Mise en bouteille

Les dessous et les coulisses du monde de la vigne, blog de la vigneronne Catherine Bernard.

Vignobles : loi des OGM, loi de l'homogène

Publié le 20/05/2008 à 10h35

Du Carignan, cépage rouge essentiellement cultivé en Languedoc-Roussillon, à l'état d'abandon (C.B.).

Des cuisiniers et des vignerons ont lancé lundi 12 mai dans le quotidien Le Monde un appel contre le projet de loi sur les OGM. Il y a, comme on dit, du « beau linge », ou, plus justement, des gens à qui l'on prête une oreille attentive parce qu'ils font bien leur métier, des vignerons que je connais, si j'ose, de l'intérieur, depuis que je cultive des vignes.

Dans ce texte, disponible sur news.generationspoinc.com (je relève au passage que les partenaires du dit site ne sont pas au-dessus de tout soupçon environnemental), les signataires rappellent que :

  • « les produits de la terre sont la base de notre métier et le socle de notre gastronomie » ;
  • « c'est un droit fondamental que celui de choisir le contenu de son verre et de son assiette ».

Dans la vigne, ce n'est pas Monsanto, entreprise privée, qui fabrique des plantes transgéniques, mais l'Inra, institut public de recherche. En 2003, alors correspondante de Libération à Montpellier, j'avais assisté à un débat organisé sur ce sujet par trois chercheurs de l'Inra. En réalité, ils étaient venus chercher la bénédiction des professionnels pour relancer à Colmar en Alsace les essais en plein champ de vigne transgénique.

Et sur les étiquettes, une mention « cépage transgénique » ?

L'Inra avait alors tiré la leçon d'un épisode précédent malheureux dont voici en résumé la petite histoire : en 1997, le groupe LVMH accepte de tester en plein champ des vignes transgéniques. Mais en 1999, l'empêcheur de tourner en rond qu'est le Canard enchaîné avait dévoilé le pot aux roses : « Champagne transgénique chez LVMH ». Le dit groupe de luxe avait illico presto arraché les plants et en avait fait cadeau à l'Inra ; comme quoi, dans notre imaginaire, et c'est plutôt rassurant, champagne et OGM ne vont pas ensemble.

Imagine-t-on demain sur les étiquettes de nos braves petits et grands vins de terroir, la mention bien lisible : cépage transgénique ? Toujours est-il que, comme le gouvernement avec son projet de loi sur les OGM, l'Inra n'en a pas démordu. En 2005, l'institut a obtenu l'autorisation de son ministre de tutelle pour planter au champ son porte-greffe transgénique, en « en toute transparence ».

Il n'est pas sûr qu'on arrête le progrès. Il n'est pas sûr non plus que les vignes transgéniques soient pires que ce qui est déjà. Car dans la vigne, depuis le phylloxéra, le pire est là. Le remède apporté à ce puceron malin arrivé dans les soutes des bateaux revenant d'Amérique -c'est-à-dire le greffage des cépages français sur des porte-greffes américains lui résistant-, a donné naissance à d'autres maladies. Parmi ces maladies, il y a l'oïdium, une belle rente pour l'industrie agrochimique. Nous en sommes à la troisième génération de produits, les systémiques, qui attaquent le mal à la racine. On n'arrête pas le progrès.

J'entends encore les propos de Philippe Paccalet, un des grands vignerons de Bourgogne qui m'avaient alors sidérée et que je n'avais pas rapportés dans mon article : « Vous vous voyez naître avec une jambe de bois ? Non, bien sûr. C'est pourtant ce qui se passe pour les vignes. » Moi : « Vous exagérez ! “ Lui : ‘Non, je n'exagère pas. Il n'y a qu'à regarder et goûter.’

Les AOC, victimes consentantes de la dictature du goût universel

Regardons et goûtons donc. En même temps que le vin s'élève du rang de boisson totem des Français à celui de boisson universelle, le clonage -technique de plantation généralisée dans le vignoble-, a déjà réduit à peau de chagrin la biodiversité. Sur les trois mille variétés de cépages du monde entier plantés au conservatoire de Vassal, l'un des domaines expérimentaux de l'Inra, cinq cents sont françaises, deux cent vingt sont autorisées à être cultivées, vingt le sont en réalité et représentent 90% des surfaces exploitées. A l'échelle de la planète, les références se réduisent aux doigts d'une main : trois rouges, la syrah, le cabernet, le merlot, et deux blancs, le sauvignon et le chardonnay.

Toujours l'histoire ressert le même plat. Censés êtres plus résistants aux maladies de la vigne, les clones ont généré leurs propres maladies, notamment la flavescence dorée. On n'en vient à bout qu'au prix d'un matraquage chimique qui détruit, comme le Gaucho les abeilles, les coccinelles, précieuses auxiliaires de culture.

Le clonage a aussi, accessoirement et indirectement, contribué à l'uniformisation du goût des vins. Notre système d'appellation d'origine contrôlée (AOC) n'a rien pu contre, il l'a même, ces derniers temps, paradoxalement favorisé, en victime consentante de la dictature du goût universel.

Ces observations ne sont pas scientifiques mais empiriques, et donc, dans notre monde désincarné, contestables. Elles viennent de vignerons qui chaque jour arpentent les vignes. Parmi eux, quelques-uns ont signé l'appel contre les OGM.

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 10h44 le 20/05/2008
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Tous les experts sont médiatiques-étatiques, et ne sont reconnus experts que par là. Tout expert sert son maître, car chacune des anciennes possibilités d'indépendance a été à peu près réduite à rien par les conditions d'organisation de la société présente. L'expert qui sert le mieux, c'est, bien sûr, l'expert qui ment. Ceux qui ont besoin de l'expert, ce sont, pour des motifs différents, le falsificateur et l'ignorant. Là où l'individu n'y reconnaît plus rien par lui-même, il sera formellement rassuré par l'expert. Il était auparavant normal qu'il y ait des experts de l'art des Étrusques ; et ils étaient toujours compétents, car l'art étrusque n'est pas sur le marché. Mais, par exemple, une époque qui trouve rentable de falsifier chimiquement nombre de vins célèbres, ne pourra les vendre que si elle a formé des experts en vins qui entraîneront les caves à aimer leurs nouveaux parfums, plus reconnaissables.

    G.D

  • athica
    • Posté à 11h16 le 20/05/2008
    • Internaute

    Pour le service minimum dans les écoles, Darcos dit que la majorité des Français le veulent donc ca se fera ; les OGM, la majorité des Français n'en veulent pas mais ca se fera quand même.

    • kawouede
      kawouede answers to athica
      • Posté à 18h21 le 20/05/2008

      Hum peut-on vraiment comparer ?
      Il est dangereux de prendre au mot le gouvernement et d'adopter la démocratie d'opinion...

      En attendant, Lien

  • léo solo
    • Posté à 12h06 le 20/05/2008

    lettre envoyée ce jour à :

    pdevedjian@assemblee-nationale.fr

    à chacun de s'y coller...

    Monsieur Devidjian,

    La société civile s'est mobilisée pour faire vivre un véritable débat démocratique sur la question des ogm en sollicitant la participation de tous les acteurs concernés
    (agriculteurs, citoyens, élus, consommateurs, chercheurs...)
    Sur notre seul département, plus de trois milliers de signatures de pétitions ont été recueillis pour demander l'interdiction des ogm en plein champ, pour garantir la liberté et le droit de produire et de consommer sans ogm contribuant ainsi au rejet du projet de loi sur les OGM en seconde lecture à l'Assemblée nationale le 13 mai.

    Le même projet de loi sera présenté mardi 20 mai devant les députés et jeudi 22 mai devant les sénateurs.

    Rappelons que ce projet de loi autorise les plantes et les animaux transgéniques, contrairement à ce que souhaitent l'immense majorité des Français selon les sondages unanimes depuis dix ans.

    Le collectif ogm65 fait donc appel à la conscience de tous les parlementaires afin qu'ils confirment le rejet de ce projet de loi.

    Nous vous demandons, Mr Devidjian en qualité de secrétaire général de l'UMP de voter à l'Assemblée nationale l'interdiction des OGM dans les champs, en cohérence
    avec l'interdiction des OGM dans les assiettes des cantines que vous venez de faire adopter en tant que président du Conseil général des Hauts de Seine.

    Citoyennement.

    • folamour
      folamour answers to léo solo
      • Posté à 13h08 le 20/05/2008

      ah bon, on na mange pas d'ogm dans les cantines des hts de seine ? intéressant...nkm aussi donne du bio à sa fille parai-t-il
      sauf que demain plus personne ne saura ce qu'il mange quand tout aura été contaminé...
      mais demain est un autre jour...

      • léo solo
        léo solo answers to folamour
        • Posté à 14h04 le 20/05/2008

        carpe diem

        accepte -paraît-il- une nouvelle traduction :

        « lutte »

    • kawouede
      kawouede answers to léo solo
      • Posté à 18h23 le 20/05/2008

      « Mais enfin, cher ami, les OGM ça reste bon pour les pauvres, non ?

      Quant à la nature, pff. je ne sens pas la différence depuis mon 4x4 »

      un électeur UMP du neuf-deux

  • Jaycib
    • Posté à 17h05 le 20/05/2008

    Je trouve cet article très intéressant, tout en ne sachant pas s'il faut ou non s'insurger des pratiques de l'INRA avec les OGM. Sont-elles si répandues ?

    Je suis surpris de lire que les cépages utilisés se raréfient à tel point : le Gamay est encore largement cultivé dans le monde, tout comme le Pinot noir (difficile à maîtriser, mais encore abondamment utilisé dans plus de 15 pays, sous diverses formes). De plus, je ne sache pas que le Chenin blanc ait disparu des vignobles, notamment aux Etats-Unis.

    Pour ce qui est de la situation des AOC françaises, on peut déplorer que les vignerons et les négociants se soient tiré une balle dans le pied (1) en faisant « pisser » la vigne, ce qui a pu discréditer des vignobles entiers (cf. Beaujolais. Les Beaujolais de cru sont pratiquement introuvables dans le sud-ouest de la France parce que les consommateurs échaudés les ont délaissés, et on peut s'étonner que l'infâme Beaujolais « nouveau » ait été commercialisé par rapacité des mois et des mois après la récolte, parfois même des années, sur les marchés d'exportation), et (2) en commercialisant à l'étranger à des prix excessifs (Bordeaux, Bourgogne), avec les répercussions que l'on sait en France.

    Il y a également prolifération des AOC pour des vins qui ne méritent pas ce label. La banalisation des appellations ne sert pas la cause de la qualité.

    En revanche, je souhaite saluer les louables efforts de vignerons qui maintiennent les règles de l'art pour produire des vins de qualité là où on ne les attend pas. C'est notamment vrai des Chardonnay... du Tarn (non AOC, naturellement, le vin AOC local dont on nous rebat les oreilles étant le médiocre (à mon sens) Gaillac), mais il y a d'autres exemples. Certains valent bien, après quelques années de cave, le Meursault et d'autres vins blancs réputés.

    Il y a 40 ans, on pouvait s'acheter un ou deux grands crus (classement de 1855) par semaine sur un salaire de vacataire de l'Education Nationale. Aujourd'hui, ces bonnes, peut-être même encore grandes, bouteilles sont hors de prix. Alors, je bois du Corbières AOC à 1,15 € la bouteille chez Leader Price... Faute de grives, on prend des merles.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 17h42 le 20/05/2008

    Bien evidemment la raréfaction des familles de cépage est une perte.
    Mais l'uniformisation des gouts passe d'abord par les pratiques de vignification et d'assemblage. La mode en ce moment, ses détracteurs l'appelle la « parkerisation » (du nom du guide de ce nom) est aux vins boisés. Si bien que certains bordeaux resemblent à des vins californiens ou néo zélandais.

    La spécification des AOC, outre les cépages, repose surtout sur le terroir, la nature du sol et le climat, l'orientation des vignes.
    Après le travail de vignification.

    Alors d'accord pour que la vigne de « s'ogéhèmise » pas, mais ausii pour que le vin ne s'homogénéise pas par des pratiques mondialisées.

  • hans lefebvre
    • Posté à 23h45 le 21/05/2008
    • Internaute

    Cela relève d'une vraie citoyenneté, il est fort remarquable que de telles personnalités s'engagent aux côtés du bon sens. Le principe de précaution ne doit souffrir d'aucune exception. Comme il faut sans cesse le rappeler, l'alimentation est la première des médecines !
    Lien

  • Alexandrassi
    Alexandrassi
    Journaliste
    • Posté à 04h04 le 22/05/2008
    • Journaliste
      Journaliste

    Pour approfondir le sujet, on peut voir les vidéos suivantes :

    Le monde selon monsanto/arte (film entier + débat) :
    Lien

    OGM/Pesticides/Cancers/Malformations en Argentine (12')
    Lien

    Contamination verticale des OGM (vidéo)
    Lien

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