Chez Michèle Rivasi

Députée européenne (Europe Ecologie) de la région Grand Sud Est, je suis aussi professeur agrégée de biologie.

Europe Ecologie, entre la coopérative et le mouvement politique

Michèle Rivasi
Députée européenne
Publié le 12/11/2010 à 23h20


Dessin de Baudry

Le rassemblement de ce samedi aux Assises de l’écologie politique à Lyon se doit de devenir une référence. La confiance que nous aurons dans notre réseau-parti sera notre seul rempart face aux sectarismes et aux tendances sécessionnistes. Les querelles passées disparaîtront quand les bases du rassemblement feront table rase de ces détails de notre histoire commune.

Dans un texte paru en 1974, et intitulé « Leur écologie et la nôtre », André Gorz avait prévu la récupération insidieuse de l’écologie par les grandes forces du capitalisme. Aujourd’hui, le greenwashing est devenu la règle, les forces productivistes tentent de nous réduire au statut de consommateurs-producteurs et notre salut ne passerait donc que par l’absolution qu’est censée nous offrir la sacro-sainte croissance verte. Non, ceci n’est pas notre écologie, aussi diverses soient les tendances au sein de notre mouvement.

Le rassemblement des écologistes, initié il y a maintenant deux ans, nous a offert nos plus grandes satisfactions électorales depuis l’émergence de l’écologie politique en France dans les années 1970 avec René Dumont. La maturation de nos idées s’est couplée à l’avènement de la prophétie annoncée par nos aînés, et nous avons logiquement transformé l’essai lors de nos succès électoraux consécutifs.

Nous avons ainsi su nous installer durablement comme la troisième force politique nationale, provoquant des turbulences au sein du système bipolaire classique qui asphyxiait depuis trop longtemps l’émergence d’une offre politique novatrice.
Le grand rassemblement tenté par le NPA, puis par le MoDem, n’a pas abouti par faute d’une centralisation du pouvoir autour d’une personnalité unique. Notre fédération n’a pas le même socle car c’est notre projet qui nous unit, au travers de la reconnaissance de notre manifeste pour une société écologiste.

Cohn-Bendit et Duflot ont rallié les écolos de Hulot à Bové

Nous irons donc plus loin car chacun a su faire l’effort de ne pas s’accaparer l’unité du mouvement, de comprendre l’autre qui nous tendait la main : nous avons appris en tâtonnant, en s’offusquant du retour opportuniste d’untel, de la foi submergente des néo-convertis face à des militants de plusieurs décennies, du mépris des nouveaux arrivants pour nos acquis et réalisations.

Les Verts ont été les moteurs de ce changement et du rassemblement des écologistes. Nous avons consenti à faire émerger des figures issues de divers horizons et permettant l’enrichissement de notre corpus doctrinal.

D’un côté, Dany a su créer l’alchimie d’un rassemblement large et éclectique : c’est lui qui a déclenché l’étincelle de notre fusion-création, dans l’espoir de rallier les écologistes de Hulot à Bové. De l’autre, Cécile a su transcender les Verts, parvenant à fondre le parti dans un rassemblement plus large, malgré l’incertitude liée à une telle prise de risques.

Le statut de coopérateur, une vraie innovation

Notre plus grande victoire n’est pas électorale, et je me réjouis d’écrire ces mots qui démontrent bien que nous avons franchi un cap dans la manière dont nous concevons la politique. Notre vrai succès, c’est l’intégration de la culture associative dans l’identité du rassemblement, grâce à la création du statut de coopérateur.

Ce statut particulier, à mi-chemin entre l’adhérent et le sympathisant d’un parti politique, est inédit dans le système politique français. Ce statut permet à tout un chacun d’agir au sein d’un mouvement politique, de faire ce qui lui plaît le plus sans pour autant endurer le laborieux fonctionnement interne du parti. Il offre ainsi une approche différenciée du militantisme, ce qui est une excellente chose car les nouveaux arrivants dans les partis sont le plus souvent déçus.

Le tableau suivant suffit à résumer la différence de statut entre adhérent et coopérateur. (Merci au blog de Florent Mignot pour sa réalisation)


tableau adhérent / coopérateur

L’alchimie coopérateurs-adhérents, c’est la coopération entre des instances politiques et l’expertise en provenance de la société civile. C’est la reconnaissance du droit à tous de participer à un projet commun sans pour autant s’enfermer dans une logique partisane stérile. Cette alchimie a fait et fera le succès de notre mouvement.

Cependant attention à ne pas endosser des habits trop grands pour nous. L’étape d’aujourd’hui est essentielle mais elle en appelle d’autres, nombreuses, qui devront parfaire notre rassemblement et en amener d’autres à nous rejoindre. Soyons fidèles à notre philosophie en gardant toujours notre éthique de simplicité et de responsabilité pour éviter l’outrecuidance des partis politiques traditionnels et la mésaventure d’une bulle médiatique.

Soyons conquérant sans être prétentieux, soyons ambitieux sans être arrogants. Passons du statut de lanceur d’alerte à celui d’une force politique crédible afin de conquérir de nouvelles majorités politiques et culturelles.

Aller plus loin
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  • Dissonance
    Dissonance
    met le doigt où ça fait mal.
    • Posté à 00h10 le 13/11/2010
    • Internaute 70089
      met le doigt où ça fait mal.

    Ah bin tiens, une écolo prof de sciences. Ça tombe bien, j’ai quelques peaux de banane pour vous :

    Ne trouvez-vous pas inquiétant d’introduire de l’idéologie (le fait politique) dans ce qui est à l’origine une science (allons même plus loin, une science « dure »), j’ai nommé « l’écologie politique » ?

    Un unique exemple découpé à la hache pour illustrer mon propos (je vous en épargne une foule d’autres, ça m’ennuierait de faire appel au point Godwin tout de suite) : Le darwinisme social n’est-il pas une dérive s’inscrivant totalement dans le même type de démarche que celle que vous poursuivez, celle d’une science politisée ?

    Par ailleurs, ne pensez-vous pas que le parti pour lequel vous militez ici est le premier à pratiquer le greenwashing que vous semblez dénoncer (Hulot salarié de TF1 qui finance son film dégoulinant grâce aux fleurons de l’industrie européenne, au hasard) ?

    Enfin, pensez-vous que le grand écart permanent dans lequel s’inscrit votre parti entre des discours à forte teneur sociale et des votes (au parlement européen par exemple) gravement néolibéraux soit politiquement tenable sur la durée ? (cf. le commentaire du Yéti, le pauvre).

  • Srgvlt
    Srgvlt
    Twitter @srgvlt
    • Posté à 01h01 le 13/11/2010
    • Internaute 23660
      Twitter @srgvlt

    apparemment les coopérateurs peuvent être candidats sans pouvoir participer au choix des candidats. c’est un peu bizarre, non ?

  • Nestor Romero
    Nestor Romero répond à Le Yéti
    Ancien enseignant
    • Posté à 02h09 le 13/11/2010
    • Expert 5556
      Ancien enseignant

    Bonsoir Le Yéti (ou bonne nuit, il est très tard),

    Je crois qu’il ne faut pas s’énerver tout de suite. Justement je ne trouve pas que le texte de Michèle soit langue-de-bois. Pour l’instant je n’ai vu nulle part ailleurs une telle recherche pour créer un mouvement qui en appelle à l’investissement de chacun « selon ses moyens » et, en dernière instance, en appelle au partage dans tous les domaines.
    Pour ce qui est du rapport Bernès, je ne sais pas, sans doute faut-il y regarder de plus près mais je n’exclus nullement que « nos députés » puissent faire des bêtises et même des conneries. C’est la raison pour laquelle je milite pour la « révocation des responsables à chaque instant », en tout cas pour aller en ce sens.
    A propos de conneries, j’ai toujours trouvé que cette histoire de libéral-libertaire des frères Cohn-Bendit en était une énorme car il y a contradiction dans les termes : libéral=compétition=mort du faible, alors que libertaire=solidarité=vie de tous. Cependant je suis d’accord avec eux en ce qui concerne l’éducation et l’organisation de la « coopérative » par exemple.
    Quant à J.L. Mélenchon, j’ai moi aussi tendance à me méfier des « hommes providentiels », de tous ceux qui ne cessent de dire « Je » comme si la première personne du pluriel n’existait pas et surtout quand ils proclament vouloir « prendre le pouvoir », eux, c’est-à-dire « je ». Par ailleurs je ne garde pas un souvenir exalté de son passage au ministère de l’enseignement professionnel sous Jospin.
    Bref, ce qui m’intéresse dans ce mouvement ce sont moins les hommes ou les femmes, qui sont faillibles comme toi et moi, que les valeurs auxquelles je souscris comme adhérent et la recherche de structures qui permettent de porter ces valeurs, essentiellement : solidarité et partage, solidarité par le partage.
    Bien amicalement.
    N.

  • Michèle Rivasi
    Michèle Rivasi répond à Le Yéti
    Députée européenne
    • Posté à 09h37 le 13/11/2010
    • Expert 132087
      Députée européenne

    Bonjour Le Yeti,

    je ne pense pas avoir été langue de bois et regrette que ce texte vous donne cette impression. Il y a encore beaucoup à faire, mais nous progressons, encore et encore, et les contributions des militants (comme la vôtre) nous permettent de mieux comprendre quelles sont les attentes de ceux qui nous soutiennent. Merci donc pour votre réaction.

    Je ne répondrai pas au premier point car cela ne me regarde pas vraiment, et cela ne fait pas partie des débats que j’aime alimenter.

    Par contre sur le rapport Bérès, nous avons publié une explication de vote sur le site des eurodéputés EE. Merci de vous y référer.

    Bonne journée à vous,
    Michèle

    Lien

    Vote des eurodéputés EE sur le rapport Bérès

    Sur certains sites Internet et listes de diffusion, fleurissent des attaques sur le vote des eurodéputés EE (et socialistes) quant au rapport Bérès adopté le 20 octobre 2010 au Parlement européen. En votant le paragraphe 77 de ce rapport, les eurodéputés auraient ni plus ni moins appelé à la fin de la retraite par répartition ! Les eurodéputés EE seraient ainsi des hypocrites de la plus grande espèce, manifestant dans les rues de Strasbourg contre la réforme des retraites un jour et votant l’inverse le lendemain. Cette fable ne résiste évidemment pas à l’épreuve des faits.

    Le rapport Bérès est un rapport (non législatif) du travail à mi-parcours de la commission spéciale sur la crise financière, économique et sociale et les mesures et initiatives à prendre. Cette commission doit encore travailler un an avant d’adopter son rapport définitif.

    Les eurodéputés EE, comme l’ensemble du groupe des Verts/ALE, ont voté en faveur de ce rapport, notamment du fait de son paragraphe 73 qui demande, c’est la première fois que nous obtenons ce résultat, la mise en place d’une taxe sur les transactions financières au niveau européen. Jusqu’à présent, tous nos amendements qui disaient « si la taxe ne se fait pas au niveau mondial alors il faut le faire au niveau européen » étaient battus. C’est donc une victoire importante puisqu’il y a un vrai débat en ce moment au niveau européen entre les Etats et au sein de la Commission européenne. Le message envoyé dans ce rapport par le PE vient donc au bon moment.

    Le paragraphe 73 dit : « recommande la mise en place d’une taxe sur les transactions financières, dont le produit améliorerait le fonctionnement du marché en réduisant la spéculation et en contribuant à financer les biens publics mondiaux et à diminuer les déficits publics ; considère qu’une telle taxe devrait être établie sur la base la plus large possible, mais qu’à défaut, elle devrait être introduite dans un premier temps au niveau de l’Union européenne ; invite la Commission à produire rapidement une étude de faisabilité intégrant la notion des conditions égales au niveau mondial et à présenter des propositions législatives concrètes dans les meilleurs délais ; »

    Il s’agissait de notre amendement. Les eurodéputés du front de gauche (le groupe GUE au parlement européen), s’ils ont bien voté en faveur de l’amendement, n’ont pas voté en faveur du rapport final. Même si l’on savait que ce groupe avait un problème historique avec la taxe Tobin (à l’époque où Laguiller et Krivine étaient députés de ce groupe, ils avaient voté contre la taxe Tobin, qui avait alors été rejeté, arguant qu’ils n’étaient pas là pour aménager le capitalisme), cela reste tout de même surprenant.

    La justification de leur vote négatif final est le paragraphe 77 qui demanderait donc la fin de la retraite par répartition. Les eurodéputés EE seraient ainsi des hypocrites de la plus grande espèce, manifestants dans les rues de Strasbourg contre la réforme des retraites un jour et votant l’inverse le lendemain. Cette fable ne résiste évidemment pas à l’épreuve des faits.

    Le texte complet de ce paragraphe, puisqu’il n’est reproduit qu’en partie dans les messages diffusés sur Internet, est le suivant : « prend acte de ce que le grand krach éclaire d’un jour nouveau le défi démographique et celui du financement des retraites ; considère que le financement des pensions ne peut être entièrement laissé au secteur public, mais doit reposer sur des systèmes à trois piliers, comprenant des régimes de retraite publics, professionnels et privés, dûment garantis par une réglementation et une surveillance spécifiques destinées à protéger les investisseurs ; considère en outre que les retraites devront être réformées à l’échelle européenne pour contribuer à financer la solidarité intergénérationnelle ; considère que l’allongement de la durée de vie soulève des questions transversales en termes d’organisation de la société qui n’ont pas été anticipées ; »

    On est donc loin de donner des pans entiers du système public au privé comme on peut le lire dans certains messages sur Internet ! De plus lorsque l’on parle de « solidarité intergénérationnelle » dans la deuxième partie du paragraphe (celle généralement « oubliée » dans les emails), cela concerne évidemment la retraite par répartition ; la capitalisation n’est pas une solidarité puisque c’est la personne qui se finance elle même.

    Par ailleurs, L’UE n’a aucune compétence en la matière - on peut éventuellement le regretter mais c’est un autre débat - et ne peut donc en conséquence prononcer la fin de la retraite par répartition.

    C’est pourquoi dans l’évaluation du soutien à ce rapport, entre un paragraphe que l’on peut au pire juger ambigu sur les retraites et qui ne peut avoir aucune conséquence politique, et un très clair sur la taxe sur les transactions financières qui peut avoir un impact, les eurodéputés EE ont finalement choisi de voter en faveur.

    On peut choisir d’exercer son mandat de député en votant contre tout afin de rester « pur » ou en essayant d’obtenir des avancées en négociant des compromis qui ne sont pas pour autant infamants ou contradictoires avec le programme pour lequel nous avons été élus. La pratique des élus écologistes a toujours été la seconde et les eurodéputés EE n’y dérogent pas.

  • A déménagé le 18-1
    • Posté à 11h56 le 13/11/2010
    • Internaute 116615
      bc

    Les premiers commentaires sont intéressants et posent mieux les questions que ce texte inspiré d’une méthode coué un peu stérile.
    EE outre l’affirmation d’une position claire entre leur modèle de société voulu par rapport au modèle capitaliste dans le respect de leurs objectifs écologiques, a aussi plusieurs réponses à nous apporter.
    La question sociale est minorée au regard de la question environnementale, je trouve qu’elle ne se pose pas assez chez EE, alors que les deux questions devront avoir une réponse unique. Notament dans le prix que coutera l’emmergence d’une société respectueuse de l’environnement aux populations les plus pauvres, et plus largement à une majorité de français qui ne nagent pas dans l’opulence et à des finances publiques exsangues.
    La deuxième question c’est la fameuse 3ème voie qu’ils sont censés représenter. Dans notre régime de bi partisme si conservateur, toutes les tentatives se sont plus ou moins désagrégées car se positionner contre les deux, puis après aller vers l’un pour exister électoralement, atténue la force d’un projet alternatif et donc l’adhésion de l’electorat. Pour exister il faudra passer électoralement devant le PS ou l’UMP.
    Il ne faut pas trop se leurrer sur leurs derniers cartons électoraux, ils ont bénéficié de voix de rejet des autres (droite molle, centre désabusé et gauchos décus) même s’ils semblent avoir une base électorale un peu plus élargie. S’en prendre à Mélenchon est révélateur de la petitesse de leurs perspectives. Moi je veux d’une société plus écologique mais je ne distingue pas chez EE une alternative solide à mes espoirs.

  • Rémim
    Rémim
    .
    • Posté à 13h08 le 13/11/2010
    • Internaute 107704
      .

    Je trouve que la tribune de Michèle Rivasi adopte un ton inutilement rude par moments.

    Les verts ne sont pas parfaits et ceux qui suivent la fusion en interne savent que certains ont du mal à lâcher le morceau. En plus Mme Rivasi vous parlez comme si vous étiez chez les verts depuis 30 ans, ce qui n’est pas le cas. Pour moi (même si vous avez rejoint le mouvement avant) vous êtes plutôt une personnalité marquée « Europe Ecologie », société civile, etc.
    Je crois que ceux qui vous regardent n’ont que faire des querelles de chapelle, elles sont inévitables mais pas la peine de les médiatiser. Cette journée à Lyon doit être une fête pour l’écologie et chacun y va de son petit couplet perso, Cohn-Bendit est déçu, le grand frère boude, Corinne Lepage fait sa Corinne Lepage...

    Heureusement qu’il y en a qu’on entend moins et qui tiennent la baraque, comme Jean-Paul Besset. Et je suis très heureux de la venue de Nicolas Hulot, oui je sais le tartufe tout ça, mais enfin moi j’ai lu le pacte écologique et j’ai vu la qualité du programme qu’il constituait.

    Le statut de coopérateur est très intéressant, il est dommage qu’il ne donne pas droit à désigner les candidats en local, car cela permettrait d’aérer le mouvement en local et de choisir les meilleurs candidats, pas ceux qui ont les dents qui rayent le plus le parquet.

    J’espère que le nom choisi sera Europe Ecologie.
    Bonne journée.

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