Mon œil !

Ici, vous trouverez soit des trucs sur lesquels tombe l'œil de Pascal Riché, soit des trucs qui lui font dire "Mon œil".

Nicolas Sarkozy kärcherise encore La Princesse de Clèves

Pascal Riché
Cofondateur
Publié le 25/07/2008 à 00h22

Aux amateurs de vidéos de Sarkozy-ayant-l’air-pompette, je recommande celle-ci, que le site, jusque-là pourtant peu facétieux, Elysee.fr a mis en ligne jeudi. On y voit le président de la République vanter, dans un centre de vacances en Loire-Atlantique, le travail des bénévoles, à qui il veut offrir un bouquet de points de retraite et de médailles (« vous savez, les symboles, ça compte »).

Un passage a arrêté mon œil, ou plutôt mon oreille. Avoir fait du bénévolat, explique-t-il, devrait être une expérience reconnue par les concours administratifs, car après tout, « ça vaut autant que de savoir par cœur “La Princesse de Clèves” ». Après un silence, il ajoute : « Enfin… j’ai rien contre, mais enfin, mais enfin… parce que j’avais beaucoup souffert sur elle. » (Voir la vidéo.)

Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy s’en prend ainsi à « La Princesse de Clèves ». En février 2006, à Lyon, le futur candidat déclarait ainsi à des fonctionnaires :

« L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur “La Princesse de Clèves”. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de “La Princesse de Clèves”... Imaginez un peu le spectacle ! »

Même si tout cela est dit sur le ton de la plaisanterie, il y a de quoi s’interroger. Nicolas Sarkozy trouve complètement inutile l’enseignement de ce chef-d’œuvre de subtilité, premier roman moderne, roman qui a ouvert la voie à tous les autres.

Tenus par un ministre, de tels propos avaient déjà de quoi choquer. Portés par le président de la République française, ils sont plus affligeants encore.

Certes, il n’est nul besoin d’avoir lu « La Princesse de Clèves » pour faire un bon agent public. Mais pourquoi tourner en dérision les enseignants qui essaient de faire passer aux jeunes générations un texte capital de la littérature française, qui a fait vibrer et réfléchir tant d’hommes et de femmes, de Voltaire à Camus, en passant par des millions d’anonymes ? Ou alors, le Président a cité « La Princesse de Clèves » comme il aurait pu prendre un autre exemple « Les Pensées », « Illusions perdues », « le Nœud de vipères »... Mais ce serait pire encore.

Non, monsieur le Président, vous n’avez pas souffert « sur elle ».

Jeudi, il ajoutait même, pour faire rire son auditoire :

« J’ai beaucoup souffert sur elle. »

« Sur elle », quelle bonne blague ! Eh bien non, Monsieur le Président, pas « sur elle », car justement, « La Princesse de Clèves » est une femme imprenable. Vous pouvez être « sur » les médias, « sur » le Parlement, « sur » les grandes entreprises, mais sur elle, vous ne pouvez pas.

En revanche, vous pouvez relire le roman. Après tout, vous allez peut-être le redécouvrir. Passions, jalousies, tourments : il y a des similitudes entre la cour du roi Henri II et la vôtre. Cela ne vous demandera pas un gros effort : deux petites heures de vos vacances à Brégançon. Le livre est même en ligne dans sa version intégrale sur Inlibroveritas.net.


Et si d’aventure vous changez d’avis, si « La Princesse de Clèves » parvient à vous habiter un tant soit peu, ce serait une bonne nouvelle pour la fonction présidentielle. Afin de vous aider à vous y replonger, voici les premières lignes du roman, magnifiques de simplicité :

« La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants.

Comme il réussissait admirablement dans tous les exercices du corps, il en faisait une de ses plus grandes occupations. C’étaient tous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, des courses de bagues, ou de semblables divertissements ; les couleurs et les chiffres de Mme de Valentinois paraissaient partout, et elle paraissait elle-même avec tous les ajustements que pouvait avoir Mlle de la Marck, sa petite-fille, qui était alors à marier... »

Mise à jour, 2 décembre 2008. Un lecteur, Jean-Michel, m’écrit cela :

« J’ai peut-être trouvé le fin fond de l’histoire dans un papier du Figaro d’hier. En fait, la raison pour laquelle Sarko a descendu ce bouquin en flèche est peut-être beaucoup plus simple que ce qu’on croyait jusqu’à présent. Ce n’est sans doute pas parce qu’il “avait beaucoup souffert sur elle” comme il l’a dit et redit. On apprend dans Le Figaro d’hier (article “La culture générale chassée des concours de la fonction publique”, page 13) que, selon André Santini, la secrétaire de Sarko, fonctionnaire de catégorie C, a échoué à un concours interne parce qu’elle ne savait pas qui avait écrit “La Princesse de Clèves”, “un sujet qui divise jusqu’aux spécialistes”, selon Santini. Voilà, tout s’explique. L’énigme est peut-être enfin résolue. La réalité est donc beaucoup plus terre à terre. J’aurais adoré connaître le bobard que nous aurait pondu Sarko si sa secrétaire s’était plantée au concours sur le nom de l’auteur de Belle du Seigneur ou du Voyage au bout de la nuit (les livres préférés de Sarko si j’en crois la presse). Ou plus drôle : l’auteur des Mémoires de guerre… »


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  • Britaï
    Britaï
    Où qu'ont est ?
    • Posté à 06h01 le 25/07/2008
    • Internaute 29711
      Où qu'ont est ?

    Il y a le fond aussi : La princesse de Clèves, c’est l’histoire d’une femme qui prend sur elle et ne cède pas à ses envies et ses instincts, quitte à en souffrir. De quoi servir à liquider l’héritage de mai 68. On comprend qu’un jouisseur multi-cartes et assumé aie « souffert » dessus. Sarkozy est un homme riche, y compris de ses contradictions. Il a dû prendre le roman pour un thriller, voire un roman d’horreur. Le pauvre !

    Et rions un peu... « La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne d’Henri le second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y a avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants ». Pourquoi ne pas lancer des pastiches de ce début pour le transcrire à la France de Sarkozy ?

    Et pour finir : qu’est-ce qu’il boit ou prend pour être toujours comme ça ? ? ?

  • in girum
    • Posté à 08h26 le 25/07/2008
    • Internaute 8170

    « Touche moi pas » répondit la Princesse de Clèves au Président qui, toujours prompt à salir la beauté, souffrait lamentablement sur elle. La Princesse devint la première héroïne romantique de l’histoire et entra aussi sec dans la légende. Pas lui. Rongé de jalousie et d’amertume, fou de rage, il lança un OPA hostile sur les Galeries (Madame de) Lafayette. Et toc ...

  • Alcide Nikopol
    Alcide Nikopol
    Passé a l'Est
    • Posté à 09h20 le 25/07/2008
    • Internaute 5725
      Passé a l'Est

    Mais allons, ca sert plus a rien de lire des vieux trucs comme ca.
    On a trop lu, trop écrit. Et voyez ou en est la France. Maintenant, il est trop tard pour penser, il faut agir, produire, reproduire, beaucoup, toujours plus.

    Sarkozy méprise (avec raison) l’intelligence. Elle est inutile, ne produit que des mots et des idées (pas facile a piger en plus). Il prefere celle qu’on appelle « sens des affaires », voila de la matiere grise au service de l’humanité, l’homme n’est pas fait pour comprendre mais pour se soumettre aux lois de la nature qui sont également celles du Marché (le monde est bien fait).

    Regardez l’homme africain, s’il était intelligent ca se saurait et l’Afrique serait un continent développé. Il préfere revasser. Nous, c’est l’inverse.

    On est devenus trop intelligents, on a écrit trop de livres et ca a donné de sales idées au peuple, il est temps de faire marche arriere en sacrifiant l’Education. Les chinois eux ils en sont sortis de leurs proverbes a la con et leur vieille sagesse de Jedi. Et ils font du fric, plein, plein, plein.
    Les bases pour devenir un bon employé soumis, et un code du travail simplifié. C’est cela dont la France a besoin, M. Riché.

    Pas d’un roman machin fondateur de je sais pas quoi moderne.

  • Thomas GREDAT
    • Posté à 11h31 le 25/07/2008
    • Internaute 23794

    Jeu suit tété antiaireman daccor avaic leu présidan sarcosi.

  • AdamPollo
    AdamPollo
    « out of disorder »
    • Posté à 12h59 le 25/07/2008
    • Internaute 37370
      « out of disorder »

    C’est rigolo de voir tous ces intellos en herbe débattre sur la Princesse de Clèves !
    Nous avons presque tous étudié cette œuvre au collège, nous avons quasiment tous trouvé ça chiant au possible, nous n’en n’avons presque aucun souvenir, mais si quelqu’un assume de ne l’avoir pas aimée, alors là c’est lever de bouclier généralisé !
    La France est décidément un pays bien conservateur où certains sujets sont tabous, où l’on est obligé d’apprécier certaines choses parce que c’est comme ça et pas autrement. De tels débats n’existent que chez nous.
    Personnellement, j’ai étudié ce roman comme la plupart d’entre nous, je ne l’ai pas aimé, je n’ai pas fait l’effort de le relire ni de m’en souvenir, et je ne m’en porte pas plus mal. Je précise que j’étais un excellent élève, particulièrement en français. Les personnes que j’admire le plus sur cette planète n’ont pas lu la Princesse de Clèves, et, je vais vous faire une confidence, certaines n’ont rien lu du tout depuis l’école primaire. Et je connais également quelques « érudits » qui ne savent pas reconnaître une cache d’un cabri et ne savent pas expliquer pourquoi le linge sèche.
    Bien à vous,
    Adam Pollo

  • JP_JP
    • Posté à 13h08 le 25/07/2008
    • Internaute 18274

    Ceci dit, vos Voltaire, Camus et Cie, qu’ont ils apporté au CAC40 ?

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 13h09 le 25/07/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Holà, M. Riché, comme vous y allez ! Pour Sarkozy, dire du mal de la Princesse de Clèves, c’est vraiment un péché véniel au regard des autres actes pendables de son « administration ».

    La Princesse de Clèves a ouvert la voie au roman moderne, dites-vous ? C’est peut-être vrai pour les critiques littéraires franco-français, et pour certains auteurs connus qui se sont interrogés sur la proposition de renoncement que nous présente Mme de Lafayette, car elle nous pose le problème de l’investissement personnel dans un monde où règnent « le luxe, le lucre et le stupre », pour reprendre une formule célèbre.

    J’ai suivi il y a très longtemps un cours de littérature comparée tout ce qu’il y a de sérieux sur la préhistoire et l’histoire du roman (pas seulement français) mais dont le programme ne comprenait pas La Princesse. Je vous cite les ouvrages traités :

    - Apulée, « L’âne d’or »
    - « La Celestina », un ouvrage du moyen âge espagnol dont l’auteur demeure inconnu (sauf découvertes récentes des érudits ; je n’ai pas suivi les recherches dans ce domaine)
    - Chrétien de Troyes, « Cligès »
    - Tristan et Iseut, version de Thomas (il y a une autre version contemporaine (dite de Béroul, si je me souvbiens bien) rédigée dans une langue plus proche de l’occitan et plus « brute »)
    - Cervantès, « Don Quichotte », ouvrage séminal s’il en est car il ouvre la tradition picaresque développée jusqu’au milieu du 19ème siècle
    - Daniel de Foe, « Moll Flanders », une histoire de jeune fille habile passant de la prostitution à la respectabilité
    - Lesage, « Gil Blas de Santillane », une tentative française de s’inscrire dans la tradition picaresque, sans plus
    - Richardson, « Clarissa Harlowe » ou « Pamela », romans à l’eau de rose que Fielding transpercera avec gaîté
    - En option, Diderot, « La religieuse » ou même « Les bijoux indiscrets ». Nous sommes loin de l’austérité chaste de la Princesse !
    - Goethe, « Werther ». Sans commentaire. C’est un ouvrage immense qu’il faut avoir lu.
    - Fielding, « Tom Jones », lequel a eu influence importante sur Stendhal, notamment.
    Ce texte comique et très ironique démystifie les tabous (sexe, sacerdoce prétendu d’ecclésiastiques concupiscents, parade de petits nobles décadents) et inaugure le processus d’intervention directe du narrateur dans son œuvre par l’entremise de clins d’œil répétés à l’adresse du lecteur.
    - On passe ensuite aux romans du 19ème siècle, période d’éclosion des plus grands talents, du moins en Occident et en Russie.

    De Princesse de Clèves, point.

    Ce n’est pas que ce roman soit ignoré, mais il trône, unique car totalement dépourvu d’ironie, dans un contexte où la filiation picaresque se régénère rapidement en bousculant allègrement les prétentions de la bourgeoisie naissante et d’une aristocratie finissante.

    La Princesse ne suscite donc pas l’admiration universelle. Ce roman est perçu comme un signe de la négation de l’Histoire qui poursuit inexorablement sa route. C’est un texte « hors du temps », en quelque sorte, qui évoque la quête d’un absolu personnel dans un monde où les nobles perdent leurs repères. On comprend qu’il ait attiré l’attention de la critique et des auteurs français par la suite, mais seulement à l’ère moderne et pour des raisons « sui generis ».

    On conçoit que Sarkozy le frivole ne prise guère l’austérité de Mme de Lafayette. Le milieu finalement fermé, quasi monacal, de la Princesse est même à l’opposé du monde que le « zident entend créer par sa politique de “ rupture ”.

    La Princesse de Clèves, c’est tout le contraire du bling bling. A mon sens, c’est à cette aune qu’il faut apprécier les commentaires intempestifs de Sarkozy, qui n’est pas, en l’occurrence, coupable d’un grand crime. Il y a suffisamment d’autres choses qu’on peut lui reprocher, AVEC VEHEMENCE.

  • majorrouen
    • Posté à 14h09 le 25/07/2008
    • Internaute 42326

    Moi je vais relire Fahrenheit 451...

  • siko
    siko
    capitaliste révolutionnaire
    • Posté à 16h18 le 25/07/2008
    • Internaute 38962
      capitaliste révolutionnaire

    Mouais à force d’attaquer Sarko sur tout ce qu’il dit, ça lasse. De plus, ce qu’il disait avait un sens pour une fois. Favoriser une personne qui s’investit pour les autres par rapport à quelqu’un qui a une très bonne formation me parait assez normal. Je crois que c’était le seul sens qu’il fallait donner à son discours, mais bon on peut toujours aller chercher la petite bête...

  • Cinsault
    Cinsault
    Graine de rosé
    • Posté à 18h19 le 25/07/2008
    • Internaute 24720
      Graine de rosé

    Lien
    « Hommage de M. le Président de la République suite au décès de M. Jean Delannoy :
    Avec Jean Delannoy disparaît un immense réalisateur qui a consacré sa vie, avec succès, à sa passion de l’art et a donc contribué au rayonnement de notre pays.
    Même s’il n’est plus là, ses œuvres continueront à nous enchanter, la “ Symphonie Pastorale ”, “ La princesse de Clèves ”, “ Le Bossu ”… Mais l’œuvre entre toutes, c’est “ Notre Dame de Paris ”, ... “

    Comme quoi Sarkozy a compris et aimé le film mais pas le livre ! Ou bien ce sont les costumes qui lui ont plu.
    A moins qu’il n’écrive pas plus ses propres communiqués qu’il ne les lit .

  • JéGo
    JéGo
    observateur
    • Posté à 10h27 le 26/07/2008
    • Internaute 48717
      observateur

    Moi qui croyais que le Président, le soir, devant la cheminée, lisait parfois la « Princesse de Clèves » pendant que son épouse troubadour lui jouait un air de guitare. C’était ça, l’image que j’avais du couple présidentiel. Ce n’est pas exactement comme ça que ça se passe ? Alors, là, vraiment, je suis déçu.

  • Emma T.
    Emma T.
    Pom-Pom girl chez Tatane- (...)
    • Posté à 13h09 le 26/07/2008
    • Internaute 40366
      Pom-Pom girl chez Tatane- (...)

    Peu m’importe car moi, Madame de Lafayette, remercie de tout mon coeur le Sieur Sarkozy de Nagy-Bocsa de l’immense publicité -c’est bien ainsi que vous parlez du commerce des idées païennes n’est ce pas ? - qu’il fait à mon ouvrage.

    En effet, jamais depuis le XVIIème siècle on avait à ce point fait usage de mon nom pour symboliser ce qu’il ne convient pas de lire.

    Je crois cependant comprendre que votre Président ne fait pas l’unanimité et qu’au titre d’une rébellion de bon aloi, le nombre de mes lecteurs augmente de façon inversement proportionnelle à l’aversion qu’il éprouve pour mon roman. On me dit ce jour que les maîtres de vos collèges s’empressent d’en exiger la lecture et que les humanités ne seront considérées comme complètes qu’après s’être bien instruit de mes pages.

    Mme de Clèves et Monsieur de Nemours se joignent à moi pour souhaiter à Monsieur Sarkozy de comme nous traverser les siècles en aussi bonne santé.

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