Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

La destinée ridicule de la Bourse de Paris et d’Euronext

Jean Matouk
Economiste
Publié le 11/01/2013 à 17h42

La Bourse pourrait servir l’économie. A certaines périodes, elle a bien joue ce rôle aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Mais aujourd’hui les bourses ont été un peu partout au cœur même de la folie financière. Elles ne servent plus qu’elles-mêmes ! Quant à la Bourse de Paris, qui avait été plutôt dynamisée dans les années 1990 par la création d’Euronext, elle s’est bêtement fait avaler par celle de New York, qui vient, à son tour, d’être absorbée par plus gros qu’elle.

Les deux canaux de financement de l’économie

Il y a deux voies de financement de l’économie : la voie bancaire et la voie boursière. Pour la première, les banques font écran ; elles reçoivent les dépôts dont elles sont débitrices et prêtent, par ailleurs, sans que les déposants ne connaissent l’usage de leurs fonds. Avec la voie boursière, l’épargnant achète ses actions. Il prend donc un risque qu’en principe il n’a pas sur ses dépôts bancaires. Pour couvrir ce risque, il perçoit donc, en moyenne, une rémunération plus élevée que l’intérêt qu’il touche sur ces dépôts.

Pour l’entreprise, il est plus intéressant de se financer par émission d’actions, car elle ne verse de dividendes à ses actionnaires que si elle fait des profits, alors qu’elle doit toujours payer les intérêts sur ses emprunts bancaires.

Le dynamisme de l’économie américaine jusqu’à la crise actuelle tenait au dynamisme de ses bourses – car il y en avait, et il y en a encore plusieurs –, alimentées elles-mêmes par des épargnants bien plus « risquophiles » que les Européens. C’est par l’une d’elles, le Nasdaq, qu’ont été financées les entreprises innovantes en informatique des années 1980-1990, les Microsoft, Apple, puis Google... et que sont encore financées celles de biotechnologies.

Le bon projet Euronext

La Bourse de Paris n’a jamais été aussi peu dynamique, et moins encore les bourses de province qu’elle avait finalement absorbées. Mais, à la suite des réformes introduites en 1984 par Pierre Beregovoy, puis de l’action d’un de ses patrons, visionnaire à cette époque, elle a été transformée en société sous le nom d’Euronext, et avait fusionné avec les bourses de Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne, créant ainsi le germe d’une bourse de l’« Euroland » homologue de la Banque centrale européenne.

Mais c’est à cette époque d’abord que, sous l’impulsion des bourses américaines, l’activité boursière mondiale à été complètement dévoyée. Par la création de multiples nouveaux instruments de plus en plus risqués, elle a détourné l’épargne vers un fonctionnement sur elle-même, de moins en moins ancré dans l’économie réelle.

La sphère financière toujours plus « volumineuse » que la sphère réelle a pris des proportions telles qu’une explosion était inévitable, provoquant la crise bancaire puis économique d’aujourd’hui, et une méfiance plus forte encore des épargnants européens vis-à-vis de ce mode de financement de l’économie.

Euronext est croqué par le New York Stock Exchange

Dans les années 2000 se déroulèrent par ailleurs des négociations entre Euronext, la bourse allemande Deutschbörse et, parallèlement, les ministères des Finances allemands et français, pour fusionner les deux bourses et réaliser l’idéale « euro bourse ». Mais les Allemands voulaient son siège à Francfort, où se trouve déjà celui de la BCE, ce à quoi le Trésor français était hostile. Surtout, un jeu très habile de fausses propositions alternatives de Londres, qui n’avait aucun intérêt à la création de ce gros rival de la City, conduisirent à l’échec.

C’est alors que le patron d’Euronext, jusque-là clairvoyant, engagea une négociation absurde avec le New York Stock Exchange, la plus grande bourse américaine, qui devait aboutir à la fusion du lapin et du loup sous forme de NYSE-Euronext en 2007. La quasi disparition de la Bourse de Paris en tant qu’intermédiaire de financement propre de l’économie française était ainsi planifiée.

Intervint alors, en février 2011, un projet de fusion entre la Deutschebörse et le NYSE Euronext, qui aurait américanisé un peu plus la finance européenne. Nouvel échec par interdiction de la Commission européenne, pour un quasi monopole !
Les géants boursiers ne servent à rien et l’on manque de bourses régionales.

Vrai besoin d’un marché boursier européen

Mais la fin de l’histoire est plus ridicule encore pour les bourses européennes, et surtout Euronext : le 20 décembre 2012, une autre bourse américaine, ICE, annonça qu’elle absorbait NYSE Euronext et qu’elle allait ensuite vendre la « partie » Euronext de son acquisition, renvoyant tous les partenaires européens six ans en arrière, sans qu’on sache entre quelles mains Euronext allait se retrouver.

Or, il y a un vrai besoin d’un marché boursier européen pour les entreprises de taille intermédiaires (ETI) et de marchés régionaux pour les plus grosses des autres PME, désireuses, justement, de devenir des ETI. Le financement bancaire ne suffira pas pour densifier nos tissus industriels, et ceci est vrai aussi aujourd’hui pour les Etats-Unis.

Mais tout occupés à créer des géants qui n’aident en rien l’économie réelle et à l’emploi, les dirigeants des bourses ont préféré ces fusions inutiles à la restauration d’outils régionaux de drainage direct des épargnes régionales vers les entreprises qui font vivre leurs régions.

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  • Télémate
    Télémate
    Je lis et je regarde
    • Posté à 18h05 le 11/01/2013
    • Internaute 117699
      Je lis et je regarde

    Cela fait des années que la bourse de Paris n’est plus à Paris.
    Cela fait des années que le CAC40 est géré à New York Londres et Amsterdam.

    Mais cela fait des années que les journaux de finances nous mettent le bâtiment de la bourse en photo lorsque l’on parle du CAC40 !

    Cela fait des années que la corbeille à Paris n’existe plus, et que tout ou presque se traite Outre Manche ou Atlantique...

    Alors, que faisons nous du CAC avec Air France qui est basé à Amsterdam, et le dernier entré au CAC, Gemalto (pour remplacer Alcatel) est basé à Amsterdam ?

    On nous prend pour qui ?

  • trouble fêtes
    trouble fêtes
    aconforme
    • Posté à 19h11 le 11/01/2013
    • Internaute 156689
      aconforme

    Thomas PIKETTY a étudié la « création de richesses » de la Bourse. Résultats : 0,10 % en un siècle. La Bourse ne crée pas de richesse mais vit en parasite sur l’économie réelle. 95 % de son « activité » (sic), d’ailleurs, est de la délinquance pure, puisque ce n’est que de la spéculation. Il serait donc très raisonnable de se passer du système boursier. Fermer les Bourses pour parasitisme et association de malfaiteurs (les spéculateurs) serait un réel changement de mentalité, très bénéfique à toute l’Humanité. L’investissement irait non vers les improductifs mais les très productives PME – PMI, fortement handicapées par les parasitaires Bourses (en plus en cas de « pertes » de celles- ci ce sont les impôts de tous qui « subventionnent » cette « nationalisation des pertes » : ce qui demeure une scandaleuse aberration qu’aucun raisonnement ne pourra rendre scientifique ! Autant d’argent en moins pour « l’économie réelle »).
    Les Bourses ne sont que des délires absolument injustifiables et inargumentables. Encore, les Trims (trade related investment measures), ou compensation partielle ou totale des importations des filiales par les exportations avec primes à l’exportation raflées au passage, augmentation de la valeur ajoutée locale par transfert de technologies et de formations payées par les collectivités locales. Ou bien l’outsourcing, minimisation des coûts... Partout, ces nausées de voir qu’il est beaucoup usé de tant et tant de manips pour vivre sur le dos de la collectivité.
    De se permettre de l’oublier aboutit à des discours en boucles comme « les Bourses sont un mal nécessaire, elles ne sont pas une fin en soi ». Mais aucun mal n’est nécessaire et de poser le but des Bourses ne peut parvenir qu’à « les
    Bourses sont un mal nécessaire, elles ne sont pas une fin en soi » sans fin (qu’elles ne sont pas un fin) sans fin un m...nécessaire... Un discours auto-effaçant ?
    Où trouver encore du sérieux ?

  • Gonzague le Chomeur
    • Posté à 20h50 le 11/01/2013
    • 181650
      Chomeur

    Petit retour en arrière.

    Comment juste avant la crise (juste j’entends en terme économique une décade) d’avoir fait le choix de se rattacher a la bourse de new york dans une totale décorrélation physique des tenants et aboutissants qui ont fait l’incompréhension de la crise (j’expliquais les faits avant, mais il semble que peu savent voir). Ceci dit, la fusion entre Euronext et nyse fut fait sous légide du Monsieur livre bleu de la campagne politique du vote refusé par les français en 2005 anciennement pdg d’orange,et ainsi installateur de la méthode lean dont il a touché un prix par les échos pour le management ! ! !

    Au vue de tout cela, ce monsieur donc qui a participé a cette fusion pour l’état permet de comprendre la portée des erreurs économiques.

    Ceci est fort simple lorsque vous avez une petite idée de ce qui se passe d’un point de vue économique a partir de choix politique dont on peut constater qu’il n’y a pas de responsable a la fin. La monnaie drivé par les allemands, la bourse par les américains.

    Alors effectivement on peut dire que le gars est au top du top de la démonstration d’incompétence constaté par les faits.

    Sinon tout va bien......

  • lerouret
    lerouret
    RETRAITE
    • Posté à 12h52 le 12/01/2013
    • Internaute 193108
      RETRAITE

    Vous ne voulez quand même pas demander aux gestionnaires des bourses mondiales de se comporter différemment des spéculateurs en tous genres qui opèrent en leur sein. Les bourses ne sont qu’un maillon d’un système économique à refondre par les politiques.

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 10h22 le 13/01/2013
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Correction : « Les voies de financement de l’économie CAPITALISTE sont la voie bancaire et la voie boursière » !
    Je trouve ça fâcheux de laisser supposer que l’économie est nécessairement « capitaliste », surtout de la part d’un enseignant (fut-il honoraire).
    Il n’y a sans doute pas besoin de fouiller beaucoup pour observer que le mot « banque » ne s’entend lui aussi qu’en qualité d’acteur à but lucratif et non comme une « mutuelle » de collecte/distribution de la masse monétaire.
    A partir de l’instant où on émet ce postulat que l’économie serait capitaliste ou ne serait pas, peut-on encore jouer les vierges effarouchées devant les bourses et banques qui le prennent au pied de la lettre jusqu’à se déconnecter de leur mission initiale de coordonner le développement et le progrès afin de ne plus se consacrer qu’à des opérations virtuelles dont elles tirent des profits immédiats plus conséquents ?
    Ce vase clos spéculatif ne serait pas suffisamment redistributeur pour les « petits » épargnants ?
    Mais est-ce que ces « braves gens » là s’offusquent quand le produit de leur épargne est intimement lié à l’exploitation de leurs congénères et au pillage des ressources de la planète (voire les dettes qu’ils vont lâchement abandonner aux générations futures en ayant juste pris soin d’avoir constitué un « patrimoine » pour alléger le fardeau de leur propre progéniture) ?
    Ah non, bien sûr : « L’enfer, c’est les autres capitalistes, pas nous »...

  • Pili pili
    Pili pili
    Piment d'oisif
    • Posté à 16h28 le 13/01/2013
    • Internaute 188535
      Piment d'oisif

    Deutschebörse et NYSE-Euronext : Une qui est poreuse et l’autre qui prend l’eau ?

  • La phrase
    La phrase
    deshabillee
    • Posté à 16h48 le 13/01/2013
    • Internaute 195191
      deshabillee

    Il me semble que les dernières statistiques montraient que depuis quelques années les bourses absorbaient davantage de liquidité de la part des entreprises qu’elle ne leur apportaient en financement. La bourse comme source de financement me paraît être un souvenir lointain, une théorie du même ordre que le marché efficient.....la phrase déshabillée - il y a un manque à gagner

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 23h33 le 13/01/2013
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    N’y a t-il pas quelque chose de pourri en ce royaume ?
    Eh oui plus que jamais les Etats-unis imposent leur politique - notamment financière - au monde entier. Celui-ci se débat notamment avec les pays émergents. Mais le dollar s’impose, reste roi.
    Les cours des marchés sont désormais frelatés avec des niveaux d’échange très faibles. Il faut redonner de la confiance, maquiller les cadavres et faire croire qu’ils sont toujours en vie. Les banques centrales sont à la manoeuvre. Les cours de l’or sont ainsi maintenus à des cours artificiellement bas. Mais les mascarades, même les plus habiles, n’auront qu’un temps. Plus dure sera la chute !

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