Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Assurance maladie : sans mesures de fond, pas de solution durable

Jean Matouk
Economiste
Publié le 15/11/2012 à 15h20

Le problème de l’équilibre financier de l’assurance maladie reste entier. Depuis trente ans, tous les gouvernements ont couru derrière les dépenses de santé, pour combler puis simplement limiter le déficit de l’assurance maladie. Ils ont d’abord, dans les années 70, déplafonné puis augmenté les cotisations des entreprises, qu’il a fallu dans les années 80 réduire pour les bas salaires, ce qui rendait l’opération nulle du point de vue des deniers publics.

Puis, ils ont engagé une campagne de déremboursement des médicaments, souvent justifiés d’ailleurs par un service médical rendu (SMR) nul, mais sans oser pousser leur « tri » suffisamment loin, sous la pression des « labos ». A quoi rime un remboursement à 15% si le SMR est nul ? Par parenthèse, ils se sont bien gardé de dérembourser aussi les cures thermales au SMR quasi nul – une bonne quinzaine de repos dans n’importe quelle campagne donnerait le même résultat – car nombre de parlementaires sont maires des villes correspondantes !

Enfin ils ont établi des forfaits restant à charge, et plus ou moins contraint les Mutuelles à rembourser les dépassements, dont on parle tant ces jours ci, pour ne pas revaloriser les tarifs de base.

On ne remettra pas durablement à l’équilibre l’assurance maladie stricto sensu, à distinguer de la dépendance, en parvenant enfin à la financer par les seules cotisations liées à la croissance économique, sans mesures plus fondamentales.

Voici trois propositions pour la médecine de ville.

Le premier soignant d’un patient, c’est lui-même !

Trop d’entre nous, négligeant leur santé, viennent exiger du corps médical qu’il soigne des pathologies dont leurs comportements sont les premiers responsables. Si l’école doit former des citoyens, elle doit aussi former des hommes et des femmes responsables de leur santé, qui deviennent leur premier soignant. Parmi tous les collégiens, bien peu deviendront médecins et biologistes ; donc les cours de biologie, à ce stade, ne devraient avoir pour objectif que de préparer les enfants à une vie saine, tant sur le plan des activités physiques et de la nourriture, que des addictions diverses et de la contraception, en expliquant, avec contrôle des connaissances, tous les mécanismes physiologiques correspondant.

L’Académie de médecine vient de faire cette étrange proposition de rembourser aux seniors des séances d’activités physiques, dont on admet enfin, qu’elles sont les meilleures parades contre les maladies cardio-vasculaires et le cancer. Pourquoi aux seuls seniors, et surtout pourquoi payer ? Pratiquées naturellement depuis l’adolescence, les activités physiques et l’hygiène alimentaire feront diminuer le taux moyen de morbidité des futurs adultes donc les dépenses de santé correspondantes.

Du même coup, ces patients cesseraient de venir quémander à leurs médecins des ordonnances d’une longueur qui n’est constatée dans aucun autre pays et alourdissent un peu plus la facture pour la sécu.

Les produits phytosanitaires et alimentaires qui nous empoisonnent

En second lieu, l’Etat doit se montrer beaucoup plus actif et ferme dans le contrôle des produits phytosanitaires agricoles et des ingrédients alimentaire, sucre, sel et graisses trans, qui entrent, indirectement et directement, dans notre alimentation et sont à l’origine de multiples maladies en progression rapide, comme le sur-poids, l’hypertension ou le diabète. Le chantage permanent au chômage de certains industriels de l’agro-alimentaire, est à la fois moralement condamnable, mais aussi économiquement absurde, compte tenu du coût social ultérieur des maladies engendrées par une mauvaise alimentation.

Voici deux beaux exemples de lâchetés politiques morbides voire mortelles :

  • dans les DOM-TOM, nombre de laitages et boissons sont plus sucrés qu’en métropole, aggravant un peu plus la tendance au diabète de nos compatriotes de ces îles. Le parlement ne parvient pas, sans doute sous d’intenses pressions du lobby des distributeurs, à voter enfin une loi qui égalise les teneurs en sucre ;
  • second exemple, dans les Antilles : le chloredécone. Interdit aux Etats-Unis en 1976, il a continué d’être épandu sur les champs de bananes en Martinique et Guadeloupe jusqu’en 1991. Il a pollué pour des décennies des hectares de terres. Il a empoisonné les travailleurs agricoles et, indirectement, les consommateurs de produits agricoles locaux, augmentant considérablement la prévalence de nombre de pathologies, dont des cancers.

L’Etat a, entre ses mains, un pouvoir de prévention, qui ferait sentir très vite ses effets sur la santé des français, donc sur les dépenses de santé.

Passer du paiement à l’acte à la capitation

Le paiement à l’acte est une machine à générer des dépenses. Il faut se diriger absolument vers la capitation pour tous les généralistes et les spécialistes dans la partie de leur activité consacrée aux affections de longue durée. Plusieurs expérimentations devraient être d’abord menées dans certains départements, ne serait-ce que pour démontrer aux médecins que le système, tout en gardant intégralement la liberté de choix du médecin, permet un exercice de la profession plus harmonieux.

Il favorisera aussi la prévention, le médecin devenant, pour une part, l’« entraîneur » d’un patient devenu plus maître de sa santé. Incidemment, cette nouvelle organisation des soins de ville devrait réduire fortement les dépassements pour un grand nombre de spécialistes. Enfin l’articulation des rôles de l’hôpital et de la médecine de ville en serait grandement facilité.

En ce qui concerne les actes médicaux occasionnels, il faut sans aucun doute augmenter le tarif « opposable » d’un certain nombre d’entre eux, notamment en chirurgie. A cet égard, l’accord récent entre la Caisse nationale d’assurance maladie et les syndicats médicaux, en amorçant une telle hausse, combinée à un nouveau contrat d’accès aux soins, qui limite les dépassements à 100% du tarif opposable, et le nombre d’actes avec dépassements, est satisfaisant, et les fondements moraux de la grève – chantage actuelle sont vraiment discutables.

Il faudra, cependant veiller à « encadrer » quantitativement certains actes. Par exemple, faut-il vraiment six électrocardiogrammes avant, pendant et après une coronarographie ? Ou encore, est-il indispensable de refaire toutes les analyses biologiques à l’entrée dans une clinique pour une intervention, alors même qu’on apporte les mêmes analyses récentes réalisées par un biologiste extérieur. Trop de cliniques ont recours en effet à de telles multiplications pour augmenter leur rentabilité dans le cadre de la tarification à l’activité.

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  • vivianefrance
    vivianefrance
    médecin
    • Posté à 17h17 le 15/11/2012
    • Internaute 89719
      médecin

    les premiers à refaire TOUS les bilans sont les hôpitaux publics « n’ayant pas confiance dans les examens faits en ville » . A part cela , expliquer aux français que sport et bonne bouffe sont la clé d’une bonne santé ! évident mon cher watson ! ! on leur met une mitraillette sous la tête ou bien on diminue les prestations justement pour ceux qui ne prennent pas soin de leur santé ? ? tout comme le malus des assurances ?

  • leypanou
    leypanou
    observateur politique
    • Posté à 14h02 le 16/11/2012
    • Internaute 73435
      observateur politique

    Vous avez oublié de signaler qu’en étant obligé d’aller dans une clinique/hopital privée, on gonfle aussi les dépenses. S’il faut quelques semaines pour avoir un rdv chez un spécialiste du privé et plusieurs mois à l’hôpital public, la différence est de taille. Le système de soins est à revoir complètement, mais ce qui est en train de se faire en ce moment est une privatisation en douce de la sécurité sociale. Des exemples existent où un service est fermé dans un hôpital public et comme par hasard, une clinique assurant les mêmes types des soins est créée.

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 18h55 le 16/11/2012
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Pour ma part, j’aurais d’abord écrit « assurance maladie » au pluriel tant sont multiples, inégalitaires et dispendieux les organismes qui sont supposés la gérer.
    Mais je ne peux bouder mon plaisir à la (re)lecture de quelques propositions suggérées depuis plusieurs décennies par les mouvements/mouvances écologistes.
    L’auteur n’en reprend ici que 2 ou 3, mais je ne doute pas que sa curiosité intellectuelle va l’amener à se plonger dans la nombreuse littérature « écolo » (Je lui recommande I. Illich, en premier lieu) et y découvrir (avec quelques années de retard dont il serait souhaitable que ce ne soit pas « trop tard ») que de nombreuses solutions pérennes et « humanistes » y sont proposées pour y soulager de non moins nombreux comptes publics.
    Il n’est même pas interdit d’imaginer que « l’économiste » qu’il se prétend être (et surtout qui enseigne, ce qui revient à dire que son discours engage les générations futures) va s’apercevoir que la « décroissance » qu’il vilipendait il n’y a pas si longtemps en ne prêtant une oreille attentive qu’aux angoisses existentielles des « acteurs du marché » (leurs « manipulateurs », tout au mieux !) pourrait ressembler, à terme, à une autre forme de croissance beaucoup moins généreuse pour les épargnants/spéculateurs mais surtout beaucoup moins aléatoire en matière d’emploi, de coûts sociaux et, par voie de conséquence : de comptes publics.
    Comme le chantait Bob Dylan : « The answer is blowing in the wind » !

  • harvestjo
    harvestjo
    pas terrible
    • Posté à 10h48 le 17/11/2012
    • Internaute 115190
      pas terrible

    Je savais pas ce que c’était un système de capitation donc je suis allé cherché : c’est un impôt dont le montant absolu est le même pour chaque personne ?

    Je comprends pas trop le rapport avec ce qui est dit dans la dernière partie. D’ailleurs, j’ai pas compris la dernière partie.

  • harvestjo
    harvestjo
    pas terrible
    • Posté à 10h54 le 17/11/2012
    • Internaute 115190
      pas terrible

    Pareil pour la définition de tarif opposable que j’ai du allez chercher ici :

    Lien

  • cricrac
    cricrac
    rechercheur
    • Posté à 15h38 le 17/11/2012
    • Internaute 188211
      rechercheur

    Un économiste ça cotise à la sécu §Moi qui croyez que c’étaient seulement ceux qui créaient des richesses qui cotisaient ! Ceux qui n’en créaient pas mais en profitent ont des solutions que nous devons appliquer..........

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