Chez Michèle Rivasi

Députée européenne (Europe Ecologie) de la région Grand Sud Est, je suis aussi professeur agrégée de biologie.

Nucléaire : le Japon a joué à l'apprenti sorcier. Et la France ?

Michèle Rivasi
Députée européenne
Publié le 13/03/2011 à 10h07


Alors que nous nous apprêtions à célébrer le vingt-cinquième anniversaire de Tchernobyl, et que l’opinion publique mondiale semblait oublier peu à peu cette catastrophe, le séisme du Japon a remis sur le tapis le risque technologique majeur que représente l’énergie nucléaire.

Les écologistes militent depuis de nombreuses années pour une sortie progressive du nucléaire, non seulement pour des raisons de sécurité liées à l’exploitation des centrales : le risque terroriste est bien réel et les travailleurs précaires de cette industrie en subissent les conséquences sanitaires.

Mais surtout du fait de l’irrésoluble gestion des déchets radioactifs, tant par le problème du stockage définitif des déchets que par les risques liés à leur utilisation à des fins terroristes. Le drame japonais confirme aussi un risque trop souvent sous-estimé voire caché : la vulnérabilité des centrales aux risques naturels.

Des informations contradictoires sur la centrale de Fukushima

Il faut savoir que le Japon est, avec la France, un des pays les plus nucléarisés au monde, le troisième plus exactement. Un tiers de sa production électrique dépend de l’atome, et comme d’autres pays, le Japon continue à accroître cette dépendance en visant les 50% pour 2030.

Concernant la centrale de Fukushima-Daiichi, le contrôle de l’information empêche de savoir jusqu’ici ce qui s’est exactement passé. La nature de l’explosion reste douteuse : même si on l’attribue celle-ci à des tuyaux transportant de l’hydrogène, il est aussi fort probable que l’hydrogène soit le résultat d’une réaction chimique ayant eu lieu dans un espace situé entre la cuve et le bâtiment.

Une température élevée peut en effet provoquer une dissociation des molécules d’eau, aboutissant à la création de molécules d’hydrogène. Reste aussi à savoir si la cuve a pu être endommagée par cette explosion. (Voir la vidéo)

Principal danger : la fusion du réacteur

Il y a donc aussi des doutes sur l’état du cœur du réacteur, qui pourrait être en fusion partielle. Sur LeMonde.fr, on apprend que « les informations sont parcellaires » selon Thierry Charles – directeur de la sûreté des usines nucléaires à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) – qui constate que les déclarations de l’autorité de sûreté japonaise et celles de l’exploitant Tepco ne concordent pas totalement, Tepco indiquant que la fonte du cœur n’est pas en cours alors que l’autorité de sûreté annonçait samedi matin une probable fusion du cœur.

Le plus grand danger serait donc la fusion du réacteur et c’est pour cette raison qu’une réaction de type Tchernobyl est envisageable. Si le cœur entre en fusion, il risque de faire fondre la cuve du réacteur. Contrairement à l’accident de Three Miles Island (où avait eu lieu une fusion partielle du cœur), dont l’enceinte de confinement était restée intacte et empêchait alors les fuites radioactives, le cas de Fukushima peut différer.

Si l’enceinte a été détruite par l’explosion, il n’y a plus de barrière au relâchement de particules radioactives.

Les autorités japonaises doivent donc agir dans une fenêtre de temps très réduite pour éviter la fusion du cœur. Les doutes concernant toute fusion du cœur seront à l’évidence dissipés très rapidement, espérons-le.

Conséquences sanitaires pour les Japonais et les pays voisins

Concernant le relâchement volontaire de vapeur radioactive pour aboutir à une diminution de la pression dans le réacteur, effectuée samedi matin, c’est une procédure logique qui, malgré les risques de contamination, permet de minimiser les risques d’explosion. Seulement, le nuage radioactif qui a été relâché représente de réels risques pour la santé.

Premièrement, la radioactivité émise est importante : selon l’agence Kyodo, la radioactivité reçue en une heure par une personne se trouvant sur le site de la centrale de Fukushima correspond à la limite de radioactivité à ne pas dépasser annuellement.

De fait, un nombre réduit de personnes habitant une ville proche de la centrale ont été exposées à des radiations. Ces personnes vont avoir à subir un lavage spécial mais il semble que leur état de santé ne présente rien d’anormal. Dans le cas actuel, la contamination au césium radioactif présente moins de risques que celle à l’iode radioactif, puisque l’iode est bien plus volatil.

En ce sens, les autorités japonaises préparent les mesures qui s’imposent, à savoir la distribution d’iodure de potassium aux habitants et leur éloignement des centrales (20 kilomètres selon les autorités).

Sachez-le, à défaut d’avoir de telles pastilles dans un cas similaire, vous pouvez aussi utiliser de l’eau iodée afin de saturer la thyroïde en iode stable et éviter l’incorporation d’iode radioactif menant à un cancer de la thyroïde (un des symptômes principaux de l’après-Tchernobyl).

Les nuages radioactifs ne connaissent pas les frontières

Deuxièmement, les risques pour la santé sont réels car les vents et le nuage radioactif ne connaissent pas de frontières. Même si les autorités se sont réjouies des vents repoussant le nuage vers la mer, celui-ci risque de survoler d’autres pays. La Russie notamment s’inquiète d’une contamination de son territoire, la péninsule de Kamchatka pouvant être atteinte dans les 24 heures.

Le fait est que le danger résidera plus dans la contamination radioactive des terres agricoles mais aussi du bétail, puisque l’ingestion d’aliments contaminés représente de sérieux risques pour la santé, notamment pour les enfants et les femmes enceintes. Si les normes de contamination en venaient à être dépassées dans les pays affectés, toute la production alimentaire devra être détruite.

En France, Nathalie Kosciusko-Morizet a promis la plus grande transparence sur l’impact éventuel de cette catastrophe et l’IRSN rendra public sur son site Internet les données recueillies en France.

Puisque que l’on n’est jamais trop sûr, sachez aussi que la Criirad a mis en alerte la vingtaine de balises situées sur le territoire français : dès que la moindre hausse des niveaux de radioactivité sera mesurée, les résultats seront diffusés immédiatement.

Catastrophes naturelles et centrales nucléaires

Le cas présent est extrême. Cependant, l’évidence est que les décideurs japonais ont joué aux apprentis sorciers avec leur programme nucléaire, les complexes nucléaires japonais étant théoriquement construits pour résister à un séisme d’une magnitude de 7.

Alors même que des précédents moins graves avaient eu lieu, comment le Japon a-t-il pu juger concevable de sécuriser des centrales dans un pays à forte activité sismique ? Rappelons que 20% des secousses supérieures à une magnitude de 4 enregistrées à travers la planète ont lieu au Japon.

Mais qu’en est-il en France ? Le risque est-il le aussi extrême ? Le risque existe vraiment selon le réseau Sortir du Nucléaire, qui avait révélé en 2003 que EDF avait falsifié les données sismologiques pour s’éviter des travaux onéreux, pourtant indispensables pour la sûreté nucléaire.

La France n’est pas à l’abri

L’Autorité de sûreté nucléaire avait du intervenir pour rappeler EDF à l’ordre, suite à la falsification de certaines données primordiales à la sécurité des centrales. Alors que les normes sismiques doivent être basées pour chaque centrale sur un Séisme majoré de sécurité (SMS), l’ASN a remarqué que EDF avait utilisé des normes inférieures à celles déterminées par l’IRSN.


chimulus

Les centrales de Chinon, Blayais, Saint-Laurent, Dampierre, Belleville, Civaux, Bugey et Fessenheim sont les plus en danger. D’ailleurs, Fessenheim est au centre de toutes les préoccupations depuis la décision de rallonger sa durée d’activité. Sur la base de ces informations, une seule décision s’impose : la fermeture définitive de la centrale de Fessenheim et la vérification des normes sismiques.

Sécheresses, inondations mettent en péril le refroidissement

Au niveau de l’UE, cet évènement au Japon est déjà pris au sérieux : la Commission européenne va convoquer en début de semaine prochaine une réunion des autorités européennes chargées de la sécurité nucléaire et l’industrie du secteur pour tirer les leçons de l’incident nucléaire au Japon.

Par ailleurs, les risques liés à l’exploitation des centrales vont aller croissant avec la multiplication des aléas climatiques extrêmes. Tant la sécheresse peut provoquer une diminution du débit des cours d’eau servant au refroidissement des réacteurs, tant les inondations peuvent aboutir à des épisodes critiques et donc difficilement contrôlables. Les épisodes caniculaires obligent souvent EDF à réduire l’activité des centrales, ce qui pousse alors la France à importer de l’énergie.

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  • clausius
    • Posté à 11h21 le 13/03/2011
    • Internaute 24442

    Toues ces voix qui s’élèvent à l’ocasion de cet accident nucléaire ne sont que la représentation de ce qu’est devenu notre monde aujourd’hui : Un monde médiatique inféodé à la toute puissance de l’émotion, du « buzz ». Car enfin, combien va-t-il y avoir de morts à cette occasion. Disons 1000 pour être hyper large. Combien de blessés et malades ? Disons 100000 pour être large. Combien d’accidents nucléaires notables par tranche de 10 ans ? Disons 1 pour être large. Ce qui donne une moyenne hyper large de 100 morts par an, 1000 blessés et malades.
    Combien de morts sur Terre en voiture par an ? 1,3 million ! Est ce que ça traverse l’esprit des gens un instant de supprimer les voitures ? Non. Pourquoi ? Parce que personne ne veut revenir à l’âge de pierre, tout le monde veut du progrès, consommer plus, faire moins d’efforts. La voiture comme l’énergie nucléaire donne accès au progrès matériel, au prix il est vrai de risques sanitaires et mortels. Avec le concept de risque 0, il n’y aurait pas eu de révolution industrielle, pas de progrès de la médecine. Si on arrêtait toutes centrales nucélaires dans le monde et qu’on ne marchait qu’au gaz, au charbon, au pétrole , à l’éolien et à l’hydraulique, le prix de l’énergie s’envolerait, et 99,9% des gens sur Terre ne l’accepteraient pas. D’autant plus que les accidents liés aux combustibles fossiles existent aussi.
    L’humanité a fait un choix, celui du mieux matériel. Ce n’est pas un méchant complot élaboré par les puissants mais bien la conséquence de la volonté des hommes et des femmes de remplacer le travail harassant par l’énergie, ce qui bien sûr se comprend tout à fait, je suis le premier à l’assumer.
    Seulement, parfois, certains oublient à quel prix nous sommes arrivés, dans les pays développés, à ce niveau. Ils veulent au fond le beurre et l’argent du beurre.
    Si demain nous décidons de maîtriser notre énergie dans un but purement renouvelable, nous serons obligés de diviser notre niveau de vie par 4 et à réduire notre train de vie fortement pour l’immense majorité d’entre nous, même dans l’hypothèse nous nous partagerions complètement équitablement les richesses. Mais c’est un choix que les électeurs ne voudront jamais, cet état de fait n’arrivera que lorsque il n’y aura plus d’énergie en quantité suffisante sur Terre, et là, ça fera mal...

  • obiwan78
    obiwan78
    Ingénieur
    • Posté à 11h25 le 13/03/2011
    • Internaute 61560
      Ingénieur

    Mme Rivasi, je veux bien vous écouter mais vous proposez quoi ?

    Du photovoltaïque qui fonctionne de 9h00 à 15h00 ? Quel est le coût de production de 1m² de panneau ? Quel est le rendement les jours ensoleillés bien sûr ? Quel est son coût de recyclage ? Parlez nous du NF3 utilisé pour la fabrication : Lien !

    De l’éolien dont la production dépend des caprices de Mr Eole ?

    Et enfin comment stocker cette énergie ?

    Alors battez vous Mme pour les voitures électriques qui ne feront qu’augmenter notre consommation le soir à 19/20h00 quand le réseau sature !

    Proposez !

  • xavier-xavier
    xavier-xavier
    muntagnolu
    • Posté à 11h37 le 13/03/2011
    • Internaute 23086
      muntagnolu
  • LeFiDuDé
    LeFiDuDé
    Procrastinateur émérite
    • Posté à 11h38 le 13/03/2011
    • Internaute 66498
      Procrastinateur émérite

    Les capteurs héliothermiques

    En matière d’énergie « renouvelable » il y en a une qu’on évite soigneusement de parler, d’utiliser, de comparer, etc. l’énergie thermique du soleil à BASSE TEMPÉRATURE (60-70°C) immédiatement — c’est-à-dire sans solution de continuité sinon que pour une NON-rentabilité capitalistique, car gratuite, véritablement GRATUITE — utilisable.

    A tel point que ce système simple n’a toujours pas le nom qui lui correspond (on utilise encore le mot « capteur plan »).

    Installez sur tous les toits convenablement exposés des capteurs héliothermiques à raison de 8 m2 par famille, et vous avez la moitié des centrales nucléaires qui tombent en désuétude. GRATUITEMENT hormis le coût de l’installation.

    Ce qu’on nomme « énergies renouvelables » n’utilise en rien ce qui est GRATUIT car sans cesse à la recherche d’un profit qui ne peut qu’être délirant. On parle de rentabilité lors même qu’on utilise quelque chose de GRATUIT : la lumière et la chaleur du soleil qui nourrit notre planète en surabondance ! ! !

    J’ai trouvé des expérimentations de « Récupération d’énergie à partir de basses différences de température » qui ont été abandonnées au PROFIT du nucléaire. On en voit le résultat.

    Et c’est sans parler de l’extraction... tout cela est ailleurs... et des déchets... qui sont aussi ailleurs... ou pour d’autres temps !

  • Jonsnow
    Jonsnow
    =)
    • Posté à 12h46 le 13/03/2011
    • Internaute 86598
      =)

    Pt etre ont ils dejà été donné mais voici une série d’articles issus du Japan Times relatant des scandales provoqués par TEPCO ces dernières années. Principalement des faux rapports concernant l’état d’une trentaine de centrales japonaises dont la fameuse à Fukushima (fissures dans le sarcophage entre autres). Les dirigeants n’ont pas été inquiété semble-t-il....

    Lien

    TEPCO REPAIR REPORTS FALSIFIED

    Lien

    Lien

    Des scandales qui s’étalent sur de très nombreuses années y en a bien d’autres sur le Japantimes..
    Alors on privatise toujours EDF ou pas ?

    Il semble qu’il y ait des manifestations anti-nucléaires en Allemagne, y en a-t-il de prévues en France ?

  • remdom
    • Posté à 13h45 le 13/03/2011
    • Internaute 6231

    TÉMOIGNAGE :

    Je travaillais à Cherbourg en 1995 quand le premier cargo de plutonium revendu au Japon par la COGEMA ( devenue AREVA comme rêve) a été armé.

    En ville, ce soir-là, le nombre de voitures marquées des télévisions et des radios nationales stationnant près des restaurants était impressionnant. Une conférence de presse « virtuelle » -c’est-à-dire sur écran- était organisée par la COGEMA à l’intention des journalistes à la Gare Transatlantique ( devenue depuis la Cité de la Mer).

    Pendant ce temps, le cargo chargé de une tonne et demie de plutonium, amarré à la digue du Homet, dans le périmètre du port militaire, était pleinement éclairé par des projecteurs installés dans la mâture. Le transport depuis l’usine de retraitement de La Hague s’est faite par route. Ainsi illuminé, le cargo a été visible après son départ, jusque dans la Pointe de La Hague. Comme s’il s’agissait d’une opération en toute lumière.

    Nous n’étions qu’une bonne centaine à protester, dont le maire adjoint écolo de l’époque, à dresser deux ou trois banderoles, à partir de la digue du port de plaisance, contre cette opération à haut risque qui réintroduisait pour la première fois du plutonium au Japon, étant donné le risque de contamination suite à un naufrage, et le risque de remilitarisation du Japon . Les journalistes étaient absents.

    Personne ne pouvait penser à la catastrophe en cours aujourd’hui. M. Strauss-Kahn, en tant que Ministre de l’Industrie, avait probablement dirigé cette double opération et marchande et mystifiante.

    Malheureusement, le peuple japonais maudit du feu nucléaire après Hiroshima et Nagasaki, doit encore faire face aux conséquences des choix idéologiques de leurs dirigeants, et des nôtres....

    Dominique Remy

  • klax
    klax
    RP
    • Posté à 14h13 le 13/03/2011
    • Internaute 88508
      RP

    Les accidents sur les réacteurs ont eu lieu hier, les autorités au Japon sont encore en gestion de crise, les informations nous provenant sont parcellaires mais déjà une frange de politiques saute sur l’occasion pour nous dire que nos centrales vont bientôt péter et que le nucléaire c’est mal...Non EELV, contrairement à ce que vous écrivez sur votre newsletter ou dans cet article, il ne faut pas tirer les leçons immédiatement de cet accident, mais d’abord gérer la crise, ensuite y réfléchir à tête reposée.

    De plus, oui en France, on a la CRIIRAD, Greenpeace et Cie. Le Japon a la même chose. Les autorités ne contrôlent pas les informations. Elles nous parviennent une fois que TEPCO ou NISA ont pu s’en servir (après tout, c’est surtout eux qui en ont besoin...)

    La vulnérabilité des centrales nucléaires est bien similaire aux usines de pétro-chimie, mais la médiatisation du problème n’est pas la même.
    L’enceinte de confinement n’est pas la seule barrière à la dissémination de matière radioactive, mais là aussi, si l’information se sait les rhétoriques anti-nucléaires risqueraient de perdre pied.
    L’iode est plus volatile, mais a une demie-vie de 8 jours (une trentaine d’année pour le césium). A savoir lequel est le plus dangereux, ou le plus contraignant dans le cadre d’une intervention, ce sont aux personnes sur place d’en juger, en fonction de la formation d’un nuage ou d’un confinement réussi.

    klax
    Lien

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 17h49 le 13/03/2011
    • Internaute 64790
      dilettante

    La centrale nucléaire de Fukushina ne fonctionne pas tout à fait sur le même modèle que nos centrales françaises. Pour faire simple, ces dernières se composent d’un double circuit de refroidissement (eau primaire + vapeur), tandis que la centrale japonaise se contente d’un circuit simple (eau « liquide » uniquement).
    Le raz-de-marée a détruit les installations motrices du système de controle du niveau d’eau dans le réacteur. L’eau s’est donc transformée en vapeur, et c’est cette vapeur qui a été relâchée volontairement dans lr’atmosphère pour éviter une surpression qui aurait inéluctablement détruit le réacteur. Entre deux dommages, on a choisi le moindre.
    Le réacteur est évidemment à l’arrêt, mais on ne sait pas encore si le rétablissement du processus de refroidissment pourra être repris suffisamment rapidement pour éviter la fusion.
    Le spectre de Tchernobyl ne s’agite pas au Japon, lequel, en matière de nucléaire, a encore en mémoire des références plus terribles, et plus proches géographiquement.
    Les organismes écologiques comme GreenPeace s’agitent et tentent de profiter de l’évènement pour actualiser leur lutte contre le nucléaire et leur image dans cette lutte.
    Mais il faut bien constater qu’il s’agit d’un combat d’arrière-garde. Le nucléaire est, évidemment, la seule solution d’avenir pour produire de l’énergie en masse (je me rends compte en l’écrivant que l’expression « produire de l’énergie » est une impasse physique, mais bon...).
    Le risque en l’espèce est sans doute acceptable : si nous prenons le seul accident grave survenu à ce jour, Tchernobyl, combien de morts a-t-il fait ? Quelle pollution a-t-il engendré ? Peut-on comparer ces chiffres à ce que le charbon, par exemple, a coûté en vies humaines et en pollution ?
    Le vrai problème des centrales nucléaires, c’est encore une fois un problème de prospective : on a construit, on construit encore des centrales, sans que l’élimination des déchets qu’elles produisent ait été sérieusement étudié.

    Je me pose même une question dérangeante : est-ce que les concepteurs des centrales nucléaires ont même songé ne serait-ce qu’une minute à réduire les déchets en question ? Compte tenu de ce que je sais du nucléaire, je me demande comment ces centrales peuvent produire autant de déchets, en n’utilisant tout compte fait qu’assez peu de carburant : 1 gramme de matière fissile permet de produire 24000 kWh, soit l’équivalent de 2 tonnes de pétrole (consommation d’un français par an : 4,2 tonnes équivalent pétrole).
    J’ai pour ma part l’impression que les centrales nucléaires sont construites et fonctionnent comme les voitures des années 50 : c’est assez sûr, assez confortable, mais on se fout de la consommation !
    La production d’électricité nucléaire reste malgré tout assez écologique : pour l’Europe, cette production (35% de l’électricité produite) évite l’émission d’une quantité de gaz carbonique à effet de serre équivalent à celui produit par le parc automobile européen en circulation !
    Même les déchets « primaires » dont je parlais plus haut, sont assez limités : pour fournir en électricité un européen pendant toute sa vie, il suffit d’un volume de matériau fissile équivalent à celui d’une canette de soda !
    On peut donc légitimement se demander si tous les efforts sont faits pour réduire le volume des déchets secondaires, qui représentent 90% des décherts nucléaires...

    Bien sûr, Icare voulant trop s’approcher du soleil a vu fondre ses ailes. Avec le nucléaire, nous approchons aussi, d’une autre manière, l’étoile suprême. Et nous tentons de contrôler l’incontrôlable : la fission nucléaire produit une réaction exponentielle, dont chacun sait depuis la fable qu’elle conduirait, sur un échiquier, en posant sur chaque case le double de grains de blé que sur la précédente, à poser sur la 64ème case plus de 640 milliards de tonnes, soit plus de 300 ans de production mondiale de céréales !
    La fission nucléaire, c’est la domestication de cette multiplication des grains de blés, qui sont remplacés par des neutrons : bonjour la partie d’échecs !
    Mais l’histoire a montré qu’il ne faut pas avoir (trop) peur du progrès : le vulgaire a lontemps cru que le chemin de fer était une invention diabolique et dangereuse ; il y a eu de nombreux accidents de chemin de fer ; et aujourd’hui tout le monde prend le train en toute sécurité et donc, en toute quiétude !
    Il nous faut, dans le domaine du nucléaire, comprendre, étudier, et être circonspects. En clair, imposer notre vigilance citoyenne pour qu’on ne nous raconte pas n’imorte quoi, ni d’un côté (les « pro ») ni de l’autre (les « anti »).

    (sources techniques et statistiques : IRSN et CEA)

  • BlackShark
    BlackShark
    Grand amateur de 3D
    • Posté à 21h13 le 13/03/2011
    • Internaute 147781
      Grand amateur de 3D

    D’après ce que j’ai compris en regardant NHK-world (en anglais),

    -Le réacteur 1 est entré partiellement en fusion hier lorsque le niveau d’eau est trop descendu, une partie du carburant du réacteur n’était plus assez refroidi et a fondu.

    -Depuis les ingénieurs japonais ont injecté de l’eau de mer pour refroidir le réacteur et le carburant est désormais à nouveau immergé ce qui a stoppé la fusion.

    Les propos de l’Institut de Sûreté Nuclaire Japonais et de Tepco ne se contredisent pas.

  • grimberto
    grimberto répond à Rivendell
    • Posté à 21h26 le 13/03/2011
    • Internaute 30168

    Non, tout le monde ne s’en fout pas. Et ce n’est pas 5% de la population que vous traitez de peu.

    Il existe des sondages sur l’opinion des citoyens à propos du nucléaire, par exemple : Lien...

    En France, le document « Repères, chiffres clés de l’énergie » publie une mise à jour régulière de l’état de l’opinion sur le nucléaire.

    Lien

    En substance : l’opinion est extrêmement partagée, même en France ceux qui voient plus d’avantages que d’inconvénients ne sont que 50%, contre 40% qui pensent le contraire. Les « anti » ont progressé de 10% environ depuis le milieu des années 1990 (selon ce sondage).

    A signaler également le sondage commandité par Agir Pour l’Environnement, dont les questions sont moins manichéennes que le brutal et simpliste « pour ou contre » :

    Lien

    80% des personnes interrogées sont pour un référendum, 80% pensent qu’il faut développer les économies d’énergie, idem pour les renouvelables, et 30% qu’il faut développer le nucléaire.

    On ne peut donc pas parler de consensus pro-nucléaire dans l’opinion publique, ni dire « qu’on s’en fiche ».

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