Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Pourquoi les Etats-Unis refusent de plafonner les bonus

Jean Matouk
Economiste
Publié le 22/09/2009 à 03h53

Tout plutôt que plafonner ! Aux dernières nouvelles, l'administration américaine vient de sortir ce dimanche de ses cartons une nouvelle proposition qui, sous des aspects plus rigoureux, écarte, en fait, la proposition européenne de plafonner les bonus des traders.La banque centrale américaine, le Federal reserve system, serait autorisée à « contrôler la structure des rémunérations » de 5000 holdings bancaires américaines pour vérifier qu'elle ne leur fait pas courir de risques excessifs. Dans cette dernière hypothèse, elle pourrait imposer des changements et même des remboursements. A charge pour chaque banque centrale régionales d'en faire autant avec ses banques.

Pourquoi ce refus de plafonner ?

Il est donc inutile d'imposer un plafond aux revenus des traders et, par la même, de tirer plus ou moins vers le bas, les rémunérations de l'ensemble des dirigeants... du moment que les banques peuvent les supporter sans trop de risques. Voici un premier point qui permettra aux gouvernants des vingt Etats de se congratuler publiquement à Pittsburgh. J'analyserai ailleurs les autres « points » du futur accord à grand « spectacle », en essayant, en contrepoint, d'exposer les réformes vraiment nécessaires. Mais l'on peut déjà se poser la question : pourquoi ce refus de plafonner ?

La raison avancée depuis Londres en avril, c'est que si une banque ne peut pas rivaliser en matière de revenus avec les banques des autres pays, elle perdra ses bons opérateurs qui s'expatrieront. Mais si un accord était justement passé entre les vingt Etats pour plafonner ensemble et simultanément ces revenus, ou leur imposer une fiscalité confiscatoire, une telle vague d'expatriations serait tarie à la source.

Derrière les traders, les dirigeants

Mais plafonner les bonus des « traders », ce serait aussi remettre en cause, les revenus « obscènes » de leurs dirigeants. Et les remettre en cause, ce serait ébranler une pyramide des revenus dont les étages supérieurs n'ont cessé de s'élargir, parce que les plus hauts s'envolaient. Les revenus des financiers jouent à cet égard le même rôle légitimant que ceux des sportifs professionnels.

Selon deux économistes américains Friedman et Sachs, entre la fin 1940 et la fin 1960, le rapport entre le revenu moyen et celui des trois principaux dirigeants des 100 premières firmes américaines était de 35/40 ; il est aujourd'hui supérieur à 1501 !

Cet écartement des revenus vaut pour tout le monde développé, qu'il se manifeste entre les plus bas et les plus hauts revenus, ou comme en France, en raison des mesures sociales comme le RMI ou la CMU, entre les revenus moyens et supérieurs. Je cite l'Insee : l'augmentation des revenus ne s'est pas faite de manière uniforme au sein de la population ; les personnes ayant un niveau de vie inférieur au 1er décile ont vu leur niveau de vie moyen augmenter de 5%, c'est-à-dire un peu plus que la moyenne.

A l'inverse, les niveaux de vie moyens des plus aisés ont augmenté et ce d'autant plus que l'on se situe sur le haut de la distribution. En effet, le niveau de vie moyen des 20% de la population la plus aisée s'est accru de près de 8% sur la période.

Des inégalités qui « font système »

Cet élargissement de l'éventail des revenus n'est pas seulement moralement condamnable. Il n'est pas seulement socialement destructeur, et économiquement inutile car ces hauts revenus, surtout en Europe , s'investissent peu dans l'entreprise. Il fait surtout système, et c'est pourquoi il ne saurait être remis en cause.

Comme l'ont montré de nombreux économistes, à commencer par Thorstein Veblen, ce sont les personnes les plus aisées qui fixent le « mode de vie » à imiter pour avoir « réussi ». La lutte pour la reconnaissance que mène chaque homme pour acquérir confiance en soi et estime de soi passe, dans notre société, par la possession et l'usage des mêmes biens que ceux qui sont au-dessus dans l'échelle sociale. Et cette lutte, c'est la mécanique qui entretient la demande et donc la croissance économique, financée depuis vingt ans, non plus par la hausse des salaires, aujourd'hui bloqués par la mondialisation, mais par l'endettement.

Malheureusement cette dynamique économiquement et socialement insoutenable à long terme, est devenue aujourd'hui écologiquement désastreuse.

Plus de riches, plus de pollution

Comme le dit fort justement Hervé Kempf, les consommations ostentatoires des « riches » sont celles qui gaspillent le plus et sont les plus polluantes. En cherchant à les imiter, les autres citoyens des pays développés, mais aussi, à travers le spectacle de la marchandise, « télé-visible » partout dans le monde, ceux des pays émergents, ne peuvent que polluer de plus en plus la planète.

A la fin de l'ancien régime, l'aristocratie nobiliaire française était persuadée que ses privilèges politiques et économiques étaient de plein droit. Les réformateurs d'alors, les Necker, et Turgot n'ont pas pu y porter atteinte car c'était faire écrouler tout le système. Aujourd'hui, il en va exactement de même de cette nouvelle « aristocratie financière », au niveau mondial. Elle est persuadée de la parfaite légitimité de ses privilèges financiers exorbitants, et ceux-ci tiennent et tirent le système par le haut.

Nicolas Sarkozy, comme Angela Merkel ou Gordon Brown, pour peu qu'ils le veuillent tous vraiment, pas plus qu'Obama, ne sont en mesure, hors d'une véritable révolution, d'ébranler le système et de ramener à la raison ces dirigeants économiques menés par ceux de Goldman Sachs et Barclays. Les bonus de leurs traders, comme les leurs, vont donc continuer comme avant à caracoler au détriment du lien social et de la planète.

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  • spleenlancien
    spleenlancien
    Que sont mes voisins devenus ?
    • Posté à 16h13 le 22/09/2009
    • Internaute
      Que sont mes voisins devenus ?

    L'idée de plafonner les revenus élevés est anathème dans un pays où l'accumulation infinie du capital est une religion.
    Quant au reste...

    • Servais-Jean
      Servais-Jean answers to spleenlancien
      43
      • Posté à 16h40 le 22/09/2009
      • Internaute
        43

      Faut pas confondre anathème et hérétique.

      • spleenlancien
        spleenlancien answers to Servais-Jean
        Que sont mes voisins devenus ?
        • Posté à 17h27 le 22/09/2009
        • Internaute
          Que sont mes voisins devenus ?

        Je crois pas confondre : Une des sanctions de l'hérésie est l'anathème.
        Lien

  • plataneforever
    • Posté à 20h05 le 22/09/2009

    pffffffffffffff

    quel merdier infâme !

    dès fois je me demande si en pendant deux trois personne on ne régulerait pa sun peu leurs conneries ...
    (soupir)

    • Itaki
      Itaki answers to plataneforever
      • Posté à 21h38 le 22/09/2009

      Difficile : protégés par la police, l'armée si nécessaire, les vautours se goinfrent avec avidité des cadavres de la pauvreté (en ce moment, des financiers anglais rachètent les dettes des pays les plus pauvres pour exiger un paiement immédiat et ça marche ! ). Tout le monde se serre la ceinture sauf les plus riches mais la fascination de la richesse inculquée dès le berceau par la TV (entre autres) abrutit un grand nombre qui sont alors facilement manipulables...

  • bloqué le 24.09.09
    • Posté à 21h43 le 22/09/2009

    De toute manière, le sourire d'Obama ne peut plus masquer plus longtemps la réalité de la politique du Président des Etats-Unis : l'argent est la seule chose qui compte.

    Obama, est soit acheté soit directement criminel :

    Les Etats-Unis continuent à armer un état reconnu comme auteur de crimes de guerre, et peut-être de crimes contre l'humanité, pendant que cet état poursuit ses crimes et spoliations.

    Des centaines d'enfants arabes assassinés, ça ne compte donc pour rien, pour le président des Etats-Unis. Seule l'argent compte.

    Les Etats-Unis sont toujours des assassins, capables seulement de se faire du fric en faisant 60% des ventes d'armes mondiales.

    Alors plafonner les bonus des traders ... même pas la peine d'y penser.

    • spouny_boy
      • Posté à 17h22 le 23/09/2009

      Ohhh un jolie petit ignare ! ! Tu débarque j'ai l'impression !
      Obama est celui qui as le plus ébranlé l'Amérique (je parle pas de O.B.L. et du 9/11). Il a osé lancer une réforme du système de santé qui donnais énormément d'argent a des entreprise privés. C'est lui qui à tenter de réguler certain bonus des banques et surtout que ces bonus soit financés par les aides de l'état. Sauf que le problème c'est qu'Obama dois faire face au grosse fortune et au multinational qui ne vois pas d'un bon œil qu'on contrôle les revenus.
      Le pauvre Obama doit batailler sévère avec ces voleurs, sont combat va être très dur et je suis sur qu'il fera tous ce qu'il peu pour améliorer la situation.
      Ta réaction est un cliché de l'anti-américanisme primaire façon les USA c le Mal ! !

      C'est moche d'en arriver là, je te plains !

      Tu me semble braqué sur le cliché :
      Obama = Américain = Bush = Satan

      Ah oui il est Noir aussi ça l'aide pas sacahnt que les 3/4 de la planète son « negrophobe » ( peur de la couleur noir)

    • bloqué le 24.09.09
      • Posté à 18h03 le 23/09/2009

      Il ne faut effectivement pas rester ignorant.

      Il faut s'informer :

      Lien

      Lien

      Et parfois on est obligé de perdre ses illusions.

  • samivel51
    • Posté à 12h33 le 23/09/2009

    Je pense qu'aux Etats Unis, l'idée de plafonner les revenus est percue comme le début du communisme.
    Et en toute logique je pense que la question se pose : Taxer plus les hauts revenus, en effet, ne susciterait pas autant de réticences. (On le fait déjà, et on pourrait ajouter des tranches d'imposition dans les hauts revenus)
    Par contre, fixer un plafond de revenu indépassable (qui pourrait être abaissé par la suite), s'oppose au fondement de notre économie : le droit de disposer librement de ses biens légalement acquis.
    En effet, si les propriétaires des banques ont acquis leur fortune légalement (ce que personne ne conteste, je crois, vu qu'il n'y pas de procès en cours sur ce point), au nom de quel principe pourrait-on les empêcher d'en donner 1, 10 ou 100 millions à telle ou telle personne ?
    Est-ce que vous, simple citoyen, on vient vous dire ce que vous devez faire de votre argent ?
    Ce raisonnement vaut aussi pour les parachutes dorés.

    De plus, cette mesure pénaliserait les salariés par rapport aux actionnaires, les revenus de ces derniers n'étant pas plafonnés.

    La solution serait plutot de réglementer les pratiques bancaires pour limiter la part de la spéculation. Ensuite, si les banquiers gagnent des fortunes en faisant du bon boulot qui soutient l'économie réelle, où est le problème ?

    Autre argument contre le plafonnement : Si Edison avait atteint le plafond de revenu avec ses inventions liées au télégraphe, aurait-il encore inventé le téléphone, le phonographe, l'ampoule électrique, la radio... ?

    • bloqué le 24.09.09
      • Posté à 12h53 le 23/09/2009

      Edison, et les innovateurs en général, ont besoin de financer leurs recherches et de gagner leur vie, mais leur culture n'est pas celle de la recherche d'énormes gains et de la distinction sociale qui va avec.

      La recherche d'énormes gains, c'est dans le monde de la finance qu'on la trouve. Et ces gens de la finance, ce ne sont pas eux qui innovent.

  • Christian PRIOUX
    Christian PRIOUX
    Gérant de société ingénieur
    • Posté à 18h44 le 23/09/2009
    • Internaute
      Gérant de société ingénieur

    Bien en accord avec cette analyse,

  • numeroSeptduvillage
    • Posté à 13h57 le 25/09/2009

    Le refus de plafonner est lié au fait qu'ils ont tous leur modèle d'affaire basé sur : « tu bosses, tu réussis, tu gagnes ». Ce schéma très naïf à l'heure des travailleurs pauvres, mais aussi des travailleurs cadres pauvres liés au freins de la redistribution juste des richesses, de la valeur du travail...etc
    L'image de réussite aux USA est totalement et artificiellement basée sur la niche : bling-bling, crédits, self-made man et profits décomplexés, lobbying, vente liée et royalties, brevets et P.I qui vident les savoirs d'un pays pour les estampiler US (ce qui est ridicule lorsque l'on voit les 20 nationalités de chercheurs dans les labos et que les idées n'ont pas de nationalités)...
    L'image de réussite des US est liée à sa capacité à s'endetter en entrainant les autres pour ne pas couler, créer un espace où le fric seul est l'objectif ultime de la vie et où ne pas rentrer dans ce système s'est s'isoler par defaut, claquer le fric public dans des guerres qu'ils ne souhaitent pas pour blanchir l'argent dans les poches d'industries militaires et provoquer des guerres s'il le faut, réduire les salaires du service car ça oblige les gens à bosser pour rien, vider les salaires des entreprises via les C.A et parachutes dorés... Sarkozy fait pareil : il endette l'état volontairement, pour que nous ayons du mal à nous relever ; il casse la recherche car en l'affaiblissant il élimine ceux qui peuvent le menacer et lui rappeler qu'il a beau parler mais ce qu'il dit demeurera toujours faux ; casser les fonctionnaires comme ça ça occupe les PMU ; promouvoir le fric et le crédit, relancer les entreprises des copains avec l'argent public même s'ils font des bonus ; exposer notre pays ou provoquer en notre nom mais pour ses bénéfices ; ignorer la réalité.

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