été travaillée par la société civile, avant sa conversion nécessaire dans des élections, manquerait demain de légitimité ou d’autorité et nous reproduirions nos aspects névrotiques habituels.

    Ainsi, être un peuple responsable, c’est d’abord comme je l’ai dit accéder à la claire conscience politique de son vouloir et l’erreur des politiques ayant opté pour la départementalisation en 1946 est d’avoir consenti à une volonté latente du peuple mais pas à une volonté vraiment élaborée dans un espace public. L’identité, tant individuelle que collective, n’est pas pour moi une substance figée, une essence éternelle et immuable, une identité racine ou close. C’est plutôt un foyer virtuel surtout un processus ininterrompu. Construire donc une identité politique, voire une volonté générale, c’est plus compliqué bien que ce soit nécessaire. Cela exige une véritable réflexion, un retour sur soi. Ici, le rôle de la société civile est absolument nécessaire. Cela suppose une rationalisation des pratiques, une clarté des débats, une raison commune qui ne serait pas un pathos commun comme c’est le cas aujourd’hui. Cela suppose surtout que cesse ce terrorisme contre les intellectuels qui nous a fait tant de mal et dont nous payons le prix aujourd’hui. La Guadeloupe est le seul pays que je connaisse où le mot « intellectuel » est une insulte !

    Le grand mouvement social actuel pourra-t-il nous conduire vers une nouvelle société civile guadeloupéenne, riche de ses différences et de ses nombreuses potentialités ? J’en ai simplement l’espoir. Car certains doutes persistent. D’abord, il n’est pas tout à fait sûr que les dirigeants de la coordination aient tout à fait conscience de l’importance du mouvement qui risque même de les avoir surpris en quelque sorte. Ensuite, beaucoup de ses dirigeants sont peu ouverts à la problématique démocratique, voire aux droits de l’homme. Ils peuvent donc obtenir quelques conquêtes sociales mais rater ici une possibilité inédite. Ils peuvent aussi dans une problématique « révolutionnaire » décider pour le peuple et lui imposer un changement de statut et là, la guerre civile, à mes yeux, serait inévitable. Telle est la responsabilité qui s’impose à eux.

    En conclusion, en tant qu’intellectuel, je ne peux qu’espérer que les choses évoluent dans le bon sens en exprimant ici modestement mon point de vue qui je l’espère contribuera à enrichir le débat plutôt que ces attaques ad hominem stupides dont on peut être victime. Je ne prétends pas détenir la vérité car contrairement à ce que croyait Platon et après Marx, la politique ne peut être une science. Elle s’enracine plutôt dans ce qu’Aristote appelait la fragilité ou la contingence des affaires humaines. Voilà pourquoi il faut le débat. Pas seulement entre intellectuels. Comment peut-il se faire ? Tous ensemble nous devons inventer. Débat sur ce que nous voulons à l’intérieur de chaque association , de chaque organisation concernant la question sociale, mais aussi la question culturelle et surtout politique, débat dans la presse ou dans des revues, tout cela afin d’arriver à de véritables assises de la société guadeloupéenne, à une sorte de Convention. C’est la seule issue pour sortir de notre irresponsabilité collective et la jeunesse elle-même pourra s’investir dans ce débat. Pouvons-nous alors tout cela ? Je crois que oui, nous pouvons. Car si nous ne savons pas vraiment ce que nous voulons, nous Guadeloupéens, il est clair aujourd’hui que nous voulons le vouloir.

    Jacky Dahomay

  • Jean Matouk
    Jean Matouk
    Economiste
    • Posté à 14h46 le 31/01/2009
    • Internaute 1101
      Economiste

    Pan sur le bec. D’accord pour « insulaire » au lieu d’ilienne. Je n’aurais pas du risquer ce néologisme
    Je ne suis effectivement pas en Guadeloupe, mais en Martinique, d’ou j’ai suivi très attentivement toutes les nouvelles locales et je connais , je crois, assez bien , la Guadeloupe. Le chiffre de 50.000 personnes dans la manif d’hier a été effectivement avancé, contre celui de 10.000 par les autorités. J’ai repris , en l’arrondissant à 20.000 le chiffre de France 3. Excuses, si c’est vrai, aux manifestants que j’ai ainsi, en quelque sorte zappé. De toutes façons la manifestation était importante.

    J’ajoute que vu le succès de Rure 89 et le nombre d’articles à passer, le mien, sous cette forme, est un peu en retard. Depuis lors diverses pistes de négociations ont été annoncées, sur les droits de mer pour les produits de première nécessité et les carburants, et une augmentation de l’aide au logemenbt pour compenser les hausses de loyers. L’alliance ( autre excuse pour la faute d’orthographe créole) va les étudier. Nous verrons samedi, dimanche ou lundi.

    Reste que, sur le fond, je maintiens totalement mon analyse. J’ai beaucoup apprécié la chronique humoristique confondant Haiti et la Guadeloupe, d’autant que je participe depuis 20 ans à une action humanitaire en Haïti ; Certains commentaires sur la Guadeloupe depuis dix jours. sont effectivement très exagérées quand à la situation matérielle objective des guadeloupéens.
    Néansmois, l’économie reste sous développées, et aurait du , depuis longtemps être plus tournée vers l’avenir.Malheureusement,, c’est le cas aussi d’une quarantaine d’autres départements français du centre et de l’ouest.

    Peut-être ce que j’observe de plus près en Martinique, ne se produira pasen Guadeloup. Peut-être le concept de créolité n’y a-t-il aucun sens. Peut-être ne peut-il avoir de déclinaison économique. Mais admettons quand même que c’est une piste plus prometteuse que d’augmenter la perfusion.

    Jean Matouk

    • nemo3637
      nemo3637 répond à Jean Matouk
      Déchoukeur
      • Posté à 02h58 le 01/02/2009
      • Internaute 44521
        Déchoukeur

      On peut donc s’estimer heureux, cher professeur, que vous daigniez répondre ici quelque peu aux « riverains ». Car d’ordinaire c’est plutôt le silence qui répond à nos commentaires...

    • Akaz
      Akaz répond à Jean Matouk
      Malfini
      • Posté à 20h35 le 01/02/2009
      • Internaute 30066
        Malfini

      « Peut-être ce que j’observe de plus près en Martinique, ne se produira pasen Guadeloup. Peut-être le concept de créolité n’y a-t-il aucun sens. Peut-être ne peut-il avoir de déclinaison économique. Mais admettons quand même que c’est une piste plus prometteuse que d’augmenter la perfusion. »

      On va continuer dans les critiques
      On pourrait rajouter Chamoiseau et Glissant, « fils spirituels » de Césaire. Le n’importe quoi de votre analyse sur « la négritude » et « la créolité » et leurs traductions en politique. Ne serait-ce que parce que le PPM a toujours été un parti qui représentait toutes les composantes de Fort-de-France...

      La Martinique a connu des mouvements syndicaux très violents et très actifs, mais aussi des pratiques plus réformistes. Le modèle c’est Lagrosillère et l’accord avec les planteurs dans les années 1920.
      Jusqu’à très récemment, le pays était très souvent bloqué(grèves des banques, des transports, des supermarchés), ça s’est calmé(je le répète) parce qu’une plate formede négociation permanente a été mise en place. Rien à voir avec une quelconque « créolité »...

      J’ai noté tellement de choses fausses, je pourrais en écrire un bouquin...

      Mais une chose : l’arsenal juridique, politique, les mécanismes économiques sont inadaptés aux deux îles car importés et imposées...
      La France n’est pas connu pour être un pays qui laisse beaucoup d’autonomie à ses régions (et chez nous les handicaps résultent d’une politique voulue et bien implantée pendant trois siècles-Martinique, Guadeloupe îles à monocultures depuis le 17e siècle).
      On ne s’invente pas, comme ça, du jour au lendemain, créateur de normes...Bref, il faudrait beaucoup plus d’ampleur et de préicsion à l’analyse de l’économie des îles, plutôt que des schémas réducteurs,faciles somme toutes...

      • Akaz
        Akaz répond à Akaz
        Malfini
        • Posté à 21h17 le 01/02/2009
        • Internaute 30066
          Malfini

        On pourrait, par exemple, parler de ça :

        Regarder bien les banques les plus chères, eles sont toutes dans les DOM(ou presque) :
        Lien

        Ou encore du Groupe France Antilles et des loyers « guantanamesques » qu’il paye pour ses locaux en Guadeloupe et en Martinique, dans des endroits ou la pression foncière est énorme...

        On pourrait aussi parler qu’il est plus facile d’avoir un prêt pour investir aux Antilles en France hexagonale qu’aux Antilles même.

        On pourrait parler de la Sara (il y avait des commentaires très éclairants sur la grève guyanaise il y a peu), d’Orange...

        La Martinique comme la Guadeloupe ont des secteurs dynamiques mais qui ont du mal à s’imposer comme véritables moteur économique par manque de « projection régionales ». Qu’est ce qui bloque ces secteurs ? Pourquoi deux pays capables de former autant de cadres et d’ingénieurs n’arrivent pas à bouger ?
        Qu’est ce qui motive l’inertie ? Qui a à gagné par l’inertie ? Plutôt que de ressortir les sempiternels « békés », il y a de vrais enjeux et de vrais questions...

        On pourrait parler de pleins de choses en Martinique et en Guadeloupe, parce que le mécanisme sur les prix on sait bien comment il fonctionne c’est bien ce qu’il y a côté qui est important...

         
        • FabiendeMénilmontant
          FabiendeMénilmontant répond à Akaz
          journaleux - blogueur
          • Posté à 22h02 le 01/02/2009
          • Internaute 14145
            journaleux - blogueur

          le Groupe France-Antilles n’est-il plus propriétaire de ses locaux de Pointe-à-Pitre ?
          il les a pourtant fait construire ! que s’est-il passé ?
          le journal a quitté la rue Hincelin en 1986 si je ne m’abuse, où il occupait un trois pièces loué à prix d’or, pour un achat (derrière l’ex-Banque Populaire de la Guadeloupe, entre temps devenue Bred).

        1 autres commentaires
  • COMPTE BLOQUE 19.02.09
    • Posté à 22h30 le 01/02/2009
    • Internaute 68105
      ...

    Il semblerait que le système actuel, certainement imparfait, ne plait pas aux habitants de la Guadeloupe.
    Je crois qu’une bonne indépendance serait juste ce qu’il faut.
    Je suis curieux de voir comment ils feraient les Guadeloupéens...

  • chrisboy33
    chrisboy33
    INFIRMIER
    • Posté à 11h01 le 02/02/2009
    • Internaute 68152
      INFIRMIER

    Mr Jean MATOUK++++++Je ne suis pas un lecteur assidu de RUE 89 ,mais je suis trés sensible a la crise en Guadeloupe...Il y a une dizaine d années nous vivions a l ile de la REUNION et les problemes de vie chere etaient dejà denoncés...Un de mes amis journaliste au Canard enchainé,sensible a mes arguments,avait signalé cet état de fait ,mais,bien sur...... aucune réaction... Pourriez vous,cheére RUE 89’ dans un de vos prochains articles,et ,peut etre susciter de vos confrères qu ils fassent de memes,signaler les vrais prix des matières premières dans toutes ces iles francaises en regard des prix en métopole bien sur ...Cest réellement un trés gros problème, le gros problème ! ! ! ! ! ! ! .....Et pourtant les yoghourts,pour prendre cette exemple édifiant,sont fabriqués sur place a l ile de la Reunion ...Edifiant ,non ? ? ? Comment peuvent vivre les insulaires avec un salaire equivalent a celui d un métropolitain,et pour beaucoup d entre eux avec les minimums sociaux ...Je ne parle pas ici des salaires des fonctionnaires avec majoration de 40%....Nous sommes donc revenu en métropole alors que notre souhait etait de participer au developpement de cette ile,a notre niveau bien sur,nous sommes tous deux infirmiers...Bravo a tous ces commentaires que je partage pour la plupart et pensées a WESTIN qui m a donner un exemple « de prendre les gens pour des c ..ns » 29,99 internet ici et 70 euros là bas que dire des abonnements des mobiles....

  • lauent
    lauent
    homme libre
    • Posté à 21h47 le 02/02/2009
    • Internaute 62262
      homme libre

    Lisez ce splendide appel d’un Guadeloupéen de 40 ans lucide, non violent et... radical !

    « Yon’n a lôt, sé ansan “m nou ké rivé ‘

    sur :

    Lien’n-a-lot-se-ansan-m-nou-ke-rive/

    (merci)

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