Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Allons nous poursuivre la gouvernance post-moderne ?

Jean Matouk
Economiste
Publié le 18/03/2012 à 16h46

Marcel Gauchet écrivait le 13 mars dans Le Monde que « Nicolas Sarkozy est le premier président post-moderne de la Vème République ». Sur la même page, Michel Maffesoli, un des sociologues de la post modernité, faisait le même constat, estimant qu’il était ainsi en adéquation avec les électeurs et laissant entendre que ceux-ci pourraient donc le réélire. Je m’étais moi-même permis d’écrire dans Rue89, en novembre, que la campagne électorale allait en quelque sorte, être celle de la modernité contre la post-modernité.

Selon Michel Maffesoli le passage de l’une à l’autre, le changement de paradigme, ce sont au moins trois renversements : le souci du présent, de l’immédiat, est préféré au sens du futur, l’esthétisation de la vie, la posture, à l’utilité de l’acte, l’émotion à la raison.

Effectivement, les cinq années que nous venons de vivre, au-delà des rythmes et des décisions qu’ont imposés les évènements internationaux, et notamment la crise, ont montré cette évolution post-moderne de notre gouvernement.

La politique pénale, par exemple, a été constitué d’une succession de lois et décrets, profitant des vagues d’émotion successives provoquées par les crimes médiatisés. Certains textes ne sont même pas encore en application du fait des lenteurs administratives. L’important était de « paraître » en adéquation immédiate avec les français. Toute réflexion sur les causes profondes de la montée de la délinquance était absente. Le cas échéant, le constat du lien évident entre montée du chômage et crise, est présentée comme une naïveté socialiste.

La politique fiscale, elle aussi, a été post-moderne. Au début du septennat, en juillet 2007, la loi TEPA diminue la fiscalité, plutôt au profit des plus aisés des français, avec, comme justification, le cercle vertueux libéral bien connu : moindre fiscalité de l’épargne et retour des capitaux exilés, investissements, emplois, croissance. Sans aucune prévision de l’impact de ces mesures sur une dette publique déjà très élevée ! Lorsque survient la crise économique, fin 2008- début 2009, selon cette logique, la vague d’investissements attendus, aurait du l’amortir. Ce qui n’advint pas ! Pour l’amortir, le partisan du libéralisme américain, a activé des mesures du « modèle social » avec lequel le candidat Sarkozy, en 2006/2007 voulait rompre.

Accordons à Nicolas Sarkozy l’initiative d’élargissement du G8 au G20. Mais ne s’en suivirent qu’une successions de « vains G20 », de vains évènements médiatiques dans lesquels on voyait notre président s’agiter, hélant ostensiblement, devant les caméras « Barak » et « “Angela”, quelquefois manifestement “ encombrés ” de ces manifestations “ amicales ” de façade

La campagne que mène actuellement Nicolas Sarkozy ressortit presque caricaturalement à la post-modernité. Une annonce par réunion, une “ surprise ” par émission. Plusieurs “ coups ” à l’extrême droite, un coup de “ triangulation ” vers la gauche pour les exilés fiscaux.

Allons-nous avoir droit, encore, pendant cinq ans, à ce gouvernement “ zebulonien ” ? A l’étape actuelle de la campagne, François Hollande est le seul a avoir présenté un programme de gouvernement “ modernisateur ” aux deux sens du terme. D’abord parce qu’il vise effectivement à renforcer, en le modernisant, notre appareil productif. Ensuite parce que s’efforçant de replacer la raison dans le gouvernement, il se situe à l’opposé d’une gestion post-moderne. Manifestement, le candidat Sarkozy et ses équipes visent, à “effacer ” progressivement ce programme, si contraire à leur faconde politique, en multipliant les annonces disparates.

Plus que d’autres pays, sans doute, vu l’Etat de sa désindustraiisation et la moindre propension moyenne de son peuple à placer son épargne dans l’industrie et à créer des entreprises de production, la France a besoin d’un gouvernement qui vise loin, qui remette la raison au cœur de la politique, et, excluant les “ postures ”f, ne prenne que des mesures utiles à l’intérêt général, Osons dire qu’il nous faut une véritable planification incitative, concertée avec les représentants syndicaux salariés et patronaux. Tout le contraire de l’immédiateté post-moderne ! Tout le contraire de sauvetages pontuels d’entreprises par des patrons amis. Tout le contraire de “ postures ” successives à visée exclusivement électorale.

Espérons que la majorité du peuple français ne se laissera pas abuser par l’indubitable talent médiatique d’un candidat sans programme. Espérons notamment que les jeunes comprendront l’enjeu. L’indignation qu’ont manifesté nombre d’entre eux, dans tous les pays, contre les politiques libérales, est juste. Mais elle ne suffit pas ! Sans engagement, sans programme, l’indignation seule est, en quelque sorte, “post-moderne”. Le “ créateur ” de ce mouvement des “indignés”, Stéphane Hessel, ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisqu’il a, peu après “ Indignez vous ”, lancé un “ Engagez vous ” avec Edgar Morin. Mais s’engager aujourd’hui, c’est d’abord voter ! Voter contre celui qui ne visant que l’immédiateté ne peut pas leur construire un avenir. Mais voter surtout pour un programme qui, au moins, tente d’en jeter de vrais fondements.

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  • Wildleech
    Wildleech
    révolutionnaire en devenir
    • Posté à 17h50 le 18/03/2012
    • Internaute 81842
      révolutionnaire en devenir

    Donc votez Mélenchon.

    • jyeden
      jyeden répond à Wildleech
      khmer vert ( age des caverne, (...)
      • Posté à 20h22 le 19/03/2012
      • Internaute 20631
        khmer vert ( age des caverne, (...)

      j’allais le dire : un vrai programme et la planification ainsi que le role de l’etat assumé a donf ! !
      aucun doute m Matouk nous invite à rejoindre le front de gauche

  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 00h02 le 19/03/2012
    • Internaute 111221
      fée

    « Toute réflexion sur les causes profondes de la montée de la délinquance était absente. Le cas échéant, le constat du lien évident entre montée du chômage et crise, est présentée comme une naïveté socialiste »

    Tiens, c’est étrange, il y a en France des quartiers avec beaucoup de chômage et très peu de délinquance et des quartiers avec beaucoup de chômage et beaucoup de délinquance.

    Du coup, je me demande si le lien que fait que M. Matouk est aussi évident qu’il l’affirme. Si ça se trouve, il y a un autre lien avec la délinquance que le chômage, allez savoir...

    • À déménagé le 20-8-2012
      À déménagé le 20-8-2012 répond à Féline
      Non connue
      • Posté à 14h39 le 19/03/2012
      • Internaute 34267
        Non connue

      Il y a beaucoup de paramètres, en effet.
      Cela étant, la phrase de M. Matouk que vous reprenez, bien que dans le même paragraphe, ne semble pas porter sur ce sujet. Il n’y a d’ailleurs pas d’explosion de la délinquance.

  • jmc06-
    jmc06-
    chasseur de gorille
    • Posté à 06h22 le 19/03/2012
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    post-moderne ?
    regarde plutot les conséquences de la mythomanie, voir mème la folie du pouvoir

  • Elred
    Elred
    Pléonasme
    • Posté à 08h16 le 19/03/2012
    • Internaute 132515
      Pléonasme

    La critique de votre article est très intéressante, mais j’ai du mal à voir en quoi Hollande n’est pas frappé du même paradigme que Sarkozy, au vu de ses multiples revirements de bord dans l’état actuel de sa campagne...

    De plus, le « post-modernisme » que vous reprochez à Sarkozy est en fait le seul mécanisme qui reste à un gouvernement extrêmement impopulaire pour faire passer ce qu’il veut puisque le potentiel critique de l’être humain est réduit à son minimum dans des situations d’émotions fortes.

    Vous posez également Hessel en « créateur des indignés », ce qui est faux. Les mouvements « Démocratie real ya » en Espagne ont inspirés les mouvements qui par la suite ont été rebaptisés les « indignés » par les média, pour profiter du succès d’Hessel et aussi pour coller un adjectif moins « positif » à des mouvements qui réclament une vraie démocratie, mais le petit bouquin d’Hessel est paru après le début de ces mouvances (dont on ne parle presque plus d’ailleurs).

    Pour résumer j’aime beaucoup cet article dans la critique de la politique qui a été tenue durant 5 ans. Considérer Hollande comme une alternative me semble totalement déplacé par contre.

    • padiran
      padiran répond à Elred
      Chroniqueur Grolandais
      • Posté à 15h27 le 19/03/2012
      • Internaute 5159
        Chroniqueur Grolandais

      « j’ai du mal à voir en quoi Hollande n’est pas frappé du même paradigme que Sarkozy, au vu de ses multiples revirements de bord dans l’état actuel de sa campagne... »
      Quel revirement ? ceux vendus par l’UMP et relayés par Le Figaro ?
      Pour répondre sur le changement de paradigme de Sarkozy, reprenons la définition de la gouvernance post-moderne qu’en donne Michel Maffesoli
      « le souci du présent, de l’immédiat, est préféré au sens du futur, l’esthétisation de la vie, la posture, à l’utilité de l’acte, l’émotion à la raison. »
      Où sont ces 3 trois soucis dans le programme de Hollande ? et où est le programme de Sarkozy. Par contre l’immédiateté de zébulon, son sens de l’esthétique et même plus de la théâtralité et de l’émotion donnés par ses conseillers sont toujours présents. Sa politique est une suite de contes pour enfants où le storytelling de ses conseillers le montrent en héros contre les patrons voyous, les exilés et paradis fiscaux,....L’épisode actuel en candidat du peuple est à tordre de rire.

    • Zeki
      Zeki répond à Elred
      Curieux de tout
      • Posté à 19h27 le 19/03/2012
      • Internaute 64085
        Curieux de tout

      Totalement d’accord... étant donné que c’est un tract pro-hollande, je me dois en toute objectivité d’étiqueter l’auteur Jean Matouk post-moderne.

      [Hollande qui veut renégocier le MES (et non recréer un SME), qui lance des propositions tirées de son chapeau (les 60 000 fonctionnaires ou plus récemment la troisième tranche à l’insu de cahuzac) est bel et bien un post-moderne]

  • Claude P.-
    Claude P.-
    Capitaliste Socialiste
    • Posté à 08h53 le 19/03/2012
    • 182348
      Capitaliste Socialiste

    « le souci du présent, de l’immédiat, est préféré au sens du futur, l’esthétisation de la vie, la posture, à l’utilité de l’acte, l’émotion à la raison. “

    Voilà qui décrit parfaitement le jeu des médias en république post-moderne !

    Il suffit de lire Hollando89 pour s’en convaincre :

    1/ Souci de l’immédiat, avec des ‘sujets du jour’ sans aucune réflexion : ce dimanche, Mélenchon et sa prise de la Bastille. Ca, cela peut faire de l’audience, surtout si le reportage est totalement bidon ?
    Inversement, les propositions ‘d’avenir’ du PS et de Hollande ne sont pas débattues.

    2/ Posture et émotion privilégiés sur la raison : on peut par exemple constater, sur ce site pourtant assez pauvre en actus (peut être 2 ou 3 nouveaux sujets par jour) et orienté politique, la rapidité avec laquelle il sort des papiers sur un accident de car impliquant 22 enfants en Suisse, ou la mort d’un foot-balleur sur le terrain !

    • .666
      .666 répond à Claude P.-
      Juif errant
      • Posté à 10h31 le 19/03/2012
      • 181210
        Juif errant

      Ça te dérange moins quand la presse fait la même chose avec chouchou.
      Au fait, c’est quoi le programme de l’UMPFN à part finir la casse sociale ?

  • pemmore
    pemmore
    geek
    • Posté à 11h45 le 19/03/2012
    • Internaute 121073
      geek

    Une part de l’analyse m’interpelle ,les jeunes ,à cette àge la ,on manque de recul ,leurs parents des quadras ,quinquas , ayant toujours vécu l’abondance ,n’en ont pas beaucoup plus ,en votant pour les chimères du jour le jour vont obérer leur propre avenir.
    Ce qu’on fait maintenant on le payera dans 20 ,30 ans 40 ans.
    Le chômage des jeunes actuel par exemple est lié à la disparition du certificat d’études qui a entraîné la liquidation pure et simple de l’apprentissage.
    La disparition de l’apprentissage a liquidé les pme,pmi.
    Et le départ de ma classe d’âge n’a pas créé d’emplois à suivre.
    Je pense qu’il faut laisser un blanc-seing à la gauche puisque la sarkolution a été un échec total mais en étant extrèmement critiques en n’hésitant pas à descendre dans la rue pour booster la République.
    Les Français sont intelligents et cultivés ,malgré ce qu’en pensent les sbires de l’ump, il faudra que les politiques ,dans la mesure ou on n’en aura pas de trop stupides (c’est à espérer certains ne volent pas haut,lol !) expliquent pourquoi on fait ça et dans combien de temps ça donnera des résultats.
    Un exemple flagrant comme la méthode globale d’apprentissage de la lecture à provoqué des millions d’analphabêtes et les 3/4 de ceux qui ont appris de cette façon ont une vitesse de lecture qui ne dépasse pas 30 pages à l’heure d’un livre de poche.
    Les instits comme mon oncle et ma tante qui ont refusé cette méthode ont eu des élêves qui quoique pauvres se sont faits de belles situations.

  • ptitHom
    ptitHom
    petit et costaud
    • Posté à 13h07 le 19/03/2012
    • 182521
      petit et costaud

    En retardant au maximum le délicat exercice du programme et en multipliant les effets d’annonces, Nicolas Sarkozy va finir par transformer le geste de voter en quelque chose de similaire à un click sur « J’aime »... en bref, il tente de faire le BUZZ !

    Cette approche est un pari plus qu’autre chose car elle se concentre sur ces catégories si importantes en pourcentage que sont les indécis et (dans une moindre mesure) les abstentionnistes.

    (il reste quelques coquilles dans l’avant-dernier paragraphe)

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 20h28 le 19/03/2012
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    je crois bien que M. Matouk invite à voter hollande...
    Hollande qui voit dans la croissance bientot retrouvée une solution à tous les problèmes
    Du moins la croissance est necessaire à l’application de ce qui lui tient lieu de programme
    est ce que M. Matouk croit encore à la croissance ?
    peut etre...
    mais à tort, parce que la croissance tel que nous l’avons connu c’est fini. Un autre monde est à construire a partir de cette constatation.
    tout le reste est un avatar de « l’economie cargo »
    on pourra « reunir les conditions de la croissance » mais elle ne viendra plus

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