Photovoltaïque (II) : Photowatt ou l'histoire d'une impotence industrielle
Dans une première note de blog, Jean Matouk a évoqué l’échec du photovoltaïque français, estimant que la France est en train de passer complètement à côté du développement de ce secteur d’avenir. Dans le deuxième volet, il évoque un cas exemplaire : Photowatt.
L’histoire de Photowatt est parfaitement illustrative de notre impotence industrielle et, notamment, de notre échec sur la première phase, au moins, de la filière photovoltaïque.
Photowatt fut crée en 1979. Elle profita d’abord petitement, avec moins de 100 personnes, des débuts de l’énergie solaire, quand celle-ci n’était, aux yeux de tous les spécialistes, qu’un rêve de substitution d’une énergie renouvelable au pétrole ; elle était pratiquement seule en France à croire à cette nouvelle énergie ; elle vendit aussi ses panneaux et cellules en Afrique.
L’Allemagne, moins ensoleillée, est plus « photovoltaïque »
Il faut dire que, bien que moins ensoleillée que la France, l’Allemagne a, paradoxalement, cru plus vite, et plus intensément qu’elle, aux deux types d’énergie solaire ! Dès les années 70, elle lançait le solaire thermique, dans lequel la chaleur du soleil est récupérée directement et transportée dans un fluide caloporteur.
Mais dès l’année 1991, elle lançait un plan de 1 000 toits solaires puis en 1999, un plan de 100 000 toits photovoltaïques.
En 2000, elle créait, comme la France, un tarif de rachat de 50 centimes par kWh, plus avantageux, à l’époque, que celui de la France. En effet, ce prix de rachat était à comparer à un prix normal de courant de l’ordre de 6,5 centimes par kWh, alors qu’à l’époque, en France, les deux prix étaient de 15 centimes et 5,5 centimes.
Aujourd’hui, la capacité installée en Allemagne est de 120 Wc (ce qui signifie 120 « watts-crête » ou 120 watts de puissance électrique par habitant pour un ensoleillement standard de 1 000 watts par mètre carré à 25°C) contre 4,5 pour la France ; la seconde capacité par habitant est celle de l’Espagne avec 76,4 Wc/habitant. Il y a donc eu, plus précocement, en Allemagne, une demande très stimulée de matériels qui allait soutenir la naissance d’une filière.
La promotion française tardive de l’énergie solaire
En France, c’est en 2000 que le gouvernement Jospin fixa le prix de rachat de 15 centimes précité et 30 dans les DOM-TOM. Puis, comme dit dans ma première note, en 2006, le gouvernement a voulu « booster » cette énergie, et s’est aligné, donc avec retard, sur l’Allemagne, par un prix nettement plus élevé et un avantage fiscal.
Cela lança effectivement l’aval de la filière côté demande, et côté offre d’installation. Malheureusement, comme expliqué précédemment, prétextant une bulle spéculative, le gouvernement, en mars 2011, vient de réduire les avantages.
Malgré ce retard sur l’Allemagne on aurait pu espérer, dés 2000, que cette politique allait susciter la naissance et le développement d’une vraie filière industrielle française. Ce développement aurait dû, se faire autour de Photowatt, désormais installée à Bourgoin-Jallieu (Isère), et que Nicolas Sarkozy avait honorée de sa visite en 2009.
Cent installateurs, quatre ou cinq producteurs
Hélas, rien de tout cela n’est arrivé. L’annuaire des entreprises photovoltaïques compte plus de cent références. Mais sans qu’on ait pu les interroger toutes, on ne compte que quatre entreprises vraiment productrices, dont Photowatt, alors que l’Allemagne, par exemple, en compte 14.
Bien sûr, compte tenu de l’avantage salarial de la Chine, 80% des cellules photovoltaïques en sont importées, mais dans d’autres pays on en produit aussi et on assemble plus.
C’est le même constat que pour l’automobile allemande, qui peu après 1990 et l’« ouverture » des anciens satellites de l’URSS, s’est mise à faire fabriquer en Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, les pièces détachées des automobiles, notamment de haut de gamme, mais a gardé, en Allemagne, l’assemblage et ses emplois ouvriers qualifiés, quand la France, plus ciblée sur le bas de gamme, délocalisait carrément des fabrications.
Dans la liste des dix premiers fabricants mondiaux on trouvait, en 2008 :
- deux allemands (Q-cells et Solarworld),
- quatre japonais (Sharp, Kyocera, Mitsubishi, Sanyo),
- deux chinois (Suntech Power, Boading Yingli),
- deux américains (Sun Power, partiellement aux Philippines, BP Solar, en partie anglais),
- un taiwanais (Motech).
Cette liste a sensiblement changé. Les Asiatiques y ont évidemment pris du poids. Suntech est devenu le premier mondial. Par pays, les cinq premiers producteurs sont :
- la Chine,
- le Japon,
- l’Allemagne,
- Taiwan,
- les Etats-Unis.
Photowatt, un triste cas d’école
Et qu’est devenue Photowatt, qui, en 2007, pouvait encore rivaliser avec les plus grands ? Elle est 72e fabricant mondial, au bord de la faillite aujourd’hui, avec une production annuelle de 72 mégawatts (MW) contre... 1 250 MW à Suntech Power !
L’explication est tragiquement toujours la même. Non soutenus, et peut-être aussi moins désireux que leurs collègues étrangers d’augmenter leurs risques industriels, les fondateurs ont laissé un canadien, ATS, prendre le capital en 1997.
Celui-ci, au lieu de faire fabriquer ses cellules et panneaux en France pour ses installations au Canada, les importe de Chine et laisse plus ou moins tomber la filiale française. Celle-ci, faute d’investissements, n’a donc pas été en mesure de profiter de l’élan photovoltaïque national, tardif certes, mais réel, de 2006.
Autour de Photowatt, de plus, aucun lancement d’autres entreprises productrices de taille significative. Mais un foisonnement d’assembleurs légers et surtout d’installateurs, qui, effectivement, ont gagné de l’argent en installant les panneaux et en construisant quelques parcs.
La seule tentative cohérente est venue d’Areva qui, sous Anne Lauvergeon, voulait se lancer dans l’éolien – ce qu’on lui a d’abord refusé – et le solaire. Mais il s’agissait là, non pas de la création d’une filière industrielle de PME de 200-500 emplois, exportatrices potentielles aux techniques diversifiées, mais, bien à la française, de la diversification intelligente, mais centralisée d’un grand groupe d’Etat.
C’est bien la traduction d’une impotence industrielle nationale. Chez nous, il ne suffit pas, comme en Allemagne, au Japon, aux Etats-Unis que l’Etat favorise la demande. Il faut aussi qu’il cornaque les industries existantes, les banques, les financiers pour qu’ils investissent.
La France peut-elle encore prendre le train du photovoltaïque ?
Nathalie Kosciusko-Morizet a été obligée d’acter cet échec, tout en légitimant la reculade dans l’aide aux nouveaux clients du photovoltaïque, par le triple argument :
- d’une « bulle spéculative »,
- d’une importation massive de matériel (un déficit de 2 milliards sur la balance commerciale),
- d’un dépassement du budget prévu pour la réduction d’impôt.
Elle affirme que la France ne vas pas rater, cette fois, la seconde génération de matériel photovoltaïque, notamment pour les grandes installations.
Semblant lui remboîter le pas, un fabricant mayennais de CD/DVD, MPO, à réuni, dans un projet « PV 20 », trois autres industriels, Emix, Semco et Tenesol, pour tenter de relancer la production française.
Pour contrer l’avantage salarial chinois, il compte augmenter le rendement des panneaux, aujourd’hui de 16% de l’énergie solaire reçue à 20% et même 24% sachant que 1% de gagné, c’est 10% sur le prix du kWh.
On ne peut que lui souhaiter bonne chance. Mais si l’environnement financer, étatique ou privé, n’est pas meilleur que pour Photowatt, nous risquons bien d’ici cinq-dix ans de devoir constater un nouvel échec. De plusn une seule entreprise ne fait pas une filière. C’est dix ou quinze PV20 qu’une politique industrielle volontaire devrait viser. Dix ou quinze PV20 qui, aussi, exporteraient en Chine, en Inde et au Brésil !
- Sur photowatt.comLe site de Photowatt
- Sur liberation.frPhotowatt sur la touche, sur Liberation.fr
- Sur usinenouvelle.comMise en vente de Photowatt : la direction s’explique, sur UsineNouvelle.com
- Sur www.ft.comChina backing for solar power, sur FT.com (en anglais)
- Sur rue89.comLe photovoltaïque, illustration du naufrage industriel français, le premier volet de la série de Jean Matouk
- Sur www.rTous nos articles sur l'énergie solaire
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alchimiste
alchimiste
Bon, qu’est-ce qu’on fait ? On copie-colle nos « contributions » à la première partie de l’article ?
Pour complément :
1- « Photowatt fut crée en 1979 », la même année, le gouvernement lance le projet de centrale solaire thermodynamique Thémis. A l’étude depuis 1976, elle sera la première mise en fonctionnement en Europe en 1983, la plus ancienne de ce type étant celle d’Albuquerque aux EU (1976).
Alors que, grâce à Thémis devenue référence internationale, Electricité De France était à la pointe du développement de ce type de conversion d’énergie solaire en électricité, c’est aujourd’hui une petite société privée qui tente de rattrapper le retard de notre industrie en la matière en lançant une installation en Corse : Alba Nova, alors que ce type de centrale se multiplie aux EU, en Espagne, au Maroc, etc...
Qu’a t’on fait de Thémis ? On l’a convertie au photovoltaïque...privé.
L’industrie photovoltaïque n’est pas malade de notre impotence industrielle et écologique, elle en est un symptôme.
2- Ce n’est pas tant le coût de la main d’oeuvre qui fait une différence entre les piles PV (ce sont des piles) chinoises et européennes, mais le coût du retraitement des déchets de cette industrie, dont la Chine s’éxonère alors que les entreprises européennes y sont contraintes.
Mieux concentrés en Allemagne, dans un pays en avance sur sa gestion des déchets, les économies d’échelle y permettent une réduction de ces coûts face à laquelle les petites entreprises françaises ne sont pas compétitives.
3- Le fait que les Allemands décorent leurs toits de gadgets au silicium au lieu d’y chauffer directement leur eau et leurs maisons tient de la même rationalité que de mettre des chaussettes dans des sandalettes : la mode.
4- La France n’a jamais vendu de PV en Afrique, elle a vendu du PV à des ONG occidentales subventionnées. Les Africains achètent chinois, et les routards achètent marocain.
5- Un capteur solaire themique a un rendement approchant les 80% ; une pile PV ne dépasse 20% et n’est recyclable qu’en laboratoire, elle ne dépassera jamais les 30% de rendement, et ne sera jamais mieux collectée que les piles au mercure.




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