Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Ce que dit l'engouement pour la généalogie sur notre société

Jean Matouk
Economiste
Publié le 15/08/2011 à 12h31

L’arbre généalogique de Barack et Michelle Obama (Ethan Hein/Flickr)

La mode est à la généalogie. Des sites Internet offrent leur service pour permettre à chacun de retrouver ses aïeux, en remontant le plus loin possible dans le temps. Un magazine est aussi consacré à cette passion.

Pour les personnes dont les ancêtres sont nés en Europe occidentale, la tâche est peut-être ardue, mais le chemin balisé ; les registres d’état civil ou paroissiaux peuvent être consultés plus ou moins facilement.

Mais pour 10% à 20% de la population française actuelle, les recherches s’arrênt assez vite, leurs bisaïeux ou trisaïeux étant nés hors d’Europe ou dans des pays d’Europe de l’Est sans état civil assez ancien.

La recherche du « sang bleu » par les nobles d’antan

On peut toutefois se demander à quoi tient cette renaissance du souci généalogique ? On peut comprendre pourquoi les nobles de l’Ancien Régime avait le souci de définir leurs lignées, dont les veines ont transporté le « sang bleu ». On peut comprendre aussi que pour des soucis de propriété sur les terres, leurs anciens serfs aient eu le même souci. Mais aujourd’hui ?

On peut évidemment l’expliquer par une simple curiosité nouvelle, et par le fait qu’Internet facilite au moins le début des recherches. Mais on peut aussi y voir la conséquence du délitement des liens sociaux.

Les liens familiaux horizontaux, entre parents vivants, se délitent : en témoigne, entre autres, l’abandon dans lequel sont souvent laissées les personnes âgées.

Les liens politiques se sont dissous, en même temps que les partis , qui deviennent, comme aux Etats-Unis, de simples machines électorales. Les syndicats ont, partout, perdu une masse d’adhérents.

Bref, la société se délite ! Le souhait de Margaret Thatcher devient constat : « Je ne connais pas la société, je ne connais que des individus. » Nous formons de moins en moins une société formée de « liens sociaux », et de plus en plus un ensemble d’individus juxtaposés.

Bien sûr, il y a les associations qui prospèrent. Mais cette prospérité même ne témoigne-t-elle pas d’un besoin de substitution aux liens sociaux délités ? La norme devient, métaphoriquement, la femme ou l’homme, seul, qui tente par Facebook ou autres sites dits « sociaux » de recréer une « société » virtuelle faute d’une société réelle satisfaisante. Cette dernière lui manque sans qu’il en soit vraiment conscient.

« Dis moi qui tu fréquentes... »

Ce qui a défini l’homme, dés son origine, c’est le rapport aux autres :

  • le rapport coopératif dans tous les aspects de la vie, pour le chasseur cueilleur primitif ;
  • le rapport coopératif, à nouveau, des villageois face aux seigneurs féodaux ;
  • le rapport politique dans les cités antiques, puis dans la naissance des nations modernes, avant la dépolitisation et le triomphe de l’abstention électorale ;
  • le rapport social au cours des luttes ouvrières ;
  • une certaine communion au théâtre , au concert et même au cinéma, avant que nous ne savourions, solitaires, chacun, notre musique sur MP3, ou notre spectacle devant notre téléviseur.

La dissolution des rapports à l’autre, fait perdre à l’homme une part de son identité. Peut-on alors supposer qu’en dehors d’une identité virtuelle sur les sites sociaux, il cherche ce « plus d’identité » dans sa généalogie.

Faute de liens horizontaux, il cherche à retrouver de soi-disant liens verticaux pour « tenir debout » seul au milieu des autres qu’il ignore et qui l’ignorent. Dans l’oxymore que constitue une société d’individus !

La recherche des donneurs de sperme dans la fécondation

D’autres phénomènes sociaux récents plaident d’ailleurs dans ce sens. D’abord cette idée, malsaine, de permettre aux personnes nées d’une insémination artificielle, d’avoir accès avec son accord, à l’apporteur de gamètes.

Comme si cet enfant, né de la chair d’une femme, n’était pas seulement le fils de cette femme et de son compagnon, qui l’ont élevé depuis sa naissance.

Comme cette autre mauvaise idée , de permettre à l’enfant né sous X – naissance définie par la Convention en 1793 et développé par la IIIe République en 1904 – d’aller lui aussi à la recherche de sa génitrice, qui n’est aucunement sa vraie « mère », celle-ci étant, bien sûr, la mère adoptive.

Pourquoi remettre la génitrice initiale dans la douloureuse situation de devoir être une deuxième fois « mère indigne », ou de voir débarquer dans sa vie une personne avec laquelle elle n’a rien de vraiment commun ?

Droit du sang et droit du sol

Les pays d’émigration ont souvent gardé le seul droit du sang, comme critère de nationalité, afin de maintenir un lien juridique avec leurs nationaux émigrés. Mais les pays d’immigration, comme la France, ou la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, les plus anciennes démocraties, notons-le, ont adopté aussi le droit du sol.

Si l’on y réfléchit bien, ce dernier a une signification évidente : ce qui nous définit, ce sont bien sûr nos gènes, ceux de nos parents et aïeux. Mais ce sont surtout nos relations horizontales (« dis moi qui tu hantes.. ») nos liens avec nos parents, bien sûr, parce qu’ils nous ont élevés , nos oncles tantes et cousins, mais aussi, nos voisins, nos collègues de bureau, d’associations, et, plus largement, nos con-citoyens, nos com-patriotes.

« Mes origines , je m’en fous », déclare, fort justement, Arthur Martin dans le film « Le Nom des autres ».

Toutes les manifestations décrites ci-dessus, comme ce souci nouveau de généalogie, semblent marquer un retour vers les seuls liens du sang. Vers une définition de l’homme par ses seuls gènes, qu’on confondait autrefois avec son sang. N’est ce pas l’antichambre du racisme ?

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 12h49 le 15/08/2011
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    La généalogie.. un espèce de miroir dont on a pas besoin toujours...dont on peut être fier ou honteux alors que nous ne sommes pas responsable de nos ancêtres.

    on montre, et on cherche la branche qui arrange, ce que l’on veut trouver..
    Il est des branches ’honteuses’ pour certains (origines sociales, origines étrangères dérangeantes, religion honnie, noms bizarres (landru, hitler, mussolini etc)) , alors on les coupe....


    on ne remonte pas bien loin, ce qui fausse tout... et n’est pas amusant
    c’est comme si on avait la dernière page d’un dictionnaire... vieux de 3 millions d’années...(l’homme moderne : l’homo sapien sapien, nous)

  • DiaboloSatanas
    DiaboloSatanas
    Fou du volant
    • Posté à 13h47 le 15/08/2011
    • Internaute 79165
      Fou du volant

    Ne cherchez pas à lire mon nom sur mes papiers
    J’ai lavé mes empreintes et j’ai perdu mon âge
    Appelez-moi nuage appelez-moi fumée
    Laissez le reste en blanc sans rien me demander

    Je n’ai jamais volé que mes instants de chance
    Je n’ai jamais tué que le temps qui passait
    Mes poches sont percées mais je garde en secret
    Le coquillage bleu du fond de mon enfance

    Vous n’avez pas le droit de me prendre mes bretelles
    Ouvrez-moi cette porte ; rendez-moi mes lacets
    Je n’ai rien demandé seulement je passais
    Si je n’ai pas de nom c’est que nul ne m’appelle

    Je suis très bien ainsi laissez-moi m’en aller
    Je ne mendiais pas, n’étais même pas îvre
    Et s’il faut à tout prix mettre un nom sur vos livres
    Appelez-moi nuage appelez-moi fumée

    FRANCIS BLANCHE

  • Anne
    • Posté à 15h24 le 15/08/2011
    • Internaute 746

    Bonjour,

    L’article décrit peut-être la vision de la généalogie de son auteur, mais révèle surtout ses obsessions... Il oublie le simple plaisir de la recherche, celui de la trouvaille, de résoudre l’énigme. Il oublie également la découverte de l’histoire des villages, de la grande histoire et de son influence sur le quotidien, les traces des grands événements.
    Quant à chercher à démontrer qu’on est français... Personne n’est complètement français quand on remonte le temps et surtout cette notion n’a vite plus de sens. Quand le curé de Custines (aux environ de Nancy) tire un trait dans son registre, écrit au dessus du trait : « ici se termine l’état-civil de la France » et en dessous du trait : « ici commence l’état-civil de la Lorraine », faut il en déduire que les descendants des ainés seront de « vrais » français contrairement aux descendants des cadets ? Et ceux nés dans la vallée de la Moselle dans l’actuelle Allemagne mais partie intégrante de la Lorraine de leur temps, les descendants sont quoi ? On apprend vite à relativiser, à arrêter de catégoriser.
    Après découvrir les évolutions sociales, les divergences des évolutions selon les branches familiales , les différences qui se créent entre les aines et les autres, tout cela fait partie de notre histoire à tous, celle du quotidien, celle dont on ne vous a pas parlé à l’école..
    Mais surtout le plaisir et les découvertes sont les mêmes dans des recherches pour soi que dans le dépannage d’autrui, sauf la petite émotion de trouver la signature d’un ancêtre, la dernière trace restante de ses actions.

  • TKMankind
    TKMankind
    Présent
    • Posté à 16h56 le 15/08/2011
    • Internaute 128716
      Présent

    Le début de l’article n’était pas mal mais l’auteur rate clairement un point dans son raisonnement qui pourtant transparaît dans son article : Il apparaît clair à la vue de l’évolution sociale, que l’être humain a BESOIN d’avoir une identité qu’il peut clairement définir et apprécier.

    L’auteur cite la généalogie pour montrer cette tendance du délitement social, mais on pourrait prendre plein d’autres choses (communautarisme, etc.). Dans une société où effectivement l’individualisme remplace l’appartenance à une patrie par exemple, l’individu livré à lui-même finit par vouloir rechercher de nouveaux repères/identités vu qu’on lui a privé des anciens plus globaux de part l’exemple historique foireuse qu’on connait. Mais à aller d’un extrème à l’autre extrème au lieu d’un juste milieu, on crée de nouveaux problèmes au final...

    Cependant, l’auteur finit par mal tourner vers la fin, car je trouve amusant comment dans une société que l’on veut sans races, certains voient tout sous le prisme du racisme et ne peuvent expliquer que par ce biais. Je dis souvent que les anti-racistes sont les pires racistes qui soient, de part leur hypocrisie et de leur façon de voir la société. L’auteur semble confirmer cette théorie. Bientôt le simple fait d’apprécier un sandwich au pâté de foie sera considéré comme l’antichambre du racisme ^^

    Par contre j’ai été choqué sur le jugement implacable de l’idée de permettre aux inséminés de retrouver leurs racines biologiques, que l’auteur qualifie donc de « malsain » en prétextant d’eventuelles conséquences pourtant évitables par le garde-fou de l’accord de la « génitrice » qu’il cite pourtant. Non seulement c’est clairement contradictoire comme raisonnement car ne tenant pas compte du garde-fou, mais je suis certain que certains des concernés qui veulent savoir, apprécieront de savoir qu’ils ont des idées « malsaines ».

    On reste des animaux avant tout, or l’auteur montre qu’il considère l’être humain comme une entité rationnelle principalement, alors que c’est l’inverse qu’il faudrait voir. On dépend davantage de nos émotions que de la raison, et c’est en tenant compte de cela qu’on pourra concevoir une société équilibrée. Vouloir rien de moins que supprimer tout ce qui peut géner ne fera que renforcer cette gène à long terme, comme l’identité nationale par exemple...

    A ne pas voir ce caractère irrationnel, on finit par encourager la division au sein de la population du fait de la politique d’individualisme acharnée qu’on vit depuis des décennies. Car on n’a plus une ou quelques identités auquelles tout le monde se rattachera sans trop de mal : on a maintenant un trop grand nombre avec trop de différences pour arriver à une conciliation facile, ceci d’autant que les « donneurs de leçons » considèrent « qu’elles se valent toutes ». Il serait temps d’en prendre acte et d’opérer les corrections avant que la cohésion sociale ne soit totalement brisée.

  • lecteur
    lecteur
    lecteur
    • Posté à 16h57 le 15/08/2011
    • Internaute 49321
      lecteur

    La généalogie n’est pas seulement verticale, elle est aussi horizontale.
    J’ai pu aider mon père dans ses recherches : ce fut un moment formidable, parce que son grand père, né en 1867 avait lui même une connaissance de ses ayeux. De ce fait, créer un arbre, pour lui, c’était structurer des connaissances qui lui ont été transmises, recouper, raconter des anecdotes sur untel ou untel. Ce qui a rendu possible cette histoire avec un petit « h », c’est d’abord la cohabitation de plusieurs générations sous un même toit. J’ai aussi des listes de noms qui remontent jusqu’au XVème siècle, ça n’apporte pas grand chose.

  • Lucius Sergius
    Lucius Sergius répond à affreuxjojo
    Citoyen
    • Posté à 18h29 le 15/08/2011
    • Internaute 28239
      Citoyen

    Chez certaines familles obsédées par ça, et non des « moindres » avec portraits d’ancêtres et inscriptions à des trucs comme le bottin mondain, on vise à faire oublier en effet des « secrets » dont certains ne sont pas si anciens, et on croit parfois y être arrivé. C’est parfois assez amusant. Dans certains milieux on n’est pas plus dupe concernant les « lignées », le bricolage d’« illustres » origines à base de documents plus ou moins douteux s’adresse surtout aux naïfs qui veulent bien y croire... A contrario d’illustres anonymes ont réellement des ancêtres éloignés historiquement prestigieux sans même le savoir parce que la mémoire s’en est éteinte, des ascendants plus récents s’en étant moqué comme de leurs premières savates. Enfin, bref...

    En dehors des lignées de papier, un autre aspect de la quête généalogique souligné par l’article peut être effectivement l’obsession du gène de l’ancêtre, qui est sans doute à l’origine un truc venu avec les invasions barbares quand on en avait la préoccupation pour une question de survie, pour appartenir à une « bonne » maison et en avoir les droits, celle du chef ou d’un puissant. On a ensuite appelé cela le « sang bleu » parmi les descendants des envahisseurs ayant apporté leur civilisation de guerre, la tradition s’est perpétuée pour transmettre la propriété. Mais c’est tout de même une notion qui aurait paru assez étrange à nos ancêtres (gallo-)romains encore plus anciens, chez qui certes les grandes familles étaient jalouses de leur nom, mais se moquaient plus ou moins ouvertement de la manière de l’acquérir. L’adoption d’adultes qui étaient considérés par les chefs de familles comme faisant pleinement partie de la famille à égalité avec ceux ayant hérité génétiquement de leur blaze était courante, des esclaves affranchis de la maison étant totalement intégrés au bout d’une ou deux générations... Et que telle ou telle matrone ait transmis à un descendant un gène qui n’était pas forcément bien celui du pater familias suite à une festivité quelconque n’aurait pas étonné grand monde ni apporté très grand scandale. Il paraîtrait que certaines citoyennes de très vieilles familles et « bien » mariées aimaient rendre des visites nocturnes aux vedettes des arènes sans trop se cacher, avec comme prétexte, en ces temps où on croyait encore en tout un tas de trucs curieux, l’aura « magique » des vainqueurs qui leur permettait entre autres de remédier à la stérilité en rapportant quelque chose d’un champion (tu m’étonnes...) C’était acquis, la famille était institutionnelle et non de sang, la traque génétique n’aurait eu aucun sens pour ces gens qui ont tant laissé pour bâtir notre société, sauf éventuellement pour un juriste hypocrite en mal de plaidoirie ou faisant manoeuvre pour un héritage, et qui n’aurait pas craint le ridicule...

    Pour les obsédés de la « noblesse » je parierais qu’un quartier ou des certificats « anciens » pourraient encore se bricoler assez aisément sur vieux papiers et à base de blason « depuis toujours dans la famille »... Certains descendants de contrebandiers « nobles » comme moins de la moitié de la population française y sont bien parvenus en combinant des filiations naturelles et féminines et en « squizant » d’autres , alors pourquoi pas une république où on serait tous princes ou barons...

    Sur ce, je souhaite une bonne fin de journée à vos majestés...

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