Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Crédit à la consommation : et si on revoyait le calcul du taux d'usure ?

Jean Matouk
Economiste
Publié le 18/03/2009 à 12h42

Les mesures que vient d'annoncer le gouvernement pour lutter contre le surendettement ne sont pas à la hauteur du problème.

Fondamentalement, dans tous les pays développés, la dette des ménages s'est envolée en grande partie pour compenser le freinage des salaires résultant de l'ouverture des frontières aux marchandises des pays à bas salaires.

Pour soutenir la consommation, donc la production et les profits des entreprises, le crédit à la consommation s'est substitué partiellement aux salaires La vraie thérapie consisterait donc à renverser les deux termes, en partie substituables, du binôme, et à redonner du pouvoir d'achat aux moins aisés qui sont les candidats les plus sûrs au surendettement.

Telle n'est pas le choix du gouvernement qui préfère s'attaquer à la conséquence qu'à la cause.

Mais même à ce niveau, son action est insuffisante.

  • Doubler le délai de rétractation des emprunteurs, c'est-à-dire la durée durant laquelle ils peuvent encore renoncer à l'emprunt, la passer d'une semaine à deux, est sans aucun doute utile.

  • Imposer que chaque remboursement comporte une part de capital, et pas seulement de l'intérêt, comme cela se produit avec les prêts renouvelables (« revolving »), l'est aussi. Nombre d'emprunteurs accumulant les emprunts atteignent le plafond de leur crédit renouvelable et commencent ensuite à ne rembourser que des intérêts.
  • Admettons enfin qu'il soit important de rappeler aux « drogués » de la dette que le prêt doit être remboursé. Ces trois mesures gouvernementales sont acceptables.

On peut être sûr, cependant, qu'elles n'auront qu'une efficacité préventive très marginale et, surtout, qu'elles ne règleront pas les problèmes des surendettés actuels.

Trois autres mesures auraient été plus efficaces :

  • Recenser tous les crédits et bloquer les nouveaux octrois aux particuliers insolvables

D'abord recenser tous les encours de crédits à la consommation de tous niveaux à personnes physiques en France, à une date fixe, proche, par un obligation absolue faite à tous organismes prêteurs, sous peine de graves sanctions, de les déclarer.

La Banque de France dispose largement du personnel, du matériel et de l'autorité nécessaire à ce recensement, qui existe déjà pour les crédits aux entreprises.

En recoupant ce recensement avec les diverses déclarations de revenus, fiscales ou sociales, sous confidentialité absolue, il serait déjà possible de bloquer, au moins temporairement, l'octroi de tout nouveaux prêt à à quelques milliers ou dizaines de milliers de personnes clairement incapables de rembourser.

Il ne s'agirait pas d'un fichier mis à la disposition des établissements de crédit, mais d'un fichier auquel n'aurait accès que la Banque de France, laquelle répondrait à la demande obligatoire du prêteur positivement ou négativement.

Tout octroi sur réponse négative serait passible de sanction en cas de surendettement. Une telle mesure, déjà envisagée, avait été repoussée, au prétexte qu'il s'agirait d'un fichier de plus. Mais dans l'urgence et en garantissant une confidentialité totale, une telle mesure serait d'intérêt général.

  • Pourquoi ne pas interdire aux établissements financiers certains types de prêts renouvelables particulièrement générateurs de surendettement ?

Si l'interdiction ne devait pas être totale, du moins pourrait-on fixer des normes de revenus en deçà desquels octroyer de tels prêts est une faute entraînant déchéance automatique des droits du prêteur en cas de litige.

  • S'intéresser de près au taux de l'usure

Depuis une loi de 2003, celui-ci se calcule non pas à partir de chiffres objectifs extérieurs aux banques, comme le taux de refinancement de la banque centrale ou le taux des bons du Trésor, mais à partir du « taux effectif moyen » pratiqué par une série de banques interrogées par la banque centrale.

Cela conduit, au premier janvier 2009, à un taux moyen de 15,99% (pour un montant de prêt inférieur à 1 524 euros) donc, lisez bien, à un taux d'usure de 21,32%. Ce dernier est calculé en ajoutant 33% au taux effectif moyen.

Certes, ce taux n'est jamais atteint, puisque le dépasser serait délictuel, mais des taux voisins sont fréquents. En quelques jours, trois personnes m'ont indiqué que leur banque leur imposait des taux de 17% ou 18% sur prêts renouvelables ou « de restructuration » de prêts antérieurs qu'elles n'avaient pas pu honorer.

On peut aisément comprendre que les banques interrogées pour calculer le taux aient tout intérêt à indiquer un taux assez élevé et que leur convergence sur ce point n'ait même pas à être « organisée ». Elle est « naturelle » !

Le taux d'usure applicable aux prêts immobiliers n'est d'ailleurs à la même date que de 7,8%. Malheureusement, la plupart des surendettement viennent de l'accumulation d'emprunts, dont , éventuellement un immobilier, mais plusieurs autres « de trésorerie » donnant lieu à ces taux « usuraires » bien que non supérieurs au taux d'usure.

En cette période, il paraîtrait donc tout à fait normal que le gouvernement modifie son décret de 2003, et fixe, au moins temporairement, un nouveau taux d'usure applicable aux encours de crédits à la consommation, qui serait plus proche de 9% ou 10%.

Cela soulagerait immédiatement les ménages endettés, et freinerait peut-être les officines et courtiers divers dans l'offre de crédits à des personnes insolvables ou qui vont le devenir. Les banques, dont l'endettement est garanti par l'Etat et qu'il vient de recapitaliser peuvent assumer cette perte de recettes, utile aux moins favorisés d'entre nous.

  • 5660 visites
  • 15 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Tophee
    • Posté à 13h35 le 18/03/2009

    Vous avez parfaitement raison.

    Il serait aussi bon de revoir le taux d'intérêt applique par le fisc sur les retard de paiement. Ce taux n'a jamais été revus a la baisse alors que le loyer de l'argent a lui baisse considérablement au cours de la décennie écoulée. Il constitue maintenant une punition, ce qui n'est pas supose etre le cas.

  • dBy
    dBy
    Citoyen en quête d'espoir
    • Posté à 13h52 le 18/03/2009
    • Internaute
      Citoyen en quête d'espoir

    Tout d'abord merci pour ce travail de recherche et de compréhension du problème. On n'en a pas tous la patience !
    Pour ma part je poserai le problème, à la fois sur un plan plus global et économique (combien ça coûte ? ), et sur un plan social (la solidarité).
    Combien ça coûte : en effet, combien a-t-on de foyers surendettés et combien cela coûte-t-il à la société ? A côté de ça combien rapportent à cette même société l'ensemble des foyers « sous“-endettés (c'est à dire capables de rembourser leur dette, pour l'instant) ? A mon avis la différence est incommensurable. Où voulai-je en venir ? C'est tout simple : partant du constat qu'en général on ne sort du surendettement qu'en gagnant au Loto (à crédit bien sûr), la société n'a pas d'autre solution pour sortir les gens du surendettement que de solder leur dette. Par exemple, sur ordonnance présidentielle, tous les organismes bancaires abandonneraient leur créances sur les foyers surendettés puisqu'ils bénéficient des aides publiques (c'est largement à leur avantage...).
    La solidarité : en pratiquant ainsi la société fait un geste pour aider ses représentants en difficulté, qui lui rendront forcément puisqu'ils vont pouvoir recommencer à vivre normalement.

    Mais faire cela ne serait que l'acte final d'une refonte complète du système de crédit. En effet, la crise du crédit que le monde vit actuellement est (enfin) le signe précurseur de la rupture entre les peuples et l'argent qui ne vit que pour lui-même. La refonte du système du crédit que je propose abolirait le taux d'usure pour les crédits à la consommation. Je m'explique :
    Quand un argentier prête à un investisseur il participe à un projet qui a pour but de faire des plus-values, que ce soit en production de biens ou de services. Il est donc légitime qu'il revendique une part de ces plus-values.
    Quand un consommateur emprunte pour acquérir un bien de consommation, il n'y a aucune plus-value à faire puisque c'est justement la vente de ce bien qui génère, pour l'investisseur précédent, une plus-value. L'argentier en a déjà pris sa part. Il s'agirait donc, dans ce cas, d'une avance faite au consommateur pour ‘faciliter’ le dégagement de plus-value par l'investisseur et donc la rémunération de l'argentier.
    La soumission de cette avance à un taux d'usure serait donc totalement amorale. Tout au plus des frais de dossiers et une commission unique peuvent-ils être perçus pour le service.
    En revanche dans un tel système il faut aussi border sévèrement la faculté d'emprunter des consommateurs, c'est à dire leur imposer quand ils empruntent pour consommer de disposer d'une capacité réelle de remboursement, gagée par le prêteur jusqu'au remboursement total.
    Et pour atteindre cet état il faut aussi que nous cessions de vivre et de consommer selon nos envies, pour nous remettre à satisfaire d'abord nos besoins. Oublier la notion de croissance pour adopter la notion de suffisance. Y est-on prêts ?

  • sinclair
    • Posté à 14h50 le 18/03/2009

    Les credit revolving adossés ou non a la CB sont un scandale d'usure. Pour voir j'ai fait une recherche y compris sur l'offre allechante de 3.9% qui fleurit un peu partout poudre aux yeux valable une fois sur un nombre limite de mois.

    Autrement toutes roulent a plus de 20% de TEG par an , hors assurance ou assistance juridique (on sait jamais) avec des subtilités a vomir.
    Alors que le taux de la BCE est a 1.5%. Au delà de la façon d'accorder ces prêts, il faudrait voir a les rendre acceptable. Ce serait plus facile que des subtilités tel que « Un pret doit être remboursé »

    Est il besoin de rappeler que ces prêts sont offerts aux plus pauvres qui n'ont que cela soit pour céder a un commerçant peu scrupuleux soit pour faire face a un coup dur.

    21% (avec l'assurance) est ce bien acceptable et honnête ? apparemment oui, sans problème pur Mme Lagarde et le gouvernement. Pas d'inquiétude le banques vont rapidement refaire leurs pertes.

    • zénon denon 84
      zénon denon 84 answers to sinclair
      Bonne
      • Posté à 20h33 le 18/03/2009
      • Internaute
        Bonne

      Oui ,mais
      que feraient les riches -et tres riches -
      sans le nombreux pauvres . ?
      Voir le nouvel axiome J F Coppé /une splendeur !

      Question à 1000 euros :
      Si on supprime les riches , supprime-t-on de facto ,les pauvres ?

  • spin590
    • Posté à 15h08 le 18/03/2009
    • Internaute

    La notion de « marge abusive » évoquée dans le cadre des prix pratiqués aux Antilles, ne s'applique-t-elle pas aux banques ?

  • Chlore
    Chlore
    Plurium interrogationum
    • Posté à 17h54 le 18/03/2009
    • Internaute
      Plurium interrogationum

    taux d'usure ... de plaquette de frein

    C'est sur qu'en cette période de baisse du pouvoir d'achat il y a usure certaine de la valeur financière

    Plutôt taux de l'usure non ?

  • General Subverciòn
    • Posté à 18h19 le 18/03/2009

    Fondamentalement, dans tous les pays développés, la dette des ménages s'est envolée en grande partie pour compenser le freinage des salaires résultant de l'ouverture des frontières aux marchandises des pays à bas salaires.
    Sauf que la France n'est pas un pays dévellopé...le pays de la réforme perpétuelle à tel point qu'on en est à réformer la réforme de la réforme...pas étonnant que les autres pays nous prennent pour des guignols....à plus forte raison avec l'autre caractériel à l'Elysée...

  • CAUSTICUM
    CAUSTICUM
    désabusé de plus en plus ...
    • Posté à 20h14 le 18/03/2009
    • Internaute
      désabusé de plus en plus ...

    La consommation au prix de taux proches de l'usure ; preuve s'il en était besoin, que la mondialisation n'a d'autre objectif que d'enrichir les banques et ce au détriment à la fois de la population et des entreprises.
    Avec en effet des intérêts quasi permanents de l'ordre de 20 % et une dette quasi inextinguible (crédit revolving = crédit révolver = crédit suicidaire), les emprunteurs paient finalement aussi cher, voire plus cher leurs achats, que si les produits qu'ils achètent avaient été fabriqués en France (ou tout au moins en Europe) et payés à l'aide de crédits « normaux », c'est à dire à des taux proches du taux de rémunération de l'épargne sur la durée considérée.

    L'écart de prix entre le salaire des chinois (qui fabriquent nos biens de conso. - ne pas confondre avec les services) et le coût final des achats supporté par nos concitoyens (les plus pauvres), va aux banquiers prêteurs et non aux entreprises françaises et européennes ; et les banquiers prêteurs, on sait désormais ce qu'ils font de leur (notre) argent, via les paradis fiscaux ...

    Autrement dit, la pratique des taux usuraires n'est possible que parceque le coût des biens consommés est au départ très bas du fait de la mondialisation. La mondialisation censée initialement enrichir tout le monde, enrichit de fait les seuls détenteurs de capitauxt

  • N.MARECHAL
    • Posté à 20h08 le 18/03/2009

    excellent article...

    Au dela d'un certain taux de crédit, on ne devrait plus garantir le remboursement.

    Vu les taux que certains appliquent, c'est une escroquerie sans nom.

    5% c'est déja pas mal pour un investisseur serieux, 8% c'est le top mais au dela c'est n'importe quoi.

  • hagalma
    • Posté à 21h16 le 18/03/2009
    • Internaute

    Ce gouvernement de néo-libéraux populistes fait des annonces de moralisation du capitalisme...et accouche d'une souris, d'un gadget. Le Medef continuera à parler d'éthique, et les banques à pratiquer leur taux d'usure. Un tel contraste entre des intentions plus que louables, des propos quasi messianiques, et une réalité triviale de jouissance auto-entretenue porte en clinique un nom bien précis : perversion.

  • RAFOUNET
    • Posté à 21h33 le 18/03/2009

    je cite :
    « Admettons enfin qu'il soit important de rappeler aux “ drogués ‘ de la dette que le prêt doit être remboursé’

    ce qu'il faudrait surtout c'est que notre gouvernement s'applique ces mesures à lui-même !

    les budgets en déficit et la dette qui augmente ne peuvent que nous mener à la ruine !

  • superbuse83
    • Posté à 07h25 le 19/03/2009

    Pourquoi faire simple etc

    Supprimer les crédits revolving ok mais les lobbies bancaire veillent et beaucoup de politiques ont des copains dans la finance.

    Imposer un taux plus réaliste (par exemple moins de 10%) et voir l'article ci dessus (limiter les montants, le nombre etc) pas difficile au lieu de nous faire des discours creux en faisant semblant d'être interressé. « Ils » le savent depuis bien longtemps mais nous sommes toujours dans « le temps des copains ; le temps des copains ».
    il y a bien d'autres exemples toujours dans le secteur bancaire qui continu à vendre des contrat d'assurances vie en unité de compte au lieu de l'euro, et à des gens de 80 ans qui ne peuvent se dégager en cas de besoin qu'en payant des pénalités, ou attendre la fin de vie...etc etc

  • bbbphile
    bbbphile
    militaire de carrière
    • Posté à 07h52 le 19/03/2009
    • Internaute
      militaire de carrière

    Article très sensé ! Les taux actuellement pratiqués par les banques et leurs filiales sont particulièrement scandaleux, d'autant qu'ils contribuent à appauvrir encore plus les personnes les plus concernées. Ces taux vont à l'encontre de l'augmentation du pouvoir d'achat qui profiterait à l'ensemble de l'économie.

  • jose11
    • Posté à 08h30 le 19/03/2009
    • Internaute

    Il ne nous reste plus qu'a devenir communistes....

    si les individus sont incapables de gérer leurs finances c'est justice que d'en profiter ils sont majeurs et vaccinés ils sont capables de dire non mais comme ils n'ont aucune culture économique ou financière ils se font plumer

    cette inculture venant en grande partie de l'école car avec les socialo communistes de profs il ne faut pas parler de business ni apprendre a nos enfants à gèrer et à calculer un remboursement un budget... c'est capitaliste

    la faillitte éliminant les plus nuls et permetant de faire de bonnes affaires c'est la loi de la vie tout simplement c'est ainsi que l'on peut racheter une BMW à un smicard qui à voulu pêter plus haut que son trou une maison à un couple en voie de divorce bref faire tourner les affaires.

  • superbuse83
    • Posté à 07h40 le 21/03/2009

    Tout à fait d'accord, simple d'abaisser le taux de l'usure mais il faut cela ne sera pas fait ou mal fait ( 2 ou 3 points pour un effet d'annonce..) et puis les politiques sont tous des copains des banquiers.
    Mesure complémentaire, interdire le revolving facile aussi mais cela fait des années que cela dure et idem le temps des copains le temps des coquins. En voila de l'énérgie dépensée pour faire semblant de « comprendre le problème » facile et bien connu mais tourner autour pour continuer à tondre les pauvres qui soit n'ont pas compris soit sont dans l'impasse.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.