Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Emploi : d'abord sauver et développer les PME viables

Jean Matouk
Economiste
Publié le 22/01/2012 à 18h20

Aucune des mesures évoquées lors du sommet social de mercredi 18 janvier n’est inutile. Tout est bon pour lutter contre le chômage. Mais elles appellent quelques remarques.

Des mesures bien tardives

Comment se fait-il, par exemple, que la mesure destinée à augmenter le chômage partiel pour éviter le chômage total, ne soit évoquée que maintenant ? Que ne l’a-t-elle été dès fin 2008, quand on était déjà certain de la baisse du PIB donc de la hausse du chômage en 2009.

La France n’a mis durant cette année de récession que 275 000 salariés en chômage partiel, quand l’Allemagne en mettait 1 540 000 ! Pour un chômage partiel de 50%, l’Etat allemand prenait en charge 25% et le solde était négocié entre salariés et employeur.

Et pourquoi s’est-on alors entêté sur la défiscalisation des heures supplémentaires, totalement à contre-temps ?

Une « préparation » idéologique

Le patronat a voulu faire baigner ce sommet social, avec la complicité du gouvernement, dans une ambiance de culpabilité salariale. Le chômage français serait dû à un coût du travail plus élevé.

D’abord les salariés français travailleraient moins. C’est le chiffrage de Rexecode, fondé sur les chiffres de Eurostat. Cet institut européen chiffre effectivement la durée du travail des salariés à temps plein à 1 679 heures en France et 1 904 heures en Allemagne en 2010.

Mais il faut immédiatement tempérer ce raisonnement par le fait que l’emploi à temps plein est proportionnellement bien moins élevé en Allemagne. C’est d’ailleurs, aux yeux de tous, un atout qui lui permet d’éviter le plein chômage.

Entre 1993 et 2007, la baisse de la durée annuelle moyenne du travail a été de 104 heures en France et 93 heures en Allemagne, mais en France, le développement du temps partiel a contribué pour 15 heures à cette baisse de 104 heures, alors qu’en Allemagne, cette contribution est de 54 heures sur 93 !

Si, logiquement, on prend en compte tous les emplois, y compris à temps partiel, comme l’OCDE (« Perspectives de l’emploi 2011 ») , on obtient, pour 2010, 1 561 heures pour les Français et 1 419 heures pour les Allemands.

Eurostat trouve encore une différence de 97 heures par an (1 518 contre 1615) mais toutes les études de l’Insee concluent pour une durée plus forte en France.

Passons aux salaires. L’OCDE nous donne d’abord les salaires moyens en parité de pouvoir d’achat : en France, 38 124 USD ; en Allemagne : 38 326 (Espagne et Italie : 35 000 ; Pays-Bas, Norvège, Belgique, Suède, Royaume-Uni : plus de 45 000).

Par ailleurs, le même institut Rexecode donne 33,5 euros de l’heure pour les salariés allemands et 34,6 euros pour les Français (3,2%) d’écart. Mais j’ai calculé le PIB par heure ouvrée des différents pays européens. En France : 54,78 euros de l’heure, en Allemagne 53,40 euros. La productivité horaire française est donc de 2,6% supérieure. L’écart en termes de coût salarial par unité produite est donc de 0,6% ! Est-ce décisif pour expliquer que le taux de chômage français soit de 9,5% et l’allemand de 7% ?

Ce qui est vrai, par contre, c’est que dans beaucoup de secteurs, l’Allemagne s’est peu à peu spécialisée sur le haut de gamme, ce qui est patent dans l’automobile, alors que la France s’est laissée descendre plutôt vers le bas de gamme.

De ce fait, pour ce niveau dans les gammes des divers produits, se trouvant en concurrence avec les « pays du bas de gamme », d’Europe de l’Est par exemple, les salaires français sont trop élevés, même avec une bonne productivité.

L’idée de réduire les cotisations patronales et salariales et de les compenser par un supplément de CSG, et non de la TVA, n’est donc pas mauvaise. C’est cette alternative qui oppose gauche et droite et l’idée a donc été laissée de côté mercredi.

Des mesures aux effets lents

La plupart de ces mesures, aussi bien celles sur la formation en général, ou pour les chômeurs de plus de deux ans, que celle sur l’apprentissage, ou le gros effort éventuel sur le logement des salariés, ne pourront porter leurs fruits que sous quelques années. Seule la remise en vigueur pour six mois de la suppression totale des cotisations sur les emplois pour jeunes peut avoir un effet immédiat.

Or, au stade ou en est l’emploi en France, aucun gouvernement, ou candidat à gouverner, ne pourra retrouver la crédibilité perdue sur ce point au fil des trente ans de chômage à 9% en moyenne, si les acteurs de terrain, salariés et leurs chefs d’entreprises, ne constatent concrètement un vrai changement dans leur environnement administratif et politique.

Sauver et développer tout ce qui peut l’être

Sauver ! L’exemple de Lejaby tombe à point nommé. Un soutien-gorge est vendu environ 80 euros. Son coût de fabrication est de 14 euros (chiffre annoncé à la télévision et non démenti). Comment cette entreprise a-t-elle déjà été amenée à délocaliser en Tunisie, dans une entreprise Isalys, et s’est ensuite trouvée au bord de la faillite avec une reprise par Alain Prost ( x-La Perla, ex-Chantelle), mais fermeture de la seule usine de fabrication à Yssingeaux ?

L’équipe constituée, dans chaque région ou département, par la Direccte, les chambres de commerce, les collectivités territoriales, les médiateurs du crédit et les banques aurait dû avoir pour fonction d’anticiper les difficultés de Lejaby depuis plusieurs années, et les intentions éventuellement préjudiciables à l’emploi du chef d’entreprise, et proposer, voire imposer, des solutions de maintien.

Le même raisonnement vaut pour des centaines d’entreprises fermées, ou réduites à n’être que des têtes de réseaux commerciaux, ces dernières années. Pour ne prendre que mon département, le Gard, l’entreprise Richard Ducros (infrastructures métalliques et pylônes) à Alès aurait pu poursuivre son activité, comme les pianos Rameau, devenus Pleyel, et les collants Well, qu’il fallait réorienter beaucoup plus tôt, vers le haut de gamme, à l’instar de Wolfort près de Salzburg, de même que Jalatte à Saint-Hyppolite-du-Fort (chaussures de sécurité).

Entendons-nous bien ! Toutes les entreprises ne sont plus viables quand l’intervention est trop tardive. Le cas de SeaFrance est exemplaire à cet égard. Nul ne peut demander à une banque d’augmenter au-delà du raisonnable le découvert d’une entreprise dont les frais généraux et de fabrication excèdent le chiffre d’affaires et dont le marché s’est définitivement fermé.

Mais plus on anticipe, plus on réduit la probabilité du désastre. Des visites fréquentes du quatuor précité devraient avoir justement cet objectif, et, notamment, offrir des alternatives locales – l’épargne locale est généralement très abondante dans les régions en désindustrialisation – aux cessions de PME par leurs patrons souhaitant partir en retraite, à des groupes financiers qui délocalisent ensuite inévitablement.

J’invite les riverains qui me font l’honneur de me lire, à mettre en ligne les exemples similaires à ceux précités qu’ils relèvent dans leur environnement – plutôt d’ailleurs les entreprises qui pourraient survivre et grossir, que celles qui sont au bord du gouffre – comme une sorte d’appel à ces « quatuors » d’administrateurs, banquiers et élus, pour les pousser à multiplier ces auscultations et appuis de PME.

Un tel suivi, de tels « soins », n’existent sans doute pas dans les pays anglo-saxons. Peut-être même pas aussi intenses que je le propose, en Allemagne et dans les pays scandinaves. Mais l’état de notre tissu productif est tel que c’est, pour nous, une nécessité vitale. Au moins tant que les mesures annoncées n’auront pas fait sentir leurs effets !

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 18h50 le 22/01/2012
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    « C’est d’ailleurs, aux yeux de tous, un atout qui lui permet d’éviter le plein chômage. »

    le plein chômage quel mot horrible ! ! un mot du cercle vicieux

    À quand un plein emploi de papa ? un mot du cercle vertueux.

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 18h54 le 22/01/2012
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    « Comment cette entreprise a-t-elle déjà été amenée à délocaliser en Tunisie, dans une entreprise Isalys, et s’est ensuite trouvée au bord de la faillite avec une reprise par Alain Prost ( x-La Perla, ex-Chantelle), mais fermeture de la seule usine de fabrication à Yssingeaux ? “
    tout simplement par la recherche du profit maximum
    cela s’appelle le capitalisme
    on gagne de l’argent avec les salariés français
    on en gagne encore plus en delocalisant
    je ne vois pas ce que le recentrage sur le ‘haut de game’ changerai à cela

    • zygzornifle
      zygzornifle répond à jyeden
      Poussière d'étoiles
      • Posté à 09h06 le 23/01/2012
      • Internaute 160367
        Poussière d'étoiles

      je ne vois pas ce que le recentrage sur le « haut de game’ changerai à cela

      oui s’il n’y a qu’un millier qui peuvent acheter du haut de gamme on est sauvé........

  • leeway
    leeway
    encombreur de routes
    • Posté à 18h54 le 22/01/2012
    • Internaute 156133
      encombreur de routes

    Le LUXEMBOURG est un exemple en matière de chômage : 3,5% .
    Autant de salariés arrivant chaque jour que d’habitants : 300 000 , de France, Allemagne, Belgique ... Tous des travailleurs immigrés .
    Une boîte ferme ? Allez augmenter les chiffres du chômage dans vos Pays .
    Ah ah ah !

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 19h10 le 22/01/2012
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    Comment se fait-il, par exemple, que la mesure destinée à augmenter le chômage partiel pour éviter le chômage total, ne soit évoquée que maintenant ?

    pasque ta pas tout compris, les cadeaux c tous les 5 ans, bien souvent la boite est vide

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 20h18 le 22/01/2012
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Mais que font donc les « bons citoyens » de leur épargne, en particulier les donneurs de leçons sur le « produire français » ?
    Combien confient leurs économies à un « crédit coopératif », réellement participatif qui financerait la reprise des entreprises par les salariés ?
    Mais non, voyons : il faut laisser le soin à l’état de dilapider l’argent des contribuables pour subventionner des entreprises privées dont les profits seront réinvestis dans les pays à forte croissance... et/ou, comble de l’ironie autant que de l’absurde, (re)prêtés à l’état à des taux toujours plus élevés afin d’augmenter la dette publique encore et encore.

  • pemmore
    pemmore
    geek
    • Posté à 22h51 le 22/01/2012
    • Internaute 121073
      geek

    La vie est injuste ,mais c’est comme ça ,si vous voulez des logements ,il faut des propriétaires ,mais comme on ne respecte pas les propriétaires avec des sentiments genre gauche ,il n’y a pas de logements.
    Si vous voulez des emplois salariés il vous faut des patrons ,il faut donc les respecter .
    Bien sur je ne parle pas des pdg, ce sont la honte de la profession de patrons,ni des actionnaires ces sangsues , non je parle des patrons en nom propre ,il en éxiste en France ,des petites ou moyennes boîtes qui tournent bien, et qui n’ont pas pour l’instant d’intérêt de délocaliser.
    Et c’est la que se pose la question de protéger ces entreprises ,arriver par des avantages fiscaux faire que ça soit stupide de passer en sarl ,à l’inverse taxer sévèrement celles qui veulent le faire.
    Eviter que le foncier soit un problême.
    Aider les pdg qui veulent revenir en nom propre ,on doit lutter contre les sociétés anonymes par tous les moyens.
    pérenniser les emplois c’est garder des patrons réels,et éviter d’être victimes des fonds de pension.
    Les régions doivent s’investir par des prets à zéro % sous conditions.
    Et bien sur aider les héritiers à continuer l’entreprise ,zéro taxes ,mais si vente 80% reviennent à l’état (ca calme ,lol).
    On peut en faire des choses et on gardera de belles places comme j’en ai eu.

    • Boutauvent
      Boutauvent répond à pemmore
      Testeur de temps libre
      • Posté à 09h11 le 23/01/2012
      • Internaute 45018
        Testeur de temps libre

      Ce n’est pas « la vie », ça : c’est le capitalisme, et tu nous confirmes qu’il est injuste...
      Et il ne dépend que de nous qu’il ne soit pas éternel.

      • pemmore
        pemmore répond à Boutauvent
        geek
        • Posté à 11h51 le 23/01/2012
        • Internaute 121073
          geek

        Bonjour
        Vous confondez entreprise en nom propre et capital dans le sens de capitalisme.
        Dans la vie on peut être salarié ou indépendant c’est un choix ,monter une coopérative c’est être indépendant.
        Si vous avez décidé d’être salarié ,rien ne vous y oblige ,(salarié c’est aliéner votre liberté quelque part).
        On peut obliger par la loi à donner de bons salaires à un employé quand c’est un vrai patron.
        Le capital c’est autre chose, c’est une bande de margoulins qui achètent une entreprise pour un maximum de profits ,donner les plus petits salaires possibles et éxiger du gouvernement de ne pas payer de cotisations sociales tant qu’à faire ,faut pas se gêner ,et comme ce sont en général des fonds de pension de pays étrangers ,ils se moquent pas mal si dans le pays « attaqué » les gens meurent de faim.
        Moi je suis pour les coopératives tous azimuts et je trouve génial une faillite dans la mesure ou les salariés peuvent reprendre leur destin en main.
        Mais les « salariés » en général sont bien trop bêtes pour se prendre en main.
        Comme cette société de ferries ou ils n’ont pas eu la majorité pour se lancer.
        Trop con on crie après le capital ,et on n’est pas capables de prendre ses responsabilités.

  • Cactusjoe39
    Cactusjoe39
    handicapé
    • Posté à 06h16 le 23/01/2012
    • Internaute 152419
      handicapé

    38000 usd pour un salaire en France ? D’ou vient donc ce chiffre ?
    a 1160 euros le smig, pour aller a 2500 euros de moyenne, quels sont donc ces gros salaires qui font la différence ?

  • zygzornifle
    zygzornifle
    Poussière d'étoiles
    • Posté à 09h04 le 23/01/2012
    • Internaute 160367
      Poussière d'étoiles

    Emploi : d’abord sauver et développer les PME viables

    Faut t’il encore que les français aient de l’argent pour consommer

  • mbfr2012
    mbfr2012
    Entrepreneur
    • Posté à 21h24 le 23/01/2012
    • 179894
      Entrepreneur

    Notre blog est justement dédié à la parole des entrepreneurs et des patrons des PME qui ont du mal à exporter et qui rencontrent des difficultés, de tous ordres, financement / soutien / information / compétences...

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    Merci de cet article qui illustre bien la réalité.
    Quelle serait la solution selon vous ?

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