Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Pourquoi De Gaulle boycotterait aujourd'hui les G20

Jean Matouk
Economiste
Publié le 06/12/2009 à 03h04

Un sujet essentiel a été exclu des sommets du G20 de Londres et de Pittsburg, celui des monnaies. C'est pourtant aujourd'hui le plus important, puisque de lui dépend l'avenir des échanges mondiaux.

Depuis le début de la crise, les dirigeants politiques, approuvés en cela par la majorité des économistes, se sont mutuellement adjurés de ne pas restaurer les barrières douanières. A part quelques petites escarmouches, ils ont respecté ce mot d'ordre.

Les marchandises et les capitaux circulent librement. Mais pour que tous les protagonistes jouent à armes égales dans ce jeu mondial -et, si l'on en croit les thuriféraires du marché, pour que chacun en tire le meilleur, en fonction de ses efforts et de sa créativité- il faut une condition essentielle : qu'existe un étalon de valeur indépendant, un bien exclu des échanges des autres, permettant de valoriser les biens et services échangés.

Le privilège exorbitant de l'étalon dollar

Nos grands parents croyaient en avoir trouvé un : l'or. Mais au terme de plus d'un siècle de fonctionnement plus ou moins chaotique, cette « relique barbare » (John Maynard Keynes), fit la preuve que sa rareté relative, par rapport au montant croissant de la production et des échanges, en limitait fortement l'usage.

Plus que l'étalon or, ce fut d'ailleurs l'étalon livre « aussi bonne que l'or » qui arbitra les échanges mondiaux du XIXe siècle. Deux conflits en eurent raison, car ils avaient concentré à l'extrême sa détention dans les pays qui en étaient sortis indemnes et, au premier chef, les Etats-Unis.

C'est pourquoi ceux-ci imposèrent, à leur tour, l'usage, comme monnaie internationale, de leur dollar « aussi bon que l'or ». Ils abusèrent de ce privilège d'émettre la monnaie étalon, avec, pour seule limite, les éventuelles conversions en or des dollars que détenaient les autres banques centrales.

Or celles-ci, soumises à l'hégémonie politique des Etats-Unis, se gardaient bien de le faire. C'est ce contre quoi tenta de se dresser de Gaulle, dénonçant ce privilège et réclamant à plusieurs reprises, entre 1965 et 1968, la conversion effective des dollars de la Banque de France en or. En vain !

1973 : adieu l'or, place aux flottement des devises

A partir de 1973, le privilège devint plus exorbitant encore, le dollar étant inconvertible. Le pays le plus puissant du monde, imposait donc sa monnaie, sans plus aucune limite.

Nous en sommes toujours là. La phrase du secrétaire au Trésor John Connally en 1971 est plus vrai que jamais : le dollar, disait-il, c'est « our currency, but your problem » : c'est la monnaie américaine et « le » problème des autres protagonistes de l'économie mondiale.

La Chine entre deux chaises

Cette position est aujourd'hui confortée par la Chine, qui, tout en critiquant le privilège voire en évoquant avec les Arabes, Brésiliens et autres Indiens l'idée de construire une nouvelle monnaie étalon sous forme d'un panier de monnaies, s'empresse de placer ses excédents commerciaux en dollars.

La baisse du dollar, auquel elle a lié le yuan, nuit à ses réserves monétaires, mais facilite son commerce. La livre suit le dollar. La plupart des autres pays sont pénalisés par le renchérissement relatif de leurs importations en provenance des zones non dollar et, notamment de la zone euro, mais ce sont surtout les exportations de cette dernière qui sont plombées.

Comme l'explique très justement Patrick Artus, le taux d'intérêt particulièrement bas sur le dollar, permet de s'endetter à 0,25% pour acquérir des matières premières, des actions et de l'immobilier, provoquant une pression continue à la baisse du dollar. Pour le soutenir, les banques centrales, notamment émergentes, en rachètent à tour de bras. Sans leur intervention, l'euro vaudrait aujourd'hui plus de deux dollars.

Imposer que l'on parle dollar et yuan au prochain sommet

Dans les circonstances présentes, alors qu'il est socialement impératif dans tous les pays de sortir de la crise et de retrouver un minimum de croissance, tout se passe comme si les Etats-Unis cherchaient, de manière totalement non coopérative, à accélérer leur propre reprise, laissant chuter leur monnaie.... en affirmant qu'ils ne le souhaitent pas.

On comprend que Barak Obama se soit fixé des priorités, notamment sa réforme de l'assurance maladie, et ne souhaite pas se battre sur tous les fronts à la fois, en particulier pas contre ses agriculteurs et industriels qui profitent du niveau actuel du dollar.

Mais nous sommes actuellement à la limite du supportable, notamment pour la zone euro dont la croissance, tirée par l'Allemagne, doit beaucoup à ses exportations. Même si les importations de pétrole et de certaines denrées sont allégées par un euro fort, son maintien au niveau actuel, et, plus encore, sa montée au-delà entrainerait des catastrophes pour certaines industries, Airbus en tête. La zone euro sera confinée dans la crise et des désordres sociaux imprévisibles peuvent fort bien se déclencher.

Posons nous la question : que ferait de Gaulle aujourd'hui face à une telle guerre commercialo-monétaire inavouée ? Soyons certain, d'abord, qu'il ne participerait plus à aucun G8 ou 20, si le problème des monnaies n'y était pas abordé, dans l'intention de que soit négociée une zone cible pour le change euro/dollar entre 1,3 et 1,4 au plus.

Cette seule annonce serait de nature à tarir la spéculation. Soyons certain aussi qu'il saurait imposer dans l'Union européenne, un discours à la Chine qui mette clairement en jeu le maintien de l'ouverture de nos frontières à ses produits contre une libération de la valeur du yuan.

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  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 15h28 le 06/12/2009
    • Internaute
      Retraité

    Dans le monde actuel la France un centième de la population devant la montée en puissance de la Chine Inde Brésil qu'aurait-il pu faire ? Boycoter ? Déjà que l'on a peu d'influence.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 16h23 le 06/12/2009
    • Internaute
      Déchoukeur

    Un peu de nostalgie verse le passé. Et Clémenceau ? Et Napoléon ?
    On nous dira que les conditions n'étaient pas les mêmes. Exact. Et De Gaulle n'aurait pu arrêter l'ascension de l'impérialisme nord-américain, ni même les accords de Bretton-Woods. C'est une logique implacable de l'Histoire qui fait qu'un homme aussi remarquable soit-il, ne peut arrêter son cours.
    Seule une action de masse...etc. (air connu).
    Il n'y aura pas d'accord mais une fuite en avant dans la spéculation financière, seule voie désormais ouverte au capitalisme.
    Et beaucoup de com que le peuple voudra prendre pour argent comptant ( ! ) grace aux médias au service du pouvoir.
    Un accord concernant le Yuan et le dollar ne résultera que d'un rapport de force. Et pour l'instant Geithner, à Pékin, fait rire de bon coeur les étudiants chinois, quand il leur dit que les bons du Trésor américain sont des bons placements...

  • smurf
    • Posté à 19h36 le 06/12/2009

    Pourquoi toujours faire parler les « grands hommes » du passé ?

    Nul ne sait ce qu'aurait fait ou dit De Gaulle s'il vivait à notre époque et était au pouvoir. J'ai déjà entendu des politiques se revendiquer de lui pour appuyer une position tandis que d'autres s'appuyaient sur lui pour soutenir la position inverse (de même, pour Mitterand, autre référence « magique » mais à gauche cette fois).

    Et non seulement, nul ne sait ce qu'aurait dit De Gaulle, mais, même si on le savait, en quoi serait-ce pour autant plus pertinent.
    De Gaulle était certes un grand personnage historique français (indépendamment de sa politique) mais il a quitté le pouvoir en 1969, il y a 40 ans. Si l'on songe à tout ce qui a changé en 40 ans, en quoi peut-on affirmer que la vision de De Gaulle serait pertinente dans le monde d'aujourd'hui ?

    Au fait, à tous ceux qui se revendiquent du gaullisme, ne serait-il pas temps de renouveler ses références ? Les personnes en âge de voter en 1969 ont aujourd'hui plus de 60 ans. Pour le reste de la population, De Gaulle est une référence bien lointaine.

    • dante95
      dante95 answers to smurf
      Républicain canal historique
      • Posté à 22h49 le 06/12/2009
      • Internaute
        Républicain canal historique

      « De Gaulle est une référence bien lointaine ». C'est sûr que 40 ans c'est énorme ! Heureusement qu'il reste des livres et des archives pour ceux qui s'intéressent à autre chose qu'à la Star Ac 5 (déjà 1 an ! c'est bien lointain ! ).
      Que dire de ceux qui s'appuient sur des références coraniques (1500 ans...) bibliques (2000 ans et +) voire talmudiques ?

      « De Gaulle était certes un grand personnage historique (indépendamment de sa politique) » Hé non ! De Gaulle EST un grand personnage historique (à l'époque, il était juste un grand personnage...) et c'est justement GRACE à sa politique : la grandeur de la France, pour les français.

      Bien sûr, on peut être d'accord avec sa politique ou non... mais son bilan n'est pas si mal comparé à ses successeurs :
      - pas de casseroles financières ou sexuelles, une stature souvent imitée mais jamais égalée (surtout aujourd'hui ! ),
      - un engagement personnel pour son pays (il combattait pendant la première Guerre mondiale à l'âge où d'autres postulent à l'EPAD),
      - la résurrection de la France après un régime de Vichy auquel toutes les sensibilités politiques avaient contribué et contre des Alliés qui voyaient le moyen d'en finir avec la puissance de la France,
      - une reconstruction de la France sur des bases consensuelles (et pas trop de droite ! ) : sécurité sociale, participation des salariés, nationalisations, ...
      - le lancement des programmes majeurs sur lesquels la France vit toujours : aéronautique (Airbus), nucléaire civil (CEA) et militaire (dissuasion), spatial (CNES), ...
      - la décolonisation, mise en germe pendant la deuxième Guerre mondiale et achevée en 1962 (douloureusement, mais encore une fois, il fallait le courage de couper...).

      Alors effectivement, on ne sait pas ce que De Gaulle aurait dit ou fait, mais on sait ce que les principes qui l'animaient l'auraient conduit à penser... et, très clairement, cette abdication du politique devant l'économie ne lui aurait pas plu !

      • ninclud
        ninclud answers to dante95
        • Posté à 08h18 le 07/12/2009
        • Internaute

        De Gaulle est un homme du 19eme siècle parachute a 20eme, tourne vers le passe , a cause de lui , de son nationalisme , la construction européenne a perdu 20 ans.

        A vouloir faire cavalier seul, il a bloque l'Europe , empêché la CED ...

        Sans De Gaulle , personne n'aurait fait obstacle au rêve fédéraliste des pères fondateurs.

        Résultat, l'Europe est isolée , politiquement impuissante , prisonnière des nations.

        Nous n'avons aucune influence sur la marche du monde , les chinois et les americains se fichent pas mal de nous et de notre président qui brasse de l'air.

         
        • dante95
          dante95 answers to ninclud
          Républicain canal historique
          • Posté à 17h58 le 07/12/2009
          • Internaute
            Républicain canal historique

          Ha ! le fameux machin ! au mieux à la botte des américains, au pire faible face aux Russes... Et pourquoi les autres n'ont pas fait leur Europe sans la France, tiens ? Après tout, on a bien fait la nôtre sans le Royaume Uni !

        1 other comments
      • tlaloc
        tlaloc answers to dante95
        Retraité
        • Posté à 09h43 le 07/12/2009
        • Internaute
          Retraité

        Je suis d'accord avec vous sur le bilan de de Gaulle. Mais dans le contexte actuel la France seule n'a plus le même poids.

      • 14240
        14240 answers to dante95
        • Posté à 11h46 le 07/12/2009

        Il était contre le grand MACHIN........ces politiques assis sur leurs culs....mais sans tête ! ! !
        Il n'était pas parfait...(personne ne l'est)...mais avait remis la France au rang de grande nation ! ! !
        Depuis....c'est la course vers l'abime ! ! !
        Bien triste résultat d'incompétence de soi disant politiques ? ? ?
        +1

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 11h24 le 07/12/2009
    • Internaute
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    De Gaulle faisait son intéressant dans les années 60 , mais que ferait de Gaulle en 2009 , dans un monde « mondialisé », avec son Antoine Pinay sous le bras ?

    - Il ferait du Sarkozy, en moins bling-bling, c'est tout...

    • dante95
      dante95 answers to Waldeck
      Républicain canal historique
      • Posté à 17h52 le 07/12/2009
      • Internaute
        Républicain canal historique

      C'est vrai que c'était bien plus facile en 1945, quand la France était dévastée et ruinée... ou dans les années 60 avec le Pacte de Varsovie aux portes...

      • Waldeck
        Waldeck answers to dante95
        Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
        • Posté à 19h26 le 07/12/2009
        • Internaute
          Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

        De Gaulle serait allé à Londres (1940) , à Baden Baden (1968) , ou en Irlande ( 1969 )...

  • ON M RSA2012
    • Posté à 11h30 le 07/12/2009

    Il n'y participerait pas parce que sa femme ne serait pas élue Marianne de Noël
    Lien

  • Azza
    • Posté à 14h57 le 07/12/2009

    « Pourquoi De Gaulle boycotterait aujourd'hui les G20 »

    Parcequ'a 119 ans, ce serait pas raisonnable !

    • dante95
      dante95 answers to Azza
      Républicain canal historique
      • Posté à 17h59 le 07/12/2009
      • Internaute
        Républicain canal historique

      D'ailleurs, il les boycotte effectivement ; )

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