Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Le casse-tête de la régulation des banques

Jean Matouk
Economiste
Publié le 29/12/2012 à 16h12

Ce sont les banques américaines, et, dans une moindre mesure, britanniques et irlandaises, qui nous ont plongé dans la crise en 2008. Les banques espagnoles ont imité les américaines. Sans les « subprimes », mais en développant follement, le crédit à l’habitat, à l’instigation, il faut le souligner, du premier ministre de droite, José Maria Aznar, ce qui a provoqué l’endettement d’un Etat espagnol qui avait été plutôt bien géré par Zapattero, et a chargé la mule européenne.

La dérégulation bancaire à l’origine de la crise

Bien sûr, il faut, aller chercher en amont les motifs réels de ces dérives, pointer la « cupidité » et les objectifs absurdes de rendement que ces mêmes banques ont poussé les (plus riches) épargnants à exiger. Mais quand tous ces motifs sont doctement recensés, ce sont bien les banques qui – totalement libérées de toute régulation à l’initiative politique de Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans les années 80, sous l’influence direct de Milton Friedmann, des participants au Club du Mont Pèlerin et de leurs héritiers intellectuels – ont été les agents déclencheurs des folies financières dont nous payons et allons encore payer les conséquences.

Deux ou trois G20 ont clairement stigmatisé les banques et se sont fixés comme objectifs de revenir à la régulation. Tous les gouvernements s’y sont engagés. Bien entendu, partout, une fois revenus de leur quasi-coma, après quelques décès parmi les banques, et des nationalisations, faisant supporter aux contribuables les pertes financières, tous les banquiers ont commencé leurs lobbies auprès de leurs gouvernements respectifs pour freiner au maximum les re-régulations, avec le secret espoir de recommencer le plus vite possible leurs diverses opérations spéculatives.

Pour une bonne et simple raison : elles sont, malgré le risque et les inévitables pertes afférentes, à long aller, bien plus rentables que la gestion d’un réseau d’agence, avec des centaines d’employés, qui collectent l’épargne et prêtent aux entreprises et aux particuliers. Surtout, elles génèrent des boni pour les traders, évidemment, sur lesquels on fait porter l’opprobre, mais surtout pour leurs dirigeants.

Le premier réflexe de nombre de gouvernements a été d’envisager de revenir à l’ancienne séparation des banques commerciales ou de dépôt (celles qui collectent les dépôts des particuliers et entreprises, et prêtent à ces mêmes entreprises) et les banques qu’on appelait d’affaires ou de marché qui opèrent en Bourse pour compte propre.

Il est vrai que la suppression de cette distinction historique a été l’une des principales dérégulations. Il y avait donc une certaine logique à ce que son retour soit immédiatement évoqué. La mesure avait, en plus, l’avantage de paraître simple et de bon sens au grand public.

Les lobbies à la manœuvre contre les régulations

Aux Etats-Unis le lobby bancaire a joué assez finement. La loi préparée par Paul Volcker, ancien Président de la Réserve fédérale, très amendée par le Sénat, autorise les banques de dépôt à spéculer avec 3% de leurs fonds propres et les Etats-Unis refusent les accords de Bâle III.

En Grande Bretagne, point de séparation, mais la réforme Vickers impose deux ratios prudentiels sévères. Les banques devront d’abord avoir 10% de leurs actifs (aussi bien de leurs encours de crédit que de leurs risques sur les marchés) en capitaux propres, alors que la règle dite de Bâle III qui devrait s’imposer à toutes les banques du monde, mais dont les Etats-Unis se fichent totalement, n’impose que 7%.

Les banques devront aussi avoir aussi en fonds rapidement mobilisables, donc des titres vendables sans risques et très vite, 17% des mêmes actifs. Mais la sévérité de la loi est atténuée par le double fait qu’elle n’est pas encore présentée au Parlement, le gouvernement britannique s’étant engagé à le faire avant 2015, et qu’elle ne s’appliquera que progressivement jusqu’en 2019. Ce qui laisse évidemment le temps aux lobbies pour la subvertir ?

Et chez nous ? François Hollande avait clairement évoqué, lui aussi, le retour à la séparation entre banques de dépôt et banques de marché ou d’affaires comme avant 1984. La réforme présentée au Conseil des ministres est moins tranchée. Plus vraiment de séparation institutionnelle ! Les banques pourront continuer à faire les deux métiers mais elles devront filialiser l’activité de dépôt et crédit. Les « banquiers visiteurs du soir » de Bercy ont réussi à convaincre le ministre de leur laisser les deux sources de profits, en expliquant que Dexia mise à part, les banques françaises avaient mieux résisté au choc américain parce qu’elles étaient universelles, ce qui est vrai.

Deux ratios de solvabilité différents

Mais on peut se poser la question de savoir pourquoi dans ces conditions ne pas avoir emprunté, en la rendant immédiatement applicable, la voie britannique. C’eût été encore plus simple !

Les banques doivent satisfaire à des normes prudentielles. Un cœfficient de solvabilité (le 10% britannique ci-dessus) qui est le rapport de leurs fonds propres (leurs capitaux propres et les bénéfices mis en réserve) à l’ensemble de leurs risques, et un ratio de liquidité (rapport entre le montant de leurs dépôts et les liquidités qu’elles détiennent et actifs à court terme qu’elles peuvent revendre pour avoir immédiatement de nouvelles liquidités).

Il serait donc plus simple de dissuader les banques de spéculer en distinguant deux ratios de solvabilité : un pour les crédits qu’elles font aux particuliers et aux entreprises et un autre pour leurs risques sur les marchés. Par exemple, au lieu de 8% pour les deux (taux actuel), 15% pour les risques sur marché, y compris les risques dits « hors bilan », et 3% voire 2% pour les risques sur crédits. Ainsi on augmenterait la rentabilité possible sur les crédits et on diminuerait la rentabilité sur les opérations de marché. On inciterait donc fortement nos banques à revenir à leur vielle activité de financement des millions de PME, dont la France a aujourd’hui particulièrement besoin.

La Commission bancaire, qui vérifie en détail chaque année les comptes des banques, est tout à fait capable de contrôler le respect de ces normes à posteriori avec de fortes sanctions à la clé.

Les obstacles aux contrôles

Il n’y a que deux obstacles à ces contrôles. D’abord les opérations dites de « trading haute fréquence », c’est-à-dire celles générés par des robots qui opèrent à la milliseconde en réaction à l’évolution instantanée d’un marché. Le gouvernement les a très justement interdites. Encore faut-il des contrôles inopinés avec lourdes sanctions à la clé !

Autre difficultés de contrôle : les opérations dites « hors bilan », c’est-à-dire les swaps (ou échanges de services de titres), les contrats dits de future, (paris sur la hausse (achat) ou la baisse (vente) d’un titre) , les caps (plafonds) et floor (planchers) par lesquels on garantit à un emprunteur que le coût de son emprunt est plafonné ou, au prêteur, un minimum de rendement de son prêt, ou, encore, les fameux CDS (assurance sur la faillite d’un emprunteur).

L’imagination des financiers étant sans limite, il y en a, sans aucun doute, beaucoup d’autres outils de spéculation de ce type. Leur écriture est obligatoire mais ils peuvent être dissimulés tant que le gain ou la perte ne sont pas actés. Ces opérations sont devenues majoritaires. Toutefois, la Commission bancaire a déjà depuis longtemps appris à les contrôler.

A ces deux ratios de solvabilité peut s’ajouter, comme en Grande Bretagne, et comme prévu dans Bâle III, un ratio de liquidité plus sévère.

L’intérêt de cette nouvelle régulation, c’eût été tout simplement qu’il n’y avait pas besoin de loi pour la décider. C’est une décision des autorités bancaires. Sans doute rentrerait-elle en litige avec le ratio unique de solvabilité de 8% fixé dans Bâle II (2006) et modifié dans Bâle III (2010), avec un ratio de 7%, auquel doit s’ajouter un « matelas » de 2,5% progressivement constitué. Il faudrait négocier au niveau européen, les Américains ayant dores et déjà refusé d’appliquer ces ratios.

Surtout, c’était une mesure particulièrement favorable au redressement des entreprises en difficulté et à la croissance.

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  • .666
    .666
    Juif errant
    • Posté à 16h49 le 29/12/2012
    • 181210
      Juif errant

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  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 17h00 le 29/12/2012
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    les financiers vont finir de prendre le pouvoir un jour ou l’autre...personne ne dit rien et laisse faire.

    Contrairement aux politiques, qui traient les vaches en les élevant correctement pour qu’elles soient grasses et donnent beaucoup de lait , les financiers s’en fichent...

  • erodote
    erodote
    ancien observateur
    • Posté à 18h03 le 29/12/2012
    • Internaute 187995
      ancien observateur

    Oui mais c’était avant ! !

  • Racaille la Rouge
    • Posté à 18h07 le 29/12/2012
    • 174747
      zig-zag

    Tout les présidents Américains on essayé de reformé la finance sans succés méme dans leur camps ,comme ici les impots ...

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 19h15 le 29/12/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici

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    • .666
      .666 répond à Le Renifleur
      Juif errant
      • Posté à 20h49 le 29/12/2012
      • 181210
        Juif errant

      A encadrer, amis de la modération.

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 19h21 le 29/12/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici

    .

    • .666
      .666 répond à Le Renifleur
      Juif errant
      • Posté à 20h48 le 29/12/2012
      • 181210
        Juif errant

      Celui-là, c’est Matouk qui l’a fait encadrer.

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 20h18 le 29/12/2012
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    « Les banques françaises (...) ont mieux résisté au choc américain parce qu’elles étaient universelles... »
    Il serait néanmoins intéressant de connaître la composition de leurs « investissements » parce qu’il est flagrant qu’avec l’argent des épargnants français elles n’ont pas spécialement financé l’économie réelle nationale et qu’il est plus que probable qu’elle ont même contribué à son affaissement.
    Pour notre économie, c’est probablement une victoire à la Pyrrhus ; et je crois bien qu’on en paye maintenant les frais.

  • foutard
    foutard
    voudrait bien gagner un peu
    • Posté à 22h36 le 29/12/2012
    • Internaute 28406
      voudrait bien gagner un peu

    Eric Cantona avait eu une bonne idee , montrons quel est notre pouvoir !

  • the ghost
    the ghost
    expatrie
    • Posté à 11h33 le 30/12/2012
    • 173412
      expatrie

    Il y a plusieurs choses qu’on peut faire :
    Ne pas donner l’argent du contribuables pour sauver les speculateurs et les bonus des dirigeants (en fait une loi devrait encadrer les bonus qui ne devrait pas representer plus de x% du profit reel, c’est a dire que si l’entreprise a des dettes elle n’a pas de profit, donc pas de dividendes pour les actionnaires, pas de bonus pour les dirigeants !), les banques britaniques ont englouti une part considerable du budget national et ca ne semble pas les sortir du trou (mais les dirigeants se sont tranquillement paye des bonus, sur quelle base on se demande !)
    Le public devrait etre mieux informe et faire payer les salaires non pas dans les banques commerciales mais dans les cooperatives, les banques commerciales s’en foutent tout le monde est content. Au lieu de chercher les gros profits, il faut se rendre compte que laisser son argent pour epargne a x% et contracter un pret a x+y%, personne n’a interet a ce que les taux soient eleves, par contre que la difference entre les 2 (y) soie faible.
    Enfin, les taux d’interet des petits credits devraient etre revu a la baisse, quand euribor est 0.18% pourquoi un petit credit est-il a 10% ?
    Finalement les banques font signer un pret mais en realite il est contracte aupres d’une societe de type Naxistis, sans le consentement de l’emprunteur (qui n’est d’ailleur meme pas informe). En plus la pratique en France et de presente un contrat avec une signature illisible, sans preciser le nom de l’agent ce qui rend toute demande de renseignement ou contestation plutot difficile, une pratique qu’on ne trouve en principe nulle part ailleurs.
    Le pret est la forme la plus ancienne forme d’abus voir d’escroquerie tolere par les puissants car reduisant les plus faibles a une forme d’esclavage, rappelez vous la societe americaine est tenue en dependance de cette maniere !

  • pmithrandir
    pmithrandir
    http://www.jaiuneidee.net
    • Posté à 14h49 le 30/12/2012
    • Internaute 90097
      http://www.jaiuneidee.net

    Je trouve que l’initiative britannique va dans le bon sens. Elle revient à dire, on ne vous embête pas pour vos activité dangereuses, mais on vous impose d’être raisonnable et de ne pas couler le navire entier.

    Une activité dangereuse pour une banque étant aussi de prêter 1 million d’euro a une start up sur presque rien.

    Concernant le trading haute fréquence, je ne suis pas pour sa suppression, mais pour sa taxation.

    Dans mon idée, on rendrait à la bourses sa vision à long terme en taxant fortement les opérations à court terme qui n’avance à rien.

    Par exemple :
    90% de la pluvalue pour toutes les opérations d’achat revente en moins d’une heure.
    80% dans la journée
    70% dans la semaine
    60% dans la quinzaine
    50% sur le mois
    40% dans le trimestre
    30% sur 6 mois
    taux actuel de CSG sur 1 an et plus.

    De cette façon, on laisse les banques jouer avec la technologie, ce qui n’est pas absurde. Par contre, on encaisse une grosse part des bénéfices au nom de :
    - l’inutilité de ces ordres, et la dangerosité qu’ils créé pour les entreprise concernées.
    - la mise en place d’un système de contrôle
    - le remboursement des assurances fournies par le pays en cas de crise.

    Je pense que les capitaux quitteraient vite le pays, mais les sociétés elles aimeraient plus un système comme celui ci qui leur permettrait de voir a moyen terme, voir à long terme, de limiter les effets d’une annonce de perte, vraie ou fausse...

    Pour moi, l’interdiction n’est pas souhaitable, par contre, la taxation pour rééquilibrer le rapport bénéfice / risques est plutôt une bonne idée.

  • amarré
    • Posté à 19h05 le 30/12/2012
    • 174877

    Je ne vois pas où est le casse-tête avec les banques.
    On les nationalise et on les gère en fonction des intérêts de la population et on arrête de leur laisser la bride sur le cou pour servir la finance
    genre à la bolivienne
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