Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Une réforme territoriale pertinente mais plombée par des manœuvres

Jean Matouk
Economiste
Publié le 04/11/2009 à 01h11

Personne ne nie qu'une réforme territoriale soit nécessaire. Au fil des ans, chaque fois pour de bonnes raisons techniques, se sont empilés des institutions administratives nouvelles entre les communes, les départements et l'Etat.

Il y a par exemple trop de communes : 36 000 pour 62 millions d'habitants, alors que l'Allemagne n'en compte que 12 900 avec 82 millions d'habitants. Les « quatre vieilles » taxes qui financent les collectivités locales sont anciennes et injustes. La taxe professionnelle, qui était calculée jusqu'en 2003, sur le montant des salaires, et qui l'est encore sur les investissements, est économiquement contre-productive.

Malheureusement, Nicolas Sarkozy, bien dans sa faconde, ne perd jamais le nord électoral. Sous son contrôle et révélant déjà bien ses intentions, Alain Marleix, secrétaire d'Etat aux Collectivités territoriales, a concocté une réforme des circonscriptions législatives :

  • 33 circonscriptions sont supprimées et autant créées
  • 23 des 33 supprimées sont détenues aujourd'hui par la gauche
  • 24 des nouvelles créées penchent à droite.

En 2012, avec 51,3% des voix, la gauche serait minoritaire à l'Assemblée.

Vers une main-mise politique totale de la droite dans cinq ans

Le même scénario commence avec la réforme des collectivités territoriales. La gauche détient 22 régions sur 26, et 62 départements métropolitains sur 90. Ne prévoir qu'un seul élu par canton, siégeant pour le conseil régional et le conseil général, n'est pas en soi une mauvaise idée.

Mais en appliquant, pour l'élection de 80% d'entre eux, le suffrage uninominal à un tour, dans la situation actuelle, la carte administrative de la France de 2014 sera pratiquement inversée.

Si l'on combine les deux magouilles, sachant, qu'en plus, la taxe professionnelle supprimée sera remplacée par deux taxes, une foncière et une sur la valeur ajoutée, levées sur les entreprises par l'Etat puis redistribuées par lui aux collectivités locales, la main-mise de la droite politique devient totale dans cinq ans.

Et l'incertitude sur la répartition de cette manne étatique de substitution, avant même de connaître la nouvelle répartition des fonctions entre les deux collectivités, a conduit d'ailleurs 24 sénateurs UMP menés par Jean-Pierre Raffarin a refuser de voter ce texte en l'état.

Que peut faire une commune de 300 habitants avec un budget minimum ?

Une réforme nécessaire est donc gâchée par intérêt électoraliste et l'on est obligé, en tant que citoyen, de souhaiter que le Conseil constitutionnel la censure et/ou en retarde l'application.

Quel serait le point idéal d'arrivée d'une vraie réforme ?

Que peut effectivement engager une commune de 200 ou 300 habitants avec un budget de 20 000 ou 30 000 euros, formé de taxes foncières agricoles, souvent sur des exploitations non professionnelles et de minuscules taxes d'habitation.

Il y a belle lurette que, déjà, les communes ont créé entre elles des syndicats pour certaines fonctions. Mais les fusions volontaires entre communes, pourtant souhaitables, ayant buté sur des motifs « clochemerlesques », la loi Chevènement a institutionnalisé le système des rapprochements fonctionnels par la création en 1999 des communautés de communes, d'agglomération et urbaines.

Aujourd'hui, le nouveau texte, prévoit, à juste titre, des métropoles, ayant les responsabilités des départements. Ces communautés doivent se multiplier pour organiser les transports publics allant des centres villes aux zones rurbaines, pour le traitement de l'eau et des ordures ménagères, et bien d'autres services publics locaux.

Mais cela crée un échelon de plus, et il apparait bien que le département est en trop, entre ces communautés et les régions.

Plutôt que réduire le nombre d'élus, aller vers une fusion région-département

L'argument de la réduction du nombre d'élus de 6 000 à 3 000 n'est pas vraiment pertinent. D'aucuns pourraient d'ailleurs objecter qu'une réduction d'une telle ampleur porte une certaine atteinte à la démocratie.

On économisera sans doute des indemnités et des frais de secrétariat, mais la vraie économie serait obtenue en fusionnant vraiment les administrations départementales et régionales. Peu à peu, on pourrait réduire des effectifs souvent pléthoriques. A terme, le « point omega » de la réforme territoriale serait donc à deux échelons : les communautés d'anciennes communes et les régions.

Ce modèle aurait, en outre , un avantage sur le plan fiscal : il permettrait de remplacer les « quatre vieilles » par des impôts plus modernes :

  • des taxes foncières subsistantes pour les communautés
  • des taxes spécifiques, comme celles sur les ordures ménagères
  • au niveau régional, à répartir entre les communautés et région, un impôt sur le revenu et un, deux ou trois points de TVA

De tels impôts peuvent être levés sur des zones économiques régionales, qui offrent une assiette fiscale suffisante, surtout si les plus petites régions sont fusionnées. Ramener les 22 régions métropolitaines à quinze est aussi une bonne idée à cet égard.

A certains égards, dans sa structure, la réforme Sarkozy va dans le bon sens.

Mais, voulant en profiter pour asseoir et consolider le pouvoir de ses amis de droite au niveau des départements, des régions et donc du sénat qui n'a jamais connu une majorité de gauche, il va déclencher dans le pays une opposition farouche jusque dans les rangs de la majorité qui, ensuite, interdira toute nouvelle évolution, laissant la situation très proche de l'actuel « millefeuille » impuissant, coûteux et fiscalement rétrograde.

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  • admirateur-
    • Posté à 16h26 le 04/11/2009

    Je ne vois pas ce qu'il y a de pertinent dans cette réforme dont l'objectif essentiel est de mettre toutes les institutions administratives au « service des entrepreneurs » en supprimant tout ce qui n'est pas rentable à leurs yeux
    voir le rapport de Christian Saint-Etienne
    Lien.
    je ne vous souhaite pas d'habiter dans le« hinterland »
    Le tripatouillage politique est certes détestable mais par rapport aux enjeux du rapport c'est le hochet pour amuser la galerie

    • jma14
      jma14 answers to admirateur-
      • Posté à 10h11 le 05/11/2009
      • Internaute

      Allez travailler avec les administrations territoriales vous comprendrez.

    • Jean Matouk
      Jean Matouk answers to admirateur-
      Economiste
      • Posté à 10h23 le 05/11/2009
      • Internaute
        Economiste

      Pas d'accord
      La main mise politique de la droite sur l'Assemblée nationale, et les futurs conseils régionaux et départementaux, c'est important. Et cela doit être dénoncé.
      Mais, en revanche, pourquoi nier que des réformes territoriale et fiscale locale sont nécessaires ? Pourquoi nier qu'il y a trop decommunes et que les regrouper en communautés de communes, d'agglo ou métropoles, est une bonne chose et va dans le sens d'une disparition du département ? Pourquoi nier que la taxe professionnelle est une mauvaise taxe , et refuser que l'on en allège les PME dont nous avons besoin pour nos emplois ? Tout le problème est dans ce qu'on lui substitue net qui le lève et le redistribue. Quant à orgnaiser des Etats généraux autant dire qu'on en parlera encore dans vingt ans.
      Cordialement

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 17h44 le 04/11/2009
    • Internaute
      Retraité

    Ce n'est pas une vrai réforme : nombre d'échelon administratif inchangé pas de diminution du nombre de communes 500000 élus municipaux conseillers territoriaux pour le conseil régional et général mais les deux administrations restent donc pas de baisses des impôts, c'est seulement calculé pour que l'UMP ait la majorité au sénat.

  • no pasaran
    • Posté à 02h43 le 05/11/2009

    Franchement voilà bien un débat aussi pollué que celui sur l'identité nationale .
    Si on voulait vraiment réformer en profondeur les collectivités locales , on commencerait d'abord par faire des Etats Généraux avec les élus parlementaires , les élus locaux , les syndicalistes , ,usagers et clients des collectivités locales . Une réforme d'une telle ampleur qui implique le fonctionnement politique , financier et administratif , qui concerne 5 millions d'agents et les habitants des territoires ne peut s'enclencher qu » à partir d'un processus démocratique .
    Des Etats généraux permettraient certainement de cibler des problèmes récurrents de fixer des objectifs de réforme mais aussi de rassurer .
    Exemples
    - au niveau politique : la démocratie locale est de moins en réelle : les présidents de communautés ont le pouvoir mais ne sont pas élus au suffrage universel .
    - au niveau politico-administratif quels sont les compétences qu'il est nécessaires de décentraliser ou recentraliser ? Prenons par exemple le logement social et l'impossibilité en l'état actuel de mettre en oeuvre des politiques et des programmes respectant la loi . Les compétences , leurs contenus et etendues sont-elles suffisamment définies et délimitées ?
    - le statut des fonctionnaires territoriaux : est-ce qu'on veut maintenir une fonction publique territoriale avec des fonctionnaires territoriaux dans toutes les catégories ( A , B, C ) veut-on à terme des collectivités locales sans fonctionnaires territoriaux ?
    - au niveau réglementaire et financier ; Concernant les marchés publics , est-il normal que de grosses entreprises oeuvrent pour une collectivité sans restriction de durée ? Ex : veolia (pour la distribution d'eau , les transports ou le chauffage public ) qui travaille depuis 20 ans avec la même collectivité ..
    Une réforme sérieuse des collectivités locales s'empare de problèmes concrets et cherche à définir des caps en tenant compte des complexités , des urgences et de l'intérêt de tous les citoyens . La rupture entre les élites politiques et le peuple français , les tensions entre l'Etat et le pouvoir local sont dues en partie à l'incapacité notoire du monde politique à ouvrir des espaces de confrontation démocratique .

    • medicago
      medicago answers to no pasaran
      Plante cultivée
      • Posté à 06h50 le 05/11/2009
      • Internaute
        Plante cultivée

      Tout à fait d'accord. La méthode sarko ; c'est confondre vitesse et précipitation et les forceps plutôt que l'accouchement sans douleur ce qui génère une forte mortalité périnatale, une forte morbidité et des infirmes congénitaux (je ne suis pas gynéco...) mais...
      ne serait ce pas un défaut partagé par la très grande majorité des politiques qui veulent avoir terminé avant d'avoir commencé, décider avant d'avoir étudié ou étudier quand ils ne veulent pas commencer, le tout pour donner à voir plutôt que faire car l'objectif d'un mandat électoral est malheureusement le suivant.
      Les dessous de la politique ne sentent pas la rose...
      Quand aux fonctionnaires garants d'une certaine continuité du service et plus souvent porteurs d'une certaine idée du service public, ils sont largement vilipendés alors qu'ils appliquent globalement les instructions des politiques lesquels pratiquent bien souvent la double injonction contradictoire et signent les réponses positives aux réclamations de leurs administrés et laissent signer aux fonctionnaires les réponses négatives...
      Pas beaucoup d'espoir avant la prochaine révolution qui vient car la dépendance à la manipulation télévisuelle est en train de se fissurer... Nous allons avoir besoin d'esprits libres et désintéressés capables de plus pratiquer la démocratie.

    • michel 13
      michel 13 answers to no pasaran
      • Posté à 13h06 le 05/11/2009
      • Internaute

      Vous avez tout à fait raison et je pense que votre dernier paragraphe résume bien la situation. Il faut tenir compte de l'avis des populations conccernées et il serait malvenu de laisser ce débat aux seuls politiques. Une telle réforme représente certainement un travail étalé dans le temps, mais je pense qu'une première étape incontournable reste la tenue d'Etats Généraux comme vous le préconisez. Mais il n'y a pas, il n'y aura pas cette volonté polotique de tonner la parole à tous. D'ailleurs je lis bien que M. Matouk n'est pas du tout partisan de ce qui pourrait être une richesse d'un débat et d'un processus démocratiques. Dommage !

  • jma14
    • Posté à 10h15 le 05/11/2009
    • Internaute

    Sur quelle base pouvez-vous dire que les nouveaux territoires seront plutôt de droite ? Sachant qu'en France les changements de partie aux élections sont nombreux !
    Et que sarko est pas en odeur de sainteté actuellement.

  • guerzit-
    • Posté à 10h12 le 05/11/2009

    De toute manière, cet enculé de Sarkozy et ces merdes de ministres et collaborateurs font tout pour, avec patience et application, dézinguer les institutions républicaines, dans l'esprit comme dans le texte...

    L'aménagement du territoire et le découpage institutionnel sont bien évidemment lourds de sens, et on se rend compte que souvent les évolution étaient commandées par des nécessités électoralistes à court termes...

    Ici c'est le summum avec ce découpage qui fleur bon la manipulation ouverte et franche ; C'est un peu comme dire ; le suffrage universel est maintenu mais nous ne comptabiliserons que les votes favorables à mon parti...

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