Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Antilles : augmenter l'impôt sur le revenu des tranches hautes ?

Jean Matouk
Economiste
Publié le 25/02/2009 à 13h08

La Guadeloupe est toujours sur la ligne de crête. La Martinique s’y est engagée. Dans l’une, les négociations butent sur les 200 euros ; dans l’autre la revendication a été portée à plus de 300 euros nets, comme en écho amplifié et en appui implicite à la revendication de l’île sœur.

A écouter Elie Domota, le dirigeant du syndicat de fonctionnaires qui anime le mouvement, tout est de la faute de l’Etat qui refuse de mettre directement la main à la poche en compensant l’éventuel effort patronal par des réductions de charges.

On doit admettre que cette crise n’a pas été bien gérée au niveau gouvernemental. Yves Jégo s’est rendu trop tard en Guadeloupe, craignant peut être de donner ainsi trop vite trop d’importance au conflit.

Il a ensuite, semble-t-il , engagé verbalement un peu vite les finances de l’Etat, au point que François Fillon a dû remettre les pendules à l’heure. De plus, Nicolas Sarkozy a « oublié » le conflit dans sa prestation télévisés du 5 février et tardé à s’y intéresser.

L’Etat n’est pas responsable de tout

Mais quelques que soient ces atermoiements, ils ne justifient pas l’imputation du blocage des négociations au seul Etat, en oubliant notamment toutes les concessions sociales faites par ailleurs aux 140 revendications initiales des grévistes guadeloupéens qui mettent directement en cause les finances de l’Etat et des Collectivités locales.

Comment un observateur neutre peut-il analyser le conflit dans son état actuel ?
Deux patronats coexistent dans les Antilles comme en métropole :
- Un « grand » patronat, dominé là-bas par les grands « békés », souvent planteurs de bananes, propriétaires d’une large part du grand commerce, des concessions automobiles et ayant des participations dans le raffinage et la distribution du carburant.
- D’autre part, un petit patronat, quelquefois béké, quelquefois d’origine métropolitaine, souvent mulâtre ou noir, qui survit parfois difficilement dans l’île.

Pour ce dernier, une hausse de 200 euros sur les bas salaires jusqu’à 1,6 fois le SMIC (mais même sur le SMIC tout court) est insoutenable sans aide. Par contre, le grand patronat pourrait aisément supporter seul, une hausse importante (10% ou 12%) sur le SMIC et décroissante ensuite.

Apparemment, le patronat local aurait accepté la hausse de 200 euros sur les « bas » salaires (le niveau de ceux-ci devant être précisé, jusqu’à 1,3 ou 1,5 fois le SMIC ?), à condition de n’en supporter que 50 euros, les collectivités locales 50 euros elles aussi (ce qui reviendrait à augmenter les octrois de mer ou la perfusion de l’Etat), 100 autres, si l’on a bien compris, leur étant compensé par des dégrèvements de cotisations sociales.

Les risques du refus patronnal

L’Etat, en la personne du préfet a jusqu’ici refusé. Du coup les « patrons » ne sont pas revenus à la table des négociations, le petit patronat servant de « bouclier » pour justifier l’appel au finances publiques. Tactique usuelle qu’ont pratiquée depuis des décennies les grands céréaliers français « poussant devant eux » les petits polyculteurs.

Ce refus patronal risque d’entraîner de nouvelles violences. Certains békés, extrémistes, pensent peut-être qu’elles entraîneraient alors nécessairement une répression policière, comme en écho à 1952 et 1967 qui assagirait les manifestants.

Ils se trompent lourdement. La majorité, plus sage, espère plutôt que la simple pression de la rue et des manifestations, va contraindre finalement l’Etat à céder.

C’est en ce sens qu’il y a une certaine union dialectique entre les « adversaires » sociaux.

La prise en charge indirecte par l’Etat de la hausse de salaires satisferait tout le monde. Et l’accusation répétée d’Elie Domota à l’encontre du refus de l’Etat accrédite largement cette thèse.

Comment financer le coût de cet effort ?

Mais le coût pour les finances publiques irait bien au-delà des 100 millions euros (200 ou 300 avec la Martinique). Et pourquoi les salariées des autres DOM TOM n’en bénéficieraient-ils pas ?

N’avons-nous pas aussi en Métropole nos « DOM intérieurs’ dans les quartiers sensibles, avec un chômage à 20% de la population active, 40% pour les jeunes, et un revenu moyen égal à la moitié du revenu moyen français ?

Il existerait une solution transactionnelle plus juste et économiquement plus judicieuse.

Pourquoi l’Etat, s’il doit finalement apporter son écot à l’augmentation des bas salaires dans les îles, ne prélèverait-il pas la contrepartie sous forme d’une augmentation des taux sur les tranches hautes de l’impôt sur le revenu de ces mêmes îles ?

Ainsi, au moins, la dette publique ne s’alourdirait-elle pas ! Alternativement d’ailleurs, quitte à l’alourdir, ce prélèvement sur les plus hauts revenus pourrait être investi, comme on l’a déjà proposé plusieurs fois, dans des investissements productifs aux Antilles.

Puisque l’on parle d’Etats généraux sur l’avenir des DOM-TOM, pourquoi ne pas y inclure un tel réinvestissement un peu forcé de la part des personnes physiques qui ont largement “profité” depuis des décennies.

Et l’on ne peut éviter une autre question gênante. Si, comme il serait légitime, on parvient effectivement à égaler les prix aux Antilles aux prix de la métropole, que devient alors la prime “de vie chère” de 40% des fonctionnaires, qui, par parenthèse, est justement celle qui a permis au grand commerce de “profiter” ?

Ne devraient-ils pas , eux aussi, quand ils sont à plein temps et titularisés, participer à l’effort en faveur des moins favorisés de nos concitoyens antillais ?

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  • 7 réactions
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  • sup. à la demande du riverain 29 juin
    • Posté à 19h06 le 25/02/2009
    • Internaute 58127
      bye bye ...

    le jour où un journaliste voudra bien donner des informations sur :

    - démographie
    - chômage et emploi
    - nombre de fonctionnaires
    - nombre d’emplois dans le privé par secteurs

    importation / exportation

    faire des comparaisons entre guadeloupe/métropole
    - les salaires (avec les primes et avantages)
    - les taxes réelles
    - les impôts

    j’aurais peut-être le coeur d’essayer de comprendre et ensuite de commenter les recherches de solution.

  • Akaz
    Akaz
    Malfini
    • Posté à 20h40 le 25/02/2009
    • Internaute 30066
      Malfini

    J’ai une question :

    Le groupe Parfait c’est des békés ?
    Le groupe Ho Hio Hen c’est des békés ?
    Les Gaddarkan c’est des békés ?

    Quand vous ferez votre job correctement sur les antilles, je reviendrai sur Rue89, parce que deux mois d’approximations et d’erreurs sur des faits, sur tous les médias français, ça suffit !

    • sup. à la demande du riverain 29 juin
      • Posté à 21h14 le 25/02/2009
      • Internaute 58127
        bye bye ...

      surtout qu’historiquement c’est tout faux !

      Il n’y a pas de békés guadeloupéens, au sens strict de « béké » - descendant des propriétaires esclavagistes.

      Au moment de la Révolution, les békés de Guadeloupe ont tous été guillotinés. Pendant cette période, ceux de la Martinique l’ont livrée aux Anglais. Grâce à cette protection, ils ont survécu.
      Les « békés de Guadeloupe », sont soit de békés martiniquais qui se sont installés dans l’île (on en retrouve certains dans la grande distribution), soit de Syro-Libanais et de Blancs venus d’Italie ou de métropole.

    • Jean Matouk
      Jean Matouk répond à Akaz
      Economiste
      • Posté à 22h45 le 25/02/2009
      • Internaute 1101
        Economiste

      A Akaz et Waldo

      Je n’ai jamais écrit que les békés étaient guadeloupéens. Effectivement, une part importante des actifs en Guadeloupe sont détenus par des békés martiniquais. Ce qui ne veut pas dire que d’importants actifs ne sont pas détenus par d’autres . Quand je vise les contribuables, je les vise évidemment tous. Mais le problème qui se pose est celui des PME, qui, elles, appartiennent, comme je l’ai écrit, à des métros, ou des guadeloupéens noirs ou mulâtres, ou quelques békés martiniquais. Il est impossible , dans la taille des textes mis en ligne ( et qui ne peuvent pas être plus grands car ils ne seraient pas lus), de mettre des statistiques démographiques ou économiques et fiscales détaillées. Celles-ci existent et sont fournies par l’INSEE.

      J’ajoute que le raisonnement que je tiens pour les Antilles, à propos de solidarité fiscale, je le tiens aussi pour la France toute entière , donc pour la Métropole. Nous devons réaliser une bien plus grande solidarité, réduire partout les inégalités par tous moyens, mais aussi développer partout des investissements productifs. Voir , si vous voulez plus de détails, plusieurs chroniques que j’ai mises en ligne sur Rue 89 depuis plusieurs mois et , récemment, mon article de » La Tribune » de jeudi dernier 19 février

      Merci quand même de m’avoir lu.

  • alpha_et_omega
    alpha_et_omega
    (enseignant)
    • Posté à 06h30 le 26/02/2009
    • Expert 58272
      (enseignant)

    A chacune de ses chroniques, ce Matouk, c’est la haute tranche de rire assurée !

  • Jean Matouk
    Jean Matouk
    Economiste
    • Posté à 16h11 le 26/02/2009
    • Internaute 1101
      Economiste

    A Alpha et Omega

    En principe , un enseignant développe une idée de base
    On aimerait les développements de la vôtre.. selon votre pseudo, du début à la fin. J’espère qu’ils ne seront pas à pleurer

  • Mansan-
    • Posté à 19h20 le 26/02/2009
    • Internaute 25381

    La Guadeloupe vient de connaître une nuit d’intenses violences et d’agitations.
    Oui, la jeunesse de notre pays s’est défoulée.
    Oui, la jeunesse de notre pays a cassé, brûlé, pillé.
    Mais pourquoi ?
    Qui est le véritable agresseur ?
    Ce n’est pas « NOUS ».
    S’il est vrai que de rares violences urbaines se sont produites au début de la grève, elles se sont rapidement essoufflées car NOUS avions TOUS compris que le calme, la dignité et le civisme étaient nos principaux alliés.
    Toutefois quand M. Yves JEGO affirme qu’il saura comment faire pour de nouveau appliquer le droit dans notre pays, n’est-ce pas là de la provocation ?
    N’est-ce pas là un processus d’infantilisation ?
    N’est-ce pas là une menace d’un parent mécontent vis-à-vis de son enfant qui aurait mal agi ?
    Ce discours de M Jégo a été minimisé, presque tu, il a peu ou pas été relayé dans les médias nationaux contrairement à celui de M. DOMOTA qui selon ces mêmes médias nationaux aurait appelé à la violence, à la révolte, à la rébellion, nous demandant ainsi de laisser s’exprimer notre nature première de « sauvages ».

    Car le problème il est là, on veut que NOUS apparaissions encore une fois au lendemain de ces échauffourées comme ceux qui resteront ad vitam aeternam aux portes du savoir-être, aux portes du savoir-vivre, aux portes de la CIVILISATION.
    Mais quand vous entendez ces hommes, ces femmes qui relatent les coups, les humiliations, les vexations, les flagellations racistes infligées par des forces de l’ordre armées jusqu’aux dents et c’est un euphémisme : qui est demeuré aux portes de la Civilisation ?
    Quand vous entendez et voyez un chef de la police qui justifie, excuse, minimise le déploiement et la violence militaires réponse selon lui à des jets de pierres, de cailloux, à des ATTAQUES, n’est-ce pas normal que l’HOMME antillais s’insurge, se sente touché dans sa chair et réagisse ?
    Nous sommes et nous resterons comme le dit Fanswa Ladrézeau, grand artiste guadeloupéen, « on lawmé san fizi » (= une armée sans armes).
    Nos seules armes sont notre foi, notre détermination et notre dignité et elles le resteront.
    La violence dont nous avons été témoins n’est que le cri de souffrance d’une jeunesse qui peut-être n’a pas la sagesse d’ainés qui ont connu Février 1952 (des travailleurs grévistes ont été sauvagement tués), Mai 1967 (répression où des étudiants et travailleurs ont été sauvagement tués), Octobre 1984- Juillet 1985 : affaire Faisan ( un jeune noir reçu un coup de pied de la part d’un professeur blanc et qui déclencha une vive réaction populaire) et qui ont appris a relativisé ?
    La violence dont nous avons été témoins n’est que la réaction peut-être disproportionnée d’une jeunesse qui en a marre et qui use du seul moyen d’expression héritée de la société moderne : la violence.
    En effet, pouvons-nous nier que moult et moult injustices n’ont eu cesse d’ébranler notre fragile équilibre ?
    Pouvons-nous occulter qu’une pléthore d’injustices au soubassement racial est demeurée impunie par « le Pays des droits de l’homme et du citoyen » qui soit dit en passant a toujours usé de la répression que ce soit en Afrique, que ce soit dans « les Iles » pour rétablir l’ordre.
    Ainsi paradoxalement alors qu’on nous reproche de « racialiser » le conflit, on oppose symboliquement des guadeloupéens majoritairement Noirs à des militaires majoritairement blancs.
    Il y a en effet des symboles qui ravivent des souffrances, qui raniment de vieilles querelles, d’anciennes tensions que notre inébranlable HUMANISME antillais n’a cessé de refouler.
    Oui, plus que quiconque nous avons toujours su inlassablement tendre une joue éraflée, blessée, tuméfiée mais n’est-ce pas NORMAL qu’un jour notre exaspération soit telle que nous réagissions ?
    Au-delà des revendications du LKP, au-delà de la crise sociétale et mondiale, l’expression (aussi violente soit-elle) de la frustration d’un Peuple dont on a nié l’histoire, dont on a occulté les souffrances et qui n’a jamais connu que la Répression comme seule et unique mode de dialogue, n’est-elle pas légitime ?
    Non, la jeunesse de notre pays ne s’est pas seulement défoulée.
    Non, la jeunesse de notre pays n’a pas seulement cassé, brûlé, pillé.
    Oui, tout le Pays a mal.

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