Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Taux de croissance, Grèce et euro : trois raisons à la montée du dollar

Jean Matouk
Economiste
Publié le 10/02/2010 à 16h19

Le dollar remonte. Donc l’euro baisse par rapport à lui. Excellente nouvelle pour les exportateurs de la zone que la valeur élevée de l’euro gênait. Avions et hélicoptères d’EADS, centrales nucléaires, vins, produits avicoles vont sans doute se vendre plus facilement. Pourquoi cette remontée du dollar ? Trois effets convergents.

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Le taux de croissance américain plus élevé que celui de l’UE

D’abord, quelques bonnes nouvelles économiques sur la croissance américaine : au quatrième trimestre 2009, en rythme annuel, le taux de croissance a été de 5,7%, ce qui est plus que toutes les économies de la zone euro.

2La Grèce, malade contagieux de l’euroland

Ensuite, il y a un « malade » dans la zone : la Grèce. Le précédent gouvernement -et sans doute aussi ses prédécesseurs- a maquillé les comptes, notamment le déficit budgétaire et la dette. Le nouveau Premier ministre, le socialiste Papandreou, a dû avouer les turpitudes des précédents.

Le déficit est proche de 13% alors que la « norme » de la zone euro est de 3% . La dette est proche de 113% du PIB -plus d’une année de production- contre une norme de 60%.

La Grèce, bien sûr, n’est pas la seule à être hors limite. Même la très sage Allemagne va exposer, en 2010, un déficit de 4% du PIB. Et la France, qui n’est pas un modèle de vertu, sera à 8% avec une dette à 75% du PIB.

Mais les chiffres grecs sont nettement plus inquiétants. Résultat : la confiance s’envole et pour financer ce déficit, l’État grec doit proposer aux prêteurs un taux d’intérêt de 6,7%, soit 4% au-dessus de ceux de la France et de l’Allemagne. Ces deux facteurs convergents ont donc fait baisser l’euro par rapport au dollar.

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Certains « gnomes » du marché des changes jouent contre l’euro

Baisse amplifiée -troisième facteur- par le retournement des spéculateurs qui, jusqu’à ces derniers mois, jouaient à terme contre le dollar. Certains « gnomes » des marchés -pour reprendre le vieux terme d’un Premier ministre britannique contre les spéculateurs- prennent maintenant des « positions » contre l’euro.

Du coup, la bonne nouvelle fait place à une alarme et au sourire condescendant ou carnassier de certains.

Cette baisse de l’euro pourrait annoncer l’éclatement de la zone euro. La Grèce serait obligée d’abandonner la monnaie commune, et l’Espagne comme le Portugal qui, eux aussi, présentent des déficits budgétaires importants, ne tarderaient pas à suivre.

Certains de ces Cassandre sont sincères. Mais s’y joignent, avec délectation, les éternels adversaires de l’euro, Britanniques en tête, qui, refusant d’y entrer, souhaitent depuis le début son échec.

Vive les contraintes financières de l’euro !

Et voici Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, obligé de monter à nouveau au créneau. Tous les États américains, dit-il, ne sont pas dans la même situation économique et financière. L’État de New York était en 1975 au bord du gouffre. La Californie est au bord de la faillite. Pourtant, tous les États américains conservent la même monnaie.

Il n’a qu’à moitié raison, car les États-Unis ont quand même une politique économique centrale. Pas l’Europe ! Or, en matière de change, le « banquier central » n’a théoriquement qu’un rôle d’exécutant. C’est le gouvernement qui fixe la politique du change. Pas de gouvernement, pas d’objectif de change de l’euro .

Timidement- mais peut-être fera-t-il avancer les choses- le Président (pour 30 mois) de l’Union, le belge Herman Van Rumpuy, vient d’ailleurs de proposer, sans en avoir l’air, que l’Union se dote d’un tel gouvernement.

Peut-être fera-t-il mieux avancer les choses que d’autres déclarations tonitruantes. Pour l’instant, en tout cas, le « mix » économique de l’Union est chaotique : une dizaine de monnaies, dont le massif euro, la livre, deux couronnes scandinaves, six ou sept petites monnaies des pays de l’Est, et 27 politiques économiques... L’euro n’est pas adossé à une politique économique ! D’où sa sensibilité aux évènements.

Vers une solidarité pour ces « cueilleurs d’olives »

Il est cependant peu probable que la zone euro éclate. On a appris mercredi matin que France et Allemagne étaient sur la voie d’un compromis permettant à un certain nombre de pays de cette zone d’aider la Grèce. D’une manière ou d’une autre, une solidarité va donc se manifester à l’égard de ce pays « du Club Med », ces « cueilleurs d’olives », comme les ridiculisaient en 1992 les Allemands les plus hostiles à l’euro.

Ce qui est certain, par contre, c’est que les Grecs, comme les Espagnols, les Portugais et les Français vont vraiment devoir tenir l’engagement de rentrer dans les normes. Fidèle à sa faconde politicienne, notre gouvernement s’y est engagé pour 2013, afin d’éviter la rigueur fiscale durant l’année électorale.

Mais nous n’y couperons pas. Longue vie à l’euro et à ses normes qui contraignent des gouvernements électoralement prêts à tous les déficits et, autrefois, toutes les dévaluations, à gérer un peu mieux nos finances.

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 16h51 le 10/02/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    On a beau ne rien connaitre en bourse monétaire, on est bien obligé de considérer que dans un même pays, ou dans une même Europe, on n’a pas tous les mêmes objectifs.

    -1- Le Pays le plus endetté en volume, au point que la Chine se demande si elle sera remboursée un jour, c’est les USA. Or, le dollar grimpe. Sa « croissance » est à crédit...

    -2- Un chômeur, endetté, ayant peu de ressources n’achète que peu de produits étrangers en dollars. En fait, c’est essentiellement des produits pétroliers, largement taxés. On peut donc considérer que la baisse de l’Euro, hors dépenses carburants, est une bonne nouvelle car cela relance la compétitivité de la production en zone euro.

    -3- La Chine maintient la sous-évaluation de sa monnaie (de l’ordre de 30 à 40%) depuis des années, ce qui dope ses exportations.

    Alors de qui se moque-t-on ?
    L’euro fort, c’est l’euro des riches. Qui consomment, voyagent, valorisent leur capital, délocalisent.
    L’euro faible, celui des pauvres. Qui survivent, restent en France, remboursent leur dettes, et cherchent du boulot.

    Et quelle politique l’Europe choisit-elle, depuis des années ?

  • k-i
    k-i
    endimanché
    • Posté à 17h37 le 10/02/2010
    • Internaute 55073
      endimanché

    La proposition du belge président semble pragmatique et les belges ont fait preuve avec leur gouvernement « intérimaire » d’un certain pragmatisme en matière de « démocratie » capitaliste.

    Le problème semble le même qu’à l’échelle nationale : sans un véritable contrôle démocratique d’un tel gouvernement, impossible qu’il agisse pour le plus grand nombre.

    Aujourd’hui, la classe politique, comme n’importe quel réseau professionnel privilégié, s’est construit un rempart fait d’arrangements internes ou entre partis, de protections mafieuses par le monde économique ou de séduction médiatique. Des remparts qui ne sont donc pas infranchissables, enfin... surtout pour ceux qui sont nés à l’intérieur.

    Quel est l’impôt européen payé volontairement par des contributeurs issus majoritairement des classes populaires dans le seul but que l’un d’entre eux en détourne une partie à son seul profit ?

    L’Euromillion, la loterie européenne.
    Sur cette base, qui n’est pas qu’un artifice de rhétorique, on peut imaginer une assemblée européenne tirée au sort parmi les inscrits des listes électorales des 27 pays membres. Environ 500 représentants pour 5 ans, non renouvelables.

    Avec des salaires et des avantages conséquents, des assistants parlementaires, du temps pour se former et étudier leurs dossiers, se répartir le travail en commissions, ces représentants issus de toutes les catégories socio-professionnelles, s’ils ne sont pas des professionnels de la politique, auront une idée plus sûre des répercussions des politiques sur la base car ils en viendront pour la plupart, et devront y retourner à la fin de leur mandat.

    Sur une base aussi large et si l’échantillon est suffisamment conséquent, je crois qu’il pourrait même être considéré comme représentatif par un sociologue.

    Ce serait un bel hommage à la Grèce et une expérience à valoriser sur n’importe quel CV .

  • Anonyme répond à A déménagé le 13-01-2012 5

    La Grèce, en termes de PIB, c’est moins que la Région Rhône-Alpes, juste un peu plus de 1% du PIB de l’Union européenne. Autant dire que l’influence directe économique ou monétaire de la crise grecque sur le cours de l’euro est négligeable.

    C’est en termes d’image et d’influence psychologique sur les marchés financiers que la crise grecque exerce sa capacité de nuisance en révélant les faiblesses de l’UE en tant qu’union économique et politique et de la zone euro en tant qu’union monétaire. Le récent Conseil européen sur la question a révélé le manque de cohésion et de solidarité au sein des 27. On n’a évité que de justesse la décision de faire appel au FMI pour venir en aide à la Grèce, un pays membre de l’UE depuis bientôt 30 ans qui n’a jamais cessé d’être sous perfusion depuis lors pour passer d’une situation d’économie du Tiers-monde au rang européen inférieur à coups de dizaines de milliards d’euros en fonds structurels européens !

    Un peu comme si votre fille venait demander votre aide pour résorber un découvert de 500 euros sur son compte et que vous l’envoyiez se débrouiller au Crédit municipal sous prétexte que vous avez déjà suffisamment investi depuis sa naissance en nourriture, vêtements, éducation et argent de poche !

  • peheme
    peheme
    En transit
    • Posté à 10h14 le 11/02/2010
    • Internaute 102353
      En transit

    M. Matouk annonce un taux de croissance plus fort aux USA mais peut-on parler de croissance du PIB sans évoquer le carburant-dette permettant au dit PIB de ne pas s’écrouler ?
    La croissance américaine a été acquise comme en Europe par de l’endettement, et n’a aucune valeur intrinsèque permettant de s’esbaudir.
    Au contraire, si on observe de près cette croissance US, un professeur et ancien banquier ne peut pas passer à côté du coût de la guerre : le surcroît de croissance est explicable par l’augmentation irrationnelle du budget militaire décidé par le Nobel de la Paix, Obama. Mille milliards de dollars pour l’armée, et ça grimpe ...

    Je suis européen et je trouve très correct de forcer la Grece à des efforts salutaires tout en affaiblissant l’euro : je le dis sans rien savoir précisément à ce sujet, mais j’avais pensé à cette option pour empêcher la parité de continuer à glisser. Je pensais même que c’était la raison de l’entrée de la Grèce en zone euro : l’idiot utile.

    Concernant cette énième critique contre les « spéculateurs », des gnomes selon St Matouk, c’est intellectuellement insoutenable. Grâce à eux, nous avons conscience des problèmes juste avant que ça puisse exploser : en l’espèce, comme le dit l’auteur, il nous suffit de nous rabibocher avec les principes comptables et de bonne gestion pour ne craindre aucune attaque salvatrice.

    Il est si facile de désigner encore et toujours un bouc emissaire !

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