Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Dupont-Aignan et consorts, vous dites n'importe quoi sur l'euro !

Jean Matouk
Economiste
Publié le 09/10/2010 à 09h57


Des pièces d’euro (Chris-sy/Flick).

Il y a quatre mois, durant la crise grecque, dans l’incertitude sur la volonté politique des Européens de venir en aide à la Grèce, l’euro, attaqué sur les marchés, baissait, jusqu’à ce que le gouvernement allemand donne son feu vert pour un vrai soutien.

Les éternels opposants à l’euro, ceux de l’intérieur, comme les banquiers de la City et de New York, voyaient dans sa baisse le signe de la prochaine disparition de l’euro.
L’euro va-t-il exploser ? Faut-il le détruire ?

Aujourd’hui, alors que la troisième banque irlandaise est en difficulté, que des doutes existent sur la capacité de l’Irlande à assumer ce problème bancaire, que du coup on reparle du danger espagnol, l’euro ne baisse plus. Au contraire, il remonte !

Mais les mêmes annoncent à nouveau de grandes difficultés pour la zone euro, et voient encore poindre la fin de la monnaie unique.

Dans l’émission Ce soir ou jamais ce mercredi 6 octobre, Nicolas Dupont-Aignan, fidèle à sa ligne, prônait, lui, une destruction volontaire de l’euro, rendu responsable de la faible croissance de l’Europe et du chômage, approuvé en cela par mon vieux maître Alain Cotta, et l’économiste de gauche Bernard Maris.

En matière financière, l’annonce d’un résultat peut parfois déclencher un processus qui y mène. Les spéculateurs le savent bien qui, vendant une devise ou un titre à terme, dans l’espoir de gagner si elle ou il baisse, exercent souvent une campagne médiatique annonçant sa baisse pour qu’elle se produise effectivement.

Je ne pense pas que les attaques régulières contre l’euro parviennent à ce résultat. Il serait tout de même temps que certaines simples vérités sur l’euro soient, une fois pour toutes, admises, ce qui laisse toute liberté, ensuite, pour mener différentes politiques économiques.

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La montée de l’euro par rapport au dollar et au yuan handicape les exportations de la zone

Oui, après avoir baissé par rapport au dollar jusqu’en 2002 -ce qui permettait déjà aux anti-euro, tels de Villiers, d’annoncer son échec ! - l’euro s’est apprécié presque continuellement, et après un repli de quatre mois, est en train de revenir au niveau de 1,4 dollar pour 1 euro.

Oui, du fait du lien maintenu volontairement par les autorités chinoises entre yuan et dollar, l’euro s’est continuellement apprécié aussi par rapport au yuan. Ni les Etats-Unis, ni l’Union européenne ne font plier les Chinois sur ce point et des rétorsions commerciales seraient condamnées par l’OMC, car le taux de change n’y est pas considéré comme obstacle aux échanges.

Mais, par parenthèse, quel serait le poids de l’Espagne, l’Italie, la France et même l’Allemagne seules, face au géant chinois, si la zone euro n’existait pas ?

Oui, cette hausse du taux de change euro/dollar a freiné certaines exportations de la zone euro, mais plus particulièrement celles des pays qui vendent des produits de consommation plus sensibles aux prix, dont la France, et moins ceux qui, comme l’Allemagne, vendent des biens industriels, technologiques et les services afférant .

S’y ajoute, pour cette dernière, une période de rigueur de cinq ans sous Schröder, qui a augmenté la compétitivité allemande, vis-à-vis du monde entier.

Oui, en raison de sa panoplie exportatrice aussi, l’Allemagne accumule des excédents dans son commerce avec la France et, pourtant, elles utilisent la même monnaie.

Si nous l’avions imité, depuis vingt ans si nous avions investi suffisamment là où il fallait , nous disposerions du même avantage comparatif (de prix et de produits), exporterions autant qu’elle vers l’Asie en pleine croissance et aurions un commerce équilibré avec elle.

Rien à voir, Nicolas Dupont-Aignan, avec l’euro.

2

Avec l’euro, plus de spéculation entre monnaies d’Europe

et grande simplification pour les entreprises

La monnaie unique a coupé toute spéculation entre les seize monnaies de la zone, comme autrefois entre mark, franc, lire, pesetas, etc. au grand dam d’un certain nombre de spéculateurs de la City, qui y faisaient leur beurre.

L’euro a considérablement simplifié les projets des entreprises. Elles savent en vendant le montant exact qu’elles récupéreront à la livraison.

Les comptabilités des pays membres deviennent vraiment comparables.
L’euro devient, c’est vrai, une monnaie de réserve. Le dollar, même s’il reste dominant dans ce rôle, n’a plus de monopole, ce qui peut aussi déplaire à certains.

Le retour aux anciennes monnaies n’aurait comme effet que d’offrir à nouveau un terrain de manœuvre aux « marchés », qui ne demandent que cela, conduisant à des dévaluations successives et récurrentes, ciblées et rythmées par quelques gérants de grands fonds.

La France en a fait l’expérience pendant quarante ans, de 1958 jusqu’à la création de l’euro : de 1 pour 1, la parité franc/mark est montée à 1 pour 1,4. Sans que nous parvenions pour autant à équilibrer durablement notre balance commerciale, ni à investir suffisamment pour créer les emplois nécessaires à un pays qui se targue d’avoir le second plus haut taux de fécondité d’Europe ! Gardant donc, depuis 1985, un chômage moyen de 10%, avec des pointes à 12%.

3

Il faut renforcer l’Euro en imitant l’Allemagne

Il faut au contraire, comme l’ont préconisé mes collègues Daniel Cohen et Agnès Bénassy-Quéré, et Elisabeth Guigou, durant la même émission, renforcer l’euro en renforçant l’Europe, en modifiant donc légèrement le rôle de la BCE pour qu’elle acquiert la fonction de gérer le taux de change sur les indications unanimes du Conseil des ministres européens. Là est la clé d’une résistance à l’usage hostile de leurs taux de change que pratiquent les Etats-Unis et la Chine.

Il faut, pour ce renforcement de l’Europe, retrouver une vraie communauté de destin avec l’Allemagne. Et s’il faut pour cela, adopter ses règles budgétaires et fiscales, faisons-le ! Nous ne nous en porterons que mieux.

Allons-nous un jour, enfin, comprendre qu’on ne peut consommer que ce que l’on produit (et/ou importer autant qu’on exporte), que le modèle allemand est quand même meilleur que le nôtre, qu’il en tire avantage par rapport à nous parce que nous n’avons pas su gérer aussi bien que l’Allemagne.

Pour elle, comme pour nous et les quatorze autres pays de la zone, l’euro, est donc une chance et non un carcan.

Allons-nous cesser de prédire ou même espérer la disparition de ce qui restera sans doute l’une des innovations politiques majeures du XXe siècle ?

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  • Asse42-
    Asse42-
    Royaliste engagé contre le N.O.M (...)
    • Posté à 10h40 le 09/10/2010
    • Internaute 25124
      Royaliste engagé contre le N.O.M (...)

    Le problème de cette monnaie unique c’est qu’elle comporte des avantages comme des inconvénients. Jean Matouk nous expose les avantages et on peut le concevoir mais quid des inconvénients.

    Envisager d’importer purement et simplement la politique fiscale de l’Allemagne pour nous l’appliquer à nous en pensant nous faire croire qu’ainsi nous retrouverions un dynamisme économique est une hérésie. Notre pays n’a pas les mêmes fondations socio-économiques que l’Allemagne et je suis sûr que si vous demandez au peuple allemand si il a été content des mesures Shroëder il vous dira Nein !
    Comme d’habitude il y a donc la vision purement économique libérale et la vision sociale qui s’affronte. Est-ce que pour être heureux nous devons absolument avoir des entreprises riches et bien portantes ? Ou n’y a-t-il pas une alternative ? Bref peut-on envisager un projet d’avenir socialiste sans nous mettre entre les mains du libéralisme débridé ?
    Lien

    Rappelons aussi que les institutions mondiales ne sont pas socialistes comme le FMI par exemple :
    Lien

  • Sylvain Reboul
    Sylvain Reboul
    Professeur honoraire de (...)
    • Posté à 10h45 le 09/10/2010
    • Expert 22220
      Professeur honoraire de (...)

    La question de le force de l’Euro (ou de sa faiblesse, les adversaires de l’Euro ne sont pas à une contradiction près) n’est en rien liée à celle de la faible croissance en Europe . Sinon que dire de la politique monétaire hyper-laxiste des USA et de ses effets si peu positifs sur la croissance américaine ?

    Par contre, sans l’Euro, la situation serait encore plus difficile pour la croissance ; les taux d’intérêt monteraient instantanément en France et un éventuel Mark serait aussitôt réévalué par rapport au dollar et mettrait en péril l’économie allemande toute entière, laquelle est tirée par les exportations.Le guerre des monnaies au seul bénéfice des spéculateurs seraient inéluctable.

    La possibilité de la croissance européenne est donc dépendante de la politique économique convergente en Europe et non pas de l’inexistence éventuelle de l’Euro, Euro dont la réalité est toujours plus positive que négative quant à ses effets sur l’économie.

  • Jean Matouk
    Jean Matouk répond à Asse42-
    Economiste
    • Posté à 15h49 le 09/10/2010
    • Internaute 1101
      Economiste

    Mais qui vous dit autre chose ?
    L’euro n’emp^che personne de bâtir une fiscalité juste. La nôtre l’est moins que celle de l’Allemagne ; Si l’on se décidait à ne plus rêver de révolution, et à chercher une voie consensuelle juste. On ne le trouve jamais parfaitement, mais on peut s’en approcher.
    Chez nous la vie sociale s’est résumée depuis des décennies à un affrontement entre une CGT trop longtemps soumise au PC, une CFDT constamment accusée de trahison par le « commandeur » d’extrême gauche, et, de l’autre côté, le patronat le plus à droite du monde et qui l’est toujours. Le rêve implicite du MEDEF, jamais formulé mais que l’on peut lire à travers ses positions , c’est que les salaires français baissent pour être moins éloignés des salaires chinois. Laval pensait la même chose. Voir les deux comportements différents des patronats français et allemands dans l’automobile. Là-bas on a ciblé la haute qualité et le haut de gamme, en faisant fabriquer les pièces dans les pays d’Europe orientale, en montant les véhicules en Allemagne, mais en étant aptes à fournir le voitures de luxe aux riches chinois. Nous nous sommes concenrtrés sur la bas de gamme, ou évidemment nous avons beaucoup plus de mal à monter les véhicules en France

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 16h57 le 09/10/2010
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « Dupont-Aignan et consorts, vous dites n’importe quoi sur l’euro ! »

    ► Exact,

    sachant qu’il y a aussi le Parti Communiste et autre NPA qui disent n’importe quoi sur l’Euro..

    ..Mais pourquoi donc ne l’avez vous pas intégré à votre article.. et surtout.. à son titre ?

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